Monuments élevés à gloire militaire par les romains et les français
L'éclat et la puissance des nations se réviMent par la nature et la grandeur de leurs établissemenls, toujours fondés dans un but d'utilité pnbiicjue et d'intérêt général.
Les Grecs et les Romains, cjui avaient porté au plus haut degré la gloire militaire, érigèrent de nombreux monuments, destmés à en perpétuer le souvenir; c'est ainsi qu'ils élevèrent à leurs armées et à leurs généraux les
9 Paris. - linp. Simon Rjçon cl Cooip., rue d'Erfurlh, 1.
colonnes, les obélisques et les arcs de triomphe (1) qui ornent encore, en partie, les cités les plus florissantes et ont survécu aux ravsgcs du temps et des révolutions.
Lorsque les Romains se furent établis dans les Gaules par la lorce des armes, ils enrichirent les villes conquises des mêmes ornements d'architecture.
(I) 11 n'est pas certain que les Grecs aient élevé des arcs de triomphe. Celte spécialité archilcclurale parait exclusivement appartenir aux Romains.
MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE
Telle porte, telle colonne, tel temple, rappelait une victoire, un fait d'armes, un trait de bravoure éclatante, un acte de reconnaissance envers le Dieu des armées. Des routes militaires furent créées pour faciliter les communications de toute nature, ainsi que de nombreux aqueducs pour établir des conduits d'eau dans les localités où cet élément était insuffisant aux besoins des habitants et des gens de guej-rc.
Les Francs, dont la civilisation était encore à faire, ne nous ont légué aucun monument remarquable, ils se sont bornés à ériger quelques tombeaux, dans la pensée d'éterniser la mémoire de ceux de leurs fçénéraux et de leurs rois qu'ils avaient le plus affectionnés. Ce ne fut qu'au commencement du onzième siècle qu'on vit s'élever ces portes monumentales des places fortes, qu'un nouveau système de fortification devait plus lard faire disparaître.
Les premières grandes constructions militaires que l'on eut à remarquer, du onzième au douzième siècle, sont le donjon du château de Loches, le château Gaillard d'Andely, le château d'Arqués, et quelques autres encore dont nous donnerons la description historique et l'appréciation artistique.
Les treizième, quatorzième et quinzième siècles ne se
distinguent, â quelques exceptions prés, par aucun édiflce digne de fixer l'attention. Le nont militaire de Valendrc, à tahors, et un petit nombre li'établissements de bienfaisance, sortent, seuls, de la ligne suivie jusqu'alors.
La longue période qui comjnence au régne de Louis XIV et se continue jusqu'à nos jours se signale particulièrement par les créations architecturales les plus grandioses. On peut comprendre dans cette nomenclature les casernes, l'hôtel des Invalides, l'Ecole militaire, les arcs de triomphe, les colonnes élevées à la gloire de nos armées, les ponts, les fontaines, et une foule d'autres monuments militaires.
Les faits immortels qui se rattachent à ces œuvres de l'art, les nobles enseieuements historiques qu'ils rappellent, trouveront sans doute prés de nos lecteurs l'intérêt que doivent inspirer à tout Français les glorieux souvenirs de nos annales anciennes et modernes.
Le capitaine SICARD
Meiulirc de |ilusieurs snciéiés savanifs françaisfs CI élrangères, iuiifiir de illisloîTe des Inslitulms militaires des Français.
Château d'Angers
AI6I.II1I.E DE VIEX^VB (départemenlde l'Isère) . Ce monument, qui, suiv.int une tradition locale, ne serait rien moins que le tombeau de Ponce Pilate, est situé à cinq cents mètres de Vienne, près de la porte d'Avignon, entre la route et le Rhône. Cette pyramide, connue aujourd'hui sous le nom de Plan-de-V Aiguille, s'èleve sur un socle en pierres de taille, assemblées sans chaux ni ciment, et couronné d'un entablement. Les angles sont ornés d'une colonne ensagée. et les quatre faces sont percées d'une arcade. La hauteur totale de l'édifice est de 26 mètres, y compris la base.
Ce monument, l'un des mieux conservés, mais auquel on n'a pu assigner de date certaine, parait cependant ne pas remonter au delà des premiers temps de la conquête des Gaules par les Romains. D'autres traditions assurent qu'il recouvTe le tombeau de l'un des lieutenants de César.
AJACCIO (CoLO>NE SAPOLÉosres>E, a). Une colonne monumentale, en granit du pays, a été élevée dans cette ville à la mémoire Je l'empereur Napoléon. Elle surmonte la fontaine en marbre construite sur la grande place.
Le fut de celte colonne, dont la première pierre a été posée le 2o juin 183", est couronnéde la slatuede Napoléon.
Ce monument, qui repose sur un piédestal, a 5*2 métrés 48 centimètres d'élévation.
AXCERS (Chateac d'i, département de Maine-et- Loire. Cette forteresse, commencée sous le régne de Philippe-Auguste, et achevée sous celui de Louis "IX, s'élève à prés de 32 mètres au-dessus de la Mayenne. Elle est entourée de huit gi-osses tours en pieiTe d'ardoise, qui lui donnent un aspect triste et imposant : elle est environnée d'un fossé taillé dans le roc, de 29 mètres 23 centimètres de largeur, sur 10 mètres 71 centimètres de profondeur. Sa destination actuelle est de servir de prison et de recevoir des dépots de poudre de guerre.
AVI^I^IB (Abc de triomphe on facbocbo saisi-'', à Paris. Cet édifice, situé à l'extrémité du faubourg de ce nom, fut élevé en mémoire de la conquête de la Flandre et de la Franche-Comté par Louis XI\ . Colbert, qui en avait conçu le projet, en confia la direction à Charles Perrault, et Veiéculion à l'architecte Guitard.
Commencé en 1669, la première pierre n'en fut posée que le 6 août 1670. Le peu d'intérêt que Louis XIV parut prendre à ce monument de sa gloire en compromit l'érection. Cette indifférence du monarque se communiqua du ministre aux magistrats de la capitale, et la maçonnerie de cet arc de triomphe ne s'éleva qu'a la hauteur 'des piédestaux. Toutefois Colbert, voulant juger de l'effet de
cette construction, la fit achever en plâtre. Cet essai n'ayant produit aucun résultat avantageux sur l'esprit du roi, les travaux se trainèrent lentement, et ce monument, quoique d'une grande beauté, si l'on en juge d'après la gravure qu'en a faite Leclerc, ne fut point continué. Le régent en ordonna l'entière destruction en 1716, peu de temps après la mort de Louis XIV. La dépense, qui s'éleva à ol3,"oo livres fut sacrifiée sans avantage pour les arts.
Les inscriptions proposées pour ce monument soulevèrent entre les littérateurs contemporains une longue et sérieuse polémique sur la question de savoir si les inscriptions monumentales devaient être en langue latine ou française; si l'on devait, pour parler aux Français, employer leur langue naturelle, de préférence à une langue ancienne et étrangère. Plusieurs volumes furent écrits sur cette matière.
AVrOIXB iPoRTE SAIM-), à Paris. L'ancienne porte située à l'extrémité de la rue Saint-Antoine, et dont la construction datait de 1 080. fut agrandie et restaurée, en 1670 et 1671, par l'architecte Blondel. Elle avait été primitivement ornée de plusieurs bas-reliefs sculptés par Jean Goujon.
Blondel convertit cette porte en arc de triomphe en l'honneur de Louis XIV, et agrandit ce monument en ajoutant à l'ancienne arcade deux autres arcades latérales de la même hauteur.
La façade du côté du faubourg était la plus riche en ornement ; celle du côté de la ville se faisait remarquer par la coupe des pierres, des cerceaux en cul-de-four qui surmontaients les trois portiques. Cette porte était chargée du buste de Louis XIV et de la figure du soleil placée dans les métopes de la frise dorique. Du côté de la ville, audessus de la porte du milieu, on voyait un trophée d'armes; au centre, un globe éclairé par le rayon de l'astre que ce roi avait pris pour emblème.
L'édifice était couronné par un attique; i ses deux extrémités s'élevait un obélisque terminé par une lleur de lis ; au milieu figurait une statue allégorique, tenant en main une torche ardente.
Cette porte, défendue du côté du faubourg par une demi-lune, fut le théâtre de plusieurs événements qu'il serait trop long d'énumérer ici. Elle fut démolie en 1778.
AQUEDUCS. Ouvrages eu maçonnerie, destinés à faciliter le passage d'un cours d'eau d'un lieu dans un autre.
Les Romains ont surpassé tous les peuples anciens et modernes dans la construction de leurs aqu<e ductus iconduits d'eaui. Les historiens en font remonter l'usage vers l'an 441 de la fondation de Rome.
Presque tous ces aqueducs portaient les noms de ceux qui les avaient fait construire, ou celui des eaux qu'ils conduisaient.
Parmi les aqueducs antiaues établis dans les Gaules, et dont il nous reste encore ae nombreux vestiges, on peut citer le pont du Gard, l'aqueduc de Metz, celui d'Arcueil, etc., etc., dout il sera parlé plus bas.
ARC DE TRIOMPHE. .Monument construit en maçonnerie, et formant un massif isolé de forme rectangulaire, percé dans son milieu d'une porte ou arcade en plein cintre, surmonté d'un entablement et quelquefois d'un attique.
L'ordre observé pour la construction de ces sortes d'édifices n'était pas toujours le même. On voit, en elTet, des arcs de triomphe composés de trois arcades : celle du milieu, ordinairement plus élevée, et deux arcades latérales de moindre dimension ; d'autres en ont cinq, trois sur la face et une sur chaque flanc.
Ces arcs sont ornés de bas-reliefs représentant les actions principales des guerriers en faveur desquels ils avaient été élevés, de colonnes engagées ou en saillie ; quelquefois latti [ue qui règne au-dessus de l'entablement porte un quadrige eu hrouze ^1).
Ce genre d'architecture appartient exclusivement aux
(1) On donne le nom de quadrige à un char attelé de qraatre chevaux.
MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE
Romains. Il a clé inventé pour éterniser le souvcnii' des victoires éclatantes remportées sur les ennemis de l'Etat. Le général qui obtenait les honneurs du triomphe passait sous l'arche du milieu, suivi du butin et des prisonniers faits sur les peuples vaincus. Le reste du cortège suivait, ou passait sous les arcades latérales.
Dans les premiers temps de la puissance militaire de Rome, ces arcs ne consistaieni qu'en un échafaudage en bois recouvert de toiles peintes, sur lesquelles étaient représentées les actions glorieuses du triomphateur. Mais, iorsqiie la république se fut enrichie des dépouilles des peuples qu'elle avait su vaincre, ces ornements, sans consistance et sans durée, furent remplacés par des édifices en maçonnerie, chargés de transmettre le nom et la gloire du vainqueur aux générations A venir. C'est pour leur donner plus de solidité qu'on y employa la pierre, le marbre et le bronze.
ARCUEIIi (Aqueddc d'). L'ancien aqueduc de ce nom, construit par les Romains pour alimenter les fontaines au sud-est de Paris, et principalement le palais des Thermes, est situé à deux lieues est de la capitale. On remarque encore d'assez beaux fragments de ce monument, consistant en deux arcades assez bien conservées.
Des siècles s'étaient écoulés depuis que les sources qui fournissaient ces eaux s'étaient taries ou perdues, lorsque, sous le régne de Uenri IV, les ruines de l'aqueduc romain donnèrent l'idée de rechercher les eaux qui avaient été dirigées vers le palais des Thermes. Des fouilles et des tranchées furent commencées dans ce but en 1609; la mort du roi vint un instant arrêter ce projet. Cependant les sources de Rungis ayant été découvertes en 1612, des architectes furent envoyés sur les lieux; et, après dos études suivies, ce monument fut définitivement résolu. Le 17 juillet 1615, Lonis XIII, accompagné de la reine régente, sa mère, vint poser la première pierre du nouvel aqueduc, élevé près de l'ancien. La direction en fut confiée à Jacques Desbrosses. Cet édifice, achevé en 1624, conduisit en même temps à Paris les eaux de Rungis et celles d'Arcueil.
Une partie de cet aqueduc, qui a environ 200 toises de long sur 12 de haut dans sa moindre élévation, traverse le vallon d'Arcueil sur vingt-cinq arches de 2i pieds de diamètre. ?icuf sont à jour et servent à l'écmlement de la rivière qui passe sous les deux arches du milieu.
Dans l'intérieur du canal o i coulent ces eaux sont pratiquées, de" chaque côté, des banquettes d'un bout à l'autre, pour y marcher i pied sec. Cet ouvrage, digne,
par son exécution, de rivaliser avec les plus beaux aqueducs des Romains , est voùlé et recouvert de grandes pierres de taille. Ce morceau d'architecture est également imposant par ses formes et par sa grandeur.
La longueur totale de la conduite des eaux d'Arcueil à Paris est de 6,600 toises. Ces eaux alimentent la Fontaine (le Saint-Michel, sur la place de ce nom ; la Fontaine Sainte-Gcnevici-e, vers la partie supéiieuro de la rue Montngne-Sainte-Geneviève ; la Fontaine du Pot-ile-Fer, au coin de la rue de ce nom et celle Mouffetard ; la Fontaine des Cnrmelites, rue Saint-Jacques, et la Fontaine Saint-Sulpice, sur la place de ce nom.
ABliBS (Obélisque d'), Bouches-du-Rhône. Ce monolithe en granit est l'unique monument de ce genre exécuté hors de l'Egypte par les Romains. Il fut découvert en 1389 et relire de terre sous le règne de Charles IX. Erigé sur la grande place d'Arles en 1676, on plaça à sa cime un globe lleurdelisé. Des inscriptions gravées sur son piédestal le dédièrent à Louis XIV, dont la gloire commençait à se répandre en Eurojic.
L'obélisque a 47 pieds de long, 5 pieds 5 pouces ii sa base, et porte sur quatre lions ; le piédestal a 14 pieds de hauteur; le monument entier 62 pieds d'élévation. Il est d'un aspect noble et agréable, et parfaitement en rapport avec l'èlcndue de la place qu'il décore.
La ville d'Arles possède encore plusieurs autres débris de monuments antiques, entre autres, les deux colonnes de granit qui se trouvent sur la place Saint-Lucien ; elles sont adossées au mur d'une maison et soutiennent l'angle d'un fronton d'ordre corinthien.
AB«|UES (CiiATEMj d'), département de la Seine-Inférieure. Celle forteresse, construite au commencement du onzième siècle, était flanquée de quatorze tours et environnée de fossés profonds. Elle a soutenu un grand nombre de sièges. Pliilippe-Auguste tenta, sans succès, de s'en rendre maitre en 1202. Talbot et Warwick la prirent en 1419; mais elle fut rendue à Charles VII par un des articles do la capitulation de Rouen. Le 22 septembre 1589, llenri IV y remporta une victoire signalée sur le duc de Mayenne. Ce combat est le dernier événement important dont Arques ait élé le théâtre. On n'a pas oublié ces mots que le roi énivait, au sujet de cette victoire, à l'un de ses généraux qu'il affectionnait le plus : « Pendstoi, hra"ve Grillon, nous avons combattu à Arques, et tu n'y étais pas. »
Le cinleau fut démoli en 1763.
ABROdX (PoRiE d"), à Auluii, déparlement de Saône-
MONUMENTS ELEVES A L.V GLOIRE MILITAIRE
ct-Loire. Pavmi les vesligcs trniitii|uilés que l'on remari|ue encore dans celle ville, on peut cilcr :
■1° Los traces des anciens murs de la période édnenne, formés de pierres de taille, juxtaposées sans ciment avec une précision qui ferait croire (|ue chaque pan de muraille est un monolithe;
2° Une pjTamide plus grossière, ((ue l'on suppose avoir surmonté le tombeau de Divitiacus, chef des Èduens, et qu'on appelle dans le pays pierre de Couliar;
3° La porte romaine dite d'Arroux, du nom do la rivière qui coule à peu de distance, et celle connue sous le nom de porte Saint-André. Ces deux portes, assez bien conservées, sont en forme d'arc de triomphe, hautes de 17 mètres, larges ilç 19, avec deux grandes arches pour le passage des Nuiliircs, et deux petites pour les piétons, suji|)(irlant un enlalili'ment au-dessus duquel s'élève nue galerie ouverte dont il ne reste que sept arcades de dix qu'elle avait. Ces deux monuments sont justement admirés par la noblesse et l'élégance des proportions. Aucune inscription n'indique la date précise de leur érection.
4" Enfin, des aqueducs et un pont romain complètent la nomenclature de ces antiquités militaires de l'ancienne capitale des Eduens.
AKSEWAIi de Paris. Le premier arsenal de la ville de Paris, celui du moins dont l'existence est la plus authentique, était situé dans l'enceinte du Louvre. Dans les comptes des baillis de France, rendus en 1293, il est parle des arbalètes, des nerfs et des cuirs de hœiif, du hois, du charbon et autres menues nécessités de l'artillerie. Les comptes des domaines destrezième, quatorzième et quinzième siècles, sont roniidis dos noms et des pensions de ceux qui en avaient la direclinn : ils y sont désignés sous les noms A'artitleiirs na camnmicrs-maitres des petits engins, gardes et maîtres de l'artillerie. D'autres documents constatent qu'eu 1391 la troisième chambre de la cour du Louvre était remplie d'armes, qu'on déplaça pour y mettre des livres, et que l'année suivante la Lasse-cour, qui était du côté de l'église de Saint-Thomas-du-Louvre, servait d'arsenal. On voit encore que Jean de Boissy fut nomme maître de ce château le 22 février 1397.
On comptait autrefois plusieurs annexes de l'arsenal particulier de la ville, contenant des dépôts d'armes et de ninnilinns de guerre. Ces dépôts étaient établis à l'hôtel Saint-Paul, à la tour du Temple et à la Tournelle. Mais la plus considérable de ces annexes était située sur les bords de la Seine , derrière les Cclestins , dans une partie de terrain qu'on nommait anciennement le Champau-Plàtre, qui s'étendait assez loin le long de la rivière, c'était la tour de Billy. En 1596, Charles Vil donna une partie de cet emplacement au duc d'Orléans, son frère, qui y fit construire un hôtel. Le reste fut occupé par des granges et autres b.àtimenls destinés à recevoir un matériel assez considérable de munitions do guerre. Cet endroit et ses dépendances reçurent le nom de Granges de l'artillerie de la ville.
Le 19 juillet 1338, la foudre tomba sur la tour de Billy, mit le feu à deux cents tonneaux de poudre qui y étaient renfermés et la détruisit entièrement ; quelques bâtiments furent renvei-sés, et des pierres furent lancées jusqu'aux abbayes Saint-Antoine et Saint-Victor. Corrozet rapporte que la eonmiotion se fit sentir jusqu'à Melun et qu'elle fit périr les poissons de la Seine. Cet événement nécessita là construction d'un nouvel arsenal, que l'on établit sur les ruines de la tour de Billy.
En 1353, François I" emprunta une des granges servant à lartillerie'de la ville pour y fondre des canons, avec promesse de la rendre dés que la fonte serait finie. Henri II, voulant faire construire de nouveaux fourneaux, demanda à la ville, en 1347, l'autre partie du b.itimcnt et fit proposer aux prévôts des marchmds et aux échevins de lui céucr la totalité de l'emplacement, sous condition de donner un dédommagement à la ville. L'offre fut acceptée et la promesse royale bientôt oubliée. Ce prince, devenu ainsi maître de tout l'arsenal, y fit construire des logements pour les officiers et pour les ouvi'iers de l'artillerie. En 1340, on y établit deux vastes fonderies de canons,
des moulins à poudre et deux grandes halles ou hangars.
L'explosion d'un magasin à poudre détruisit, le 22 janvier 1362. presque tous les b:itiments de l'arsenal; des sept moulins qu'on y comptait, quatre furent détruits, les autres endommagés; les granges, les hangars disparurent sous la cendre ; trente personnes y furent blessées, trente-deux y perdirent la vie. Charles IX éleva sur ces ruines de nouveaux bâtiments, construits sur un plan plus vaste et mieux approprié à sa destination. Henri IV fit faire de grandes améliorations à l'arsenal, qu'il augmenta, en 1600, de quelques ailes, d'un jardin, d'un bastion et d'un mail. Ce dernier, qui longeait la Seine jusqu'à l'entrée de la rue du Petit-Musc, a été détruit vers le milieu du dix-huitième siècle, avec le bastion et les fossés qui l'entouraient.
Louis XIII et Louis XIV ajoutèrent encore quelques nouvelles bitisscs à cet établissement et firent orner l'intérieur d'un riche ameublement. Une grande partie des constructions furent délruiles en 171o. Trois ans après s'élevèrent, sous la direction de l'architecte Germain Boffrand, les deux façades qui existent encore aujourd'hui.
L'arsenal était divisé en deux parties, le grand et le petit arsenal; le premier avait cinq cours, le dernier en comptait deux : ces cours communiquaient entre elles et servaient à faciliter les mouvements des ouvriers. Les appartements du corps principal étaient occupés par le grand-maître et son état-major; l'autre était habité par le contrôleur général et par les personnes de l'adminislralion. Sully habita cette demeure pendant presque toute In durée de son ministère ; c'est là qu'il recevait les visites et les confidences de son maître. Après lui, le gouverneur de Paris, des marécliaux de France et autres grands officiers de la couronne y établirent leur résidence.
L'arsenal changea de destination sous le règne de Louis XIV. Ce prince ayant fait établir des fonderies de canons sur les Ironiières des ))avs nicnacés par ses armes, celles de la capitale cessèrent 'l'être employées pour cet usage. Toutefois, on utilisa le matériel de l'etablissemenv , en le faisant servir à la fonte des statues qui devaient décorer les jardins de Marly et de Versailles.
A l'aspect extérieur du bâtiment, on a peine à croire que, pendant prés de trois siècles, il ait été nabilè par les plus grandes illustrations militaires de celte période. La façade située au nord n'annonce qu'une demeure fort modeste. Les deux portes qui lui servent d'entrée sont d'une architecture médiocre et sans élégance. Les escaliers, massifs et mal ilisposés, ne font pas plus d'honneur à l'architecte. Cependant, en pénéiraiit dans l'iulèricur, on revient bientôt de l'impression défavorable produite par la vue du dehors. Le temps a respecté plusieurs appartements, décorés avec luxe par les soins de Henri IV. On y remarque de belles sculptures, faites dans les compartiments des plafonds, plusieurs l:iblcaux, des arabesques d'un très-bon goût, des panneaux peints avec art et de riches moulures. Au milieu de ces peintures et de ces ornements, on rencontre souvent le chiffre de Marie de MéJicis et le croissant qui figure dans les armes de sa famille.
La grande porte, construite en 1384, était du côté du couvent des Céleslins, et en face du quai qui porte ce nom. Elle était décorée de quatre canons au lieu de colonnes. Au-dessus était une table de marbre noir, sur laquelle on lisait ce distique de Nicolas Bourdon, poêle contemporain des deux derniers Henri :
(Les volcans de Vulcain fournissent ces foudres à Henri ; ces foudres qui écraseront les fureurs des géants.)
L'architecture de la deuxième porte était d'un meilleur goût. On prétend que les ornements en avaient été sculptés par .lean Goujon.
L'arsenal, depuis longtemps inutile, fui supprimé par édit du mois d'avril 1788, et son emplacement destiné a
MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE
la construction d'un nouveau quartier de Paris. Ouoique l'exécution de cette ordonnance n'ait pas eu lieu, l'établissement n'en subit pas moins successivement les changements que nous allons rapporter.
Une partie de la porte principale et le pavillon situé à l'enlrée de la grande cour furent abattus et formèrent la rue de Sully , qui se prolonge jusqu'au nouveau boulevard, commence en 1806 ; c'est ce pavillon qui réunissait les deux parties du bitiment où se trouve la bibliothèque.
Le nouveau boulevard , ou boulevard Bounlon , remplaça le jardin; on forma de l'esplanade (l'nncifin maill, qui* suivait le bord de la rivière depuis les Célestins jusqu'au fossé , le quai des Célestins ; la démolition dune grande partie du petit Arsenal servit à la construction de la rue Neuve de la Cerisaie, qui donne sur le même boulevard. En 1807, on commença à bâtir, sur la partie restante du jardin et le long du boulevard , le vaste édifice connu sous le nom de Grenier d'abondance. Les deux bâtiments qui existent aujourd'hui sont occupés par la bibliothèque, par l'administration générale et par la raffinerie des salpêtres.
AUCUS'ÏE (PoBTE d'I, à Nimes, départem. du Gard. Cette porte, qui faisait face à la route de Rome par la voie Domitienne , et était, sous les Romains, la principale entrée de la ville, a été découverte lors de la démolition des remparts élevés en M94 , sous le règne de Raymond V, comte de Toulouse. On y lit l'inscription suivante :
IMP. CAESAn. DIVIF. AVGVSTVS. COS XI. TBIB. POTEST. VIII. POBTAS. MVBOS. COL. DAT.
(L'empereur César Au;;usle, fils du divin César, étant consul pour la onzième fois, la liuitième année de sa puissance Iribunitiennc, a donné des portes et des murs à la colonie )
AUGUSTE (Temple d') et de lilVIE, à Vienne, département de l'Isère. Ce monument, qui parait avoir été consacré à la gloire de l'empereur Auguste, a 60 pieds de
longueur sur 40 de largeur ; il était ouvert de tous côtés. Les colonnes ont 8 mètres 12 centimètres de hauteur, en y comprenant les chapiteaux et les bases; elles étaient cannelées.
Transformé en église en 1089, les entre-colonnes de cet édifice furent mures, et on brisa les cannelures lorsqu'on en remplit les intervalles.
Voici comment on a cru pouvoir restituer l'inscription, d'après les traces des clous au moyen desquels les lettres étaient attachées :
(.^vcc le consentement du sénat, au divin Auguste très-bon et très-grand, et .i la divine Augusta.)
Ce tem|de est aujourd'hui converti en musée d'antiquités.
AUSTERIiITZ (Po>T d'), à Paris. Le pont d'Austerlitz reçut cette dénomination en mémoire de Fa bataille de ce noii'i, gagnée par l'empereur Napoléon sur l'armée russe le 2 décembre 1803. Commencé en 1802 , il était ouvert aux piétons le V janvier 1806, et aux voitures le 3 mars 1807. 11 communique du Jardin des Plantes aux environs de la place de la Bastille et des boulevards qui y aboutissent.
Ce pont a été construit sous la direction de l'ingénieur en chef Lamandé, d'après les dessins de M. Becquey-Beaupré, aux frais d'une compagnie qui devait en percevoir le péage pendant soixante ans.
Les culées et les piles sont construites en pierres de taille ,et fondées sur pilotis. Cinq arches en fer fondu présentent chacune une portion de cercle ; leur dimension moyenne est de 23 mètres ; la largeur entre les têtes est de 12 mètres, et la largeur totale du pont, entre les culées, de 150 mètres.
Le pont d'Austerlitz, d'une solidité à toute épreuve, est le second, à Paris, dont les arches aient été construites en fer. Si l'on en excepte les masques en métal qui ornent les extrémités des solives , il ne présente d'autres ornements que la beauté de ses proportions.
A la rentrée des Bourbons , les Russes ayant exigé que son nom lui fut enlevé, une ordonnance royale lui assigna celui de Pont du Jardin du roi. Mais le peuple lui a conservé sa première dénomination , qui reveille de si glorieux souvenirs.
AUTUX (Borne milliaire d'), département de Saôneet-Loire. On découvrit à Autun , il y a quelques années, une borne milliaire qui parait dater des premiers temps de la conquête des Gaules par Jules César. C'est «ne pierre carrée indiquant en milles romains les distances qui séparaient cette capitale des Eduens des villes de la Bourgogne. Cette pierre a été déposée dans le musée départemental. (Voy. BoBPiES MILIUIRES.)
AUXERRE (Aiic d'). département de l'Yonne. — Il existait dans rrtio ancienne ville, autrefois si féconde en monuments historiques, un arc de triomphe élevé en mémoire de Jules César. Cet édifice avait disparu quelques années avant la révolution de juillet 1850, on ne sait trop pour quel motif, ou plutôt sous quel prétexte d'utilité publique. 11 est regrettable qu'aucune relation n'ait fait connaître, avant son entière destruction, la description de cet antique morceau d'architecture romaine, que l'on croit avoir précédé les premiers monuments de ce genre dans les Gaules.
BASTUiliE ou BASTIDE (Lk). Forteresse qui défendait l'entrée de Paris, du côté du faubourg Saint- \iitoine. — Dans le moyen âge, on donnait le nom de Jlastide ou Bastille aux portes fortifiées et aux fortiUcatKuis passagères élevées hors des murs d'une place, pour l'attaque ou pour la défense.
Une première porte fortifiée fut élevée par Etienne Marcel, prévôt des marchands, dans l'emplacement que nous venons d'indiquer : elle était flanquée d'une bastille ou petit bastion de peu d'importance.
Charles V, qui habitait l'hôtel Saint-Paul, peu distant de cette porte, voulant préserver cette habitation d'une attaque subite, ordonna que les fortifications existantes seraient reconstruites sur un plan plus vaste. Hugues Aubriot, prévôt de Paris, en posa la première pierre le 22 avril 1570. Ces travaux achevés en 1582, l'hôtel habité par le roi se trouva dans un état de défense respectable. Telle est l'origine de la Bastille.
Cette forteresse n'eut d'abord que deux tours, celle du
Trésor et celle de la Chapelle, toutes deux isolées, et
dont chacune défendait un des côtés du chemin qiii con-
I duisait à Paris. On en éleva bientôt deux autres derrière
MONUMENTS ELEVES A LA GLOIRE MILITAIRE
ces premières, que l'on nomma plus tard de la Bertaudière el de la Liberté. On était oblisé de passer par ces quatre tours pour entrer dans Paris. "En I3s5, Charles VI en Ct élever quatre nouvelles, nui furent réunies entre elles par des murs de huit pieds d'épaisseur.
De nouvelles fortifications, élevées en 1555 par Henri II, étaient achevées en 1oo9. Ces derniers travaux consistaient en une cotirtine flanquée de bastions bordés de fossés larges et profonds.
En même temps que des réparations indispensables s'exécutaient en t6ô4, on ajoutait d'autres fortifications au château, dont on agrandissait aussi les dépendances. Sous le régne de Louis XV, on y construisit plusieurs bâtiments pour servir de logement au personnel de l'étatmajor du gouverneur.
Cette immense forteresse présentait un parallélogramme défiguré par les deux tours du milieu formant avant-corps. On y entrait par une porte donnant sur la rue Saint-.\ntoin'e Les huit tours crénelées dont elle était garnie se trouvaient placées, savoir :
Du côté de la ville :
1° La Tour du Puits, qui prenait son nom d'un puits voisin servant à l'usage des cuisines ;
2° La Tour de la tihertc, dont on ignore l'étymologie;
3° La Tour de la Bertaudière, du nom d'un prisonnier qui y fut enfermé ;
4" La rour de la Bazinière, parce que M. de la Baziniére y resta longtemps détenu.
Du côté du faubourg :
i° La Tour du Coin, ainsi appelée de ce qu'elle formait l'angle de l'édifice du côté de la campagne ;
•2° La rour de la Chapelle, i cause de sa proximité de la chapelle, qui se trouvait sous la voûte de l'ancienne porte de la ville ;
3' La Tour du Trésor, qui prit ce nom depuis que Henri IV y fit déposer le trésor de la couronne, sous la garde du duc de Sully ;
4° La Tour de la'Comté, ainsi nommée du comte de Saint-Pol, qui y fut décapité.
Chaque tour, disposée à recevoir du canon, était partagée en cinq étages.
Parmi les événements les plus remarquables dont la Bastille a été le théâtre, on peut citer les suivants :
Dans le mois d'août 1418, les .\rmagnacs, s'y étant réfugiés, y furent assiégés par les Bourguignons, qui s'en emparèrent après une assez vive résistance. Les prisonniers furent massacrés par le peuple au moment où on les conduisait au Grand-Châtelet.
Lorsque, le 3 avril 1436, Charles VII eut repris Paris aux .Anglais, tous les ennemis qui se trouvaient dans la ville se réfugièrent à la Bastille. Ils étaient décidés à s'y défendre vigoureusement, mais ils étaient si nombreux
?|ue leurs provisions furent bientôt épuisées ; ils se virent orcés de capituler, et se retirèrent en payant une forte rançon.
Investie par les frondeurs, le 11 janvier 1649, elle capitula le 13 du même mois, après avoir essuyé cinq ou six coups de canon. La garnison se composait de vingtdeux défenseurs, tous soldats invalides.
On sait que, lors du fameux combat de la porte Saint- Antoine, entre Condé et Turenne, l'armée du prince ne dut son salut qu'au canon de la Bastille, qui protégea sa retraite, dans Paris.
Enfin, la Bastille fut assiégée, pour la dernière fois, le 14 juillet 1789. Ce fut le peuple de la capitale qui se chargea de la faire capituler après quatre heures de combat. — La vieille forteresse fut démolie et une partie des matériaux qu'on en tira servit à la construction du pont de la Concorde. Voyez JniLET [Colo>'>-e de).
La Bastille avait aussi ses cachots humides et obscurs, ses basses-fosses, ses oubliettes, où on laissait les prisonniers mourir de froid et de faim. On découvrit, pendant les mois de mai et juin 1790, lors de la démolition de cette forteresse, des squelettes humains enchaînés, qui furent transférés dans le cimetière de la paroisse Saint- Paul.
La Bastille, dont les fortifications avaient été considéra-
blement augmentées, dans le but de mettre Paris à l'abri d'un coup de main de la part des Bourguignons et des Anglais, changea de destination lorsque les craintes d'invasion eurent cessé : elle devint prison d'Etat.
On compte parmi les principales victimes qui y furent enfermées :
Le connétable de Saint-Pol, accusé du crime de lèsemajesté, qui y entra le 27 novembre 1473, et y fut décapité le 19 décembre suivant.
Jacques d'.\rmagnac, duc de Nemours et comte de la Marche, décapité aux halles le 4 août 1477, pour crime de haute trahison.
En 1589, le parlement y fut conduit arbitrairement par Bussy-Leclerc, dévoué au nue de Guise, ce redoutable cnef de la' Ligue.
Le maréchal duc de Bvron, qui y eut la tête tranchée le 31 juillet 160-2.
Le maréchal de Bassompierre, victime de la haine du cardinal de Bichelieu, en 1651. Il en sortit à la mort du célèbre ministre. Lorsqu'il se présenta à la cour, peu de temps après, Louis XIII l'accueillit favorablement et lui demanda son à^e. Le maréchal, qui avait alors soixante ans, dit au roi qu'il n'en avait que cinquante. Cette ré-
fonse ayant paru surprendre le monarque. « Sire, lui dit habile" courtisan, je retranche dix années passées à la Bastille, parce que je ne les ai pas employées au service de Votre Jlajeste. »
Le surintendant général des finances, Nicolas Fouquet, accusé de concussion, fut enfermé à la Bastille en 1665.
Le masque de fer y entra le 18 septembre 1698.
.\rûuet de Voltaire, le 17 mai 1717, pour avoir publié des vers contre le régent et la duchesse de Berri (1)
Le lieutenant général Lally-Tolendal, en 1762, comme prévenu d'avoir perdu, par son impéritie, nos établissements français dans l'Inde.
L'avocat Linguet y est entré quelques années avant la révolution de 1789. Il s'y occupait à écrire des Mémoires contre le gouvernement, lorsqu'un jour un individu à mine suspecte entra dans son cachot : « Pourquoi me dérangez-vous? lui dit-il avec l'accent de la colère. — Monsieur, je suis le barbier de la Bastille. — Ceci est bien différent, mon cher; puisque vous êtes le barbier de la Bastille, faites-moi le plaisir de la raser. » Et Linguet se remit à écrire.
BER^îARD (Abc de triomphe de la porte Saim-), à Paris. Elle était située sur le quai de la Tournelle, un peu au-dessus du pont de ce nom, ct s'appuyait contre l'ancienne forteresse de la Tournelle. Elle av'ait remplacé une ancienne porte qui faisait partie de l'enceinte de Philippe- Auguste. — Beconstruile en 1606 el 1608 par les soins du "prévôt des marchands Miron, elle portait à cette époque le nom de la Tournelle; ce ne fut qu'après sa reconstruction, sous le règne de Louis XIV, qu'elle prit celui de Saint-Bernard, que portait le quai situé en dehors.
On confia à Blondel le soin de convertir cette porte en un arc de triomphe. Commencé en 1669, ce monument fut terminé en 1674. Il se composait de deux portiques d'égales dimensions. Au-dessus, du côté de la ville, comme du "côté du faubourg, régnait un bas-relief qui occupait presque toute la largeur de l'édifice. Celui qui regardait la ville présentait Louis XIV vêtu à la manière des héros de la Grèce, la tète et les épaules couvertes de sa vaste pen-uque, et assis sur un trône. Les divinités de la mer lui offraient des hommages et divers présents, qu'il distribuait ensuite à la ville de Paris. Cette cité était figurée par une femme à genoux devant le roi, et lui tendant les tras en suppliante.
Ducôtédu faubourg, le bas-relief représentait Louis XIV aussi ridiculement co"stumé que dans le précédent, monté sur la poupe d'un navire voguant à pleines voiles, et poussé par des matelots et des tritons. Ces sculptures, ainsi que les figures de six vertus, placées au-des.sus des
(1) Voltaire qui, celte première fois, était sorti delà Bastille, le 11 avril 1718, y fut de nouveau incarcéré le 28 mars 1726 et en ressortit le 29 avril suivant.
MONUMENTS ELEVES A LA C LOIRE MILITAIRE
impasses, élaient de Jean-Baptiste Tuby. Ciiaque lias-relief était surmonte par un entablement, et l'entablement par un attique, où se lisait, du côté de la ville, cette inscription :
El, du côté du faubourg, celle-ci :
On reconnut que cet arc de triomphe, élevé dans un quartier populeux et très-resserré, en gênait la circulation, et on en ordonna la démolition en 17S7.
BESAXÇOX (Poète taillée et powe ^■01I1E, a), département du Doubs. Cette ville, dont l'origine se perd dans la nuit des siècles, était déjà célèbre sous César ; elle devint, sous Auguste, la métropole de la grande Séquanie. Successivemeut embellie, elle possède un grand nombre
d'antiquités romaines, jiarmi lesquelles nous mentionnerons les deux suivantes, qui appartiennent plus particulièrement au sujet que nous traitons.
roBTE taillée.
Cotte porte a été percée dans un roc, jiar les Romains, vers le milieu du deuxième siècle, pour y faire passer l'aqueduc d'Arcicr, qui amenait dans la cité des eaux abondantes et salubres. Les restes de ce canal se voient encore sur toute la longueur de la route, depuis la porte Ilivotte jusqu'au village d'Acier, situé à deux lieues un quart de la ville.
La porte taillée est surmontée d'une maçonnerie établie entre les deux ouvertures du rocher et forme une espèce de tour crénelée, couronnée d'une embrasure. — Après la conquête de Besançon par Louis XIV, Vauban fit bitir une petite tourelle qui domine le roc, pour y recevoir un poste d'environ cent hommes chargés de surveiller, en cas de siège, les approches de la place.
Cliâleau de Blois.
AIU; DE imOMPUE CONNU SOUS I,E NOM DE POmE-NOllIE.
Cet arc de triomphe a été élevé à la mémoire do Irinpereur Aurélien, qui s'occupa avec sollicitude de l'embellissement de la ville, au'il dota d'un grand uomb/c de monuments d'utilité puLlique. On remarque entre siilres le pont sur le Doubs, un amphithéâtre et un aqueduc. — Le temps a épargné quelques restes de ces deux monuments.
L'arc de triomphe, assez bien conserve, se compose d'un massif d'architecture avec une seule arcade. Ce monument, dont l'entrée n'est ménagée par aucune ouverture latérale, prit, dans le moyen âge, le nom de Porte-Noire, qui lui est resté.
BliOIS (Château de), département de Loir-et-Char. On pense généralement que cet édifice a été élevé sous les rois de la |ii-i'iiiièrc race, et sur les débris d'un fort conflruit par ]i>s Boiiiniiis.
L'ancien cliMeau, siuié ,i l'endroit même ou est assis l'édifice actuel, servit, pendant plusieurs siècles, de résidence aux comtes de lilois.
Les Normands s'emparèrent plusieurs fois de la ville et la pillèrent; mais le chileau, (jui avait été crénelé et entouré de fossés, résista constamment à toutes les attaques.
Quelques parties de ce château, l'un des plus anciens monuments de la ville, remontent au treizième siècle. On remarque, parmi les constructions de cette époque, la salle dite des Etals.
Le corps de logis situé à l'est a été bâti, en 1500, par Louis XII. Il forme aujourd'hui la façade d'entrée de l'édifice et se présente avec sa délicate maçonnerie en pierres et en briques, son portique à grosses nervures, surmonté à l'cxlérieur d'un riche dais, admirablement découpé, ses colonnes de baguettes se croisant en losange, et ses ornemeiils d'une perfection exquise et d'une grande variété de dessins.
Le restaurateur des arts, François I", fit élever la faç,aJ(^ (lu nord avec tout i r luxe de dél.iils. avic celte prolusi(unr,ircad('s,de |iilaslrcs,(le r' d'arniriiries. ircmldrmes, de riche l'époque de la renaissance, et 1.
Goujon et de Philibert Delorme.
rliapilraux, dcsciil|itures, ; boisi'iies qui marquent poétique école de Jean
MONUMENTS ÉLKVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE
Lb palais de Gaston d'Orléans, conslriiit en 1(358. par François Mansard, apparait dans toute la pompe et avec la sràve et majestueuse symétrie du style gréco-romain.
Les plus imposants souvenus historiques sont comme déposés dans l'enceinte du château de Blois. C'est là que Louis XII et le cardinal d'Amboise, son ministre et so:i ami, s'assirent au même foyer, et préparèrent quelquesuns de ces s.nges règlements auxquels ce princo dut le glorieux surnom de" Père rfu peuple: — là qu'en lo7l la gentilhommerie protestante . ayant alors pour chef l'amiral Coligni. fut sur le point de s'emparer du pouvoir et d'ajouter une incalculable complication religieuse au grand ébranlement social liu seizième siècle; — h que se réunirent les étals
généraux de 1o76. où le - - -
tiers-état, plus fervent ligueur que la noblesse et le clergé, força le roi à signer le pacte d'union du parti catnolique ; — là qu'en ■1S88 setinrentles seconds états de Blois, où se dénoua l'immense drame de la Ligue, et que Henri 10 préféra se souiller du meurtre du duc de Guise que d'aller, comme le dernier Mérovin-
fien , languir et s'éteindre ans un cloitre avec la troisième race ; — là que Marie de Médicis, veuve et mère de roi, fut tenue sous clef par le grand fauconnier ae Louis XIII, et aue, protégée par le duc a'Epernon, elle devint l'héroïne d'une dramatique intrigue de roman ; — là, eniin, qu'en 1814, lorsque les armées ennemies menacèrent la capitale, l'impératrice Marie-Louise se retira et transporta le siège du gouvernement impérial et la régence.
Le corps de bâtiment dit de Gaston d'Orléans ayant été converti en caserne par décision royale, on confia les travaux d'appropriation à M. le capilame du génie Drouet, sous la direction de M. le colonel Paulin.
Ces travaux, entièrement achevés en 1837, font aujourd'hui de celte partie du château un des plus beaux et des plus complets casernements de France, pouvant loger, au besoin, 2,400 hommes d'infanterie.
Les précautions les plus scrupuleuses ont été prises pour concilier les conditions d'utilité avec l'entière conservation des précieux vestiges de l'œuvTe de Minsard, et de tous les ornements artistiques qui décorent les diverses parties de l'édifice.
B0R:%ES UII.L.IAIBES. Lorsque les Romains eurent conquis les Gaules, ils élevèrent sur toutes les routes militaires des colonnes pour indiquer les distances d'un point à un autre, ainsi qu'ils le pratiquaient dans les Etats dépendants de la métropole. — A Rome, la première borne était au Forum, prés du temple de Saturne. On lui donnait le nom de MilHaire d'or, parce qu'en effet c'était une colonne de ce métal, qui avait été érigée par Auguste, l'an 734 de la fondation de Rome, et à laquelle venaient aboulir toutes les routes de l'empire.
L'usaM des bornas milliaires s'est conservé chez tous les peuples de l'Europe. Eu Fnince, la principale est placée près de l'église Kotre-Dame. C'est la borne centrale de toutes les roules nationales qui communiquent aux différents points de nos frontières. (Voyez AmcN.)
BOij'L,0(i<:VE (Colonne .monumentale dei, département du l'as-di-Calais. Le projet d'une descente en Angleterre, formé par le dircctoiie en 1798, fut repris par lepremier consul, après la rupture du traité d'Amiens, avec toute l'ardeur qu'il apportait dans ses résolutions.
Tandis que des forces imposantes recevaient l'ordre de
se diriger sur les côtes de l'Océan et de la Méditerranée,
les chantiers de nos ports
maritimes étaient mis ea
pleine activité.
Les finances de l'Etat se trouvant insuffisantes pour subvenir aux dépenses extraordinaires de la construction prompte et suivie des bâtiments de guerre indispensables à cette gigantesque entreprise, toutes les classes de citoyens y concoururent par des dons volontaires. Les corps de toutes armes imitèrent ce noble exemple de patriotisme, et, en peu de mois , tous les ports de l'Océan furent couverts de nombreuses flottilles.
C'est au sujet de cette expédition que le premier consul ordonna la formation de six camps (I). Pendant (jue ces armements s'organisaient, l'escadre de Toulon avait mission de rallier quinze vaisseaux espagnols et vingt-deux vaisseaux français. Ces forces navales réunies devaient composer un total de soixante-trois vaisseaux destinés à croiser dans la Manche durant le transport sur les cotes d'Angleterre des troupes de débarquement mises à bord des flottilles.
Le cabinet de Sainl-.Ianies, justement alarmé des immenses préparatifs de la France, employa tous les ressorts de sa politique pour détourner le danger qui le menaçait. Son or vint en aide à' sa diplomatie ; il décida les puissances du nord de lEurope à armer contre nous , leur donna des subsides, obtint même, tant il avait hâte de se préserver, que l'empereur François 11 ferait marcher ses années sans attendre l'arrivée des secours promis par la Russie.
Telle fut l'origine de cette guerre célèbre de 180S, si connue sous le nom de campagne d'Austerlitz.
Le plus important des six camps dont la création avait été ordonnée fut établi à Roulogue, où le gouvernement réunit une armée de 150,000 hommes d'élite.
On se rappelle qu'à la première nouvelle du mouvement des Autrichiens sur la Bavière Napoléon expédia aux commandants des camps l'ordre de se rendre en poste
(I) Ces camps furent éUiUis à Ostende, à S.unt-Onier, à Boulogne, à Bourges, à Conipiègne cl à Bayonne.
MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE
sur le Rhin, et que, parti de Paris le 24 sertemhre, il signait le traité de Presbourg le 20 décembre suivant.
C'est en mémoire des soiivonirs de cette guerre , des combats soutenus par la flottille contre les escadrilles anglaises et du camp de Boulogne, que fut élevée la Colonne Napoléon, consacrée par l'armée française à son empereur.
Un ordre du jour du 1" vendémiaire an xiii (23 septembre 180-4) fit connaître ce vœu de l'armée. Les troupes de terre et de mer et le conseil municipal de Boulogne concoururent à la fondation de ce monument.
Le 18 brumaire an xni (9 novembre 1804), le maréchal Soult posa la première pierre de la colonne, au bruit d'une bruyante salve d'artillerie, cl en présence d'une immense population accourue de loin pour assister à cette solennité. Celte pierre portait pour inscription :
Première pierre
du monument décerné
par l'armée cxpédilionnnire de Boulogne
et h flollille
A l'empeueor NArOI.ÉON,
posée par le maréclial Soult, commandant en chef,
IS brumaire an XIII (9 novembre 180 1),
anniversaire de la régénération de la France.
Cette inscription repose dans les fondements de la colonne, sur un bloc de marbre de 81 centimètres de longueur, sur 63 centimètres de largeur ; son épaisseur est de 27 centimètres.
Une statue en bronze de l'empereur devait être élevée sur son couronnement. Vers la fin d'août 180S, avant de quitter Boulogne pour se rendre sur les différents points assignés à la grande armée, le marécbal, qui présidait à son érection, se rendit auprès de Napoléon , accompagné des membres de la commission, qu'il s'était adjoints, pour lui faire connaître les vœux de l'armée et lui demander les moyens d'exécuter la statue. « Sire, lui dit le maréchal, prêtez-moi du bronze ; je vous le rendrai à la première nalaille. « Quelques mois après, il acquittait fidèlement sa dette dans un village de la Moravie.
Les travaux, suspendus sous la première restauration, furent repris en 1821 ; mais le bronze avait disparu, et le monument recevait une autre destination, celle de perpétuer le souvenir de la rentrée des Bourbons. Achevée en 1823, la colonne portait, entre deux assises, une plaque de cuivre sur laquelle on lisait ces mots :
Celte colonne,
votée par l'armée réunie à Boulogne,
d'où elle mena(;a l'Angleterre,
a élc commencée en 1804,
devenue un monument de paix
par la restnuralion du Irène des Bourbons,
elle a été achevée sous les auspices de S. M. Louis XVIII,
et consacrée au souvenir toujours cher aux Français
de son heureux retour dans ses Etala en 1814.
La dernière pierre a été posée le 2 .fuillet 1821,
M. le comte Siméon éUinl minisire de l'intérieur,
par M. le baron Siméon, prélet du département
du Pas-de-Calais.
Labarre, architecte.
La révolution de Juillet 1830 rendit à la colonne sa glorieuse origine (I). 11 fut de nouveau arrêté qu'elle serait dédiée à la grande armée et qu'elle porterait la statue de l'empereur. Les travaux, repris en 1831 par l'arcliitccle Henri, qui avait succédé à M. Labarre , marchèrent avec rapidité ; et le 1S août 1841 , jour anniversaire de la naissance de Napoléon, le monument fut salué par une salve d'artillerie, par les acclamations du peuple, de la flotte et de l'armée.
La colonne s'élève majestueusement sur un plateau d'où
(1) Les Chambres votèrent un premier crédit de 156,000 fr. pour le monument, un second crédit de 60,000 Ir. pour la slalue, et un crédit supplémentaire de 28,000 fr. pour les dépenses imprévues.
l'on découvre l'Angleterre. Cette éminence est située à deux portées de fusil de la ville, et à droile du port, sur l'emplacement de la falaise et de la tour d'ordre, qui n'existe plus aujourd'hui. Celle colonne est en marbre blanc du pays, et a 53 mètres 60 centimètres de hauteur, depuis sa base jusqu'à son sommet.
Les deux bas-reliefs qui décorent le piédestal sont en bronze ; celui de la face principale représente Napoléon assis sur son trône, entouré de ses généraux : on lui présente le plan de la colonne votée par l'armée. Cette œuvre est de M. Bra. Le bas-relief place sur la face opposée est de M. Lcmairc ; il représente la dislribution des croix, le 24 thermidor an xn (16 août 1804). La statue est de M. Bosio.
CARPEMTRAS (Abc de triomphe de), déparlement de Vauclusc. Carpenlras est nue ville très-ancienne, qui a successivement appartenu aux princes d'Orange et au comtal Venaissin. Les Romains y fondèrent une co'onie , et l'embellirent de plusieurs édifices. Elle fut lour à tour saccagée par les Golhs, les Visigoths, les Lombards et les Sarrasins, qui firent disparaître les nombreux monumenis qu'elle possédait.
Cependant on voit encore , dans l'intérieur d'une cour du palais de justice, autrefois palais épiscopal , les restes fort incomplets d'un arc de triomphe romain. On y distingue des sculptures représentant des trophées d'armes et des figures d'esclaves ou de prisonniers.
Ce monument était composé de deux piles décorées de colonnes engagées, et d'une seule arcade qui est ruinée un peu au-dessus de l'imposte. On peut juger, d'après l'exécution des sculptures et des ornements, qu'il appartient à la décadence de l'art romain.
Menard pense que cet arc de triomphe a été élevé en l'honneur (le Seplime- Sévère; d'autres croient qu'il est bien postérieur à celle époque.
C%BBROiJSEfi (Ar,c de TRiOMrnE DD), à Paris. Ce monument, jdacé à la principale entrée de la cour des Tuileries, fut élevé, en 1806, à la gloire des armée sfrançaises, et construit sur les dessins de M. Fontaine, architecte de l'empereur Napoléon. Il a 43 pieds de haut, 60 de largeur cl 20 1/2 d'épaisseur. Comme l'arc de Seplime-Sévérr, à Rome , qui lui a servi de modèle , il présente à sa face trois arcades; celle du centre a 14 pieds d'ouverture, et celles latérales 8 1/2. Ses flancs sont percés de deux arcades qui traversent les trois premières , et se trouvent dans l'alignement des guichets , donnant d'un côté sur le quai du Louvre, de l'autre sur la rue de Rivoli. La masse
MONUMENTS ELEVES A LA GLOIRE MILITAIRE
du monument est en pierre de liais. Chacune des deux faces est ornée de quatre colonnes de marbre rouïje dcLan- Çîiiedoc, dont les bases et les chapiteaux, de l'ordre corinthien, sont en bronze; elles soutiennent un entablement en ressaut , qui a sa frise en marbre ^rjotle d'Italie. .\ l'aplomb de ces colonnes, au devant de l'atlique et au-dessus des bas-reliefs, sont des statues représentant les différents corps qui se trouvaient à la bataille d'Austerlitz : un cuirassier, par Taunav; un dragon, par Corbet; un chasseur achevai. parFoiicou; un fflrnbinicr, par Chinard; un grenadier de la ligne , par Dardel; un cfirabiiiifr de la /ijiip ( infanterie légère), par Montony; un canonnier de la ligne, par Bridant; un sapeur, par Dumont. On a sculpté dans la frise des figures allégoriques et des enfants portant des guirlandes. Quatre statues ont été placées dans les amortissements : une Victoire tenant une enseigne d'une main et de l'autre une couronne; une Victoire tenant une palme et une épée; une Francevictorieuse ; une Histoire tenant une table et son burin ; les deux premières sont de Petitot, et les deux autres de Gérard. L'attiq^ue est surmonté par un double socle, sur lequel s'élevait un quadrige ou char de triomphe, en plomb doré d'or mat , de forme antique, ouvrage de Lemot ; ce char était attelé aux quatre chevaux de bronze, jadis dorés, conquis à Venise , et connus sous le nom de chevaux de Corinthe ; ils paraissaient conduits par la Victoire et la Paix, figures de grande proportion, en plomb doré, coulées d'après les modèles de Lemot. Ce char vide attendait la statue de Napoléon ; la volonté de l'empereur, d'abord, et ensuite les événements n'ont pas nermis de l'y placer. Les renommées , du côté du Carrousel, ont été sculptées par Dupasquier, et celles du coté du palais par Taunay.
bix Tbas-reliefs en marbre décorent les faces de ce monument ; tous oQVcnt des sujets relatifs à la campagne de 1803 ; ils étaient indiqués, au-dessous, par des inscriptions gravées en lettres d'or, qui ont disparu en I8I4. Le premier, du coté de la place du Carrousel, à gauche, représente la Capitulation devant Ulm, sculptée par Castelicr; le second, à droite, la Bataille d'Austerlitz, par Esnercieux; le troisième, sur le côté de l'édifice, Y Entrée à Vienne, par Deseine; le quatrième, sur la face du côlé des Tuileries, l'Entrée à Munich , par Claudion ; le cinquième, sur la même face , YEntrevue des deux empereurs , par Ramey; le sixième, sur le côlé, Adroite, la Paix de Presbourg, par Lesueur.
En 181 î , les quatre chevaux de bronze furent déposés par les armées étrangères et renvoyés à Venise. Les basreliefs, ainsi que les attributs qui se rattachaient au règne de ?»'apoléon furent enlevés.
En 1826, on plaça de nouveaux bas-reliefs dont les sujets étaient empruntés à la campagne d'Espagne de 1825. Un nouveau quadrige , sculpté par M. Bosio , fut placé au sommet du monument. La figure placée dans le char, et qu'on y voit encore aujourd'hui , est la représentation allégorique de la Restauration. Les nouveaux bas-reliefs disparurent après la révolution de Juillet 1830, et les anciens reprirent la place qu'ils occupaient avant la Restauration.
CASERXES. Il n'existait pas de casernes avant le régne de Louis XIV. Sous les prédécesseurs de ce prince, les soldats étaient logés chez l'habitant ou dans des maisons louées pour cet usage.
Un premier essai de casernement des troupes fut tenté au commencement du règne de Louis XIII. Une ordonnance du 10 janvier 1617 prescrivit, en effet, la construction de bâtiments militaires dans quelques places du royaume ; mais le manque d'argent força bientôt le gouvernement d'abandonner ce projet. Louis XIV l'entreprit avec plus de succès. Il ordonna, en 1691, que les troupes seraient casernées ; que l'on achèverait les constructions commencées, et que de nouveaux bâtiments seraient élevés, aux frais de l'Etat, dans les principales places frontières du royaume. Plus tard, ces constructions s'étendirent à toutes les places fortes ; on bâtit des casernes pour les soldats et des pavillons pour les officiers. Ou en établit aussi dans les villes ouvertes, qu'on nomma villes de garnison. Ces établissements s'augmentèrent sous les règnes suivants.
II existe aujourd'hui, en France, un nombre de casernes assez considérable d'infanterie et de cavalerie pour loger environ 430,000 hommes et 60.000 chevaux. On peut citer, parmi les plus vastes et les mieux construites, celles Q'.\rras, de Besançon, de Brest, de Caen, de Douai, de Lille, de Lyon, de Marseille, de Metz, de Paris (1). de Rennes, de Rouen, de la Rochelle, de Versailles, de Vincfiiiies, etc., etc. (Voy. Blois.)
CASTIliliET (Le), .1 Perpignan, département des Pn'énées-Orientales. Le Castillet est un ancien château fortifié, dont l'origine parait remonter au cinquième siècle.
Cet édifice, qui défend aujourd'hui la porte dite de Notre-Dame, est construit en briques ; il est le seul de son genre en France, et est particulièrement remarquable par son majestueux aspect, par sa solidité, et par sa construction singulière. Son architecture a beaucoup d'analogie avec celle des monuments bâtis en Espagne du temps des Maures.
Le Castillet, qui a joué un grand rôle dans les guerres du huitième au treizième siècle, sert depuis longtemps de prison militaire.
CAVAIliliO^' (Arc de triomphe de), département de Vaucluse. Cavaillon est une ancienne ville du comlat Venaissin. Les Romains, qui y avaient établi une colonie, y fondèrent plusieurs monuments dont il reste encore des vestiges.
Parmi ces derniers figure un fragment d'arc de triomphe que l'on croit appartenir au temps d'Auguste. La partie inférieure de cet arc est cachée sous la' terre jusqu'à la corniche de l'archivolte. Il est percé sur quatre faces, disposition inusitée dans ces sortes de construction.
Les angles des piles sont ornés de pila>tres dont les faces sont décorées d'ornements. Sur les tympans de l'arc sont sculptées, comme au monument de Saint-Remi. des figures de Renommées d'un travail très-imparfait. (Voy. Re.mi (Saint-).
CUAliUS (Château de). Le château de Clialiis. ancienne et petite ville du département de la Haute-Vienne, dont on attribue la fondation à Liiciiis Capreolus, ju'oconsul d'Aquitaine, est remarquable dans l'histoire du Limousin par l'anecdote suivante :
« Une opinion accréditée par plusieurs siècles et appuvée du témoignage des chroniqueurs de l'époque, était que les souten-ains de l'ancien château, fortifié de tours et de remparts, renfermaient un trésor iiiapiirèciable. Eu 1199, Guidomar, vicomte de Limoges, découvrit ce trésor,
3ui consistait en plusieurs figures en or, assises autour 'une table de même métal, représentant un homme, une femme et plusieurs enfants vêtus â la romaine. D'après les lois féodales, les trésors trouvés étaient réservés au seigneur du fief. Richard demanda le trésor du vicomte, refusa la part que Guidomar lui en offrit, voulut l'avoir en entier, et vint aussitôt mettre le siège devant le château. Parmi les assiégés se trouvait un nommé Bertrand do Gourdon, qui nourrissait contre Richard une haine héréditaire. Ce soldat remarqua le roi qui faisait le tour du château, pour chercher par où il commencerait son attaque : il le mit en joue et l'atteignit à l'épaule gauche d'une Uèche d'arbalète qui pénétra très-avant dans la côte.
« Pendant que Richard languissait sur un lit de douleur de la blessure qu'il avait reçue le 26 mars, ses soldats avaient continué le siège du' château, qui se rendit le 6 avril. Tous les défenseurs furent immédiatement pendus, à la réserve de Bertrand de Gourdon, qu'ils destinaient â un supplice plus horrible. Auparavant. Richard voulut le voir : « C'est donc toi, lui dit-il, qui as osé frap- « per l'oint du Seigneur? — C'est moi, répond Bertrand « avec audace; et je me réjouis de ce que j'ai fait, car « j'ai eu le bonheur de venger ainsi mon père et mes deux « frères, qui étaient tombes par ta main. » Richard, touché du courage de son ennemi, ordonna qu'on le mit en
( I ] Parmi les casernes de la capitale, on remarque celles du quai d'Orsay, de la rue Verlc, de la Pépinière, de l'Ecole militaire (voyez ce nom), de Babylone et de Popincourt.
MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE
liberté et qu'on lui donni'il quelque argent jiour retourner auprès des siens. Le roi expira ; maison ne tint aucun compte du pardon accordé au prisonnier, nui n'avait fait qu'user du droit de la guerre. Bertrand de Gourdon fut livré aux bourreaux, tenaillé et écorclié vif avant d'èlre pendu. Roger de Hoveden accuse Marcliades de cet acte de cruauté; mais l'historien Vcllv l'attribue à Philippe- Auguste, c|ui, « par sa grandeur d'âme, dit-il, autant que « par politique, voulut tout à la fois venger la mort d un « ennemi qu'il estimait et pourvoir à la sûreté des sou- « verains. »
CM.ililJSSET (Château de). A peu de distance du petit village de Boisscuil, département de la Ilautc-Vicnne, à un quart de lieue du pont de Roselle, on remarque les ruines de l'ancien château de Chalusset. les plus curieuses et les plus importantes de toutes celles qui existent dans le département.
Les tours de Chalusset, si remarquables par l'étendue qu'elles couvrent de leurs débris, le sont peut-être da-
vantage pur leur position pillorpsquo. Du haut d'une roche inculte et sauvage, au pied de laquelle deux ruisseaux assez rapides viennent confondre leurs eaux, ces vieux remparts semblent menacer encore l'habilant des campagnes, dont ils n'excitent plus même la curiosité.
Ces magnifiques ruines ont déjà occupé le crayon d'habiles dessinateurs. Le château proprement dit, compris entre les ruisseaux de la Ligoure, au nord-ouest, et de la Briance, au sud-est, présente la forme d'un trapèze, dont l'axe se dirige du sud-ouest au nord-est, et dont le plus petit coté, qui répond à la porte principale, située au nordest, peut avoir 80 pieds et le côté opposé 130 pieds. La longueur moyenne est d'environ 210 pieds. On n'observe de fossés que du côté du sud-ouest, les autres étaient suflisamment défendus par les pentes extrêmement rapides de la montagne. Sur les quatre angles du trapèze s'élevaient quatre tours considérables, accompagnées de plusieurs petites qui renfermaient les escaliers et dont on ne voit plus (|ue les décombres. Dans tout cet espace se trouve
Pont (le Saiiil-Ch.imas.
compris : 1° une tour d'entrée fort étroite d'abord, qui s'élargit en avançant, et offrait tout â la fois, en cas d'attaque, un avantage aux assiégés et un obstacle aux assiégeants ; 2° deux salles assez grandes sur les deux côtés de la cour; 5" une tour Irés-éievéc, de forme ptntagonale, placée â peu prés vers le centre de tout l'édifice ;"4° une grande cour ou place d'armes, très-vaste, au pied de la même tour ; 5° enfin, deux salles qui terminent, du côté de la Briance, le développement du château ; le mur antérieur de celle qui est la plus voisine du centre est entièrement détruit et laisse apercevoir, de l'autre bord, toute la partie intérieure des ruines. La structure de ces différentes pièces, lolaicment découvertes, et dont les murs sont presque partout abattus ou dégradés, appartient inconleslablemcnt an moyen âge. Il en est de même de tous lis rha|iiloaux des colonnes et de ceux des piliers, cvidemmeiil golhi(|ui's, à joints alternatifs, qui s'observent sur les paniis des différentes salles, et contiennent des voûtes eu ogives encore bien conservées.
D'après les documents les |)lus authentiques, le château Je Chalusset occuperait remplacement d'unç station
romaine. Du onzième au quinzième siècle, il passa, par aci|uisilion, en différentes mains seigneuriales; eut à soutenir plusi(>urs sièges et fut souvent pris et repris. En 1,')7i, .1. (h- Mauniont, seigneur de Saint-Vie, se saisit do celle projirii'ti'', devenue "presque inhabitable depuis l'expulsion clés Anglais, et la restaura entièrement. Ses exactions ayant révolté les habitants de Limoges, ceux-ci se réunirent trois ans après aux paysans des environs et vinrent investir la forteresse qui se rendit après cinq jours de siège. Les fortifications furent rasées et ne se relevèrent plus depuis.
CHAMAS (PoOT ET Arcs de Sai>t-]. La petite ville de Sainl-Chamas, qui appartient au département des Bourhes-du-llhône, possède un précieux monument d'antiquité romaine ; nous voulons parler du pont Fhivh'n et des arcs placés à ses deux extrémités, que l'on croit avoir été élevés cduime monument triomphal.
Ce |iiiiit l'sl construit sur la Touliiuhre, à l'endroit où cette rivière traverse l'ancienne voie Aiirvlia, qui conduit encore d'Arles â Aix. 11 a 21 mètres 40 centimètres de longueur, 6 mètres 20 centimètres de large; les deux
.MOM'MENIS ÉLEVÉS A L\ GLOIRE MILITAIRE.
ares qui ornent ses estrémités ont sept méires de hnul. Les pieds-droits sont accompagnés de pilastres cannelés d'ordre corinthien ; ces pilastres, accouplés en retour, viennent décorer les faces Inlcrales : l'entablement porie à chaque extrémité un lion. La frise des faces extérieures perle n son centre l'inscription suivante : ■