REX HIS. ANNO SAL. MDXLIII. MATIS, SU^ XLIII
Charles Y est ici clans ses habits impériaux, et tenant dans ses mains les emblèmes de sa puissance, le sceptre et le globe. La légende n'omet aucun de ses titres, et de plus nous indique son âge à l'époque où la médaille fut gravée.
Une moitié de la vie de cet empereur justement célèbre, de cet heureux rival de notre François I er , fut glorieuse et brillante : dix ans après la date que porte notre médaille, la fortune sembla l'abandonner. Dégoûté de la puissance et des hommes , il céda l'empire à son frère Ferdinand , transmit le trône d'Espagne à son fils Philippe, dont nous verrons bientôt la médaille (au N° 4); et pour lui, il alla se confiner dans un cloître en Estramadure, où il mourut en i558. On ne sait pas bien encore s'il se repentit ou non d'avoir abdiqué.
N° 3. — Marie d'Autriche, fille de Charles V.
Légende : maria austr. reg. boem. caroli v imp. fi.
Cette princesse, fille de Charles V et sœur de Philippe II, épousa Maximilien II, empereur d'Allemagne, fils de Ferdinand I er , frère de Charles V, et en faveur duquel ce dernier avait abdiqué la couronne impériale. Ce sage et généreux empereur Maximilien eut de Marie un assez grand nombre d'enfants, entre autres, un Rodolphe, qui lui succéda à l'empire.
N° 4- — Philippe II , roi d'Espagne.
Légende ■. philippus. austr. caroli. v. c^es. f. princ. hisp. et angl. r.
Cette légende nous servira à découvrir l'époque de la fabrication de la médaille. Philippe d'Autriche n'y prend encore que le titre de prince d'Espagne; mais il
se donne celui de roi d'Angleterre. Or, ce fut en vertu de son mariage avec Marie, fille de Henri VIII, qui eut lieu en i554, que Philippe put prendre le titre de roi d'Angleterre; et, par l'abdication de son père Charles V, en i556, qu'il devint roi d'Espagne, sous le nom de Philippe IL Ainsi la médaille a été nécessairement gravée après 1 554 et avant 1 556.
Ce Philippe II n'eut presque aucune des brillantes qualités qui faisaient excuser dans son père une excessive ambition. Fanatique et naturellement cruel, il répandit à flots, dans les Calabres, le sang d'une foule de malheureux qui avaient adopté les opinions de Luther contre les dogmes de l'église catholique (car ces opinions avaient déjà traversé les Apennins, et se propageaient, aussi rapidement peut-être qu'en Allemagne, dans toute l'Italie). Il exerça de bien plus grandes cruautés encore dans les Pays-Bas , tant par lui-même que par des généraux dignes de lui. Ce fut le champion le plus dévoué de la cour de Rome. Il eût voulu voir établis dans le monde entier les tribunaux de l'inquisition. Rien ne lui causait de si grandes jouissances que le spectacle d'un auto-cla-fé où l'on brûlait quelques centaines d'hérétiques. — Quelques historiens chargent encore sa mémoire du crime d'avoir fait trancher la tête à D. Carlos, son propre fils, sans procédure, sans jugement. Mais on n'a pu apporter de ce crime, commis, il est vrai, dans le secret de son palais, des preuves bien convaincantes. Tout ce que l'on sait, par l'aveu qu'il en fait lui-même au pape dans une lettre qui a été conservée, c'est qu'il détestait ce malheureux fils.
C'est aux physiognomonistes de chercher si dans les traits de ce monarque, rendus sans nul doute avec beaucoup de vérité sur notre médaille, ils trouvent quelques traces de son dur et implacable caractère.
N° 5. — Marie F e , reine d'Angleterre.
Légende • maria i. reg. angl. franc et hibern. fidei. defensatrix.
Uniquement guidée par des prélats qui voulaient rétablir la puissance du pape à laquelle Henri VIII avait soustrait l'église anglicane, la fanatique et bigote Marie commença son règne par les plus violentes persécutions contre les partisans de l'église rivale de celle dont elle suivait les dogmes. Nous ne parlons pas du supplice qu'elle fit subir à la jeune et intéressante Jeanne Gray, ainsi qu'à son époux, très-attachés l'un et l'autre à la réforme (on peut du moins excuser ce forfait par quelques motifs politiques) ; mais un grand nombre de prélats et de ministres gallicans, des femmes, des enfants même, périrent dans les flammes par ses ordres ou ceux des fougueux prêtres romains ses conseillers. Pour trouver un appui contre la nation que tant de cruautés révoltaient, et qui commençait à murmurer, ils lui firent épouser, en i554, Philippe, qui n'était encore que prince d'Espagne, comme nous l'avons remarqué au sujet de la médaille
qui précède. C'était la donner à un prince non moins cruel et fanatique qu'ellemême. Mais, soit que sa figure lui déplût, soit par tout autre motif, il ne la put supporter, l'accabla de dédains, qui, si l'on en croit quelques historiens, furent une des causes de sa mort, arrivée en 1 558 , moins de quatre ans après son mariage.
Elle avait trop bien défendu les intérêts de l'église romaine pour ne pas mériter le surnom de Fidei defensatrix , qu'on lit dans la légende de sa médaille.
Nous trouvons ici, dans l'exergue, le nom du graveur : c'est ce Jacopo da Trezzo, dont nous avons déjà parlé au sujet d'une médaille de la planche LIX, N° 4- Il habitait l'Espagne , comme nous l'avons dit , et y avait acquis une grande célébrité. Il nous parait d'autant plus juste de lui attribuer les médailles de ce temps qui sont sur notre planche, depuis Charles-Quint jusqu'à Marie, femme de Philippe II, que toutes présentent dans l'exécution la même manière. Elles prouvent en effet que c'était un artiste très-distingué , et qui méritait les faveurs dont il a joui.
N° 6. — Une reine d Angleterre.
Cette médaille est sans légende. Nous croyons y reconnaître la fameuse Elisabeth qui succéda à sa soeur Marie; mais qui, loin de soutenir le clergé papiste, établit l'église gallicane sur des bases qui l'ont rendue stable, et l'on pourrait dire inébranlable. L'histoire lui reproche bien le supplice inutile de Marie Stuart , et quelques autres fautes ou plutôt crimes ; mais on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'elle régna avec fermeté, et laissa l'Angleterre moins agitée, plus puissante et prospère quelle ne l'avait trouvée à son avènement au trône.
N° 7. — Christine, reine de Suède.
Légende .• christina regina.
C'est la seule médaille de toutes celles que contient cette planche qui appartienne au dix-septième siècle. Christine était née en 1626, et mourut en 1689.
La légende ne contient que les deux mots que nous avons cités. Ce laconisme n'aura rien de surprenant, quand on saura qu'à sa mort elle ordonna qu'on n'inscrivît sur son tombeau d'autre épitaphe que celle-ci : Vixit Christina ann. lxii.
L'histoire de cette reine, qui eut le courage d'abdiquer afin de se livrer entièrement à ses goûts pour les lettres et les arts, est trop connue pour que nous prolongions l'article qui la concerne. Elle montra une fois de la cruauté et l'oubli des convenances, en faisant égorger sous ses yeux, dans la galerie de
Fontainebleau, Monaldeschi , son amant, qui Pavait trahie. Mais elle fit preuve, en d'autres circonstances, de belles qualités et d'un grand caractère.
Disons pourtant que, d'après des mémoires qui ont été écrits de son temps, ses gestes, ses discours, ses manières, surprirent par leur indécence, et scandalisèrent même cette cour de Louis XIV, qui , à cette époque , était loin d'afficher un rigorisme qui ne devint à la mode que plus tard. Un jour elle osa dire, dans les termes les plus obscènes, à la reine elle-même, qu'elle regrettait d'être femme, parce que , si elle eût été de l'autre sexe , elle aurait pu se livrer bien plus librement à toutes ses passions (i).
Un voyageur (Misson), qui la vit à Rome, où elle s'était retirée, mais lorsqu'elle touchait déjà à la vieillesse, en trace un portrait qui doit faire trouver ressemblant celui qu'offre notre médaille. Suivant ce voyageur, elle avait le teint, la voix et le visage mâles, le nez grand, ainsi que les yeux, la lèvre de dessous un peu avancée. C'est bien Là ce que nous trouvons dans la figure de notre médaille. Il ajoute qu'elle était petite et fort grasse ; c'est ce dont la médaille ne pouvait nous donner aucune idée.
(t) Voyez les Mémoires de Brienne, nouvellement publiés, t. II, p. xI^t..