DÉCRIT PAR DIODORE DE SICILE
En entreprenant de reproduire le célèbre bûcher d’Héphestion , décrit par Diodore de Sicile, et de le retracer sous un ensemble de formes très-différentes de celles que M. de Caylus lui a données dans le dessin qui accompagne son Mémoire, je me crois dispensé de répéter ce que j’avois cru nécessaire d’énoncer au commencement de la dissertation, où je me trouvai obligé de combattre les conjectures de ce savant antiquaire sur le char funéraire d’Alexandre.
Je ne parlerai donc ici ni du degré de certitude auquel peuvent prétendre les preuves et les démonstrations qu’on emploie à reproduire, d’après de simples descriptions, les monuments de l’antiquité, ni des lumières que l’analogie fournit à la critique en de pareils sujets, ni de la réserve avec laquelle on doit contredire ceux qui ont marché les premiers dans cette carrière , surtout quand d’honorables et d’utiles travaux leur ont assuré une place distinguée, parmi les bienfaiteurs des lettres et des arts.
Lorsque, pour la restitution du char funéraire d’Alexandre, je fus forcé d’établir une discussion, si l’on peut dire contradictoire, avec M. de Caylus, j’ai cherché à le disculper, autant qu’il étoit possible, des fautes qu’il m’a paru avoir commises, soit dans son dessin, soit dans son commentaire du passage de Diodore, en rejetant une partie de ses erreurs sur l’état du goût de son temps, et des connoissances acquises alors en fait d’art et d’architecture antique.
io8 RESTITUTION
Mais la discussion dans laquelle je vais entrer ne m’obligera point de me mesurer ainsi pied à pied, et partie par partie, avec l’opinion de M. de Caylus. Le texte de Diodore de Sicile ne me paroit contenir que fort peu d’objets susceptibles de controverse, surtout à l'égard des sujets dont se composa la décoration du bûcher d’Héphestion ; la traduction dont M. de Caylus s’est servi me paroit irréprochable dans la plupart de ces points. Comme ensuite M. de Caylus n’a recomposé son monument qu’avec les parties d’ornement décrites, objets dont l’explication offre très-peu de difficultés, la seule censure qu’un goût délicat pourroit se permettre à l’égard de ces ornements s’adresseroit plutôt au style dans lequel ils sont dessinés qu’à la manière dont leur description a été entendue.
Si à cela se fût bornée la différence de mon opinion avec l’opinion du célèbre antiquaire, je n’aurois ni pensé à entreprendre la discussion actuelle, ni imaginé qu’un changement de style, dans la conception et le dessin des figures décrites, méritât de devenir le sujet d’une dissertation expresse, surtout à l’égard de ceux qui s’occupent des monuments, moins en vue de l’art, que sous leurs rapports avec 1 intelligence des écrits anciens et des choses passées.
Dans le fait, le goût de dessin et de composition d’ornements qui régnoit assez généralement au temps de M. de Caylus, étant reconnu pour avoir trop peu de conformité avec celui de l’antique, si l’ensemble du monument, tel qu’il l’a représenté, ne devoit souffrir aucun reproche, il suffiroit de redessiner dans les mêmes espaces les mêmes sujets , mais d’un autre goût et d’une manière différente : or une telle modification n’exigeroit que le crayon d’un dessinateur plus exercé dans le style antique.
Convaincu cependant qu’il faut prendre une tout autre idée de cette composition, et faire jouer à ses ornements un autre rôle, je liai pas cru quon pût se borner à les présenter dans une réunion de Irises vues 1 une au-dessus de l’autre, et comme destinées à former ainsi le total de l’édifice.
Ici commence à s’apercevoir la différence dont j’ai parlé, entre la manière dont M. de Caylns a composé par les seuls sujets d’ornement décrits l’ensemble du bûcher, et celle dont je compte me prévaloir, pour faire envisager la masse générale dans ses rapports avec les ornements, et ces ornements selon leur répartition dans les diverses parties de la masse architecturale; mais, ceci devant être l’objet de la discussion que j’ai dessein d’établir, je ne veux point anticiper sur ce qui en sera la matière. Avant de poser ce qui fait, à mon avis, le point de la question, je vais rapporter le passage de Diodore de Sicile qui contient la description du bûcher d’Héphestion.
« Chacun des généraux et des amis d’Alexandre , s’étudiant à «seconder ses intentions (dans l’exécution de son projet), fit faire « des statues d’ivoire et d’or, et d’autres matières les plus estimées « parmi les hommes.
« Alexandre commença par rassembler des architectes et un grand « nombre d’artistes habiles. Ayant ensuite fait démolir, dans une lon- « gueur de dix stades, une partie des murs de Babylone, recueillir la « brique cuite provenant de la démolition, et aplanir l’espace oû « dcvoit s’élever le bûcher, il lui donna une forme carrée d’un stade « de longueur en tout sens.
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Tune ergô ducum et amicorum unusquisque, ad voluntatem regis se accommodans, simulacra ex ebore auroque, et alia magnæ æstimationis materia, facienda curaverat.
Ipse, accilis undique architectis et subtilissimorum operum artificibus magno numéro, mûri partem ad stadia decem demolitur lateresque colligit : hinc, loco qui rogum excepturus erat complanato, pyram quadrilateram excitât, cujus unumquodque latus stadium obtineret.