‹ Monuments et ouvrages d'art antiques, restitués d'après les descriptions des écrivains grecs et latins, et accompagnés de dissertations archaeologiques (volume 2)Chapitre 23 sur 31 · III. — Justification du texte de Varron · texte numérisé non relu

III. — Justification du texte de Varron

Du reste, il est probable que Varron avoit du parler du monument de Porsenna dans l’ouvrage de sa Chronologie de l’Antiquité , et que ce fut des Chroniques étrusques qu’il tira la description d’un édifice qui n’existoit plus de son temps. Du moins il n’en restoit rien à l’époque de Pline, ainsi qu’il nous l’apprend lui-même : Cum Cretici (labyrinthi) Italicique nulla vestigia exstent.

Maintenant, avant d’entrer dans l’interprétation de laquelle doit résulter la restitution de ce monument, croirons-nous facilement que Varron, homme fort instruit dans tous les arts, savant et judi-

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cieux critique, ou auroit donné créance à un monument notoirement apocryphe, de la manière dont on le donne à entendre, ou auroit admis dans son ouvrage une description qu’il auroit cru être celle d’une composition fantastique et fabuleuse ?

N’est-il pas plus probable que, traduisant en latin une description architecturale, chose où il est le plus difficile d’être clair, où il est le plus facile d’équivoquer, où l’emploi d’un mot pour un autre jette la plus grande obscurité sur l’image qu’on veut rendre sensible, Varron s’exprimant fort clairement pour lui-même, a pu donner lieu aux ambiguités que la description la plus soignée ne sauroit éviter ? Qui ne sait, en effet, que Vitruve a laissé ainsi, par la perte des figures qui accompagnoient son Traité d’ Architecture, une multitude d obscurités et de problèmes, que le plus léger dessin auroit, ou prévenus, ou éclaircis et résolus?

Je ne veux donner de ce que je viens de dire qu’un seul exemple, et je le prends dans les trois premiers mots du passage même de Varron. Il est indubitable, comme le texte latin et celui de tous les traducteurs lont déjà démontré, que Porsenna fut enseveli dans le monument décrit, in quo loco monumentum reliquit, etc. Cependant, dit la description, sepultus est sub urbe Clusio , il fut enseveli sous la ville de Clusium.^y a-t-il pas ici deux manières d’entendre la préposition sub , sous. Sans doute, un souterrain auroit pu être pratiqué sous la ville même, et recevoir sa sépulture; mais sans doute aussi, Clusium étant bâti sur une hauteur, le tombeau construit plus bas n’en étoit pas moins sub ipsâ urbe. Tant il est difficile au langage d’être sans ambiguité dans l’expression des corps, surtout des objets matériels et des positions de lieu.

Nous verrons qu’il en pourra être ainsi de la préposition supra , que I on a rendue comme s’il n’y avoit pour les corps, qu’une seule manière d’exister ou d’être placés les uns au-dessus des autres, c’est-àdire verticalement.

La traduction que je vais proposer fera déjà comprendre de quelle

DU TOMBEAU DE PORSENNA. i35

manière fort simple on peut faire disparoître et le prétendu fabuleux du monument, et l’obscurité de sa description. Je traduis :

« Mais comme ce qu’on en raconte excède toute croyance, je me « servirai dans cette description des propres paroles de Yarron :

« Porsenna, dit-il, fut enseveli au-dessous de la ville de Clusium, « à l’endroit où il fit construire son monument en pierres de taille « quadrangulaires. Chacun des côtés a trois cents pieds de largeur « et cinquante de hauteur. Dans l’intérieur du soubassement carré « existe un labyrinthe inextricable, d’où l’on ne pourroit sortir, si « on s’y engageoit sans un peloton de fil.

« Sur ce soubassement carré il y a cinq pyramides, quatre aux « angles, la cinquième au milieu; leur largeur par en bas est de « soixante-quinze pieds, leur hauteur est de cent cinquante. Sur leur « sommet, à toutes, on a posé un globe de bronze, et ensemble un « chapeau, d’où pendent, attachées par des chaînes, des clochettes « qui, agitées par le vent, produisent de loin un carillon, comme « jadis celui de Dodone.

« Plus haut que le globe dont on vient de parler, s’élèvent quatre « autres pyramides, chacune de cent pieds de haut.

« Au-dessus de celles-ci, et sur une plateforme commune, se « voient cinq pyramides.» — (Ici finit Varron. ) Pline ajoute que Yarron n’avoit pas osé en marquer l elévation; mais les chroniques étrusques prétendoient que la hauteur de ce troisième ordre de pyramides étoit égale à celle du reste de tout l’ouvrage.

Ma traduction, comme on a pu le voir, est conforme à toutes les autres, sur les points principaux, c’est-à-dire les objets de la description. Elle n en diffère que par les expressions qui se rapportent à la position des quatorze pyramides, que le texte nous présente comme ayant été élevées les unes au-dessus des autres.

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