OUVRAGES ORIENTAUX
Sous cette dénomination générale, nous comprenons les ouvrages d'art des Indiens, des Arabes, des Persans, et nous devrions même y comprendre ceux des Chinois ; mais les productions de ce dernier peuple étant en très-grand nombre dans notre collection de dessins , nous en ferons une classe distincte.
Il est remarquable que les monuments de l'art des Orientaux, en général, aient entre eux d'assez grands rapports , tandis qu'ils n'en offrent presque aucun avec ceux de l'art égyptien ; car c'est à tort, selon nous, que l'on a voulu trouver quelque ressemblance entre les bizarres attributs que donnent les Indiens aux images de leurs innombrables divinités , et ceux des divinités égyptiennes, non moins nombreuses, mais peut-être moins inexplicables. La mythologie indienne est un chaos dans lequel, jusqu'à présent, bien peu de lumière a pénétré ; mais on commence aujourd'hui à débrouiller la mythologie égyptienne , quoique nous soyons très-loin encore d'en comprendre le système tout entier. Quant aux travaux des arts chez les deux peuples , si on les compare avec attention, on se confirmera dans l'idée que le peuple en Egypte était grave, sensé, qu'il cherchait la perfection, même dans les ouvrages où il était forcé de s'astreindre aux formes et aux emblèmes qui lui avaient été transmis d'âge en âge, depuis l'époque où la nation n'avait encore qu'une demi-civilisation; que les Indiens, au contraire, n'ont fait et ne font encore aucun progrès dans l'art der etracer par des images leurs puériles et superstitieuses traditions. En effet, et leurs immenses temples souterrains et leurs effroyables divinités, enfin, tout ce qui est sorti de leurs mains paraît être le produit d'une imagination désordonnée , délirante ; et rien ne contraste plus avec la gravité, la sagesse que, trop libéralement peut-être, on attribue à leurs brames. Si on jugeait la nation entière d'après toutes ces figures bizarres de dieux indiens, que contiennent les cabinets de nos curieux d'Europe , on la croirait à peine sortie de la barbarie ; et l'on trouverait aux monuments de sa religion et de ses arts, une grande conformité avec ceux de l'ancien Mexique. Aussi, quelques écrivains, frappés de la grossièreté de toutes les productions des Indiens, ont-ils pensé que leur existence, en corps de nation, ne remontait guère qu'au moyen âge de notre ère ; que leurs temples , leurs lois , leurs livres , ne sont que de cette époque. Mais cette opinion ne nous paraît guère soutenable. Des temples, tels que ceux d'Eléphanta, Salsette, Illoura, Malabipouram , etc., n'ont pu être construits pendant une période si rapprochée de nous ; et d'ailleurs des auteurs grecs qui ont précédé de plusieurs siècles notre ère , ont parlé de ce peuple indien, de ses mœurs, de ses institutions, que l'on retrouve encore telles qu'ils les ont décrites. Tout ce qu'on doit donc conclure , c'est que les Indiens peuvent être très-anciens comme peuple, peut-être autant que les Egyptiens; mais que, par des causes qui nous sont inconnues, ils sont restés jusqu'à ce jour stationnaires , immobiles.
Les Perses furent les maîtres d'une grande partie de l'Asie , pénétrèrent même jusqu'en Europe. En ces temps de leur prospérité leurs artistes montrèrent quelque talent ; les figures
qui couvrent les ruines de leurs plus antiques monuments n'ont rien de barbare, mais sans doute elles seront toujours inexplicables et dans leur pose et dans leurs attributs (i). On a peine à concevoir comment une nation qui avait une religion en apparence si simple, où l'on adorait le soleil, les astres en plein air, et jamais dans des temples, ait cependant employé dans les productions de ses arts, tant d'emblèmes, de figures mystiques : il fallait que ses prêtres eussent mêlé bien des fables , bien des superstitions aux dogmes du culte primitif; mais dans ces productions du moins, et nous nous plaisons à le répéter, on trouve une certaine légèreté, une élégance dont les Persans qui leur ont succédé ont conservé le goût, tout en perdant, avec la plus grande partie du territoire qu'avaient occupé leurs ancêtres , leur puissance et leur célébrité. C'est ce que l'on a pu déjà remarquer dans la description de quelques ouvrages persans qui se trouvaient compris dans les planches précédentes ; c'est ce dont on se convaincra bien plus encore par la description de quelques autres planches qui font partie de la série d'estampes à laquelle nous sommes parvenus.
(i) Disons pourtant que, de nos jours, un savant qui a fait de profondes recherches sur le culte de Miihra , parviendra peut-être à dissiper l'obscurité qui couvre encore l'ancienne mythologie des Perses. — On trouvera dans -cette section, à la planche VII, une intéressante Notice de ce savant sur des Monuments persépolitains.