ÉCOLES GERMANIQUES
Nous avons exposé, dans nos Observations préliminaires (1), que certaines écoles de
peinture, surtout celles qui se sont formées dans des contrées voisines les unes des autres, ayant des rapports constants entre elles, tant par les sujets qu'elles semblent traiter de préférence, que par le mode d'exécution qu'elles ont le plus communément adopté, il convient de les classer sous une dénomination générale qui en rappelle le caractère dominant. I n'est point
d'écoles qui réuni
nt de ces rapports de style et même d'exécution autant que celles qu'il nous à plu de nommer germaniques , et qui sont au nombre de trois: L'ÉCOLE FLAMANDE ;
L'ÉCOLE HOLLANDAISE
COLE ALLEMANDE
Nous aurions pu, il faut l'avouer, n'en faire qu'une seule école, tant elles ont entre elles d'affinité, de rapports, et c'est le parti qu'ont cru devoir prendre plusieurs écrivains. Mais remarquons (et c'est ce que nous prouverons dans les petites dissertations qui, dans notre ouvrage, précèdent toujours les explications des tableaux et dessins de chaque école que si, dans l’origine, l'école allemande offrait des différences peu sensibles avec les écoles flamande
et hollandaise, «
s deux dernières ont pris, avec le temps, un caractère plus tranché, plus distinctif, un autre goùt même. Il fallait donc les diviser; il fallait même diviser l'école
flamande de l'école hollandaise, parce qu'elles différent au moins par des nuances que l'on
peut apprécier, parce que d'ailleurs leurs chefs ou fondateurs ne sont pas du même temps; que l'une à brillé avant que l'autre attiràt sur elle l'attention : et, dans un ouvrage dont
le principal but est de présenter l'Histoire des ris du Dessin, À nous à paru important
de classer toujours nos matériaux dans un ordre chronologique.
Il ne nous reste plus qu'à indiquer les caractères généraux qui rapprochent entre elles les
trois écoles germanique
Ce n'est point là qu'il faut chercher l'élévation des idées, un beau choix de nature, encore
1) Voyez le premier article de notre tome I
rome 19. — 3° partie
noins de beau ideal. Les artistes des contrées septentrionales ont peint la nature qu'ils avaient sous les veux : ils ne pouvaient la rendre ni sublime, riante; mais avec quelle vérité,
quelle naïveté ils nous offrent les scènes vulgaires, et même souvent basses et grossières, qui
s'étaint présentées à leur observation ! L'expression, les attitudes de leurs vils personnages
sont justes, bien senties; et avec quel art ils distribuent la lumière, comme ils colorent les objets! L'école vénitienne le cède, en cette partie, à l'école hollandaise.
Un de nos érudits qui, pendant sa trop courte vie, s'était beaucoup occupé des arts, a trés-bien indiqué, selon nous, les causes des différences que l'on remarque entre les écoles des divers pays: c'est en le citant que nous terminerons cet article
On peut reconnaitre dans toutes les écoles la cause du caractère qui les distingue : dans l'école romaine , excellente éducation de ses premiers artistes, et les chefs-d'œuvre de l'art antique trouvés dans les ruines de l'ancienne Rome; dans l'école vénitienne , la magnificence que répandait à Venise le commerce de l'Orient, la fréquence des fêtes et des mascarades, l'obligation où se sont trouvés souvent les artistes de peindre des personnes qui étaient vétues des plus brillantes étofles ; dans l'école Lollandaïse, la vie ordinaire de ses artistes, qui fréquentaient surtont les tavernes et les ateliers des artisans grossiers, qui voyaient surtout des figures
basses et g
rotesques, el qui étaient souvent témoins des effets que produit une lumière
étroite. naturelle ou artificielle, dans des lieux fermés (1). »
1) Mix, Dictionnaire des Beaux-Arts, LL,
ÉCOLE FLAMANDE
C'est à bon droit, à ce qu'il nous semble, que nous avons placé l'école flamande la première
des écoles germaniques. En effet, le plus ancien maitre de cette école florissait au moins un
siècle avant Albert Durer, que l'on regarde comme le chef de l'école allemande, laquelle a précédé l'ecole hollandaise.
L'ancien Brabant et la Flandre étaient, aux quatorzième et quinzième siècles, les pays les plus florissants de l'Europe, si l'on en excepte toutefois Gênes et Venise en [talie. Ils devaient leur prospérité à l'industrie, au commerce. [l n'est donc pas étonnant que les arts y aient été cultivés avant que les autres contrées voisines pussent les goûter, en jouir. Les richesses appellent les arts; où ne sont pas les richesses, ils languissent où émigrent en d'autres contrées.
Ajoutons que ce fut en Flandre, et, si l'on s'en rapporte à l'opinion la plus accréditée,
aces au génie de Jean de Bruges (artiste que nous ferons bien mieux connaitre dans un
g article suivant), qu'il s'opéra, dès le commencement du quinzième siècle, une espèce de révolution dans la peinture. Jean de Bruges découvrit, ou du moins employa le premier avec succès un procédé fort utile dans l'exécution des tableaux : il délaya dans une huile très-pure les couleurs que lon délayait auparavant dans du blanc d'œuf. On crut voir tant d'avantages dans ce nouveau procédé que bientôt, dans l'Europe entière, on n'en employa aucun autre, et aujourd'hui encore c'est le seul qui soit en usage, bien qu'il présente d'assez grands incon-
ve
vénients. Mais ce n'est point ici le lieu d'entrer dans un cussion sur Ce Su]
Qu'il nous suffise de rappeler que l'école qu'honore Jean de Bruges à porté à sa plus haute N PI I I perfection la partie de l'art qui concerne l'emploi et le traitement des couleurs. Comme
toutes les écoles germaniques, elle est remarquable par l'extrême vérité qu'elle mettait dans
limitation de la nature. Elle peut citer aussi, en plus grand nombre qu'aucune de ses rivales,
des peintres d'histoire, même des auteurs de tableaux d'une grande dimension; mais il est
remarquable que, même dans les grandes machines, ses peintres ont toujours été fidèles aux
principes de leur école sur l'emploi de la couleur. Nous citerons en preuve les productions
de Rubens, de son élève Van-Dick, de Gaspard de Crayer, de Jac ques Jourdaens, etc.
ÉCOLE FLAMANDE
PLANCHE CCXLI.