DES LABOUREURS OCCUPÉS À LA PLANTATION D'UNE VIGNE
Dessin d' ANDRE A DEL SARTO,
NÉ EN 1488, mont EN 1530
NOTICE SUR CE PEINTRE
Le nom de famille d’Ændreæ était Fannuchi; on lui donna le surnom del Sarto, sous lequel il est bien plus connu, parce que son père était tailleur. Ses parents voulurent d'abord en faire un orfèvre; mais bientôt il fallut le laisser s'adonner exclusivement à la peinture, art pour lequel il avait les plus heureuses dispositions. Il se forma beaucoup moins dans les ateliers des autres peintres, que par l'étude des ouvrages de deux grands maitres ses contemporains, Léonard de
Vinci et Michel-Ange; mais il sut toujours éviter l'exagé
ration du second, qui avait la manie de montrer en toute occasion ses connaissances anatomiques. Les peintures à fresque dont il décora les cloîtres de plusieurs couvents à Florence lui firent
promptement une grande réputation. Mais, comme l'observe un écrivain (M. Levesque), «sa
modestie nuisit à sa fortune; il savait faire de bons ouvrages, mais il ne savait pas les bien faire
payer.» Les voy:
geurs en Italie s'empressent d'aller voir, dans le cloître des Servites à Florence, une de ses plus belles fresques, la Madona del Sacco, nom qui lui est venu de ce que dans le tableau on a peint saint Joseph appuyé sur un sac. Mais si l'on en croit la tradition, qui pourrait bien être fabuleuse, ce sac ne fut mis là par l'artiste que parce qu'un sac de bled devait être et fut la récompense de son travail. Michel-Ange et Titien ne pouvaient se lasser de
regarder et d'admirer cette belle Madone, quoique la manière, de l'un des deux surtout, con-
trastät étra
gement avec celle d'Andrea del Sarto.
Ce peintre, qui avait plus de célébrité que de richesse, fut un des artistes qui, sur l'invita-
tion de François IF, s'empressèrent de venir décorer ses châteaux. I fut même distingué de
ce brillant monarque, et comblé de bienfaits; mais il abusa de sa confiance : revenu dans sa
patrie avec la mission d'acheter des tableaux pour le roi, il dissipa l'a
ent qu'on lui avait
remis pour ces achats. Il s'occupait des moyens de rentrer en g
ce, malgré sa faute, lorsque,
victime de la peste qui désolait Florence, il mourut, à peine âgé de quarante-deux ans.
Malgré la brièveté de sa vie, il a beaucoup produit; et tout ce qui reste de lui est trèsestimé.
Ses compositions sont souvent froides, les caractères de ses têtes sans élévation, quoique d'une grande vérité; mais il peignait d'un pinceau trés-moelleux, et cette qualité d'exécution était
rare de son temps.
EXPLICATION DE LA PLANCHE
Le dessin d’/ndrea del Sarto que nous donnons ici est fait à la plume, lavé au bistre et retouché au blanc. On a cru y voir Noé, qui, aidé de ses enfants, plante la vigne. Nous ne pouvons ÿ voir, nous, que des laboureurs des environs
de Florence, auxquels un chef ou maitre, enveloppé d'un ample manteau,
ordonne divers travaux, et entre autres des plantations. Les attitudes sont d’une grande justesse, et les têtes des ouvriers, qui ont un caractère de bassesse et de
stupidité, d'une parfaite exactitude.
ÉCOLE FLORENTINE