‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 4)Chapitre 72 sur 100 · DEUX FIGURES DE MOINES, EN BOIS · texte numérisé non relu

DEUX FIGURES DE MOINES, EN BOIS

La porte du purgatoire est figurée par une gueule de monstre, énormément ouverte. En bas est un petit diable ou une diablesse à tête de chien, tenant en main une grande clef, qui ressemble presque à l'aviron d'une barque ; ce qui nous ferait croire que l'artiste a voulu rappeler ici le chien Cerbère , gardien des enfers , et le nautonier Caron. C'est au douzième siècle que nous croyons devoir reporter l'exécution de ce bas-relief, et l'on peut croire qu'à cette époque on conservait encore des réminiscences de l'ancienne mythologie, dont les ingénieuses fables avaient exercé un si long empire sur presque toutes les nations. Aussi, quoique le christianisme, partout victorieux, se montrât alors très-intolérant, on ne pouvait empêcher, ni les poètes, ni les artistes, de faire intervenir dans la plupart de leurs productions quelques anciennes divinités, de les mêler souvent aux plus saints personnages du nouveau culte. Dans plus d'un tableau de ces temps-là on voit Apollon toucher sa lyre auprès de Jésus- Christ portant sa croix, et les trois Grâces marcher sur les traces de la belle et bienheureuse mère de notre Sauveur.

De la gueule du monstre, ou porte de l'enfer, sortent des aines , sous figures humaines, la plupart nues. Toutes s'agenouillent, les mains jointes, devant une grande figure de Jésus-Christ, vêtue d'une espèce de chape, et portant en main une longue crosse, terminée par une banderole ou étendard. L'artiste en faisant sortir de dessous sa robe une des jambes de Jésus, entièrement nue, aura cru lui donner une attitude héroïque; et c'est encore là un souvenir de l'attitude que les artistes anciens donnaient ordinairement à leurs divinités. Mais il y a dans toute cette figure de Christ une expression de bénignité si naïve, qu'elle indique plutôt la bêtise que la noblesse du caractère : ce n'est pas ainsi que les Grecs représentaient leurs dieux.

Le sentiment de respect et de reconnaissance qu'éprouvent toutes les âmes délivrées, est rendu avec une grande vérité. L'artiste a même su varier l'expression de ce sentiment, en raison de l'âge et du sexe des personnages.

Les grandes figures que l'on voit sur notre planche, de chaque côté du basrelief, n'ont aucun rapport avec ce curieux monument : elles n'ont été placées là que pour remplir des espaces qui se trouvaient vides, et aussi parce que, par leur exécution, elles ont paru appartenir à la même époque.

Ce sont deux statuettes en bois, représentant des moines, et, à ce qu'il semble, d'ordres différents. L'un tient un livre, et l'autre un grand bâton.

Le travail n'a rien de barbare, et l'expression d'une profonde humilité, peinte sur tous leurs traits, est d'une grande vérité; ce qui confirme cette remarque que nous avons déjà faite, que dans les productions des siècles que nous appelons barbares, les physionomies des personnages en scène sont toujours remarquables par la justesse de l'expression. On peut rire de la roideur des figures , de leur pose; mais, en examinant leurs traits, on entend ce qu'elles disent, on sent ce qu'elles paraissent sentir.

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PLANCHE XLFV.

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