‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 4)Chapitre 37 sur 100 · GRECS ET ROMAINS · texte numérisé non relu

GRECS ET ROMAINS

Nous avons vu les arts, à leur origine, ehez les peuples barbares; nous les avons vus ensuite moins grossiers sans doute, mais astreints à d'anciennes règles ou procédés qu'ils semblaient ne pouvoir franchir, dans plusieurs pays despotiquement gouvernés, où ils étaient esclaves, aussi bien que les hommes. Observons-les à présent chez des peuples qui ont joui d'un gouvernement libéral, chez des peuples qui ne reconnaissaient de maîtres que les lois. Ici, nous les verrons s'élever au plus haut degré de perfection : le génie n'apparaît et ne brille que dans les contrées où fleurit la liberté.

Quelle fut, en Grèce, l'origine des arts du dessin ? y furent-ils portés par les Égyptiens, par les Phéniciens ? On l'a prétendu ; c'est même l'opinion commune : mais nous sommes loin de l'adopter; nous ne trouvons aucun rapport entre le genre des antiques productions tant africaines qu'asiatiques, et le goût qui dirigea les Grecs, même au temps, qui pour eux dura peu, de l'enfance de leurs arts. Les Grecs n'accumulèrent jamais, comme les Indiens, les Égyptiens , les Perses, etc. , de bizarres symboles sur les images de leurs dieux, et n'en firent jamais des monstres qu'on ne peut considérer qu'avec effroi ou dégoût. Ils donnèrent, il est vrai un foudre à Jupiter, un trident à Neptune, une ceinture à Vénus, et c'étaient d'ingénieux emblèmes; mais ils n'imaginèrent point d'attacher aux corps de ces divinités quatre, huit, dix bras; de changer leurs têtes augustes en becs énormes de vautours ou de chouettes, en museaux de chiens, de loups, etc., etc. : ce ne fut point par d'aussi difformes emblèmes qu'ils crurent devoir désigner la puissance ou les attributs de leurs divinités.

Dans le style des premières productions de leurs arts, on remarquera sans doute de la roideur, de la sécheresse; et, en cela, elles ressemblent parfaitement aux productions des Étrusques, de ce peuple le plus ancien, selon nous, de tous les peuples de l'Italie. Serait-ce donc des Étrusques que les Grecs tiendraient leurs arts ? Il nous paraît plus naturel de croire que les premiers habitants de la Grèce, les Pélasges, fondèrent des colonies sur les rivages de l'antique Ausonie; qu'ils y portèrent leurs dieux, leurs lois et leurs arts; que l'une de ces colonies, fixée dans les contrées qu'on appela depuis l'Étrurie, civilisa, la première, toutes les contrées voisines , et surtout le Latium , auquel touchaient d'un côté ses limites. Les Romains reconnaissaient que c'était aux Etrusques qu'ils devaient presque toutes leurs institutions politiques et civiles, leurs spectacles et leurs jeux, et, sans nul doute aussi, leurs arts.

Ainsi, dès les temps de la plus haute antiquité, les Pélasges, ou, pour mieux dire, les plus anciens habitants de la Grèce dont l'histoire fasse mention, furent les législateurs et les maîtres dans tous les arts, de ces Romains qui devaient, dans la suite, civiliser, à leur tour, et les Gaules, et, du moins en partie, l'antique Germanie. Mais il reste à savoir quels étaient ces Pélasges, comment ils vinrent s'établir dans la Grèce et dans ses îles; par quelle cause ils avaient dévancé, en civilisation, les nations contemporaines. De nombreux écrits ont été

publiés sur leur origine (i), qui n'en est pas moins restée très-obscure. L'opinion la plus vraisemblable est cpie les Pélasges étaient descendus des contrées septentrionales, d'abord dans la Thessalie, et de là dans le Péloponèse, avant ou peu après le déluge qui arriva sous le règne de Deucalion. On a remarqué, depuis long-temps, que les peuples du Nord, en s établissant dans de plus doux climats, y transportent cette activité, ce génie fécond en ressources, dont ils sont redevables aux besoins qu'ils ont ressentis plus poignants et plus intenses dans leur première patrie. C'est ce qui fit que les Pélasges, fixés dans la Grèce, se distinguèrent bientôt par leurs arts et leurs institutions. Ils y prospérèrent si promptement, et leur multiplication fut telle , que cette terre, quelque fertile qu'elle soit, ne pouvant plus suffire aux besoins de la population, il leur fallut envoyer des colonies, non-seulement dans toutes les îles de l'Archipel, mais en Sicile, et sur presque toutes les côtes de la méditerranée, qu'ils envahirent souvent à main armée.

Quoi qu'il en soit, toujours est-il vrai de dire que les Étrusques, colonie de Pélasges, dans notre système, furent les maîtres des Romains, qui, plus tard, les subjuguèrent. Ces Romains, incessamment occupés de guerres et d'intrigues politiques , cultivèrent peu les arts. Quand les Etrusques ne leur fournirent plus d'artistes, ils en trouvèrent dans la Grèce, de meilleurs, de plus habiles.

On ne doit donc point distinguer les productions grecques des productions romaines : aussi avons-nous cru devoir les placer ensemble dans cette partie de notre ouvrage.

Les monuments antiques, grecs et romains, ont été tant de fois retracés dans des ouvrages qui sont entre les mains de tout le monde, que M. Denon jugea à propos de n'en choisir, pour les publier, qu'un petit nombre parmi tous ceux que renfermait sa collection. Il n'avait d'autre but que de donner une idée du genre des productions de l'art, à diverses époques, tant en Grèce qu'à Rome.

Il entrait aussi dans son plan de représenter les productions de l'art dans la période de sa décadence. C'est ce qu'il a fait; mais nous réservons pour une autre section de l'ouvrage les productions de ces temps malheureux de la dégénération des arts , et l'on pourrait dire de l'esprit humain, dans tous les genres.

(i) Voyez, entre autres, les divers Mémoires sur les Pélasges , disséminés dans l'immense recueil de l'Académie d< Inscriptions et Belles-Lettres, depuis le tome II de l'édition in-4° jusqu'au tome XVIII.

Page 1