D'UN PRINCE DANS SES ETATS. — UN MARTYRE
Deux dessins ; l'un de MASACCIO, l'autre de BENOZZO GOZZOLI.
Vota. La Notice sur Masaccro se trouve dans l'explication de l'avant-dernière planche NOTICE SUR BENOZZO GOZZOLI,
Ce peintre fut limitateur le plus parfait de Masaccio, le surpassa même en quelques parties seulement. Il n'était pourtant point son élève; son maitre fut #ngelico da Fiesole, dont nous avons parlé dans l'explication de la planche qui précède immédiatement celle-ci.
Gozzoli ne travailla guère qu'à Florence et à Pise; mais ilenrichit ces deux villes de grands et beaux ouvrages. «Les voyageurs, dit un auteur que nous avons déja cité (article sur Masacceio), vont voir à la maison Ricardi, l'ancien palais des Médicis, une chapelle de Gozzoli, fort bien conservée, IL y mit une profusion d'or, rare dans les fresques, et une imitation naïve et vive
de la nature... Ce sont les vêtements, les harnachements des chevaux, les meubles et jusqu'à
la manière de se mouvoir et de regarder des figures de ce temps-là. Tout est rendu avec une vérité qui frappe (x). »
Mais c'est à Pise que se trouvent les ouvrages les plus renommés de Gozzoli. I y peignit les murs de tout un côté du vaste cimetière connu sous le nom de Campo Santo ; et pour cet immense travail, qui, comme le dit Vasari, ferait reculer une légion de peintres (2), il n'employa que deux années ; mais il faut croire qu il se fit aider par quelques-uns de ses élèves.
Dans ce lieu célèbre, principal théâtre de sa gloire, la cité reconnaissante lui éleva un tombeau, sur lequel est gravée une épitaphe où le mérite d'un tel artiste est justement apprécié.
Gozzoli ne fut pas seulement peintre, il cultiva aussi la poésie; mais c'est uniquement de
l'artiste que nous devions ici nous occuper.
EXPLICATION DE LA PLANCHE
Nous avons fait entendre qu'il existait une frappante analogie dans la manière
1) Histoire de la Peinture en Italie, &. T, p. 102
à) Opera terribilissima e da metter paura a una legione di péttori
et le talent de ces célebres artistes { Wasaccio et Gozzol \: pour Sen con-
vaincre, il suffira de jeter les veux sur les deux dessins que nous donnons dans
celte plan he : n'y voit-on pas li mème vérité dans les attitudi S, ie méme art ë Re ñ ñ
dans la « )Mposition des groupes, et surtout une variété extraordinaire dans les
expressions des personnages nombreux qu'ils mettent en scène ?
Le sujet du dessin de Wasaccio nous est inconnu. Un eranc personnage ,
couy d'un ampl et riche manteau. de dessous lequel sort une de ses mains,
semble jouir de intérêt, de la joie même que sa présence inspire. On croirait qu'il dit, en se tournant vers ceux qui le suivent :e Voyez ces enfants qui dansent devant moi, ces vieillards, ces femmes qui me regardent passer: c'est moi qui rends tout ce peuple heureux. »
Au temps de Masaccio, les Médicis, cette famille que le commerce avait enrichie, commencaient à exercer, sans droit, mais sans obstacle, la souveraine puissance. Les Florentins en étaient arrivés à cette période de la vie des nations où elles préfèrent le repos dans la servitude à la liberté au milieu des orages. Les Médicis, pour leur faire oublier leur ancienne indépendance, leur procuraient toutes les Jouissances que peuvent apporter les sciences, et surtout
ués à la cour; et par
les arts. Les savants, les artistes étaient admis, distin reconnaissance les gens de lettres et les savants les préconisaient dans leurs ouvrages, les artistes placaient leurs images dans tous leurs tableaux.
Le dessin de Masaccio est-il point une premiere idée de quelque tableau qu'il voulait entreprendre, que peut-être 11 exécuta à la gloire de la puissante famille qui le protégeait? D'après cela, ne devrait-on pas voir un Médicis dans le grand personnage au rit he manteau? C’est l'opinion que nous avons adoptée;
mais on peut ne la prendre que pour une conjecture.
Le sujet de l'autre dessin, de celui de Gozzok, parait être le préliminaire d'un
martyre. Un bourreau lie les jambes d'un homme à figure vénérable, qu'un autre bourreau tient renversé à terre, en le foulant aux pieds. Pendant ce Lemps un cavalier, qui à sans doute apporté la sentence du supplice, s'éloigne, perce la
foule qui l'entoure, et qu'il semble haranguer.
Ce pourrait bien être là aussi une représentation de quelque fait historique. Mais à quelle nation appartient1l? Les personnages, pour la plupart du moins, portent les costumes du temps ou vivait l'artiste; et peut-être voulait-il peindre
un trait de l'histoire des Hébreux!
ÉCOLE FLORENTINE