‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernesChapitre 12 sur 85 · PLANCHES CCXLVIII — CCL · texte numérisé non relu

PLANCHES CCXLVIII — CCL

Un dessin et deux tableaux de DAVID TÉNIERS ,

NÉ EN 1610, mont EN 1694.

NOTICE SUR CE PEINTRE

Au seul nom de 7enters le sourire nait sur les lèvres de quiconque à vu de ses plaisants tableaux ; et qui n'en à pas vu? ils sont presque innombrables; il n'est pas une galerie célèbre qui n'en contienne plusieurs, pas de modeste amateur qui n'en veuille avoir quelques-uns dans son cabinet.

Avant de peindre si habilement et avec tant de vérité ses bons paysans de Flandre, Téniers avait fait d'excellentes copies des premiers peintres de toutes les écoles; il s'était adonné ensuite à limitation de leurs différents styles dans des compositions qui étaient

absolument du même genre que celui dans lequel ils s'étaient illustrés. Il réussissait tellement

dans ces pastiches (1), que l'on à dit de lui qu'il pouvait être, à sa guise, ou Bas

Tintoret, ou Rubens. Cest surtout dans limitation de ce dernier, qui, au reste

maitre, quil excellait : il en avait la couleur, la touche et mème l'élévation.

Mais il s'ennuya de n'être que copiste, et encore plus d'être une espèce de /aussaire en

peinture, Il sentit qu'un artiste ne peut espé

r de vivre dans la postérité qu'en retraçant la

nature telle qu'il la voit, et non telle que l'ont vue ou l'ont rendue les autres : et, pour mieux

étudier la nature, il se retira dans un village près d'Anvers. Ce fut là qu'observant les villa-

geois dans leurs travaux, dans leu

s jeux, dans leurs joies, dans leurs passions, il apprit à

gestes,

rendre avec une vérité, une exactitude, qu'aucun autre artiste n'a surpassée, leurs

leur attitude, l'expression de leur physionomie. Un peintre a dit de Jui : « I sait distinguer les

différents états des habitants des campagnes, et les nuances ÿ sont clairement senties, depuis

le mendiant jusqu'au seigneur de la paroisse. Dans ses fêtes de village, comme il a bien rendu !

la différente gaité des différents personnages!

Le paysan aisé n'y danse pas comme le pauvre

manœuvre, et il n'est pas jusqu'au magister du hameau qui n'y rie à sa manière (2). »

gentins. Il travaillait avec tant

Fe)

Ses tons de couleur sont vrais et riches, vigoureux et à

de rapidité que souvent il commençait et finissait un tableau dans le même jour. Aussi

(1) Le mot pastiches, qui vient de l'italien pasticio, pâté, ne devrait s'entendre que de ces tableaux composés de parties empruntées à des tableaux de différents maîtres; mais on en a étendu l'acception : on appelle aussi pastiches des compositions faites dans la manière et le goût de tel où tel maitre. C'est dans ces espèces de contrefaçons pittoresques qu'excellait David Téniers

2) Observations sur quelques grands Peintres, par Tarsrasson, de l'Académie de Peinture. Paris, 1808; p. 86

disait-il en plaisantant, qu'uue galerie de deux lieues de longueur pourrait à peine contenir toutes ses productions C'est à tort, selon nous, que l'on se plait à rabaisser le genre dans lequel il s'est illustré,

é que dans les plus hautes ela

en le traitant d'ignoble. Pourquoi n'imiterait-on la socié ce n'est point là que l'on trouvera l'homme tel que l'a fuit la Providence. Si Louis XIV bannit de ses galeries les tableaux flamands et hollandais, c'est que le grand monarque n'avait vu que les scènes théâtrales que produisait le pinceau de Le Brun, et qu'il ne croyait pas que l'on put jeter les yeux sur toute autre espèce d'hommes que les courtisans qui entouraient

son trone

EXPLICATION DES PLANCHES

PLANCHE CCXLVIIT

UN MILITAIRE, DES PAYSANS, ETG. | GROQUIS

Il serait inutile de faire remarquer la vérité des costumes, des poses , des

race et la

Le]

physionomies de ces diverses figures. Le jeune militaire à toute la

gaité insouciante de son àg

Le]

* et de son état. Le vieux paysan marche avec pesanteur, mais il marche; l'autre paysan, qui Sarrête appuyé sur son bâton, ne semble-t-il pas causer avec cette femme qui l'écoute d'un air distrait? et dans les traits à peine ébauchés de ces pauvres gens ne voit-on pas les traces de la fatigue habituelle à laquelle ils sont condamnés? — Ce ne sont là que des études,

des croquis; mais on y peut deviner ce que Téniers était dans ses tableaux.

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