PEINTURES SUR ÉMAUX
L'art de peindre sur une matière à demi vitrifiée qui sert de couverte à un vase, a un objet quelconque de terre cuite, a été connu de temps immémorial. Dans les fouilles en Égypte on trouve, en très-grand nombre, des meubles, des ustensiles, des ornements émail lés de toutes couleurs, et surtout de petites divinités et des amulettes en émail. Les Romains n'ignoraient point cet art; on trouve dans les cabinets des ornements d'armures, et même quelques petits monuments de bronze, couverts d'émail. C'est cependant sous le Bas -Empire, comme le remarque Mil lin (i), qu'on a commencé à faire le plus d'usage de l'émail dans l'Orient et dans l'Italie.
Dès le treizième siècle, la ville de Limoges était renommée pour ses émaux sur métaux. On exécutait dès-lors en émail dans cette ville des candélabres, des vases, des bassins, des ciboires, etc.; et les monuments que l'on a conservés de ce genre de travail sont encore connus, dans le commerce de curiosités, sous le nom d'émaux de Limoges (2).
Mais ce fut au temps de François I er , lorsque le Primatice et Rosso (maître Roux) eurent apporté en France le bon goût de la peinture, que s'exécutèrent les plus beaux ouvrages en émail.
L'émail sur cuivre, N° 1 de notre planche, paraît avoir été exécuté à cette époque. C'est une grisaille, teintée dans les chairs seulement. Les peintres émailleurs alors ne connaissaient guère l'art de nuancer les couleurs. Dans le cabinet de M. Denon, cette planche émaillée avait un pendant de la même grandeur et de la même main. On les croyait toutes deux exécutées à Limoges; mais rien ne l'indique, et l'on observera qu'en Allemagne il y avait aussi des fabriques d'émaux en réputation.
Le sujet représenté sur notre émail s'explique à la première vue : c'est celui de la femme adultère conduite devant Jésus. La composition en est sage, le dessin des figures très-exact, et leur expression d'une justesse admirable, surtout celle de la femme coupable.
L'émail, N° 2, est aussi sur cuivre, et formait le couvercle d'un coffret de forme oblongue , dont on voit la représentation au milieu de la planche.
(1) Mjllih, Dictionnaire des Beaux-Arts , t. I, p. 5 r 4 •
(2) Ibid.
Chacune des quatre faces du coffret était ornée de tableaux et d'inscriptions en vieux français. Nous n'avons à décrire ici que le sujet représenté sur le couvercle. On y voit trois figures, qu'à leurs attitudes ignobles et à leur grotesque costume, on aura peine à reconnaître pour trois divinités. Ce sont pourtant Vénus, Minerve et Bacchus. Minerve, à genoux, semble fort irritée et confuse d'avoir été prise dans un filet par les deux autres, qui rient de son embarras. L'allégorie du sujet est expliquée par de mauvais vers qu'on lit des deux côtés de la peinture. Les voici avec leur orthographe :
Le dieu Bacclius, en allant à la cliasse, Trouvant Venus , la courut embrasser, Luy suppliant qu'il luy pleust de sa zrace (i) L'accompazner et quant et luy cliasser.
Lors un accord pour leur deduict pas... (2).
Tous leurs filletz allèrent si bien tendre Qui à l'instant Minerve si vint prendre, Sans que péûlt éviter ces passazes.
Par cest emblème est facile d'entendre Que vin et femme attrapent les plus sazes.
Nous croyons bien que ce coffret est sorti des fabriques de Limoges. Les deux initiales c. N. qu'on voit inscrites sur un petit meuble (peut-être ce sont des tablettes), qu'on voit presque aux pieds de Minerve, sembleraient indiquer que c'est là un ouvrage d'un certain Courtin , qui fut célèbre au seizième siècle parmi les peintres sur émail. — Mais on voit encore trois autres lettres inscrites à l'angle droit du tableau, qui pourraient aussi bien être les initiales du nom du peintre. Nous ne savons comment les expliquer.
(ï) Grâce. — Le peintre met partout un z à la place d'un g. 11 paraît aussi qu'il ne connaissait point Y h ou n'en voulait point faire usage : il écrit Bacclius et cliasse, au lieu de Bacchus et de chasse. (2) Sans doute passèrent; mais il n'y a point de rime à ce vers.
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