‹ Monuments élevés à gloire militaire par les romains et les françaisChapitre 2 sur 12 · C. DO^SEI. VESAE. ET. C. »TTEI. BTFEI · texte numérisé non relu

C. DO^SEI. VESAE. ET. C. »TTEI. BTFEI

(Caïus Donnius Flavus, lils de Caîus, Flamine de Rome cl «l'Auijuste, a ordonoé, par lostaincnt, de bàlir (ce pont et ces arcs) sous la dircctiou de C. Duuuius Vciia elde C AKins Itufiis.

Le port de Saint-Chamas est formé par deux jetées, et consiste dans un petit bassin de 59 mètres de lon^-iieur sur 53 métrés de largeur, qui communique avec l'élang de Barre au moyen d'un chenal de 80 mètres de long sur <8 métrés de large. Il est fréquenté par de pelils b-iliments de mer. par des tartanes de la rivière «le Gènes et

Sar les allèges d'Arles, qui viennent chercher de la poudre e guerre, des farines, des vins, des huiles et autres productions du pays.

CHA5rP-I»E-MA»S, à Paris. Le vaste terrain qui sépare l'Ecole-Mililaire des rives de la Seine n'offrait encore, en 1770. qu'un champ cultivé par des maraîchers. A cette époque on y traw un immense pnralléloïïTamme ou carré long de 864 mètres sur une largeur ^'environ -420 mètres, entouré de fossés de trois côtés, et on le décora du titre pompeux de Champ-ilc-Mars. (In ne pensait pas, en préparant cette vaste enceinte, que l'on dressait une arène où allaient retentir bientôt lus premiers cris d'enthousiasme d'un grand peuple brisant ses chaînes. C'est au Champ-dt'-Mars qu'eut lieu, le 14 juillet 1790, cette fameuse Fédération, exemple unique dans l'histoire, de députés d'une nation se reunissant pour proclamer l'union et la fraternité de tous ses membres.

On se fera difficilement une idée de l'enthousiasme et de l'ardeur que déploya la population parisienne dans les préparatifs de la cérémonie dont le Champ-dc-Mars allait être le théâtre. On s'y porta de tous côtés avec des pioches. des pelles, des brouettes et tous les outils nécessaires aux travaux de terrassements. Le samedi matin, H juillet, Louis XM passa à cheval au milieu de ce vaste atelier patriotique et le quitta vivement ému des démonstrations de l'amour du peuple. Enfin, le 14 juillet arriva. Trois rangs de gradins avaient été établis pour recevoir cent soixante mille citoyens; le reste pouvait en contenir environ cent mille. Sur uii terre-plein de 20 pieds de haut s'élevait l'autel de la patrie. On y arrivait de quatre côtés par un vaste escalier. Quatre platès-formes supportaient quatre petits autels antiques; un nombreux clergé attendait le cortège.

. Le côté du Champ-de-Mars où s'élève l'Ecole militaire était occupé par une immense galerie couverte, ornée de draperies. Au milieu de la galerie étaient deux pavillons pour le roi et la famille royale. On voyait, à l'autre extrémité, vis-à-vis le pont d'Iéna. un arc de triomphe en charf entes d'une dimension colossale. L'autel, les galeries, arc de triomphe étaient ornés de nombreuses inscriptions analogues à la cérémonie.

Le 14, dés la pointe du jour, le peuple se mil en marche vers le Cliamp-dc-Jlars, tandis que les fédérés allaient se réunir sur les différents points qui leur avaient été assignés et que le plus âgé de leurs députés recevait .séparément les quatre-vingt-trois bannières destinées a la fédération. Sur chaque bannière, de forme carrée et d'étoffe blanche, étaient peints une couronne de chêne et le nom du département auquel elle était destinée.

Le cortège se mit en marche à sept heures du matin dans l'ordre suivant : Une compagnie de cavalerie parisienne, une compagnie de grenadiers ayant en tète des tambours et des musiciens ; venaient ensuite les électeurs de Paris, une compagnie de g.ii-de nationale, le comité militaire, une compagnie de chasseurs, les présidents des districts, les membres du comité de la fédération, les

soixante administrateurs de la capitale, marchant entre deux rangs d'anciens gardes de la ville. Le bataillon des enfants précédait l'as.semblèe nationale ; celui des vieillards la suivait immédiatement. Sur les flancs de ce bataillon se déployaient majestueusement les soixante drapeaux des districts de Paris. Quarante-deux députations dans l'ordre alphabétique des d'''partements, les députations des troupes de terre et de mer, les quarante et un derniers départements formaient la suite du cortège fédéral. Sa marche était fermée par un détachement de gi-enadiers et de gardes à cheval.

Du faubourg Ijaint-Antoine, le cortège passa par les rues Saint-Denis, de la Ferronnerie. Saint-llonoré, Bovalo, la place Louis XV, le cours la Reine, le quai de Chaillot. et pénétra au Champ-de-Mars par un pont de bateaux qui avait été jeté sur la Seine, en face du couvent des Fillcs- Sainle-Marie ; un grand spectacle frappa les yeux des fédérés, trois cent mille citoyens, de tout sexe, de tout rang, de tout âge, remplissaient les gradins qu'on avait élevés dans toulle pourtour du Champ-de-Mars.

A trois heures et demie, des salves d'artillerie annoncèrent que le cortège était arrivé au terme de sa marche. La messe fut célébrée après la bénédiction des quatre-vingttrois bannières. Le roi parut à cette solennité sans ornements royaux. La célébration de la messe étant achevée, Lafayetle" monta à l'autel et prononça le serment qui allait être prèle par les fédérés: il fut suivi de celui de l'Assoinblee nationale, après quoi le roi prêta le sien en ces termes : « Moi, roi des Français, je jure à la nation d'employer tout le pouvoir qui m'est délégué par la loi constitutionnelle de l'Etat à maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par moi, et à faire exécuter les lois du royaume. » Les cris de Vive le roi ! qui déjà s'étaient fait entendre à plusieurs reprises, redoublèrent alors. A ce moment, la reine éleva sou fils vers le peuple ; ce mouvement fut accueilli avec enlhousiasme par les cris de Firc la rein?.' Vive le dauphin! A six heuiYS du soir la fête était terminée. Il serait difficile de peindre la profonde émotion qu'elle laissa dans le creur de tous les assistants. Depuis cette cérémonie, le Champ-de-Mars prit le nom de Champ de la Fédération. Lors de la révolte de Jîancy, dans les derniers jours de juillet 1790, révolte qui coûta la vie à prés de onze cents hommes, les Parisiens témoignèrent leurs regrets de la perte de leurs frères d'armes par une cérémonie funèbre, qui fut célébrée au Champ-de-Mars le 20 septembre suivant. L'arc de triomphe, la galerie en amphithéâtre, situés à l'autre extrémité du cirque, furent tendus en noir. L'autel fut converti en tombeau antique, entouré de cyprès et chargé d'inscriptions en lettres d'or, analogues à la circonstance. Celle pompe funèbre attira une grande partie de la population de Paris.

Les ornements de la Fédération, que nous avons décrits plus haut, furent conservés, et servirent, en 1791, à la célébration de l'cnnirfrsaire du M juillet. Cette dernière fêle fut moins brillante, moins animée. Les cris de Vive la liberté! Plus de roi! s'y firent entendre. Déjà la révolution faisait de rapides progrès; les masses s'éclairaient, et la direction des esprits prenait une tendance nouvelle. Le lendemain de celle commémoration, douze cents citoyens se rassemblèrent au Champ-de-Mars et signèrent sur l'autel de la patrie une pétition à l'Assemblée nationale, pour demander qu'il ne fût rien statué sur le sort de Louis XVI. sans avoir consulté le vœu général. L'.\ssomblée décréta l'inviolabilité du roi; de son côté, la Société des amis de la constitution dressa une autre pétition pour demander que r.Assemblèe nationale reçut, au nom du pays, l'abdication du roi : presque tous les membres de l'Assemblée s'élaut retirés pour ne pas discuter sur l'objet de cette demande, un grand concours de citoyens se rend au Champ-de-Mars ; lapélition est communiquée à chacun, et il est décidé qu'on se réunira de nouveau, le dimanche 17, pour donner une seconde lecture de cet acle et le couvrir de signatures. L'Assemblée, inquiète de ce mouvement populaire, s'entoure de canons et de baïonnettes, appelle le corps municipal à sa barre, et ordonne que l'attroupement du Champ de la Fédération soit dissipé,

décrète la loi martiale, cl charge Bailly, alors maire de Paris, d'en faire exécuter les dispositions. Bailly se rend au Champ-de-Mars, précédé du fatal drapeau rouge, avec Lafayette, environ douze cents gardes nationaux et trois pièces de canon. Les sommations légales sont faites; mais le peuple, exalté, n'y répond qu'en lançant sur la force armée un grand nombre de pierres. Alors la troupe fait une première décharge en l'air. Cette démonstration étant restée sans effet, elle fut bientôt suivie d'une seconde, puis d'une troisième; l'attroupement se dissipa, mais le sang avait coulé : vingt-quatre insurgés avaient péri.

ifne fête magnifique fut célébrée au Champ-de-Mars, le dimanche 20 septembre 1791, au sujet de l'acceptation et de la publication de l'acte constitutionnel. Toutes les autorités s'y rendirent en corps, précédées de hérauts d'armes, et y arrivèrent au bruit de cent bouches à feu. Bailly, qui, deux ans après, devait expier sur l'échafaud, dressé à la même place, ses erreurs républicaines et sa stoïque vertu, Bailly monta sur l'autel de la patrie, y éleva et offrit au respect du peuple le code constitutionnel, et prononça un discours remarquable par son éloquence mâle et na'ive.

Le 15 avril 1792, on y donna une fête aux quarante Suisses du régiment de Château-Vieux, condamnés aux galères pour la révolte militaire de Nancy, et qui venaient uêlre amnistiés.

L'anniversaire du 14 juillet y fut célébré la même année, mais sans aucun acte remarquable.

Le 10 août 1793, on fit au Champ-de-Mars l'inauguration de la nouvelle constitution. Cette fête nationale, qui avait été préparée par le peintre David, fut grande et majestueuse. Comme dans la première, de nombreuses députalions des départements et des armées de terre et de mer y avaient été appelées. L'instant le plus remarquable de cette solennité fut celui où, après la lecture de la nouvelle constitution et le dépouillement des votes, le président de la Convention déposa dans l'arche, placée sur l'autel de la patrie, l'acte constitutionnel qu'il venait de proclamer. Alors, des salves d'artillerie, repétées sans intervalles, et les acclamations d'un million de voix se confondirent dans les airs, comme pour porter à la Divinité l'expression de la joie et de la reconnaissance de la nation.

Tout était accompli pour l'existence de la république; mais il lui restait une nette sacrée à acquitter. A l'extrémité du Champ-de-Mars avait été dressé un temple funèbre, élevé à la mémoire des défenseurs de la patrie et des citoyens morts pour la cause de la liberté. La Convention se dirigea vers ce lieu, suivie d'un char richement orné et d'une partie du cortège. Arrivé à l'autel, le président prononça un discours qui termina cette dernière cérémonie.

Le 11 novembre 1795, un vieillard vénérable, la tête couverte de cheveux blancs, était amené au Champ-demars, les mains liées derrière le dos, à peu près nu, mouillé par une pluie froide qui tombait à torrents, et .iccompagné d'une multitude de curieux demandant à grands cris son supplice : c'était Bailly. Il descend lentement de la charrette; le drapeau rouge, qu'on avait apporté, est brûlé en sa présence, et on en dirige la flamme sur sou visage. 11 allait monter sur l'échafaud, lorsqu'une voix sortie de la foule s'écrie qu'il ne faut pas souiller le Champ de la Fédération du sang d'un scélérat. Cette proposition est accueillie; l'instrument de mort est démonte lentement, et on va l'élever dans un des fossés qui se trouvent du côté de la Seine. Pendant trois heures l'infortuné Bailly se trouve en butte aux outrages de la foule oui l'environne ; conspué, accablé de coups, couvert de boue, il tombe évanoui. De nouvelles tortures le rendent à la vie. « Tu trembles, Bailly, » lui crie un de ses bourreaux ; « Mon ami, c'est de froid, » répond le martyr de la liberté. Enûn il recueille ses forces, monte sur l'échafaud, et sa tête tombe. — On poussa si loin l'inhumanité, les outrages, la barbarie, qu'il demanda plusieurs fois avec instance qu'on lui donnât la mort. Un témoin lui a entendu dire : « Vous devez être bien satisfaits, car vous me faites bien souffrir. »

Après l'épisode sanglant de la mort de Bailly, s'ouvre pour le Charap-de-Mars une ère de joie et de triomphe.

Les fêtes de la république, celles de l'empire y amenèrent chaque année toute la population parisienne. Nous ne citerons de ces solennités que les plus remarquables.

Lorsque la Convention eut connaissance de la prise de Toulon par le général Dugommier, elle décréta qu'une fête nationale serait célébrée dans toute l'étendue de la république, en l'honneur des succès brillants de nos armées. Le jour de cette grande solennité fut fixé, pour toute la France, au 10 nivôse an II (30 décembre 1793). David, alors directeur des fêtes nationales, fil de celle des Victoires le spectacle le plus magnifique.

Au milieu du vaste cirque du Champ-de-Mars s'élevait le temple de l'Immortalité. La Convention, entourée d'un ruban tricolore soutenu par des vétérans, et escortée par les quarante-huit sections de Paris, les sociétés populaires, les comités révolutionnaires, les tribunaux, le conseil exécutif et toutes les autorités constituées avec leurs bannières, partit du jardin des Tuileries pour se rendre au Champ-de-Mars; quarante-huit pièces de canon, traînées par les canonniers des sections, précédaient le cortège. Les quatorze armées de la république y étaient représentées par quatorze chars remplis de douze militaires blessés et entourés de quarante jeunes filles vêtues de blanc avec des ceintures tricolores : elles tenaient en main une branche de laurier et chantaient des hymnes à la victoire, composées par Chênier. Chaque char était escorté par un bataillon carré, et accompagné par les musiques de la garde nationale et des théâtres, qui se mariaient, par intervalles, avec les décharges de l'artillerie, le son des tambours et des clairons. Le char de la Victoire, rempli des drapeaux et étendards pris à l'ennemi, fermait la marche. Ce char triomphal, orné de couronnes de laurier et de guirlandes entrelacées de rubans aux couleurs nationales, était suivi d'un peuple immense. C'est dans cet ordre qu'on arriva au lieu de la fête, qui ne se termina qu'à la nuit.

La fêle à l'Être suprême, instituée et présidée par Robespierre, fut célébrée au Champ-de-Mars, qui portait alors le nom de C/iamp de la Bcunion, le 8 juin 1795. Ce fut encore David qui en fit les préparatifs. 11 composa les bas-reliefs qui ornaient le grand arc de triomphe ; les sujets étaient le Dix août, la République, le Règne de la Philosophie, le Triomphe de la Sagesse. La Convention se rendit en corps à cette fête, où Robespierre prononça un discours. A la sommité des rochers que l'on avait construits au milieu de l'enceinte était une espèce de tour sur laquelle on arrivait par des escaliers tournants. C'est là que se firent les offrandes à l'Etre suprême.

Parmi les fêtes qui se donnèrent au Champ-de-Mars, sous le directoire, nous citerons celles de Vagriculture, du 14 juillet et du 9 thermidor, la fête du 10 aoiU, celle des vieillards, etc., etc.

Sous le consulat, on célébra au Champ-de-Mars plusieurs fêtes nationales, entre autres, la fête de la fondalion de la république et celle de la paix générale (1801).

Le lendemain du jour du couronnement de Napoléon, le 3 décembre 1804, ce prince fit au Champ-de-Mars la distribution des aigles aux gardes nationales et à l'armée. Les gardes nationales de l'empire représentées par des députations ; les régiments et les dèputations de l'armée appelés à la cérémonie du sacre, y reçurent leurs drapeaux et étendards des mains de l'empereur. «Soldats, leur ditil, voilà vos drapeaux : ces aigles vous serviront toujours de point de ralliement. Elles seront partout où votre empereur les jugera nécessaires pour la défense de son trône et de son peuple. Vous jurez de sacrifier votre vie pour les défendre et de les maintenir constamment par votre

courage sur le chemin de la victoire Vous le jurez! »

Les soldats jurèrent et tinrent leur serment.

La distribution des drapeaux de la restauration eut également lieu au Champ-de-Mars le 7 septembre 1814. Celle cérémonie eut lieu avec la plus grande solennité. Un riche autel était dressé vers l'Ecole militaire, presque en face du trône élevé pour le roi. Lorsque l'archevêque Talleyrand-Périgord, entouré d'un nombieux clergé, eut officié, Louis XVill distribua les drapeaux, auxquels la duchesse d'Angoulême attachait une cravate en soie blanche.

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Le 51 mai 1815. à huit iieiires du soir, veille de la cci'cmonie du Chnnip-de-Mai, une batlerie, placée sur la terrasse des Tuileries, annonça cette fête par une salve de cent coups de canon, répétés par les batteries de Montmartre, du pont d'iéna, des Invalides, de l'Ecole militaire, de Vincenues. et des ouvrages de la butte Chaumont. de BcUeville et de Charonne. Le 1" juin, dés neuf heures du matin, les troupes étaient rendues au Champ-de-Mars. La garde impériale occupait la partie de l'est, la garde nationale remplissait celle de l'ouest, la cavalerie le devant de ces troupes. Un amphithéâtre avait été dressé pour recevoir les électeurs, les députés et les militaires envoyés par les corps de l'armée. A onze heures et demie des salves d'artillerie annoncèrent la marche du cortège, puis enfin l'arrivée de l'empereur, qui parut dans la voiture du sacre, attelée de huit chevaux blancs. Dans l'arène qui s'étendait depuis l'amphithéâtre jusqu'au péristyle, flottaient les bannières nationales destinées, par l'empereur, à la garde impériale, à la garde nationale et aux députations de l'armée. Dans les tribunes latérales étaient rangés les membres du conseil d'Etat, la cour de cassation, la Gourdes comptes, les tribunaux et l'université. Les hérauts d'armes, les pages, les aides des cérémonies, les chambellans étaient groupés sur les degrés qui conduisaient au trône, et qu'entouraient les trois frères de l'empereur, Lucien, Joseph et Jérôme, le cardinal Fesch, les ministres et les granas dignitaires. Les tertres du Champde-Mars, couverts d'une immense population, complétaient cet imposant tableau. Après la messe et le discours de M. Dubois, au nom des collèges électoraux, le chef des hérauts d'armes annonça, au nom de l'empereur, que l'acte additionnel aux constitutions de l'empire était accepté par le peuple français. L'empereur quitta ensuite le manteau impérial, et se rendit sur le trône, élevé au milieu du Champ-de-Mars, pour y faire la distribution des aigles. La cérémonie se termina par le défilé des troupes.

Lorsque, après la révolution de 1850, la France reprit les couleurs nationales, si chèrement achetées par le sang de ses enfants , le Champ-de-Mars fut encore témoin de deux grandes solennités. Les 27 mars cl 2 mai 1831, le roi Louis-Philippe, entouré d'un brillant état-major, ayant à sa droite le maréchal duc de Dalmatic , ministre de la guerre, et à sa gauche le vieux vétéran de 17S9, le général Lafayette, fit aux gardes nationales parisiennes et aux troupes de ligne la distribution solenuello des drapeaux et étendards aux nouvelles couleurs. Cetrc fêle, toute militaire, n'eut ni l'éclat ni l'ajipareil brillant de celles qui l'avaient précédée; mais elle montra aux ennemis de la France des troupes bien disciplinées, prêtes à suivre leurs nouvelles enseignes sur le chemin de la victoire. Un pavillon, entouré de degrés sur quatre faces, avait été élevé à deux cents toises du bâtiment de l'Ecole militaire. Il était orné de drapeaux et de tentures tricolores. C'est là que les députations des corps vinrent recevoir leur signe de ralliement.

Au mois de juin 1837, .i l'occasion des fêtes données par la ville de Paris pour célébrer le mariage du duc d'Orléans . le Champ-de-Mars fut choisi pour représenter le simulacre de la prise d'Anvers. Cette lête fut troublée par un épouvantable accident. Quelques cris sinistres ayant répandu l'cQ'roi parmi la foule, elle s'ébranla dans toutes les directions et se précipita sur ses issues . qui furent aussitôt encombrées. Li périrent vingt-trois individus de tout sexe , écra.sés par la foule : un grand nombre furent plus ou moins dangereusement blessés.

La seconde fête de la nouvelle république proclamée le 4 mai 1848 fut célébrée au Champ-de-Mars le 21 du même mois. L'Assemblée nationale, tous les corps constitués de la capitale y assistèrent , et une immense population prit part à cette solennité. Un grand nombre de statues, entre autres celles de VEgaliié el de h Fraternité , ormwnl l'enceinte du Champ-de-Mars et les abords du pont d'Ièna. Une brillante illumination termina cette journée. C'est M. Etex qui présida aux travaux d'ornementation. ■- Le Champ-de-Mars, théâtre des grandes fêtes de la République , de l'Empire et des règnes qui lui ont succédé,

est redevenu ce qu'il avait déjà été tant de fois, la lice des chevaux , un lieu d'exercices, de parades et de revue des troupes.

CHATEAU - CiAIL.l.ARn D'AIVnEIiY. Sous le nom d'Andelys, on comprend deux petites et anciennes villes du département de l'Eure qui ne sont séparées l'une de l'autre que par une chaussée d'un quart de lieue. L'histoire des Andelys rappelle les souvenirs les plus chevaleresques. C'est ïin des principaux théâtres des exploits de

Philippe-Auguste et de Richard Cœur-de-Lion. Mais tous les événements mémorables de celte grande époaue se rattachent aux tragiques annales du château Gaillard, dont les ruines majestueuses dominent le cours de la Seine et le petit Audely.

Celte forteresse fut construite, en 1193 . par Richard Cœur-de-Lion. Philippe-Auguste s'en empara en 1204. Il commença l'attaque au mois de septembre, et éprouva une vive résistance de la part des Anglais, qui ne se rendirent qu'après cinq mois de siège, le 6 mars 1204. La garnison ne comptait plus que cent quatre-vingts combattants. On rapporte, au sujet de ce siège, l'anecdote suivante : Roger de Lascy, connétable de Chester, commençant à manquer de vivres, renvoya toutes les bouches inutiles. Deux bandes, chacune de cinq cents vieillards malades, femmes ou enfants, avaient à peine traversé le camp des assiégants, qu'une troisième troupe de douze cents individus, repoussée par Philippe, dut rentrer dans la forteresse. En nutle aux traits des deux armées, sans abri et sans vivres, réduits à se nourrir de la chair des chiens ou des cadavres de leurs compagnons, plus de la moitié avaient déjà péri , quand Philippe, touche de leur sort, leur distribua des vivres et leur permit de se retirer.

Le château soutint encore deux sièges mémorables, l'un de sept mois, en 1418 . contre les Anglais ; l'autre de six mois, en 1449, contre les Français. Celte forteresse, en partie taillée dans le roc, fut démantelée sous le règne de Louis XllI ; ses ruines sont encore très-pittoresques. On voit, dans les fossés qui les entourent, des casemates où, pendant les sièges, on renfermait les chevaux et les provisions.

CHATEIiET. Ce nom était anciennement donné à de petits clKileaux dans lesquels on plaçait un officier appelé châtelain. Il commaudait les troupes préposées à la garde de la forteresse et répondait de sa sùrete. Ces officiers s'étant attribué, plus tard, des pouvoirs fort étendus, réunirejit au commandement militaire l'administration de la justice; leurs juridictions , s'agraudissant successive-

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ment, prirent le litre de châteicts ou de châteUenies. Le premier de ces titres est reste aux justices ri)yales, qui se rendaient dans les châteaux appartenant à la couronne, tels que le grand ChUelct de Paris , les juridictions de Montpellier, d'Orléans, de Melun, etc., etc.

CIIATEIiB'r (Le Geawd ), à Paris. Ancien château, situé au bout du Pont-au-Change , sur la rive droite de la Seine. On croit que cette forteresse a été construite sous Jules-César ou sous l'empereur Julien. Elle était défendue par plusieurs tours et entourée de fossés profonds remplis d'eau vive, alimentés par la Seine. Les Normands l'attaquèrent inutilement en 880.

L'existence la plus connue do ce monument, telle que la rapportent les dilVéïents historiens qui en ont parlé, ne se révèle que vers le ri'gnc de Louis \'lll; on le désigne, vers celte époque, sous le titre de Châtekt dit roi.

Lorsque Philippe-Auguste eut agrandi l'enceinte de Paris, cette forteresse étant devenue inutile à la défense de

la ville, on y établit le siège de la juridiction de la prévôté, qui se divisait en quatre sections : Vandiencc du parc civil, celle du présidial, la chambre du conseil et la chnnhre criminelle. Ces diverses juridictions ayant été réunies en un seul corps, prirent le nom de Cour du Chàtclet.

Le grand Châtelet fut réparé et considérablement agi'andi sous le régne de SMnt Louis, de 1242 à 1267. Les comtes de Paris l'habitèrent jusqu'à la fin du douzième siècle; ils y furent remplacés par les prévôts des marchands.

La faction bourguignonne qui assiégea le grand et le petit Châtelet y massacra, le 12 juin 1418, tous les prisonniers qui y étaient renfermés; leurs corps, jetés du haut des tours, étaient reçus A la pointe des pi(|ues. On évalue là quatre mille le nombre des victimes de cette affreuse boucherie , toutes appartenant au parti des Armagnacs.

Le Peiil Châtelet.

Le 14 novembre 1591 , le conseil des Seize fit arrêter et pendre dans la ch:\nihre du grand Chfitelct, sans jugement préalable, Brisson, président du parlement, les conseillers Claude Lnrcher et Tardif, que l'on soupçonnait de favoriser le parti du roi.

Le grand Chntelet fut reconstruit en 1684. Dulaure rapporte à ce sujet l'anecdote suivante. On avait décidé

Sue , pendant la reconstruction , la cour siégerait aux rands-.\ugustins; mais les moines ne voulurent pas céder leur couvent. On résolut d'en faire le siège et de s'en empirer par la force. Il s'ensuivit plusieurs combats et assauts acharnés . où furent tués un grand nombre de religieux. La victoire , comme on le pense bien , resta au parti de la cour, qui s'y installa provisoirement. Après ces nouvelles reconstructions , il ne resta de l'ancienne forteresse que quelques tours obscures et inoffensives.

En 1736 , on voyait encore , au-dessus de l'ouverture d'un bureau , sous l'arcade du grand Châtelet, une table de marbre contenant ces mois • Triiutum Cœsaris. C'é-

tait là , sans .doute , que se centralisaient tous les impôts des Gaules, usage qui semblait s'être perpétué, puisqu'un arrêt du conseil de 1S86 fait mention des « droits domaniaux accoutumés être payés aux treilles du Châtelet. »

Parmi les cachots que renfermait le grand Châtelet, on cite entre autres celui de la Fosse , dans lequel on descendait les prisonniers par le moyen d'une ]ioulie ; ils y avaient les pieds dans l'eau, et y mouraient ordinairement quinze jours après leur détention.

Deux cent seize prisonniers , détenus dans les cachots de cette forteresse , furent égorgés pendant le massacre des prisons, eu septembre (7i)2.

Le Châtelet fut démoli en 18 '2. C'est sur son emplacement que se trouvent aujourd'hui la place et la fontaine du même nom (voy. plus bas).

CMATEIjET (Le Petit). 11 était situé à l'extrémité mèridiunale du petit pont, ainsi nommé pour le distinguer du grand pont, aujourd'hui Pont-au-Change. Le petit Châiclet, (|ui servait anciennement de porte (le ville, en

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défendait aussi les approclies. Son origine est la même que celle du grand Châtelet.

Un débordement de la Seine ayant renversé, le 20 décembre 1296, le petit pont et le petit Chàlelet, ce dernier l'ut reconstruit par Charles V, en 1369, et servit plus tard de prison d'Etat. Eu I'i02, on affecta ce bâtiment au logement du prévôt de Paris ; il fut démoli en 1782, pour cause d'utilité publique.

C'est sous le passage obscur qui conduisait dans l'in-

térieur que l'on percevait, du temps de Louis IX, les droits d'entrée des marchandises qui arrivaient dans la cité. Un tarif, cité par Sainte-Foix, porte qu'un marchand qui entrera un singe pour le vendre payera quatre deniers ; que, si le singe appartient à un jongleur, cet homme, en le faisant jouer et danser devant le péager, sera quitte du péage, tant dudii singe que de tout ce qu'il aura apporté pour son usage ; de là vient le proveroe : Payer en monnaie de singe.

>.Vjvt:

l'n mystère devaut le CliMclet.

Nous mentionnerons ici un ancien usage (|Hi parait se rapporter à tout^^s les cours souveraines de France : la fameuse ccvémonie des roses. C'était une certaine redevance dont l'origine n'est pas bien connue ; on ne connaît pas non plus Vcpoque à laquelle cet usage a cessé d'e.xister.

Chaque année, le roi payait un droit de roses au paileniint et à toutes les cours' du royaume. Le même droit était fidèlement payé par les princes et autres seigneurs, lorsqu'ils étaient élevés à la dignité de pair de France. Ces derniers présentaient eux-mêmes leurs offrandes en séance solennelle; celle dn roi l'était, ordinairement, par

1 1 Pari!. - Iinp. fimoa Rjîon et Co;il;., rue d'Ertunh, 1.

le grand maître des cérémonies. Chaque membre du parlement ou de la cour recevait un bouquet et une couronne de (leurs.

Un peu avant l'audience, on faisait joncher de roses, de fleurs et d'herbes odoriférantes toutes les chambres, et la cérémonie se terminait par un splendide déjeuner offert aux présidents et aux conseillers ; les greffiers et les huissiers y prenaient également part.

C'était sur la place du Châtelet qu'avait lieu la représentation des Mystères, si populaires d cette époque.

CHATELET (Place et Fomawe du), à Paris. On a

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vil plus haut que 1.1 [ilace Ju Ch.iU'lct avait été établie on 1802 sur l'emplacement du bàtimont qui, pendant idiisieurs siècles, servit à rendre la justice dans toute la juridiction de l'île de France.

Après la démolition de ce monument, le conseil général QU département de la Seine soumit an premier consul le projet d'élever en son honneur, sur l'emplacement de cette vieille forteresse, un arc de triomphe destiné à perpétuer le souvenir de sa gloire. « Je vois avec reconnaissance, répondit le premier consul, les sentiments qui animent les magistrats de la ville de Paris. J'accepte l'offre du monument que vous voulez m'élever. Que la place reste désignée ; mais laissons aux siècles à venir le soin de le construire, s'ils ratifient la bonne opinion que vous avez de moi. »

Napoléon ût ériger, en 1808, au milieu de cette place, une fonliiine monumentale en mémoire des triomphes de la grande année. Ce monument, auquel on donna le nom di' Fontaine du Palmier, est construit sur les dessins de M. liralle. 11 consiste en un bassin circulaire de 7 mètres de diamètre, siinnonté d'une colonne de 16 métrés 90 centimètres d'élévation, représentant un palmier. Elle est entourée de bracelets ou anneaux de bronze doré, sur lesquels sont inscrits les noms des plus glorieuses batailles gagnées sous la République et l'iîmpire.

Le chapiteau de cette colonne est orné d'un élégant feuillage de palmier; il est surmonté d'une boule sphérique sur laquelle s'élève une Renommée, distribuant des couronnes. Quatre .statues symboliques, placées aux angles du piédestal, représentent la Loi, la Force, la Prudence et la Vigilance. Ces statues, unies entre elles par la jonction de leurs mains, forment un cercle autour de la base de la colonne. Elles sont dues, ainsi que celle de la Renommée, au ciseau de M. Bosio.

La place du Chàtelet fut le théâtre de combats sanglants dans la journée du 27 juillet 1830; un çi-and nombre de citoyens et de soldats de la garde royale y furent tués. Elle a été témoin de scènes tumultueuses lors de la révolution de février 1848 et pendant les journées néfastes du mois de juin de la même année.

CHEVERT (Tombeau de). Ce tombeau, placé dans les caveaux de l'église Saint-Eustache, à Paris, fut transféré au musée des monuments français, où il existe encore. Ce monument, qui n'offrait rien de i^marquable sous le rapport de l'art, portait cette admirame épilaphe, composée par d'Alemhert :

Cy-git François Clievert, commandeur, granj'-croix de l'ordre de Saint-Louis, clievalier de l'Aigle bhiic de Pologne, gouverneur de Givct et de Cliarlemont, lieutcnaut général des armées du roi.

Sans aicu.v, sans fortune, sans appui, orphelin dès l'enfance, il s'éleva, nialgré l'envie, à force de mérite: et chaque grade fui le prix d'une aclion d'éclal. Le seul lilre de maréchal de Framc a manqué, non pas à sa gloire, mais h l'exemple de ceux qui le prendront pour modèle.

Il ctail né à Verdun-sur-Mcuse le 2 fé\Tier 1C99 : il mourui à Paris le 24 j>;nvier 17(19.

Celte éiiilaphe, dit Dulaure, offre la preuve de la précision dont notre langue est susceptible, et l'exemple d'un grand mérite loué par un grand talent.

La ville de Verdun a élevé au grand homme qu'elle avait vu naitre une statue en bronze qui orne sa principale place ; le piédestal qui la supporte est en marbre blanc.

CITADEl/liE. Forteresse détachée du corps d'une place de guerre et qui la domine ; elle est séparée des nabitations des citoyens par une esplanade.

Les citadelles sont en même temps destinées à opposer une résistance vigoureuse aux ennemis du dehors et à comprimer les mouvements séditieux qui pourraient surgir au dedans. Elles servent aussi de refuge à une garnison forcée d'abandonner la ville. Leur origine est fort ancienne ; elles ont succédé aux cliàtcaux forts et aux donjons du moyen âge, lorsque l'on dut mettre l'art de la fortification en harmonie avec le changement de lactique introduit par l'usage de la poudre et (les bouches à feu. (Voy. Paws.)

CXISSOX (CuATEAU de). Sur un roc qui duiuinc la

petite et ancienne ville de Clisson (Loire-Inférieure), s'élèvent les restes du vaste et antique château de ce nom, l'un des plus remarquables qu'il y ait en France, par son étendue, par son genre de construction et par la majesté de ses ruines ; il est baigné par la Sévre, au confluent de cette rivière et de la Maine. Ses hautes tours, d'une couleur rougciitre, et ses créneaux , festonnés de lierre, offrent un aspect imposant et des plus pittoresques.

Près de la porte du Sud, qui sert aujourd'hui de porte à la ville, commencent les murailles fortifiées qui environnent la cité et le château. A côté de cette porte, on monte sur un boulevard garni, dans toute sa longueur, d'arbres servant de promenade.

En suivant cette allée, on pénètre dans l'ancienne forteresse par la porte située au nord ; cette porte est accompagnée d'une plus petite, qui, comme la principale, avait son pont-levis. Une première cour se présente aux regards du visiteur; elle est entourée de ruines majestueuses qui attestent le génie belliqueux des temps féodaux.

On descend, dans la partie sud du château, dans des caveaux humides qui servaient de cachots. Ces tombes vivantes ne recevaient le jour que par des ouvertures étroites et grillées. Après avoir francni dix portes, dont plusieurs étaient garanties par des ponts-levis et des herses ménagées dans des murs de dix pieds d'épaisseur, on entre dans la dernière cour, autrefois entourée d'habilLlious servant à l'usage des mailrcs de la forteresse. ÇOIiO^VIVES OÉPARTEllEN'rAL.E'ii. Un arrêté du premier consul, du 29 ventôse au vin (20 mars 1800), prescrivait l'érection, dans chaque chef-lieu de département (la France en comptait alors quatre-vingt dix-huit), sur la plus grande place, d'une colonne triomphale à la mémoire des braves morts pour la défense de la patrie et de la liberté. Les noms de tous les militaires domiciliés dans le déparlement qui, après s'être distinguée par des actions d'éclat, seraient morts sur le champ de bataille, devaient être inscrits sur cette colonne ; le nom d'aucun homme vivant ne pouvait y figurer, excepté celui des militaires qui avaient obtenu des armes d'honneur, conformément à l'arrêté du 4 nivôse an viii (23 décembre 1799).

Indépendamment de la colonne départementale de la Seine, que l'on devait élever sur la place Vendôme, il devait être érigé une grande Colonne nationale destinée à recevoir les noms des militaires morts après avoir rendu des services d'une importance majeure.

Les conseils des départements furent chargés d'arrêter, dans la prochaine' session, sur la présentation des préfets, les noms des militaires qui devaient être inscrits sur les colonnes départementales. Les frais nécessaires à l'érection de ces monuments devaient être pris sur les centimes additionnels ; ceux de la Colonne nationale sur le trésor public. Un jury d'artistes devait arrêter les formes et les dimensions des colonnes.

A Paris, la colonne monumentale devait être édifiée sur la place de la Révolution, ci-devant Louis XV. Déjà une figure de la Liberté, de proportions colossales, y avait été élevée en 1793, pour la cérémonie de l'acceptation de la Constitution, célébrée le 10 août delà même année. Cette figure, ouvrage du statuaire Lcmot, disparut alors pour faire place au nouveau monument.

Le 25 messidor an viu (14 juillet 1800), Lucien Bonaparte, ministre de l'intérieur, vint, en grande cérémonie, en poser la première pierre. On éleva une vaste charpente, couverte d'une toile peinte, représentant la colonne projetée : on voyait, autour de la base, tous les départements représentés par des figures symboliques qui se tenaient par la main. Depuis celte époque, la place de la Révolution prit le nom de place de la Concorde (1).

En découvrant les fondations du piédestal de la colonne, on trouva une boite de bois de cèdre, contenant sept médailles, dont une en or et six en argent au millésime de 1754. On déposa à sa place une a'iitre boite e::

(1) Elle repri' 5011 premier nom en lî^l-i, el celui de plaK ' la Révolution après les événements de février 1848.

La colonne VcnJome.

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

bois d'acajnu, à double fond, renfermant, dans le premier, huit médailles, dont une en or, trois d'argent et quatre de bronze, re|irt'senlant les portraits des trois consuls, du général Dcsaix, etc. ; le second fond renfermait une planche de cuivre sur laquelle était gravée la relation de la pose de la pierre.

Celte colonne, ni celles des départements ne furent exécutées. Il est présumable, dit Dulaure dans son Histoire de Paris, que ce moyen fut un prétexte pour faire disparaître de la capitale et des villes de Fr-jnce les monunienls de la liberté.

COUCY (Château de), situé à l'extrémité occidentale de Coucy-le-Chàteau, petite ville du département de l'Aisne. Il fut bâti en 1598 par Enguerrand, le dernier des sires de Coucy, et formait un quadrilatère irrégulier, défendu par un large fossé, dont chaque angle présentait une tour. Une des cinq portes qui en fermaient l'entrée existe encore, ainsique le donjon, grosse et volumineuse tour placée au milieu des ruines de l'édifice principal, et qui offre un des plus solides et des plus étonnants monuments de la féodalité. Ce donjon a 84 mètres 36 centimètres de haut. 98 mètres 43 centimètres de circonférence; ses murs ont 10 mètres 59 centimètres d'épaisseur. On v aperçoit trois larges fentes verticales, dont une règne dans'toute la hauteur. La porte conservée est protégée par deux tours.

Ce château parait avoir été édiflé sur les ruines de l'ancienne habitation des sires de Coucy. élevée vers le neuvième siècle, et cpii consistait en une espèce de forteresse entourée de murailles crénelées, de tours etde fossés profonds.

Un fameux châtelain de Coucy est connu par ses amours avec Gabrielle de Vergy. dame de Fayel. dont la fin tragique, digne de ces temps de barbarie, a fourni le sujet du drame le plus effayant de notre théâtre. Ou sait que ce chStelain. blessé mortellement au siège de l'Iolémaïs, aujourd'hui Saint-Jean-d'.\cre , en 1191, chargea son écuyer d'extraire son cœur, de le saler, et de le porter dans un petit coffre avec une lettre à sa chère Gabrielle. Le seigneur de Fayel, déjà prévenu sans doute, se trouva sur le passage de l'écuyer près d'entrer au château, lui enleva la lettre et le coffre, et ordonna à son cuisinier d'apprêter ce cœur, qu'il offrit à manger à Gabrielle. «Cette viande est-elle nonne? lui demanda-t-il. — Délicieuse, répondit l'infortunée. — Je le crois bien, ajouta Fayel en lui remettant la lettre, c'est le cœur du châtelain de Coucy. » Gabrielle, après cet affreux repas, déclara qu'elle n'en ferait plus d'autre, et se laissa mourir de faim.

COUTAMCES (.\QCEDrc de), déparlement de la Manche. Si l'on en croit les traditions locales, la ville de Coutances aurait du sou antique splendeur à Constance Chlore, qui la fit fortifier au commencement du troisième siècle, et lui donna son nom ; vers le même temps, il y établit une garnison, et c'est de cette époque que l'on fait remonter la construction de l'aqueduc qui amenait dans la ville les eaux de la fontaine de l'Escoulanderie, ainsi appelée du nom de l'endroit ou elles prenaient leur source.

Ce monument, dont quelques parties sont assez bien conservées, a 38 pieds d'élévation sous voûte; la voûte a 10 pouces d'épaisseur, et les conduits, avec les travaux en terre qui les recouvrent, 1 pied. De seize arcades qui soutenaient les conduits, il y en a treize du côté de la ville qui ont 22 pieds d'ouverture ; la quatorzième n'en a que 15, la quinzième 16, la seizième 11. Cette dernière est à 73 pieds de distance des autres. Cet éloignement parait avoir eu pour motif de laisser libre le passage de la route qui traversait l'aqueduc dans cette partie. Les

Îdliers sur lesquels reposent les arcades ont 10 pieds de arce sur 17 de long.

Des réparations successives faites à cet aqueduc en ont altéré le caractère primitif; la plus importante date de 1159. Depuis celte époque, ce monument n'ayant plus été entretenu, les conduits se sont dégradés et les eaux qui l'alimentaient ont été entièrement perdues.

C(JSSV-L>A-C01.0X:\'E, villnge du département de la Côte-d'Or. à quatre lieues de Beaune. Dans une petite plaine entourée de tous cOtés de hautes collines, à un

kilomètre du village, on aperçoit une colonne octogone antique qui s'élève sur deux piédestaux superposés.

Ce monument, qui a donné son nom au village, est en tout composé de douze pièces, depuis la base jusqu'au sommet. Le soubassement est composé de trois assises d'un seul bloc chacune. La base forme un carré dont les angles sont coupés, et qui a une rentrée demi-circulaire sur chacune des faces principales.

Le piédestal inférieur est "simple et couronné de moulures ; le second est richement sculpté. La corniche dont la base est surmontée est d'un seul morceau, .\u-dessus de cette base est posée une espèce d'autel octogone, orné de huit figures représentant un Hercule, un captif gaulois revêtu des braccœ cl du sagum, une Minerve casquée, une Junon, un Jupiter Ganymède, un Bacchus et une Naïade.

Le fût s'élève avec élégance ; il est orné, à la partie inférieure, de rhonibes dans lesquels il y a une rosette comme on en voit à quelques plaf(mds; la partie supérieure est décorée d'une sculpture en forme d'écaillés.

Le couronnement, qui était d'une richesse d'architecture remarquable, manque presque en totalité; les parties en sont éparses en divers endroits. Le chapiteau, d'ordre corinthien, se voit au lieu dit la Grange d'Auvernay, ou il forme la margelle d'un puits.

Cette colonne monumentale a été restaurée, en 1823, par les soins du préfet du département. Deux opinions se partagent sur l'origine de la colonne deCussy; la première veut que ce soit un monument funéraire élevé à la mémoire d'un général romain, tué dans une bataille qui aurait eu lieu sous les règnes de Dioclctien et de .Maximien ; la seconde, qu'elle ait été édifiée pour éterniser le souvenir d'une victoire remportée vers le même temps. La figure allégorique AnGaulois co/)(i/' semblerait justiner cette dernière opinion.

DACiOBERT (To.mbeau de), roi de France, dans l'église Saint-Dents, désigné sous le nom de chapelle sépulcrale. Ce monument, de style ogival, est d'une finesse d'exécution remarquable; il "est placé à gauche sous les quatre piliers qui soutiennent une des tours. 11 a été restauré sous le règne de saint Louis, et représeute, dans les trois bas-reliefs dont il se compose, la prétendue révélation faite à Ansoalde, ambassadeur de Sicile, par un anachorète qui assurait avoir vu Dagobert dans un esquif entre les mains des démons qui le torturaient, secouru et conduit dans le paradis par saint Denis et saint Martin.

nE^IS» (PouTE OD Ane DE TWOMPiiE Saini-), à Paris.

MO.NU.MICNTS ELEVES A LA GLOIRE MILITAIRE

i^elle porte est située entre la rue Saint- Denis et le fiiubaurg de ce nom, à l'endroit où commence le faubourg.

Sous le régne de Philippe-Auguste il existait déjà, A Paris, une porte Saint-Denis; elle était située entre la rue Mauconseil et celle du Petit-Lyon. Elle fut reculée sous Charles IX, placée entre les rues Nenve-Saint-Denis et Sainte-Apolline, et démolie en 1671, pour faire place au monument dont nous allons parler.

Les victoires remportées par Louis XIV dans la Flandre et dans la Franchc-Lomté ; sa rapide conquête de la Hollande, surtout, avaient été accueillies en France avec le plus grand enthousiasme. La ville de Paris décida qu'un monument serait élevé dans son sein pour éterniser le souvenir de ces brillants succès. Le prévôt des marchands el les échevins s'assemblèrent extraordinairement à l'hôtel de ville el arrêtèrent unanimement, avec les principaux notables qui avaient été appelés à celle séance, l'érection d'un arc de triomphe. L'emplacemenl du lieu fut l'objet d'une assez longue discussion. Après avoir consulté les plus habiles architectes de la capitale, il fut décidé qu'il serait construit eu face de la rue Saint-Denis, à l'endroit même où se terminait alors l'enceinte de la ville. Les travaux commencèrent vers la lin de 1672, sur les plans et la direction de l'architecte Blondel. Les bourgeois de la capitale en firent les frais ; ils s'élevèrent, selon les mémoires du temps, à environ 500,000 fr. Les sculptures, commencées par Girardon, furent continuées et achevées par Michel Auguieres. Les inscriptions apparlienuent toutes à Blondel, qui donna aussi les sujets des bas-reliefs dont ce monument est décoré.

La porte Saint-Denis a 74 pieds de largeur et autant de iiaulcur; son èji.iisseur est (le 1o pieds. L'ouverture de l'arcade a 24 pieds 2 pouces; sa hauteur 46 pieds 2 pouces. Les petites portes pratiquées dans les piédestaux pour le passage des piétons sont de mauvais eoùt : elles n'ont que 6 pieds 8 pouces de hauteur. Blondel a regretté de les avoir établies. 11 nous apprend lui-même qu'il n'a cédé en cela qu'à l'exigence du prévôt des marchands, qui voulait faciliter la circulation dans celte partie de la ville, où l'afUuence du monde était alors, comme aujourd'hui, trèsgrande.

Du côté de la ville, la face du monument présente deux obélisques, de forme pyramidale . engagés dans le mur cl terminés, a leur extrémité supérieure, par un globe surmonté d'une couronne royale. Ces obélisques sont décorés de trophées d'armes antiques d'un très-beau style. Au pied de chacun d'eux est une figure allégorique de dimension colossale. La première, à droite, en entrant dans le faubourg , représente un homme vigoureux appuyé sur un gouvernail et tenant une corne d'abondance : c'est le Riiin. que l'armée française avait passé à Toihuis le 12 juin 1672; la seconde figure , à gauche , représente la iiollaude pleurant les désastres de la patrie vaincue : sa physionomie exprime une douleur profonde , à travers lai-iuelle (lorce le sentiment de la haine et de la vengeance. (Ses deux figures ont été exécutées sur les dessins' de Lelirun. Dans un bas-relief au-dessus de l'arcade , on remarque un groupe d'hommes à cheval. Il est facile de reconnaître Louis XW en tête de ce groupe. On lit sur la frise cette inscription : Ludovico magko. La décoration qui fait face au faubourg est absolument semblable, mais avec les différences ci-après : le bas-relief placé au-dessus de l'arcade représente la prise de Maeslricht par Louis XIV, le 1'' juillet 1675; deux lions sont substitués aux figures humaines représentées au bas des obélisques places du côté de la ville.

La porte Saint-Denis présente dans son ensemble un grand caractère d'unité et d'harmonie qui en font un des monuments les plus remarquables du règne de Louis XIV. Si quelr|ues défauts se font remarquer dans les détails, ils sont amplement rachetés par le grandiose qui a présidé à son exécution.

M. Lombard de Langres rapiiorte dans ses Mémoires , au sujet de l'arc de triomphe de la porte Saint-Denis, l'anecdote suivante : «Bonaparte, après une longue campagne, vint visiter les différents travaux qui s'exécutaient dans Paris. Il vil l'arc de triomphe de la porte Saint-Denis,

et ces mots dédicatoires : Ludovico magno, en lettres récemment dorées, excitèrent sa mauvaise humeur. L'orgueil d'un mort blessait celui d'un vivant. Le ministre de l'intérieur, qui accompagnait le vainqueur dans cette tournée, fut vivement relancé; et, rentré chez lui, il relança à son tour l'architecte , qui s'excusa en disant qu'il avait doré cette inscription d'après les ordres de M. Crelet, son prédécesseur. Enfin on ne savait si l'on devait laisser subsister l'inscription ou l'enlever; on prit un parti moyen : on la bronza, et elle devint tres-peu apparente. »

Les engagements qui eurent lieu à la porte Saint-Denis, pendant les journées des 28 et 29 juillet 1850. contribuèrent puissamment au succès de la cause de la liberté. Cette porte , après être restée^ enfin au pouvoir des citoyens , leur servit de quartier général el de point central de communication. Les insurgés de juin 1848 occupèrent également ce point pendant quelques heures; mais ils en furent délogés par les gardes nationales et les troupes de ligne, sou^ les ordres clu brave général de Lamoriciere.

La porte Saint-Denis a été restaurée en 1850.

DEPOT CENTRAL! DE Ii'ARTIl.l.ERlE , situé sur la place de Sainl-Thomas-d'Aquin , à Paris. Le dépôt central de l'artillerie a été créé le 51 mars 1820, pour y déposer les modèles des différentes armes, tant anciennes que modernes , sorties des manufactures françaises ; des modèles d'affûts et de toutes les machines qui font partie du système de l'artillerie.

Ce dépôt comprend : 1' l'atelier de précision el de modèles d'armes ; 2° le musée d'artillerie ; 5° les archives ; 4° la collection des plans , cartes et dessins. Il possède une bibliothèque d'environ douze mille volumes, tous ouvrages relatifs aux sciences et à l'histoire de l'arme. (Voyez JIi'stE d'amiliei.ie.j

DEPOT DES FORTIFICATIONS, rue Sainl- Dominique-Saint-Germain, à Paris. Cet établissement a été créé en 1776 , en même temps que le conseil des fortifications, remplacé, en 1817, par un comité de même arme. Il renferme les plans des places fortes de la République, les mémoires sur la défense des frontières , et les mémoires des différents sièges entrepris ou soutenus par les armées françaises; il envoie, sur l'ordre du ministre de la guerre', les plans, mémoires et ouvrages d'art el d'instruction qui sont nécessaires dans les directions du génie.

Ce dépôt, qui possède, comme le précédent, une lubliothéque appropriée à sa spécialité, est sous la direction du président du comité des fortifications. (Voyez Galefue des

PLANS E> KELIEFS.)

DÉPÔT eÉNÉRAIi DE 1>A «UERRE , rue

de l'Université, 61, à Paris. Cet établissement, si étroitement lié aux intérêts de l'armée , en ce qui concerne la partie scientifique de son organisation et de ses mouvements aux armées, fut créé, en 1688, par les soins du marquis de Louvois , alors ministre de la guerre. Avant cette époque , ce département ne possédait aucun local destiné à recevoir les vastes archives historiques de l'administration de la guerre. Les plans de campagnes, les mémoires et dessins, la correspondance des généraux, les cartes manuscrites et imprimées , les plans des batailles, tout fut recueilli en 1688, pour y avoir recours au besoin. Ces précieux matériaux , surtout pour ce qui concerne les guerres de la République et de l'Cmpire , augmentés chaque jour, et classés méthodiquement, forment aujourd'hui riine des plus riches collections de ce genre en Europe.

Le dépôt de la guerre se compose de quatre sections, savoir :

1" section, carte de France (travaux graphiques et topographiques); 2' section, travaux topographiques intérieurs (construction des cartes, plans, dessins, etc.); 5"' section, histoire (archives, recherches, classification des pièces , el travaux historiques, analyse des opérations militaires, etc.); 4' section, statistique militaire [recue'û io documents sur les forces militaires des puissances élrangères, etc.).

Indépendanimenl des précieux manuscrits que possède le dénôt de la guerre , cet établissement renferme , en

MONUMKNTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

outre, une bibliollu'que d'environ dix-huit mille volumes.

nEiSAIX (Fostai>e). à Paris. Elle c>t située au centre de la place Dauphine, et fut élevée, en 1802. sur les dessins de M. Percier, à la mémoire du général Desaix , tué, le 23 prairial an vni ( 14 juin 1800), sur le champ de bataille ae Marengo.

Ce monument se compose d'un cippe <jui porte le buste de ce général , couronné par la France militaire. Le Po et le Nil, fleuves témoins de ses exploits, sont représentés, avec leurs attributs, sur le bas-relief circulaire. Deux Renommées gravent sur des écussons, l'une : Thcies et les Pyramides ; l'autre : Kehl et Marengo.

Là sont placées plusieurs inscriptions ; l'une contient ces dernières paroles du général : Allez dire au premier consul que je meurs avec le regret de n'avoir pus assez fait pour la postérité. L'autre i-nppelle les lieux où il signala son courage ; on y remarque ces mots : Les ennemie l'appelaient le Juste.

Une troisième inscription apprend qu'il naquit à Ayat, département du Puy-de-Dôme, le 17 août 1768, et que ce monument lui fut élevé en l'an x. Au-dessous , sur une plinthe en marbre , sont les noms de tous ceux qui ont contribué à l'exécution de ce monument.

Quatre têtes de lion en bronze jettent, dans un bassin circulaire , les eaux, qui proviennent de l'aqueduc d'Arcueil.

DIEPPE (Château de), département de la Seine-Inférieure. Ce château , témoin de tant de sièges et de combats, est situé presque au sommet de la grande falaise de l'ouest, sur laquelle il s'élève de terrasse en terrasse, et d'où il domine tout à la fois la vallée , la ville et la mer. On en attribue la construction à Charles VII, qui le fit bâtir vers la fin du quinzième siècle. 11 est muni de hautes murailles, flanqué de tours et de bastions. « C'est un monument, dit l'un des historiens de la ville de Dieppe, d'un plan original, d'un- style bizarre, qui oU're, dans l'élévation de ses tours, dans les profils de ses murailles, dans l'austérité imposante de son entrée, dans sa vue étendue sur la mer, une variété singulière de scènes sévères, qui rappellent tout à la fois des souvenirs d'esclavage et de gloire. Semblable à tant d'autres forteresses élevées par la main des hommes, il a servi indistinctement à les défendre et à les opprimer. »

La ville de Dieppe ayant été entièrement détruite par le bombardement des Anglais, en juillet 1694, fut rebâtie en brique par ordre de Louis XIV. Le maréchal de Vauban critiqua beaucoup les nouvelles constructions , et en

exprima ainsi son mécontentement à l'arcliilectc : « Vous pouviez assurément, monsieur, beaucoup mieux faire, mais vous ne pouviez jamais faii-c plus mal. »

DIJON (Chateai: de), département de la Côtc-d'Or. Ce château fut construit par Louis XI vers le milieu du quinzième siècle; il était entouré de fossés et flanqué de quatre tours. Ce qui reste encore de cette ancienne forteresse sert aujourd'hui de caserne de gendarmerie. Les parties principales, qui constituaient la forcî militaire du château, n'existent plus.

DINAU (Chateadde), département des Côtes-du-Nord. Cette forteresse, bâtie vers la fin du treizième siècle, consiste eu un énorme donjon composé de deux tours qui s'élèvent majestueusement à la partie méridionale de la ville, dont il est séparé par deux fossés profonds, sur l'un desquels existe un pont de pierre d'une construction assez hardie; sur le second, braucoup moins large que le premier, était jeté un ponl-levis, remplacé aujourd'hui par un pont eu bois. Du coté de la campagne, ce chiteau offre un aspect qui ne manque ni de grandeur ni de légèreté; il a servi de demeure aux ducs de Bretagne, qui venaient souvent passer à Dinan une partie de la "belle saison. On y montre encore un fauteuil que l'on prétend avoir appartenu à la duchesse Anne, femme de Louis XII.

ÉCOIiE D'APPLICATION D'ARTIl.IiERIE

ET DU CSÊNIE, ,i Metz, dèpartemeut de la Moselle. Une première école d'élèves d'artillerie créée à Douai, en 1679, ne subsista que quelques années. Rétablie à la Fere, en 1736, cette dernière fut transférée à Bapaumi> en 1766 et supprimée en 1772. Enfin une dernière école d'élèves s'établit à Chàlons-sur-Marne, en 1791. Un arrêté des consuls du 12 vendémiaire an XI (4 octobre 1802) ayant réuni l'école de ChàJons à celle du génie établie .i JÎetz. elles prirent la dénomination à'Ecole d'application d'artillerie et du génie.

Il serait trop long d'ajouter à cet article la liste des officiers généraux des deux armes, de l'artillerie et du génie, sortis de cette école, et qui se sont illustrés pendant toute la durée des guerres de la Révolution, de l'Empire et des temps actuels.

L'artillerie compte, en outre, huit écoles régimentaires réparties dans les places de Douai, Metz, Strasbourg, Besançon. Toulouse, Rennes, la Fère et Vincennes. — Le génie a aussi trois écoles régimentaires à Montpellier, Metz et Arras.

ÉC01.E HIIilTAIRB, à Paris. Cet établissement a élo inslilup par édit de Louis XV du 22 janvier 1731,

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

dans le but de procurer une éducation militaire gratuite aux enfants de la noblesse française sans fortune. Le nombre des élèves fut fixé à oint] cents ; les conditions d'admission, déterminées par l'édit de création, divisaient les aspirants en huit classes; savoir : 1" classe. Orplielins dont les pères avaient été tués au service, ou qui étaient morts de leurs blessures, soit au service, soit après s'en être retirés; — 2' classe. Orphelins dont les pères étaient morts au service, d'une mort naturelle, ou qui ne s'en étaient retirés qu'après trente ans de commission ; — 3' classe. Enfants qui étaient restés it la charge de leurs mères, leurs pères ayant été tués au service, ou étant morts de leurs blessures, soit après s'en être retirés pour cause de blessures ; — 4" classe. Enfants qui étaient également à la charge de leurs mères, leurs pères étant morts au service, d'une mort naturelle, ou après s'être retirés du service au bout de trente ans de commission ; — 5'^ classe. Enfants dont les pères étaient morts au service; — 6' classe. Enfants dont les pères avaient quitté le service à raison de leur âge, de leurs infirmités, ou pour quelque autre cause légitime; — T classe. Enfants dont les pères n'avaient

i)as servi, mais dont les ancêtres avaient servi ; — 8" classe. jCs enfants de tout le reste de la noblesse qui, par leur indigence, se trouvaient dans le cas d'avoir besoin des secours du roi. Les élèves de ces huit catégories étaient logés, nourris et instruits aux frais de l'Etat. On admit aussi à l'Ecole un certain nombre de pensionnaires étrangers ou nationaux payant 2,000 livres. L'instruction élémentaire comprenait les mathématiques, l'histoire, le dessin, les grammaires latine, allemande et italienne, la physique expérimentale, l'écriture, l'équit.ition, l'escrime. Le service militaire faisait également partie de l'instruction des élèves.

Le produit des droits sur les cartes à jouer, que le roi abandonna à l'hôtel, forma le premier fond destiné aux frais de construction et d'ameub'enient de l'établissement. Ce faible produit ayant bientôt été jugé insuffisant, le roi accorda à l'administration, pour le terme de trente années, le bénéfice d'une loterie. Enfin, par lettres patentes du 24 juillet 1766, les religieux de la mer.se abbatiale de l'abbaye de Saint-Jean de Laon furent tenus de payer au trésorier de l'hôtel une rente annuelle de 12,000 livres.

Le bâtiment de l'Ecole mililaire est situé dans la plaine de Grenelle, entre les avenues de Lovi'endhal, de la Bourdoimaye, de SulTren et le Champ-de-Mars. Il est bâti sur l'cniplacement d'une ancienne garenne, appurlenant à l'abbaye Saint-Germain. Sa construction, commencée en 1732, sur les plans et sous la direction de Gabriel, architecte du roi, fut terminée en 1750. Pendant que l'édifice s'achevait, l'Ecole s'établissait provisoirement au château de Vincennes. En 1758, quatre-vingts élèves y recevaient déjà l'éducation annoncée dans le programme publié par l'édit de création.

L'emplacement occupé par les cours forme un parallélogramme de 220 toises de long eldc 130 de large. L'édifice a deux entrées principales : l'une, celle du midi, est fermée par une grille en fer; l'autre, d'un ordre d'architecture plus imposant, a été ouverte sur le Champ-de- Mars.

Deux cours, dont la première a 70 toises carrées, et la seconde environ 45, précèdent le principal corps de bâtiment ; le reste consiste en cours adjacentes, jardins et constructions d'un gont plus simple et mieux approprié aux besoins de l'étaÈlissement.Une machine hydrauliijue, posée sur quatre puits, fait mouvoir quatre pompes, et fournit à la maison quarante-quatre muicls d'eau parneure.

On remarque, sur les deux faces des bâtiments en ailes qui s'avancent jusqu'à la première grille, deux frontons ornés de peintures en grisaille à fresque, exécutés par Gibelin ; l'effet du bas-relief y est très-bien imité. La première de ces peintures, à droite, représente deux athlètes, dont l'un arrête un cheval fougueux ; la seconde, à gauche, est une allégorie de l'Etude," accompagnée des attributs des sciences et des arts.

Au milieu de la cour d'honneur, on voyait autrefois la statue pédestre de Louis XIV, par Lcmoine; elle fut déposée depuis au Musée des monuments français. Le princi-

pal corps de bâtiment, du côté de la cour, est décoré d'un ordre de colonnes doriques, surmonté d'un ordre ionique; au milieu s'élève un avant-corps d'ordre corinthien dont les colonnes embrassent les deux étages : il est couronné d'un fronton et d'un attique.

La façade du côté du Champ-de-Mars est décorée d'un seul avant-corps de colonnes corinthiennes semblables au précédent. Au centre est un vestibule à quatre rangs de colonnes d'ordre toscan, ouvert de trois portes sur les deux faces : on y voyait les statues du maréchal de Luxembourg, par Mouchy; de Turenne, par Pajou; du grand Coude, par Rolland; du maréchal de Saxe, par d'iluez.

Au premier étage, la salle du conseil et quelques autres salles ont été ornées de tableaux représentant les batailles de Fontenoy et de Lawfeit, les sièges de Tournay, de Fribourg, de Menin, d'Ypres et de Furnes, peints par Beaufort, Lagrenée l'ainé et Doyen.

Eu 1768, le duc de Choiseul, alors ministre de la guerre, ordonna la construction d'un observatoire dans l'hôtel de l'Ecole militaire. Le célèbre Lalande, qui fut chargé de ce soin, s'en occupa avec tout le zèle que lui inspirait la science de l'astronomie. Il proposa d'y établir un grand quart de cercle mural, instrument qui manquait encore à l'observatoire du faubourg Saint-Jacques. Après de nombreuses oppositions de la part des ministres qui se succédèrent, Lalande obtint enfin, en 1774, l'objet de sa demande; mais il devait encore éprouver de nouvelles contrariétés. L'observatoire qu'il venait de faire élever fut démoli, et ce ne fut qu'en 1788 qu'il lui fut permis de le faire reconstruire. Le maréchal de Ségur, ministre de la guerre, l'autorisa à faire toute la dépense nécessaire pour porter l'instrument à sa perfection. Lalande a fait exhausser de deux petits étages une partie du bâtiment en aile, à gauche de la première cour; il a (ait construire un massif pour porter une lunette, et, dans la direction du méridien, un mur pour recevoir le quart de cercle mural. Ces deux beaux instruments, et quelques autres-servant aux observations des savants, sont placés sous la surveillance d'un astronome.

La chapelle n'a été construite qu'en 1769. L'archevêque de Paris en bénit la première pierre le 3 juillet, en présence du roi, qui la posa au même instant, et d'une nombreuse cour. Cette chapelle, d'une grande simplicité, n'olTre rien de remarquable.

Pendant toute la durée de sa première destination, l'Ecole militaire avait une garde composée d'une compagnie d'invalides de soixante-liuit hommes pour l'extérieur, et d'une compagnie de sous-officiers pour l'intérieur. L'étatniajor se composait d'un gouverneur, d'un lieutenant de roi, d'un major, de trois aides et de Irois sous-aides-inajors, de quatre capitaines des portes , de deux écuyers ; l'ailmiiiistration était dirigée par un intendant, un tré.sorier, un secrétaire du conseil garde des archives, un inspecteur-contrôleur général , un sous-contrôlcur. Le spirituel de l'Ecole était confié à cinq docteurs de la maison de Sorbonne et à un chapelain ; l'archevêque de Paris en avait la haute surveillance; enfin, le service de santé était fait par un médecin , un chirurgien-major et un chirurgien herniste. Un conseil d'administration, un conseil d'économie et un conseil de police, présidés par le ministre de la guerre, dirigeaient la partie financière et disciplinaire de l'Ecole. — La bibliothèque, qui contenait environ cinq mille volumes, a été détruite et dispersée en 1795.

L'Ecole militaire, qui avait été dissoute jinr ordonnance du 1"' février 1776, fut rétablie et réorganisée l'année suivante sur un plan plus vaste et mieux entendu. La vente de l'hôtel et de ses dépendances, prescrite par l'ordonnance de suppression, n'eut pas lieu ; et, en 1778, le gouveriKiiH ni remplaça |6 revenu sur les cartes par une inileniiiilè de quinze' millions de livres. Un arrêt du conseil, du i) oildbre 1787, prononça , pour être effectuée au 1" avril suivant, la suppression'définilive de l'Ecole. Les élèves (|ui s'y trouvaient furent répartis dans les régiments de l'armée, ou envoyés dans les douze collèges militaires établis dans les provinces en 1776. Les bâtiments furent donnés à la ville de Paris, avec le droit d'y former les établissements qu'elle jugerait convenables. L'architecte

MONUMENTS ÉLEVÉS A LA GLOIRE MILITAIRE

Brongniard fut chargé, en 1788, des travaux relatifs à la nouvelle destination qu'on allait donner à l'Ecole militaire, qui devait en partie remplacer l'IIotel-Dieu. La révolution de 1789 changea CCS nouvelles dispositions. La Convention nationale décréta, le 13 juin 1793. la vente de tous les biens formant la dotation de l'hùlel, que l'on transforma en caserne de cavalerie

Le général Bonaparte, qui avait passé ses premières années if l'Ecole militaire, y établit plus lard son quartier général; et l'on se souvient encore d'avoir lu sur la frise de la façade, du côté du Champ-de-Mars, ces mois : Quartier Napoléon. Devenu empereur, il y établit des régiments de sa garde. Aujourd'hui encore, les vastes bâlimenls de cet édifice servent de caserne à différents corps de la gar'nison de Paris (infanterie, cavalerie, artillerie et génie). Il y a constamment un parc d'artillerie et une ou plusieurs batteries de celle arme.

C'est à l'Ecole militaire qu'eut lieu, en 1797, l'arreslalion des conspirateurs de Presie , Brotlier et la Villeheurnoy, au moment où ils développaient leur plan au chef

d'escadron Malo, qui y était caserne. C'est encore dans ce biliment qu'à son retour du camp de Boulogne Napoléon, prêt à entreprendre la campagne d'.VuslerliU, fut harangué par le préfet de la Seine, et reçut les clefs de la ville (le Paris.

L'Ecole militaire est un des beaux édiCces isolés ■l'^- la capitale. Son architecture est élégante et imposante à la fois. « En effet, ce monument , l'un des plus grands ouvrages du dernier siècle, dit M. Quatremère de Quincy, bien qu'enlevé à sa première destination et dépouillé de tout ce qui pouvait lui donner de l'intérêt, ne lai<se pas d'offrir une des plus grandes masses d'architecture, à laquelle, comme .i celle de Saint-Jean-de-Lalran, à Rome, il ne manque, pour paraître ce qu'elle esl, que de se trouver au milieu de la ville, mise en point de rapport et de comparaison avec d'autres. »

ÉCOL.E P0L.¥VECH:VI«UE, à Paris. Elle occupe remplacement de l'ancien collège de Navarre, fondé en 1304 par Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel.

Pont Saint-Esprit.

L'Ecole polytechnique a été instituée le 21 ventôse an ii (11 mars 1794), sous le nom à'Ecnle centrale des travaux publics, et organisée par décret du 7 vendémiaire an III (24 septembre 1794) ; elle prit la dénomination d'£co(e polytechnique, le 13 fructidor an m (1" septembre 1793).

Dans l'origine, celle école occupait une partie des bâtiments de l'ancien palais Bourbon, d'où elle fui transférée, par décret du 9 germinal an xni (50 mars 1803], dans le local qu'elle occupe aujourd'hui, et qui a été récemment agrandi vers la rue de la Monlagne-Sainte-Geneviéve On a élevé sur le carrefour de ce nom un portail décoré do sculptures. Des deux côlés de la voùle sont deux grands bas-reliefs : celui de droite représente les figures sjniboliques du Génie, de la Marine et de V Artillerie; celui de gauche représente les attributs des Mathématiques, de l'Astronomie, de la Physique, de la Chimie et des autres sciences qui font l'objet de l'enseignement de l'institulion. Au-dessus, sont sculptés cinq médaillons, représentant Lagrange, Laplace, Monge, BcrlhoUet et Fourcroy, fondateurs de l'Ecole.

ESPAliY (Château d'). Le village d'Espaly-Saint-

Marcel, qui appartient au département de la Uaute-Saône, n'est remarquable que par les ruines de son antique château, situé sur un rocher granitique baigné par la Borne. Il était entouré de hautes murailles garnies de tours rondes; un second corps de b.Hliment, placé au centre des constiuclions extérieures el au sommet du rocher, formait une sorte de seconde forteresse surmontée d'un donjon. Ces ruines sont encore imposantes et dénotent l'ancienne importance de ce ch.iteau sous le rapport de la défense.

C'est dans ce ch.itcau que, suivant quelques historiens, Charles VII apprit la mort de son père, et qu'il fui proclamé roi, le 28 octobre 1422.

ESiPîîS'ff (PoM Sai.m-). La ville du Pont-Sainl-Esprit, département du Gard, est située sur la rive droite du Rhône. Son pont, remarquable par sa hardiesse, son élévation, sa longueur et sa solidité, fut commencé en 1263 et terminé en 1309; il résiste donc, depuis plus de cinq siècles, à l'impétuosité du Rhône, qui, en cet endroit, est d'une force prodigie'-.oe. Sa longueur esl de 318 métrés 39 centimètres; mais sa largeur n'est guère que de 4 mètres 30 centimètres, d'un parapetà l'autre. Il se compose de vingt-trois arches .i plein cintre, dix-neuf grandes

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et quatre petites. Cliaque pile est en outre percée dune petite arcade au-dessus de l'éperon pour faciliter l'écoulement des grandes eaux.

Les deux 'tiers du pont sont fondés sur le roc; le reste l'est sur pilotis. Ce pont se remarque encore par celte pa'licularité qu'il n'est point bâti en ligne droite ; il forme un coude très-sensible, disposition que l'on remarque ée;alement dans la construction du pont de pierre de Lyon. (Voy. Lvon.)

ÊTAT-HAdlOR (Ecole d'appucatios d'). Cette école, située dans la rue Snint-Dominique-Saint-Germain, a été instituée par ordonnance du 6 mai 1818. Elle est destinée à former des élèves pour le service de l'état-major. à tenir le corps au complet et à remplir les emplois de lieutenant vacants par les décès, les démissions et les promotions au grade ae capitaine.

Celte école se compose de cinquante élèves sous-lieutenants, formant deux divisions. Ils sont choisis parmi ceux de l'Ecole de Saint-Cyr, de l'Ecole polytechnique et parmi les sous-lieutenants de l'armée.

La durée des études est de deux ans. Après ce temps, les élèves qui ont satisfait aux examens de sortie sont appelés à remplir les emplois de lieutenant vacants dans le corps d'état-m.ijor, cl sont détachés pendant quatre ans dans les régiments d'infanterie et de cavalerie de l'armée.

Les élèves achèvent à l'école leurs éludessur l'administralion militaire, la topographie et la statistique, l'arl et l'histoire militaire, la fortification, l'artillerie, la géométrie descriptive, les langues étrangères, le dessin, l'escrime et ré(|uitation.

ÉTOUiB (Auc DE TBiOMPHE DE l'), silué à la barrière de l'Etoile, à Paris. L'origine de ce monument, consacré à la gloire des armées françaises, remonte au temps du Directoire (1797) ; il devait d'abord èlre élevé à la barrière d'Italie ; mais ce premier projet n'ayant pas reçu d'exécution, il fut question, plus tard, de l'établir sur la place de la Bastille. Ce nouvel emplacement présentant quelques difficultés locales, l'empereur décida qu'il serait élevé à la barrière de l'Etoile, pour servir d'ornement à l'une des plus belles cnlrées de la capitale. MM. Raymond et Chalgrin, architectes, furent chargés d'en établir le plan ; et, dès l'année 1805, commencèrent les travaux de construction, d'après les dessins de M. Chalgrin, resté seul chargé de la direction des travaux, M. Raymond ayant donné sa démission. Il n'est pas exact, ainsi que l'ont annoncé quelques descriptions de ce monument, que l'empereur en ail posé la première pierre. Ce furent les ouvriers employés à sa conslruciion qui firent graver l'inscription suivante :

L'an mil huit cent six, le quinzième d'aoïit, jour de l'anniversaire de sa majesté Napoléon le Granit, celte pierre est la première qui a été posée aans la fondation de ce monument. — Ministre de l'intérieur, M. de Champagny.

Ce monument, construit en pierre de ChAfeau-Landon, était élevé jusqu'à la corniche du piédestal, lorsqu'en avril 1810, à l'occasion du mariage de Napoléon avec Marie-Louise, archiduchesse d'Autriche, M. Chalgrin fit exécuter en charpente et en toile le simulacre de l'ensemble de l'édifice, et ce fut par cette porte triomphale, décorée pour la circonstance, que l'empereur et l'impératrice firent leur entrée dans Paris.

Cet architecte étant mort le 20 janvier 1811, les travaux furent continués par M. Goust. Interrompus après les événements de 1814, ils ne furent repris qu'en 1823, époque à laquelle une ordonnance royale en prescrivit l'achèvement, et dédia ce monument à l'armée d'Kspagne, commandée par le duc d'Augoulême. L'architecte lluyot en prit alors la direction, qu'il conserva jusiiu'en 1833. Il Uil remplacé par M. Abel Blouet, qui a eu la gloire de le terminer en 1836.

La révolution de 1830 rendit à ce monument sa première des(j"alion, celle de perpétuer le souvenir des victoires de la Révolution, du Consulat ot de l'Empire.

L'arc de triomphe de l'Etoile est unique au monde par ses proportions colossales. Les fondations ont 8 mètres de

profondeur au-dessous du sol, sur une superficie de 3G mètres de long et de 28 de large. La longueur de la grande arcade du milieu qui supporte le couronnement est de

14 mètres 50 centimètres. Les deux arcades latérales sont de moindre dimension.

Les abords du monument ont été nivelés et pavés. Une suite de bornes, réunies par des chaînes de fonte, le renferment dans un cercle autour duquel circulent les voitures. Vingt candélabres de fonte pro.iettent le soir une vive lumière fournie par le gaz. Dans le milieu du pavement du grand arc, on a figuré en marbre une grande croix de la Légion d'honneur, au centre de laquelle est un aigle en fonte. On monte au sommet de l'édifice pat un escalier en pierre dont le noyau évidé donne passage ,i un tuyau de descente pour l'écoulement des eaux.

Les sculptures et les ornements qui décorent les quatre faces de ce magnifique monument consistent ; savoir ;

La grande Frise, exécutée par MM. Brun, Jacquot, Leitier, Rude, Caillouele et Seure aine.

Côté de Paris. Deux groupes allégoriques, à droite ei à gauche du grand arc, représentent, l'un, le Triomphe (iSIO), par Corlot; l'autre, le Départ (1793), par Rude. Les deux Renommées qvii décorent les tympans de l'arc sont de M. Pradier. — Les deux grands nas-reliefs. dont l'un représente la Bataille d'Aboukir, est de M. Seure aîné; l'autre, qui représente \es Funérailles du général Marceau, est de M. Lemaire

Côté du Roule. Les tympans du petit arc, qui représentent des figures allégoriques, ont été exécutés par M. Bra. Le grand bas-relief qui est au-dessus, et qui représente la Bataille d'Àustcrlitz, est de M. Gechter.

CôtédeNeuilly. Les deux grands groupes allégoriques, à droite et à gauche, représentent, l'un la Résistance (1814); l'autre, la Paix (1815); ils sont de M. Etex. Les deux Renommées sont de M. Pradier. Les deux bas-reliefs, dont l'un représente la Prise d'Alexandrie en Egypte, est de M. Chaponière ; l'autre, représentant le Pont d Arcole, est di' M. Feuchère.

Côté de Passy. Les lympans du petit arc sont de M. Vallois ; le grand bas-relief, représentant la Bataille deJemmapes, est de M. Marochetti.

Le dessous des petites voûtes est orné de quatre basreliefs allégoriques exécutés par MM. Debay père, Esparcieux, Bosio neveu et Valcher. Les tympans de ces petits arcs sont ornés de figures exécutées par MM. Seure jeune et Debay père.

Des inscriptions, placées sur les piles du gi-and arc, coii-

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tiennent les noms des princi|)ales batailles on des faits d'armes dan< lesquels nos armées sont restées victorieuses. Ces noms sont classés selon les grandes divisions du nord, pour les guerres des Pays-Bas ; de l'est, pour celles d'.MIemagne; du sud, pour" les guerres d'Italie et d'Egypte; de l'ouest, pour les guerres de la Péninsule. Cesiuscriptions font de ce monument une vaste page historique, destinée à transmettre aux générations futures les souvenirs de notre gloire militaire. Nous en donnons la nomenclature à la suite de cet article.

Les trente boucliers qui décorent ratli(iue du monument portent les noms d'autant de batailles ou combats

mémorables. Ces faits d'armes sont indiqués en lettres italiques sur notre tableau, tels qu'ils se trouvent placés sur les quatre faces de l'édilice.

Des tables, taillées dans les murs mêmes de l'édifice et placées sous les arcades latérales, contiennent dans quatre grands tableaux, sur vingt-quatre colonnes, les noms des généraux et autres qui se sont le plus distingués dans les différentes campagnes qui ont immortalisé nos armées, depuis 1791 jusqu en 1814. Ce travail est dû ,i M. Blouet. Ces noms font suite au tableau ci-aprés, qui termine cet article.

Enfin. la dépense totale de ce monument s'est élevée, de 1806 à 1856, à 9,877,000 fr.

Tableau des campagnes, des lails d'armes et des noms inscrits sur l"arc de triomphe de l'Étoile.

!VOBD.

.Armée du ?ford.

Armée de Sambre et Meuse

— des .\rdennes.

— de Rhin et Moselle

- de la >

oselle.

— de Hollande.

— du Rhin,

— de HanoNTe.

Diersheim.

lirand-Piiit.

1 Ypres.

: Brcslaxc.

Dusseldiirf.

Mato-Jarustawiet:.

• Luxembourg.

1 Berg-op-Zoom.

Lille.

Aldenhovtn.

Etlingen.

Altenkirchen

Hondschotle.

Maestrêcht.

Neresheim.

Schlingen.

Wattignies.

Weissembourg.

Bamberg.

KehI. "

-A ri on.

Landau.

Amberg".

Engen.

Courtray.

Neuwicd.

Friediand,

Moëskirch.

Turcoing.

Rastadt.

Biberach.

Hochslett.

Valmy.

Jemmapes.

Fleurus.

Hohenlindcn.

Ulm.

Lut zen.

BauUen.

DTesde.

Hanau

Montmiruil.

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