‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernes (volume 5)Chapitre 6 sur 108 · UNE VIERGE ENTOUREÉE D'ANG · texte numérisé non relu

UNE VIERGE ENTOUREÉE D'ANG

Tableau de CIMABUÉ,

NÉ EN 1240, MORT Ex 1300

NOTICE SUR CIMABUI

Casué, né d'une famille noble de Florence, n'était nullement destiné à l'art qu'il ne cessa pourtant de pratiquer toute sa vie. Encore enfant, il prit goût pour la peinture en voyant

travailler des Gre

s qui peignaient les murs d'une chapelle de Sainte-Marie-la-Nouvelle : et depuis lors il ne fut plus possible de l'arracher à l'exercice de cet art.

En imitant d'un peu plus près la nature, il n'eut pas de peine à surpasser les prétendus artistes qui avaient été ses modèles ou plutôt ses maitres. Ses productions parurent des chefs-

d'œuvre, comparées à celles que l'on avait eues jusque-là sous les yeux; et il excita une telle

admiration pour ses talents, qu'on vit un jour le peuple porter en triomphe, dans les rues de Florence, un tableau de Vierge qu'il venait de peindre pour une église.

Aujourd'hui les tableaux de Cimabué nous paraissent gothiques, au-dessous du médiocre;

mais on les conserve, on les regarde encore avec intérét, parce qu'ils rappellent l'origine ou

plutôt la renaissance de la peinture en Italie. Ce sont des monuments historiques.

Félibien (x) retrace avec une effrayante vérité l'état affreux où se trouvait l'Italie, et parti-

culièrement Florence, à l'époque où naquit Cimabué, et même durant les soixante années

qu'il vécut; il s'étonne qu'au milieu des désastres de sa patrie, au milieu de tant de crimes et de ravages, un artiste ait pu se faire remarquer, et donner une impulsion nouvelle à

un art qui, à ce qu'il semble, ne doit prospérer que dans les loisirs de la paix. Mais les

grands événements, les troubles politiques ne sont pas aussi défavorables qu'on le pense

aux beaux-arts. Les esprits dans cette agitation générale deviennent plus acti

g ; les imaginations s'exaltent; on a besoin d'émotions, de quelque genre qu'elles soient, mais surtout de ces émotions douces qui rappellent ou font espérer des temps meilleurs. C’est quand la tem-

pête mugit que l'on entend avec le plus de charme la flûte du berger. N'avons-nous pas vu,

en France, pendant les horreurs de la révolution, les arts honorés, cultivés avec plus de succë

que dans les temps de paix qui avaient précédé cette grande catastrophe ? c’est le despotisme

(1) Enrrertens sur les Vies et les Ouvrages des plus excellents Peintres, À 1%, p. 152 et suiv.

:| seul qui tue les arts, parce qu’en asservissant les ames, il les avilit, les énerve, et qu'elles ne

sont plus sensibles à rien de beau, de noble, de grand

EXPLICATION DE LA PLANCHE

Les tableaux de Cimabué se trouvent bien rarement dans les collections. Nous croyons que le Musée de Paris n'en possède qu'un seul, et c'est celui que HOUS reproduisons dans notre lithographie. Il nous à semblé qu'il fallait nécessairement présenter, dans un ouvrage du genre de celui-ci, au moins une production du maitre qui, le premier en Italie, s'est montré avec quelque distinction dans la carrière qu'ont depuis parcourue avee éclat tant d’autres maitres de toutes les écoles italiennes

En regardant cette Vierge, assise sur un trône de forme gothique, entourée d'anges symétriquement placés les uns au-dessus des autres, des deux côtés du trône, il faut ne pas oublier que le tableau original d plus de cinq siècles d’existence, et que jusqu'alors les peintres mavaient eu pour modeles que des madones de travail grec, exécutées dans les siceles demi-barbares du Bas-Empire. On ne sera plus surpris alors de la sécheresse, de la roideur des figures, de la symétrie qui règne dans l'arrangement de tous ces anges; on pardonnera à Partiste la longueur démesurée des mains, de toutes les extrémités des figures, etc., etc.

Un véritable connaisseur rappelle quel grand pas Cimabué fit faire à Part de la peinture. «On ne peut guère louer ce plus ancien des peintres, dit-il, qu'en

indiquant les défauts qu'il n'a pas. Son dessin offre un moins grand nombre de

lignes droites que celui de ses prédécesseurs ; il y à des plis dans les draperies: on aperçoit une certaine adresse dans sa manière de disposer les figures, quel quefois une expression étonnante.

«Mais il faut avouer que son talent ne le portait pas au genre gra

eux; ses madones manquent de beauté, et ses anges, dans un même tableau, présentent

toujours les mêmes formes. Sévère comme le siècle où il vécut, il réussit dans

les têtes d'hommes à caractère, et particulièrement dans les têtes de vieillards. Il sut marquer dans leur physionomie la force de la volonté et l'habitude des hautes pensées. Dans ce geure les modernes ne lent pas surpassé autant qu'on le croirait d'abord. Homme d'une imagination hardie et féconde, il essaya le

premier les sujets qui exigent un grand nombre de fig

s, et dessina ces figures

dans des productions colossales (1). »

1, Histoire de la Peinture en Italie, t. 1, p. 26.

ECOL

PLANCHE LXIIT.

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