‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 5)Chapitre 14 sur 108 · NOTICE SUR LEONARD DE VINCI · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LEONARD DE VINCI

La grande, la plus brillante époque de l’école florentine commence avec Léonard de inci. Par la date de sa naissance, il était le plus ancien, et par son génie, il doit être regardé comme le chef de ce groupe d'hommes illustres qui parurent pri

sque simultanément en Toscane, dont l'histoire des arts ne répète les nonts qu'avec respect, et qu'elle a placés aux premiers rangs; tels sont Mic rel-Ange, André del Sarto, Fra Bartolomeo, etc. C'est en con-

templant, en étudiant leurs ouvrages que se formèrent quelques maitres qui devinrent au

moins leurs

gaux, qui portérent en d'autres contrées de la péninsule les vrais principes de

l'art; et ce fut peut-être alors que l'école de Florence mérita encore plus qu'à son origine, le titre de mère de toutes les écoles d'Italie.

Léonard, fils naturel d'un notaire de la république de Florence, nommé Messer Pietro ,

reçut le surnom de Fénei, du petit château où sa mère lui donna le jour, et qui est situé sur

les rives de l'Arno, non loin de la belle Florence. Quoique Messer Pietro n'eut qu'une très-

médiocre fortune, il prit un soin particulier de l'éducation de ce fruit de ses amours « landestins

Il ne l'abandonna jamais, se glorifia de ses succès: et nous voyons par

les lettres de Léonard,

et par les livres de Souvenirs qu'il a laissés, et dont nous ne tarderons pas à nous o: cuper, que

itimes, la succession de

le bâtard partagea, à la mort de Pietro, en 1504, avec ses frères lé,

leur père commun.

Léonard parut un phénomène, même dans sa patrie, où cependant on se connaissait en

hommes de génie; où, sous les Médicis, le

ts, les sciences, les lettres, brillaient du plus grand éclat; dans cette patrie, enfin, qui était alors l'Athènes de l'Italie. A une beauté

remarquable il joi

gnait l'adresse et les graces: il excellait dans l'équitation, l'escrime, la musique,

et cultivait même avec succés la poésie. Mais, ce que l'on aurait peine à croire, si des monu-

ments qui nous restent n'en faisaient foi, il était en même temps versé dans toutes les sciences: dans l’astronomie, la chimie, la mécanique, la géométrie. Il enrichit le Milanais, où l'avait

appelé Ludovic Sfor

a (le Maure), des plus ingénieuses et utiles machines, et y fit exécuter diver.

s canaux. Sa mémoire, après trois siècles révolus, y est encore dans la plus grande véné-

ration. Mais nous ne devons le considérer ici que comme artiste.

II fut à la fois sculpteur, peintre et architecte-ingénieur.

Comme sculpteur, on ne peut citer de lui que peu d'ouvra

es. On sait seulement qu'il avait

exécuté le modèle en grand de la statue équestre de François Sforza (le père du Maure): qu'il

devait procéder à la fonte en bronze de cette statue, lorsque Louis XIE, vainqueur en talie,

dépouilla le M:

re de ses Etats, le priva de sa liberté, et l'envoya en France. Dans de telles

circonstances, I rd ne cru pas devoir rester à Milan : il retourna dans sa patrie, regrettant sans doute de n': pu terminer tous les travaux qu'il avait entrepris: sur le carton qui couvr un des « manuscrits qu'il a laissés, on lit, écrits de sa main, ces mots : « Fuis les orages. Le duc à perdu son Etat, ses biens et sa liberté; aucun de ses ouvrages n'a été achevé. »

Comme peintre, c'est à Milan qu'il a laissé sa plus magnifique production. Malheureusement

le temps à détruit en grande partie ce Céracle si renommé qu'il peignit dans le réfectoire du

couvent des Graces (1); mais de superbes gravures nous donnent au moins une idée de ce

qu'était cette admirable peinture

A Florence, sa patrie, il e tableau de la salle du conseil de la ville: et Raphaël, qui avait

entendu célébrer les cartons qu'avait préparés Léonar

1, vint les étudier, n'ayant alors que

On prétend que cette étude lui fit abandonner pour toujours la manière de

Pérugin, son maitre, Ainsi ce serait à Léonard de Vinci que Raphaël devrait la gloire d'être

devenu le plus grand des peintres

l'est peu de célèbres collections où l'on ne possède quelques tableaux de Léonard. On

y voit qu'il eut deux manières : l'une où, | ueur des ombres, il faisait ressortir les parties éclairées; l'autre, la plus agréable, où il procède par demi-teintes. C'est dans cette seconde manière xécuté le portrait que possède le Musée royal, et que l'on à cru

far maitresse de François FIL est bien plus probable

que c'est le portrait de Zucrèce Crivellé, qui fut aimée de Ludovie, due de Milan (le Maure ):

et méme on n'en peut guère douter d'après ce quatrain fait pour être placé au bas du tableau,

et que l'on trouve dans les poésies de Bellincioni :

Hujus quam cernis nomèn Lucretia, Divi Omnia cui largà contribuere manu

Kara huie forma est; pinxit Leonardus, amavit

Maurus, pictorum primus hie, ille ducum

4 ébiut à tort qu

e Léonard de Vinei avait redouté la présence des Français à Milan. Louis XII sut reconnaitre et employer ses talents : il lui assigna même une pension. Francois 1° l'appela

en France pour y tracer des canaux et orner ses palais; mais ce grand artiste y mourut avant

d'avoir pu commencer ses travaux; il y mourut, non à Fontainebleau et dans les bras dé

François L°, comme le disent les biographes, mais à Amboise, près de l'un de ses élèves,

Francois Melzo. H fut enterré dans cette ville, à Saint-Florentin.

1) On peut même dire qu'il ne reste rien de ce grand tableau, puisqu'il a été repeint à deux reprises au moins

en

>, ét surtout 1770); mais parmi un grand nombre de copies qui en ont été faites en différent temps, et qui la plupart sont tres-défectueuses, il en existe deux qui ont été exécutées du temps de Léonard de Vinci, et auxquelles il parait qu'il a coopéré luiméme. L'une était dans le cloître des Chartreux de Pavie, et elle a passé dans les mains d'un épicier de cette ville, qui pourrait bien l'avoir vendue en Angleterre; l'autre est au Musée royal dé Paris, On pense que cette dernière fut faite, sous les yeux mêmes de Léonard, par un de ses meilleurs disciples,

Mareo d'Oggiono , et qu'elle fut apportée en France par Anne de Montmorency, qui avait accompagné François Ier

dans sa funeste expédition en Italie. Voilà ce qui semble résulter des recherches faites à ce sujet par l'un des Ï 1

intitulée : Sur l'ancienne copie de la Cène, de Léonard de Vinci, gu'on voit maintenant au Musée royal. Paris

conservateurs de la bibliothèque Mazarine, M. l'abbé Guillon, qui a publié, en 1817, une excellente dissertation

Lenormand, 1819, in-8'

(fes

Léonard de Vinci avait laissé un grand nombre de manuscrits, dont plusieurs ne sont que de simples livres de Souvenirs, où il écrivait et souvent dessinait les machines qu'il inventait, les théories qu'il formait d'après de continuelles observations des phénomènes de la nature. Nous possédons en France treize de ces manuscrits (x ) [ls sont écrits de droite à gauche, ce qui en rend le déchiffrement assez pénible, quoique les caractères soient bien formés. Mais un savant italien (M. J’enturi), professeur de physique, a eu la patience d'en extraire avec soin ce qu'il y à trouvé de plus intéressant, et de publier en francais le résultat de son travail, sous ce titre : Zssai sur les ouvrages physico-mathématiques de Léonard de F'incr,

is de ses manuscrits. Paris, an V(

avec des fragments ti ,in-fe.

> ATION DE LA PLANCHE

Après nous être arrêté assez long-temps sur la vie d’un si grand artiste, sur l'universalité de ses talents, nous regrettons de n'avoir à offrir ici qu'une planche

contenant des études, des croquis tracés par lui sans prétention, et seulement

comme des souvenirs d'objets qui l'avaient frappé. Mais pourquoi aurions-nous donné de nouvelles estampes d'après des tableaux de Léonard? montils pas été mille fois copiés, publiés sous toutes les formes et dimensions? Les simples dessins

que nous présentons seront du moins une preuve de la continuelle attention qu'il

apportait à tout ce qui se passait autour de lui; de la méthode qu'il n'a cessé d'employer pour bien rendre les attitudes, les physionomies, les caractères et les passions. Il à laissé une foule de dessins de cette espèce qui ont été gravés , sous le titre de Caricatures, en différents pays, mais surtout en Angleterre (2).

Dans la premiere estampe de notre planche, quatre hommes, en diverses attitudes, tournent avec effort un cabestan dont les cordes sont attachées à une colonne.

La seconde est une étude de cheval.

Les trois dessins qui occupent le bas de la planche sont des caricatures, dont

deux à la plume, et l'autre au crayon.

(1) C'est à tort que l'on a prétendu qu'ils avaient été rendus à l'Italie (2) Voyez entre autres l'ouvrage qui a pour ütre : Characaturas by Leonardo da Vinci from Drawing by W. Hollard ont of the Portland Museum.

ECOLE FLORENTINE

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