‹ Monuments et ouvrages d'art antiques, restitués d'après les descriptions des écrivains grecs et latins, et accompagnés de dissertations archaeologiques (volume 2)Chapitre 25 sur 31 · V. — De la remise ensemble des parties de la description · texte numérisé non relu

V. — De la remise ensemble des parties de la description

Cette notion de grammaire, d’usage et de façon de parler étant admise, les étages de pyramides vont trouver, de la manière la plus simple, leur superposition respective, sans qu’on soit obligé ni de changer rien à la description, ni d’y trouver rien de fabuleux, rien d’extraordinaire, tout en avouant que ce dût être une très-grande construction. Mais il faut bien quelle fait été, puisque l’on nous dit que Porsenna avoit épuisé dans cette entreprise les ressources de son pays, circonstance qui, comme l’on voit, tend à redonner de la réalité au monument que l’on parolt, d’un autre côté, regarder comme fabuleux. Oui, je le répète, il est fabuleux si on l’entend dans le sens de supra , qui en exclut la possibilité; mais il est fort simple et d’une très-facile exécution dans l’autre sens de supra , tel que je le fais voir (n° i de la planche citée.)

D’après cela, et en suivant mot à mot le texte la description :

Sur un soubassement de trois cents pieds en carré et de cinquante pieds de haut, sous lequel, ou en dedans duquel on placera le labyrinthe, dont je fais voir l’entrée souterraine, j’élève les quatre pyramides aux quatre angles, et la cinquième dans le milieu. (Je rendrai compte plus tard de la forme que je leur donne.) Ces pyramides ont chacune soixante-quinze pieds de base et cent cinquante d’élévation; leur sommet, à toutes, se termine par un globe coiffé d’un petasus ou chapeau, d'où pendent les clochettes de la description. (Nulle difficulté à cet égard; je réserve à faire, après cet exposé, quelques observations critiques sur le texte.)

Si les tumuli, hauteurs et buttes naturelles ou artificielles de terre, sur les corps morts, furent très-probablement l’origine des

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pyramides; s’il est à peu près certain que les plus grandes en Égypte furent des élévations naturelles, revêtues de pierres, pourquoi n’en auroit-il pas été de même ailleurs ? Et pourquoi les étages des pyramides de Clusium, situées sur un terrain montagneux, n’auroient-ils pas été très-naturellement disposés en amphithéâtre , de manière à faire profiter des irrégularités mêmes du terrain ?

Qu’est-ce qui empêche dès-lors de placer, ainsi que je le propose, le second étage des quatre pyramides de cent pieds, sur une masse qui, construite en retraite du premier étage, fasse que le pied de celles-ci commence précisément au point d’élévation marqué par le sommet des cinq pyramides inférieures? (Je suppose encore qu’il faille interpréter aussi rigoureusement les rapports de supériorité de ces monuments entre eux, c’est-à-dire qu’il faille à un objet pour surpasser un autre, en s’élevant au-dessus de lui, le surmonter de toute la hauteur de ce dernier.) On voit donc par le dessin à l’appui de mon hypothèse, que rien dans la description ne s’y oppose, et que les quatre pyramides du second étage sont, à la lettre, placées plus haut, et surmontent le glohe qui termine le sommet des cinq inférieures, supra quem orbern. Voy. n° 2.

Il n’est plus question que d’imaginer comment les cinq autres corps pyramidaux, formant l’amortissement de tout l’ensemble, pouvoient s’élever au-dessus du second étage dont on vient de parler. Rien de plus simple, comme on le voit, en les plaçant sur un seul socle ( uiio solo J placé dans le milieu de la plateforme du second étage, et en supposant, pour leur donner une élévation à peu près égale à celle du reste de tout l’ouvrage ( tradunt eamdem fuisse quam totius ope ris J , que c’étoient des corps allongés, mais plutôt en forme de steles, d’obélisques ou de meta , opinion que je justifierai tout à l’heure par plus d’une autorité.

RESTITUTION

VI. — De deux points de critique auxquels donne lieu le texte de Varron,

Mais je dois justifier avant tout, sur deux points, l’interprétation que je donne au texte de Varron.

Le premier point de critique a pour objet ces mots : Orbis œneus , et petasus , mais particulièrement unus omnibus sit impositus. Cette locution ou cette construction de la phrase, et surtout les mots unus omnibus , ont très-propablement induit les commentateurs et traducteurs à croire qu’il y avoit un seul globe d’airain pour toutes les cinq pyramides. Ce rapprochement des deux mots peut le donner à penser, et le mot singulis, au lieu d omnibus, auroit prévenu l’équivoque. Mais d’abord j’ai déjà fait observer que, dans les descriptions de monuments, il étoit fort difficile d’éviter ces confusions; ensuite, Varron traduisant la Chronique étrusque, a pu être induit, comme cela arrive souvent , à tomber dans une sorte de version trop littérale , dont il auroit peut-être évité l’ambiguité, s’il eût été le premier auteur de la description. J’ai cherché à conserver et cependant à éviter l’amphibologie, en disant: Leur sommet a toutes est couronné par un globe de bronze ; je crois que personne ne s’y tromperoit, et pourtant le fond de l’amphibologie peut encore s’y trouver. De fait, on la rencontre dans presque toutes les descriptions, mais le bon sens seul empêche de s’y laisser prendre. Cette église a quatre clochers , et sur tous il y a une boule surmontée d'une croix : voilà la locution de Varron. Mais, lorsque l’impossibilité physique la plus sensible, exclut un des deux sens, l'équivoque n’a plus lieu pour l’esprit. C’est ce que je crois avoir fait assez sentir dans le texte latin, où je ne me permettrois peut-être de changer que le mot unus en una, adverbe ( ensemble ).

Le second point de critique sur le texte, se rapporte aux mots supra quem orbem, qui me paroissent avoir confirmé encore les traducteurs ou interprètes de la description dans l’opinion que les cinq pyramides avoient un orbem commun. Je crois avoir assez réfuté cette

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opinion, en montrant qu’un seul globe en bronze, de quelque manière qu’on l’entende, pour se trouver placé sur les cinq pyramides, qui occupoient un espace de trois cents pieds en carré, exigeroit un diamètre d’à peu près deux cent cinquante pieds, c’est-à-dire de six à sept cents pieds de circonférence. Je conçois que pour être plus rigoureusement d’accord avec l’opinion que je soutiens, savoir, d’un globe pour chaque pyramide, le texte auroit dû porter supra quos orbes. Il me semble toutefois qu’ayant dit immédiatement auparavant qu il y avoit sur toutes, omnibus , un globe de bronze au singulier, or bis œneus , l’écrivain a pu, et même a dû le désigner tout de suite au singulier, supra quem orbem ; et puisque le simple bon sens rejette l’idée d’un globe unique sur toutes les pyramides, il n’y avoit, pour la clarté, aucun inconvénient à n’en désigner qu’un seul.

Après avoir éloigné les objections grammaticales, qu’on pourroit trouver dans une interprétation trop littérale du texte, il me reste à justifier la restitution que je présente, sous le rapport de son ensemble architectural, et sous celui des usages de l’antiquité, en montrant que le résultat de cette composition n’a réellement rien d’insolite, rien d’extravagant ni de fabuleux.

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