‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 5)Chapitre 15 sur 108 · NOTICE SUR FRA BARTOLOMEO · texte numérisé non relu

NOTICE SUR FRA BARTOLOMEO

La courte carrière de ce peintre (il mourut à peine àg

: de quarante-huit ans), et plus encore sa profession de moine, ne lui permirent ni de produire beaucoup d'ouvrages, ni de donner à ses rares talents tout leur essor.

La vue des admirables productions de Léonard de Vinci, et aussi quelques leçons de ce

grand maitre, lui apprirent ce qu'était la grace en peinture; il était déja grand dessinateur, et

lus coloriste peut-être que Léonar

D'un caractère faible et timide, et dévot à l'excès, il se laissa épouvanter par les déclamations fanatiques du Dominicain Savonarole , qui semait alors le trouble dans Florence, et attaquait à la fois la cour de Rome et le gouvernement des Médicis; et l'on vit un jour Bartolomeo livrer vubliquement aux flammes des productions de son pinceau, qui certes n'avaient rien de couable, mais dans lesquelles il se trouvait par hasard quelques nudités, Et cependant il n'était >oint encore moine; mais il ne tarda pas à le devenir. Il était avec Savonarole dans le cou-

vent des Dominicains, lorsqu'on vint arrêter, comme entaché d'hérésie, ce fougueux antago-

niste de l'infame pape Alexandre VI Le combat que les Dominicains livrèérent aux archers

our leur disputer la proie qu'ils venaient chercher, les dangers que Bartolomeo courut dans

ieux,

cette bagarre, lui inspirèrent une si grande terreur, qu'il fit vœu de prendre l'habit reli

s'il en sortait sain et sauf. Peu après il accomplit ce vœu; et, pendant plusieurs années, il

abandonna les pinceaux.

Mais Raphaël, qui, comme nous l'avons dit dans la précédente Notice, était venu à Florence

étudier les cartons de Léonard de Vinci, visita Frère Bartolomeo dans sa retraite, et ranima son goût pour la peinture. Le moine devint bientôt un maitre en quelque sorte pour Raphaël,

qui apprit de lui les règles de la perspective et l'art de draper les figures. Fra-Bartolomeo avait

fait de cette dernière partie de l’art une étude approfondie, et il passe pour être l'inventeur du mannequin à ressort, machine si nécessaire pour étudier et bien rendre les ondulations et les

plis des vêtements.

EXPLICATION DE LA PLANCHE

Le tableau de Bartolomeo qu'offre ici notre planche, prouve que l'usage où l'on était depuis si long-temps, de placer symétriquement les personnages dans les compositions pittoresques , n'avait point encore cessé. Bientôt après, Raphaël, Mic hel-Ange ct presque tous les maitres de l'épéque, à leur exemple, renoncèrent à cette regle génante, et débarrasserent l'art de la peinture de bien d'autres entraves.

Au milieu du tableau est le pontife hébreu qui vient de recevoir des mains de la Vierge le divin enfant. La Vierge avance les mains comme pour le soutenir encore, et le regarde avec une affection mélée de respect. Elle est debout a la droite du pontife, enveloppée d'une longue draperie qui lui couvre même la tête: de l'autre côté, saint Joseph, vêtu aussi d'un très-long manteau, mais la tête nue, tient dans les mains un cierge allumé et une colombe. Il semble i1bsorbé dans ses réflexions.

Cette composition est dune simplicité noble, dun style naïf et cependant

élevé, On y remarque les qualités distinetives de son auteur, la grace et harmonie.

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