NOTICE SUR GIOTTO
Le nom de famille de ce peintre était Bondone ; mais ses contemporains et la postérité ne
l'ont jamais appelé que Grotto, abréviation d'Æmbrogiotto (Ambroise). Né
Cimabué le rencontra par hasard, dessinant avec une pierre aiguë ses chèvres sur une ardoise.
pauvre, dans une campagne des environs de Florence, il gardait les troupeaux, lorsque
Cimabué le demanda à ses parents et en fit son élève.
r il devint bientôt le premier artiste de son temps. I fut à la fois peintre,
De simple ber, sculpteur, architecte. Appelé dans tous les Etats de ltalie par ceux qui les gouvernaient, il ne cessa de voyager, et laissa partout des preuves de ses talents vraiment extraordinaires pour le temps où il vivait.
Un court intervalle le sépare de Cimabué, son maitre; mais entre eux, quant au talent en
peinture, la distance est immense. Aussi le Dante, qui fut son ami, s'écrietil dans son poëme
du Purgatoire
£ Qu'elle est vaine la gloire, qu'elle à une courte durée, si la postérité ne
l'affermit point par ses suffrages! C
nabué s'enorgueillissait de tenir le sceptre de la peinture:
Giotto est venu, il a éclipsé la haute renommée de son maitre.
Oh vana glôria dell umana posse Com’ poco verde in su la cima dura Se non è giunta dal etadi grosse!
Credette Cimabue nella pittura
T'ener lo campo; ed ora ha Giotto il
Si che la fama di colui s'oscura (1). »
Et Pétrarque aussi, qui connut Giotto et l'aima, fait le plus grand éloge de ses productions (2). Aujourd'hui les tableaux de Giotto nous paraissent barbares au premier aspect : c'est que
nos yeux sont habitués aux productions des Raphaël, des Corrège, des Titien. Mais, avec plus
(1) Purgatorio, eant. XI
que et un article de son testament
lans lequel il lègue à un de
(2) Voyez Félibien , qui cite une lettre de Pétr:
ses amis un tableau de la Vierge, de Giotto. — Entretiens sur les Peintres, &. 1, p. 169
d'attention, on reconnaitra que le dessin de Giotto n'a plus la roideur, la sécheresse de celui des maitres qui l'avaient précédé, et toutes ses productions prouvent qu'il avait le sentiment
du coloris et même de la grace. Que pouvait-on attendre de plus du second des maitres de la
plus ancienne des écoles d'Italie? Ce qu'il y à de certain, c'est que, jusqu'à Masaccio, qui ne
florit guëre qu'un siéele après lui, aucun de ses successeurs ne l'a surpassé,
EXPLICATION DE LA PLANCHE
M. Denon possédait deux tableaux de Giotto, d'assez petite dimension, où étaient représentés deux apôtres, lun saint Paul et l’autre saint Mare. Ces figures étaient en pied sur des fonds dorés.
C'est le tableau de saint Paul que lon voit ici dans notre lithographie; elle pourra donner au moins une idée de la manière de Giotto. L'apôtre tient d’une main le glaive qui fut, dit-on, l'instrument de son supplice, sous le règne de Néron; de l'autre, qui est recouverte de sa robe, un livre fermé. L'espèce d'encadrement dont la figure est entourée ajoute encore à l'aspect gothique du tableau.
Mais on remarquera le beau caractère de la tête, la manière large dont sont traités les amples vêtements du saint. Il y a du Michel-Ange dans cette produc-
tion : elle fait pressentir ce grand maitre.
ECOLE FLORENTI