‹ Monuments et ouvrages d'art antiques, restitués d'après les descriptions des écrivains grecs et latins, et accompagnés de dissertations archaeologiques (volume 2)Chapitre 22 sur 31 · II. — Sur les mots fabalositas et fabules · texte numérisé non relu

II. — Sur les mots fabalositas et fabules

Il seroit possible d’expliquer la réserve des commentateurs, sans J es accuser de manquer d ’intelligence en cette matière. Peut-être, en effet, les mots fabulositcis et fabulœ , dont Pline a accompagné la description qu’il a empruntée de Varron, ont-ils fait penser à tous les interprètes de ce passage, que le monument décrit, étant un objet fabuleux, ce n était pas la peine de se mettre en frais pour chercher à lui donner, par la critique des mots, ou par celle du dessin, une existence dont la raison admît et prouvât la possibilité. J’ai aussi long-temps, je l’avoue, été détourné par cette opinion, du soin de mettre les éléments du monument, tel qu’il est décrit, d’accord avec les éléments les plus simples de la construction.

Cependant examinons jusqu’à quel point les mots fabulositcis et fabulœ du texte de Pline doivent jeter du discrédit sur l’existence et la possibilité d’exécution du monument de Porsenna, tel que le donne sa description.

Et d’abord, répétons que cette description n’est pas de Pline, qu’il Ta textuellement empruntée à Varron, ipsius verbis.

Cest à l’article des labyrinthes que Pline parle du monument de Porsenna, et il le cite au nombre des quatre grands labyrinthes connus. Il reconnoit donc ici qu’il a existé, comme il le reconnoitra encore plus bas; car selon lui, Porsenna auroit voulu apprendre aux rois étrangers, que leur vanité devoit céder à celle des rois d’Italie. Mais, continue -t -il, cum excedat omnia fabulositas utemur ipsius M. / arronis in expositione ejus verbis. Ainsi on voit d’abord que le mot fabulositas n’est pas de Varron, fauteur de la description, mais de Pline qui n’en est que le copiste.

Ensuite, quel sens donnera-t-on au mot fabulositas ? Je conviendrai

DU TOMBEAU DE PORSENNA. i33

qu il comporte la signification que nous donnons, en françois, au mot fabuleux y en tant que voulant dire chimérique, imaginaire ; mais il signifie encore, ainsi que le mot fabula, tradition, propos vulgaire, et ce que nous exprimons par des on dit. Dans quelque sens qu’on prenne ce mot, voici ce que Pline me paroît avoir voulu exprimer : comme les fables qu’on en débite , ou bien, comme les détails qu’on raconte de ce monument excédent toute croyance , je rapporterai les propres paroles de la description de Vairon. Ainsi, ou Pline rapporte les paroles de Varron et sa description, comme un correctif aux exagérations qu’on débitoit, ou il cite textuellement Varron, comme pour se décharger de la responsabilité d’une description fabuleuse.

Je laisse cà choisir la manière d’entendre l’intention de Pline. Dans le premier cas, Pline auroit ajouté foi à la description de Varron, sans peut-être se rendre compte du double sens de certains mots. Dans le second cas, entendant le texte de Varron et se l’expliquant comme l’ont fait tous les commentateurs modernes, il auroit, et avec beaucoup de raison, traité de fabuleux le monument décrit.

Nous verrons dans la suite que les mots fabulœ etruscœ comportent un sens fort différent de celui de fable, et que ces mots appartiennent encore à Pline et non à Varron.

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