‹ Monuments des arts du dessin chez les peuples tant anciens que modernesChapitre 4 sur 85 · ET LONG-TEMPS APRÈS SON FRÈRE HUBERT · texte numérisé non relu

ET LONG-TEMPS APRÈS SON FRÈRE HUBERT

NOTICE SUR CE DEUX ARTISTE

Un peintre de la petite ville de Maaseyck, située sur les bords de la Meuse, donna le jour,

peu après le milieu du quato

aux deux célébres artistes auxquels on doit, sinon la découverte, du moins le perfectionnement du procédé de la peinture à l'huile. Ainsi, à

une époque qui suit de très-près celle où Cimabué florissait en Italie, la Flandre pouvait déja

citer des artistes de talent. Cest donc

à ce qu'il nous semble, que nous plaçons, malgré l'usage contraire, l'école flamande avant toutes celles qui s'établirent successivement dans les contrées septentrionales de l'Europe.

Jean Van-Eyck fut élève de Hubert, son frère aîné, et le surpassa en talent. Ce fut lui qui,

en cherchant un meilleur vernis pour ses tableaux, saperçut que les couleurs se mélaient

plus facilement avec l'huile qu'avec la colle ou l'eau d'œuf dont il s'était servi jusque là.

; mais

Dès-lors lui et son frère n'employerent plus que des couleurs à l'huil ils cachèrent

long-temps leur secret.

Is s'étaient établis à Gand, ville alors trè

-commerçante. Fravaillant presque toujours ensemble et souvent aux mêmes tableaux, ils jouirent long-temps, en commun, d'une grande réputation, et acquirent de la fortune. P ailippe-le-Bon, due de Bourgogne et comte de Flandre, qui les estimait et les protégeait, leur commanda plusieurs tableaux. Parmi ceux qu'ils pei

nirent pour lui, il en est un qui passe pour un prodige de patience. Le suiet en est > l Î 5 [ j

pris dans l'Apocalypse de saint Jean, et l'on y Compte jusqu'à trois cents têtes, dont pas une

ne ressemble à une autre. Sur les volets en bois destinés, suivant l'usage du temps, à recouvrir le tableau, on voit le portrait de Philippe-le-Bon à cheval; et les deux frères s'y sont aussi représentés, l'ainé sur un volet, le plu:

jeune sur l'autre.

Après la mort de son frère Hubert, Jean vint se fixer à Bruges, où Philippe-le-Bon tenait

(1) Les dates de la naissance et de la mort de Hubert et de Jean Van-Eyck sont rel

atées différemment dans la plupart des biographies. Nous avons cru devoir indiquer ici les dates d'aprè

s l'ouvrage de Descamps, sur les peintres flamands , allemands et hollandais, ouvrage rédigé avec une sc rupuleuse exactitude, et fruit de pénibles recherches.

Cet auteur a été aussi notre guide pour la Notice sur les deux Van-Eyck.

sa cour. Ce fut là qu'il fit, seul, la plupart des tableaux que l'on trouve aujourd'hui avec

tant d'intérét dans presque toutes les galeries et musées de l'Europe. I y mourut, d'après

soixante-onze ans, Ce qui ne s'accorde pas entiè

quelques biographes, en 1441, à l'âge <

ment avec l'opinion émise par le plus grand nombre, qu'il parvint à une extrême vieillesse,

Philippe-le-Bon, qui avait reconnu en fui un esprit juste et solide, lui avait donné une place

dans son conseil

EXPLICATION DE LA PLANCHIH

ieux, dans la ville

Ce tableau est loug-temps resté, comme un monument pré

de Dijon, et lon à toujours cru qu'il représentait la cérémonie du baptême

d'Antoine, fils de Philippe-le-Bon et d'Isabelle de Portugal, sa femme. Si c'est là, en effet, le sujet de ct tableau, comme nous n'en doutons pas, ce n'est point l'ouvrage de Aubert Van-Eyck, bien qu'on lise son nom sur notre plan he : son frère Jean peut seul lavoir exécuté

En effet, Hubert Van-£Eyck mourut en 1426, comme le prouve lépitaphe

nscrite sur son tombeau à Gand; il est impossible qu'il ait pu peindre le baptème

Philippe n'avait pu épouser qu'aprè le décès

d'un enfant né d'une princesse que

de Bonne d'Artois, sa seconde femme : or ce décès n'était arrivé qu'en 1 25. Il

faut donc, à notre avis, restituer à Jean Van-Eyck cette composition , qui à toujours été attribuée à Hubert, son frere.

Ce sont autant de portraits fidèles de personnages importants que nous voyons dans cette curieuse composition

Remarquons d'abord Philippe et sa femme Isabelle, à genoux sur le premier

plan du tableau. Voilà ce Philippe de Bourgogne, si indüument appelé le bon,

français pour venÿel la mort de son pere,

qui répandit des torrents de sang

assassiné sur le pont de Montereau, de son père Jean sans Peur, qui lui-même

avait été un lâche assassin (1). Ce bon prince ne donna pas non plus une grande

preuve d'humanité, lorsqu'il se fit porter, vieux et infirme, sur les cendres encore

fumantes de la ville de Dinan, saccagée par son armée, pour en voir passer tous

les habitants au fil de l'épée. Il ne faut pas plus croire aux qualifications données

de leur temps aux princes, qu'à leurs physionomies, même lorsqu'elles sont

les artistes. On présume que les

fidelement représentées par autres personnages

qui fSeurent dans ce tableau étaient les illustres parrains de lenfant, et Fon veu de l'empereur Frédéric et lévèque de Cambrai;

de Namur. Cela peut être

croit reconnaitre en eux un ne

dans les maraines, la duchesse de Clèves et la comtesse

Mais le prêtre qui va plonger l'enfant dans l'eau, où celui qui assiste à la

1) Voyez l'Histoire des ducs de Bourgogne, par M. pe Bananre. T. HI et LV

cérémonie un flambeau à la main, ne serait-il point ce Geoffroy, moine si ambitieux, qui fut long-temps aumômier et secrétaire de Phili )pe-le-Bon, et qui, sorti des derniers rangs de la société, parvint, à force d'intrigues et de perfidies, au cardinalat ?

Quant à ces deux personnages dont on ne voit guère que les têtes, à la droite du tableau et tout près de la bordure, nous pensons que ce sont les deux frères Van-Eyck. Ils mettaient ordinairement leurs portraits dans les tableaux qu'ils

exécutaient pour Philippe-le-Bon, comme on a pu le lire dans la Notice qui

précède. En se placant, comme spectateurs, daus la cérémonie qu'il avait à

peindre, Jean n'aura point voulu oublier son frère aîné, quoi qu'il m’existät plus. C'est probablement ce dernier qui est à la droite de Jean, la tête couverte d'une espèce de capuchon noir.

Parmi les choses remarquables de ce tableau, on observera les costumes, qui sont bien ceux du temps.

Le peu de cheveux que l'on voit sur la tête de Philippe-le-Bon ne semblent pas lui appartenir. C'est un motif de plus pour reconnaitre ici son portrait. À la suite d’une maladie qui le rendit chauve, il se fit faire une perruque; et c'est le premier prince qui ait porté perruque en Europe. Tous les courtisans, à son exemple, renoncèrent à leurs cheveux ; roi la mode des perruques devint

générale, non-seulement en Bourgogne, mais dans toute la France.

«Cabot Van-eyeh pure vaine fa

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ÉCOLE FLAMANDE

PLANCHE CCXLIL.

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