NOTICE SUR MASACCIO
Quoiqu'il ait à peine vécu quarante-deux ans, Masaccio n'en donna pas moins une forte et
nouvelle impulsion à l'art, qui jusqu'à lui n'avait fait que des progrès assez lents. On pour-
rait même dire que, depuis Giotto, la peinture n'en avait fait aucun, puisque les successeurs de ce maitre célèbre n'avaient été que ses imitateurs.
Le véritable nom de Masaccio était Maso di san Giovanni; mais comme il négligeait
extrémement sa parure et même ses intérêts pécuniaires, tout absorbé qu'il était dans ses études et ses méditations, les Florentins ajoutèrent à son prénom l'augmentatif dont ils se
servent ordinairement pour exprimer le dédain, le dégout : ils
appelèrent Masaccio.
Quelques artistes de l'école de Florence avaient réussi dans plusieurs spécialités de l'art,
ignorées de Giotto et de ses successeurs imméd
ats: Paolo Uccello, par exemple, qui observait avec tant d’exactitude la perspective; Massolino, qui agencçait mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'alors les vêtements de ses figures, et donnait à leurs visages de la vie et de l'expression. C'est ce dernier artiste qui fut le maitre de Masaccio; mais cet élève les surpassa tous, méme dans les parties où ils avaient montré le plus de talent. Dans ses tableaux, «les raccourcis,
dit un auteur moderne, vrai connaisseur, sont admirables. La pose des figures offre une variété
et une perfection inconnues à Paolo Uccello lui-même, Les parties nues sont traitées d'une manière naïve, el toutefois avec un art infini. Enfin, la plus grande de toutes les louanges, et que pourtant on peut donner à Masaccio avec vérité, c'est que ses têtes ont quelque chose de celles de Raphaël. Ainsi que le peintre d'Urbin, il marque d'une expression différente
chacun des personnages qu'il introduit (1). »
Quand cet artiste de génie mourut il était occupé à peindre les fr l'égli
sospetio di veleno; mais l'auteur n'appuie cette conjecture d'aucun fait qui la rende vraisem-
sques d'une chapelle de
: del Carmine, à Florence. On croit qu'il fut empoisonné : Mori, dit Lanzi, non senza
blable. Ce fut le plus jeune des Lippi, autres peintres Florentins, qui termina, long-temps
après, les grands travaux qu'il avait entrepris et non achevés dans la chapelle del Carmine.
Les Florentins le firent enterrer dans l'église qu'il déco
it lorsqu'il fut surpris par la mort.
1) Histoire de la Peinture en Ttalie, par M. B. A. A. Paris, 1817: LI, p 89.
AS Voici l'épitaphe qu'on lui fit; épitaphe qui a fourni le sujet de deux autres inscriptions pour
de célèbres artistes. C'est Masaccio qui est censé parler :
Se aleun cercasse il marmo o il nome mio La chiesa à il marmo, una capella & il nome Mori, chè natura ebbe invidia, come
L'arte del mio pennel, uopo e desio
EXPLICATION DE LA PLANCHE
Les tableaux de Masaccio sont fort rares. On ne connaissait point encore de son temps l'art de délayer les couleurs dans l'huile : il ne peignit, comme tous les artistes ses contemporains, que des fresques, sauf quelques tableaux en détrempe, surtout des portraits, dont Île temps n'a respecté qu'un petit nombre, sans même en conserver toute la vivacité du coloris.
Nous ne donnons de Masaccio qu'un portrait peint, et dans une des planches qui suivent) un dessin. Le portrait est celui d'une femme que lon ne voit que de profil, et qui, si l'on en juge par la simplicité de sa parure, n'était pas d'une haute condition. Ses « heveux blonds, dont une partie retombe sur sa joue, sont retroussés par derrière et retenus par une gaze. Elle porte un collier de jais à plusieurs rangs. La tête entière se détache sur un fond de paysage.
On remarquera dans ce portrait la naïveté, la vérité de la pose, l'exactitude
du contour
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ÉCOLE FLORENTIN