L. XXXV
CO Coméd. des Grenouilles, vers 937.
l’Orient pour les associations bizarres d’êtres et d’animaux fantastiques.
Qui ne sait à quels travestissements burlesques dévoient être habitués les spectateurs des comédies d’Aristophanes? C’est là qu’on voyoit figurés, on peut le dire, avec les apparences de la réalité, toutes sortes de monstres comiques, dont nos faiseurs de caricatures ne nous donnent que de foibles idées, et de légères esquisses. Outre celles dont ce qu’il faut appeler le génie de la mascarade remplissoit la scène et les chœurs des pièces , le poète n’étoit pas lui-même avare de descriptions et de comparaisons tirées du même ordre de fantaisies. Ainsi, un intermède de la comédie des Guêpes contient une satire de l’administration de Cléon, sous l’emblème d’une réunion d’animaux immondes.
Partout où la licence démocratique a pu s’établir ou s’immiscer dans quelques parties d’un gouvernement, on retrouve le goût des caricatures satiriques. Rien de plus fréquent chez un peuple voisin de nous que ces satyres dessinées des personnages les plus marquants, réprésentés sous les formes d’animaux à plusieurs corps et à plusieurs têtes, qui ne laissent pas que de rendre fort reconnoissables les portraits de leurs originaux.
Ce que nous appelons du mot moderne arabesques, avoit été chez les anciens, un genre de peinture qui admettoit tous les jeux de l’imagination. C’est vraiment la meilleure école de la plaisanterie figurée, de la caricature et de la parodie qui s’adresse aux yeux. Là se trouve le recueil le plus complet de tous les assemblages d’animaux les plus incohérents d’associations les plus capricieuses, conceptions empruntées à d’antiques manières d écrire chez certains peuples , et de fixer certaines idées complexes, caractères qui, après avoir perdu leur signification originaire, finirent par former le répertoire des badinages de l’ornement. ^
On eroiroit volontiers aussi que ces images emblématiques de plusieurs espèces d’êtres, combinés en un seul , auroient pu devenir dans le langage poétique ou philosophique, des métaphores propres à ex-
primer certaines idées morales. Il régnoit chez les anciens une opinion de ce genre relative à la nature de l’homme. On disoit que Prométhée en avoit composé la substance de quelques parcelles dérobées à l’instinct de chaque espèce d’animaux. Horace nous a conservé cette tradition allégorique. Fertur Prometheus addere principi limo coactus particulam undique desectam et insani leonis vim stomacho apposasse nostro. Ainsi le cœur de l’homme formé de ces éléments divers auroit reçu du lion l’irascibilité ; l’animal immonde qui se plaît dans la fange lui auroit communiqué les penchants bas et honteux; l’astuce et la ruse auroient été empruntées au renard W.
On peut voir aux planches 48, 49? 5° et 5i du Muséum Florentinum, tome I, par Gori, une suite nombreuse de compositions sur pierres gravées , que le commentateur appelle des grylles ou des gryphes , et qui offrent des assemblages aujourd’hui énigmatiques soit de tètes humaines au nombre de sept à huit, soit de fragmens d’animaux divers, disposés de manière à former un seul animal grotesque, avec les têtes ou les parties tronquées de plusieurs. L’opinion de quelques savants, selon Gori, est que ces assemblages emblématiques furent l’ouvrage de certaines sectes, qui voulurent désigner les divers penchants de l’homme soit vicieux, soit vertueux, dont on retrouve une sorte de caractère chez les animaux. Ostendeie varios liominum affectus , virtutes et vitia quœ proxime brutis accedunt W. M. de Caylus a pensé que ces espèces de grylles sont des satires de quelques personnes^.
Je 11e m’étendrai pas davantage sur ees explications, qui peut-être en solliciteroient d’autres. Le fond de cette discussion m’est étranger, et la raison, c’est-à-dire l’origine des caprices qu’on a cités, peut n’avoir
W K oy. le commentaire de Jean Bond.
(2) Mus. Flor. , tom. I, pa g. io4.
(3) Rec. d’antiq., tom. Y, pag. 40-92.
qu’un rapport fort éloigné avec le motif de celui de Parrhasius. Je ne veux tirer de ces nombreux exemples que des autorités en faveur de l’explication que j’en donnerai. Or, cette explication, j’ai prétendu la fonder sur un usage beaucoup plus général qu'on 11e pense chez les anciens. Ce fréquent usage , soit dans les ouvrages de l’art, soit dans les métaphores des poètes, soit dans les allusions des écrivains, fut d’associer dans des combinaisons fantastiques les êtres les plus incompatibles, fut de chercher dans les caractères des animaux les images visibles des passions humaines, fut de faire ainsi parler aux yeux ce que le discours ne sauroit rendre, fut peut-être aussi, à l’instar de l’apologue, d’insinuer sous le voile de la fiction certaines vérités que leur nudité auroit rendues révoltantes.
C’est pourquoi je n’imagine pas que Parrhasius, pour peindre allégoriquement le monstre polycéphale de la démocratie d’Athènes, eût pu recourir cà un meilleur expédient, à une invention plus expressive, que de combiner ainsi en un tout, dont chaque partie seroit empruntée à des animaux divers, les passions soit différentes, soit contradictoires de l’hydre politique qu’Horace appelle Bellua multorum ccipitum (I). (Voyez la planche à la fin de la dissertation.)
Comme dans l’image que j’ai imaginé de restituer du Demos de Parrhasius, il ne sauroit être question que d’une conjecture vraisemblable, j’espère qu’on ne me demandera à l’appui de mon hypothèse que des analogies probables, que des autorités par induction en faveur du genre, et non de l’espèce même du projet de restitution. L’espèce ici c’est le dessin que je produis, et que, comme tel, j’abandonne à toutes les censures; car je ne saurois vouloir dire que tel fut en réalité le Dêmos de Parrhasius. Si l’on accordoit la probabilité de l’invention ou de l’idée, ce seroit à chacun de refaire le dessin selon son goût. C’est donc plutôt le genre de l’invention que je voudrois faire approuver. Dans le fait, ce que je propose pour l’explica-
(0 Horat., 1. I, epist. i.
tion du passage de Pline est particulièrement le choix du motif général, est l’idée de Y argumentum ingeniosum , et non le specimen qu’en donne mon dessin, plutôt pour faire comprendre ma pensée, que pour reproduire la réalité de l’œuvre du peintre grec.
On comprend dès-lors quel intérêt j’ai de faire voir que l’idée à laquelle je me suis attaché étoit fort dominante au temps de Parrhasius, fort du goût des Athéniens, enfin que de semblables conceptions avoient cours ailleurs encore que dans la peinture.
Je trouve de ce que je viens d’avancer un exemple assez frappant, ce me semble, dans Platon. Cet écrivain, poète autant que philosophe, et contemporain de Parrhasius, a prodigieusement emprunté d’images et de comparaisons aux arts du dessin. On jugera si l’écrivain, dans le passage qu’on va citer, n’auroit pas pu avoir en vue la peinture de Parrhasius, ou si le peintre n’auroit pas été, dans la conception de son tableau, inspiré par le souvenir de l’allégorie de l’écrivain. Accordons, si I on veut, que ce ne soit ni l’un ni l’autre. Cela prouvera toujours qu’alors il y avoit, comme cela arrive en tout temps, un certain fond d’idées ou d’images ayant cours, d’inventions qui circuloient, et que chaque art s’approprioit à sa manière et pour des fins différentes.
Platon dans sa République se proposant de montrer que le bonheur consiste dans la vertu, par conséquent à réprimer par la sagesse les penchants vicieux, les passions brutales, à cultiver au contraire les affections honnêtes que l’instinct fait naître dans lame, et qu’il peut aussi combattre, a eu recours à une image du genre de celles dont je parle. Il s’est plu à figurer par le discours un être dans l’intérieur duquel il place, en les personnifiant, l’instinct
0) L. 9 j vers la fin.
sous la forme d’un lion, la sagesse sous celle d’un homme , et l’ensemble des passions sous l’image d’un monstre multiforme. Il se demande s il conviendra de nourrir le monstre à plusieurs têtes , ou si , au contraire, l’homme ne devra pas chercher , comme le fait , pour ses arbres , un habile cultivateur, à tailler et émonder les tètes d’animaux féroces > s’aidant à cet effet de la force du lion, et au contraire à nourrir et apprivoiser les têtes des animaux domestiques.
Voilà l’analyse succincte du passage de Platon.
Voici maintenant les paroles de cette allégorie qui ont rapport à mon sujet.
« Formons, dit Socrate, par la pensée (ou le discours) , une image de « l’ame. — Quelle sorte d’image? (lui demande- t-on) Une image, «répond-il, telle que Thrasymède y reconnoisse ce qu’il en a dit. «- — Comment? — Une image dans la forme de celle qu’on dit avoir « appartenu à la Chimère, à Scylla, à Cerbère, et à beaucoup d’autres « animaux formés d’un assemblage de plusieurs réunis en un seul. « Faites-vous donc une semblable image , c’est-à-dire , d’un seul « animal, mais multiple et polycépliale ; composez-le en partie de têtes «d’animaux domestiques, en partie de bêtes sauvages, disposées en « rond, qu’il puisse à son gré reproduire ou changer. Ce seroit là (dit «l’interlocuteur) f ouvrage d’un excellent artiste, cependant, comme «la pensée (ou le discours) va plus vite que lavcire (ou le pinceau), « l’image est faite, etc. » W
... Ei’/.ova xXàffav-wç T/jç (j/uy?jç ),oyw‘ iva s\8'n 6 exeîva lÉywv ola eXeyé Iloiav Tivà v) S’oç’ Twv toiôutwv Tiva (vjv <ÏÉyw) olat [AuÔoloyouvTat, TvoiXaioà yevèçGai <pu<7£iç :h te Xipaupa; , xal vj 1y.6Wv iç, y. ai KepÇgpou, ym\ àXkaç tive; au /yod. )>syovTai <7up.TO<puxuîai l8scn izoXka. I eiç evyevéçraf AÉyovxat yap ècpvi. Il AaTT£ xoïvuv u.ic/.v [j.sv ïog'av Or,piou tohuXou y. ai ’Kohjy.sfiXou , Tipispwv 8s Gïipiwv éyovTOç XECpaXa ç xux.),w y.at àyplwv , y. ai 8 u v aTOu u.ETa£aA).Eiv xal (puEiv è£ au tou Taux a Tïavxa. Aeivou tt^kçou xo epyov : û[awç
£7T£i^'À éuTC^aroTEpov xv]pou y.ai twv Totouxwv Viyoç, -TTETTAacOw. De Rep., lib. 9, in fine.
lmaginem animæ verbis figuremus , jmî ilia dixit qualia dixerit recognoscat. QualemP talem a/iquam quales quondam mcmorantur fuisse naturæ Chimeræ ipsius, Scyllæ et Cerberi et aliœ multœ , m quibus feruntur varice in eodem fiormœ congenitœ. Feruntur quidem. Finge itaque figurant unam
Je le répète, mon intention n’est pas de supposer que de la peinture de Parrhasius et de l'allégorie de Platon, l’une ait été le modèle
ou la copie fidèle de l’autre. Il y a sans doute entre elles une diversité soit de sujet, soit d’objet, qui s’oppose à l’idée d’une imitation formelle d’un côté ou de l’autre. Toutefois il est difficile de ne pas être frappé d’un certain air de famille entre ces deux inventions. Si j’avois à dire ensuite lequel du peintre ou de l’écrivain auroit emprunté à l’autre l’idée de cette fiction, je ne balancerois pas à prétendre que, par plus d’une raison, l’ouvrage du pinceau, soit à raison de sa propriété sensible, soit à cause de sa publicité, auroit eu l’initiative sur la description de Platon. Dans tous les cas, Pline s’étant contenté d’énumérer les différentes passions que Parrhasius avoit rendues sensibles, par son argumentum ingeniosum , pour représenter son Demos , et 11e nous ayant rien dit du moyen employé par lui dans cette composition , j’ai cru ne pouvoir rien offrir qui fût plus en rapport avec mon hypothèse que l’allégorie d’un écrivain contemporain, qui personnifie de la manière que j’ai essayé de le faire, c’est-à-dire sous la forme d’un animal à plusieurs têtes, les vices et les passions contradictoires de l ame.
Si en effet nous reprenons le récit de Pline, ne paroitra-t-il pas assez naturel, dans l’espèce d’une peinture satirique, et d’après le grand nombre d’exemples du même genre cités plus haut, de penser que Parrhasius auroit pu réunir, dans l’invention d’une seule figure, c’est-à-dire d’une sorte de monstre ou d’animal multiple et polycéphale, 7roi%îAou x*1 TToAt^êipaAou , un nombre quelconque de tètes, dont les caractères et les ressemblances auroient été empruntées a
bestiœ 'varias admodum et capita in orbemmulta habcntis, capita, irtquam, partim bestiarum domcsticarum, partim agrestium , quœ et permutare et producerc ex se hœc omnia possit.Novi pictoris artificium narras, tarnen , curn ad fingendum serino quant cera facilior sit , fwgatur.
certains animaux apprivoisés, ou sauvages, iijuépm ch Qtipiav xai ayp/av.De là seroieut résultés, d’une manière très sensible aux yeux comme à l’esprit , les divers contrastes des passions qui agitent tout ensemble ou tour à tour la démocratie, et qui, en retranchant du texte de Pline quelques répétitions évidemment synonymiques, auroient pû être au nombre de dix.
La peinture satirique a, comme l’on sait, deux manières d’opérer ces sortes de métamorphoses, auxquelles on affecte aussi le nom de caricatures. C’est quelquefois de donner au corps humain des têtes d’animaux, d’autres fois , ce qui est d’un effet plus plaisant, c’est de surmonter ou l’animal, ou les cols d’animaux, de têtes humaines, mais dessinées selon le système exagéré de la ressemblance, qu’offrent certains traits et certains contours d’une figure d’animal, avec la physionomie de tel ou tel homme.
Il n’y a personne qui ne connoisse les rapprochements nombreux que le dessin a faits depuis long-temps des différents caractères de têtes et de physionomies humaines, avec les différents types des têtes d’animaux de toute espèce, rapprochements qui se fondent sur les seules conformations du crâne et de l’ostéologie maxillaire. On peut là-dessus consulter Camper, mais surtout Lebrun etLavater, qui ont laissé des traités sur cette sorte d’imitation, et en ont donné de nombreux exemples. L’antiquité elle-même nous en a transmis les rudiments dans les facéties de l’arabesque , et dans les nombreux caprices des pierres gravées dont on a parlé.
Il me semble que lorsqu’on veut réaliser par le dessin l’idée multiple que le texte de Pline nous a laissée, de la peinture du Dêmos
de Parrhasius, il ne peut y avoir que deux partis à prendre, ou de
multiplier la figure du Dêmos autant de fois qu’il y a de passions distinctes à exprimer, soit par la physionomie, soit par l’action, ou d’en resserrer l’idée en la ramenant à une seule image, mais ayant la propriété d’être à la fois simple et complexe. Je ne parle plus de ces vastes compositions, dont l’invraisemblance se démontre delle-*
même, comme je crois l’avoir montré. Mais on pourroit citer à l’appui de la ligure du Demos, répétée dix à douze fois, une peinture assez célèbre d’Holbeen, qu’on appelle la Danse clés morts , et qui fut exécutée dans l’hôtel de ville de Bâle. On y voit la figure de la Mort toujours la même , représentée autant de fois que l’artiste a imaginé de personnes de tout âge et de toute condition, avec lesquelles il l’a groupée. J’ai déjà dit qu’une pareille conception seroit assez propre à expliquer les dix ou douze manières d’être du Dêmos, si l’on pouvoit supposer raisonnablement qu elle eût pu orner en grand un lieu public.
Je tiens toutefois à donner de beaucoup la préférence à l’image du Dêmos sous la forme allégorique dont on trouve l’idée partout, et sous la métaphore banale d’un être polycéphale, d’un monstre multiforme, et, pour emprunter les expressions du passage de Platon, ressemblant à la Chimère, à Cerbère ou à Scylla.
O11 sait que l’art antique avoit personnifié l’écueil, où alloient se briser les vaisseaux à l’entrée du détroit de la Sicile, sous la figure d’un monstre féminin, se terminant vers le milieu du corps par une sorte de ceinture d’animaux marins, de chiens aboyants, etc. Peutêtre pourroit-on imaginer la démocratie d Athènes, personnifiée par les emblèmes connus de cette ville, et représentée aussi à micorps, au milieu d’un cercle formé de serpents à têtes humaines, qui auroient exprimé tout ce que comporte de passions contradictoires cet être politique appelé par Aristote tyran a mille tétesS l)
Je laisserois volontiers l’option entre cette conception et une autre du même genre, dans laquelle j’ai cru cependant trouver quelque chose déplus favorable encore au talent que l’on reconnoit avoir été celui de Parrhasius.
(2) Aristot., politic. , 1. 4, c. i5.
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Je me demande donc pourquoi cet habile peintre d expression, ce faiseur de grylles et de caprices pittoresques, n’auroit pas, pour figurer le Demos d’Athènes, préféré l’idée de Platon. Pourquoi n’auroit-il pas tenté d’exprimer, dans l’ensemble dune réunion nouvelle d’animaux fantastiques, le monstre polycéphale de la démocratie , à l’aide d’un corps propre à indiquer aux yeux le nom de la ville, et qu’auroient surmonté diverses tètes d’hommes combinées avec les caractères d’animaux connus pour être les types de chacune des passions de la multitude?
Par exemple, est-ce qu’une tête à face humaine, mêlée de la ressemblance, et avec la crinière du lion, n’auroit pas rappelé à tous les spectateurs l’idée de l’injustice dont l’apologue si connu du partage léonin a voulu que cet animal devînt l’infaillible symbole? Auroiton manqué de reconnoître la douceur ou la mansuétude dans une tête de brebis à face humaine? Une figure empruntée aux traits d’un singe n’auroit-elle pas pu désigner clairement la colère? La férocité ne se seroit-elle pas montrée de façon à ne pouvoir être méconnue de personne, sous la ressemblance d’un dragon? La figure empruntée de celle du lièvre n’auroit-elle pas représenté la poltronnerie qui fuit? Quel symbole plus clair d’une basse humilité que la tête penchée et les longues oreilles de l’âne? On n’auroit, je pense, été embarrassé que du choix entre les volatiles, pour peindre, par le mélange de leurs traits, le rengorgement du glorieux, et l’air de l’homme hautain et superbe. Qu’on suppose, si l’on veut, sous l’emblème du papillon , une sorte de marote à têtes variables, on aura le varium et l’ incons tantem de la description. Si l’on vouloit ensuite disposer ces têtes de manière à décrire une sorte de cercle , yivuXcd , comme l’a dit Platon, on pourroit trouver une conformité de plus avec la forme de son monstre imaginaire,
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Une condition qu’il ne faut pas oublier de remplir, en essayant de reproduire une image quelconque du Demos de Parrhasius, c’est que cette image pouvant être, à la vérité, celle de tout peuple démocratiquement constitué, doive désigner cependant de manière à ce qu’on ne puisse pas s’y méprendre le peuple d’Athènes : Pinxit Démon Atheniensium , dit Pline. On a vu que le défaut de certaines hypothèses, sur la composition de ce sujet, étoit de pouvoir s’appliquer indistinctement à d’autres peuples. Pour éviter cet inconvénient, j’ai cru devoir faire choix, dans cette composition chimérique, d’un moyen qui fit reconnoitre sans aucune ambiguité le peuple athénien; ce moyen est la représentation précise de l’animal qui, sur les médailles d’Athènes, est l’emblème si connu de cette ville, savoir, la chouette sur le vase. Si j’ai donné deux corps à cet oiseau symbolique , outre plus d’un exemple sur les monnoies antiques, comme sur les monnoies d’Alexandrie, celui de l’aigle à deux têtes, on pensera qu’ayant ici à multiplier beaucoup plus les têtes du monstre polycéphale, le double corps de la chouette me devenoit nécessaire. Je me permettrai de faire encore observer que le sujet tout-à-fait capricieux de cette représentation ne doit pas être jugé avec plus, de sévérité que n’en comportent les badinages de l’arabesque.
C’est ainsi que j’ai tenté de rendre compte de la possibilité d’une composition dont M. de Caylus avoit cru l’exécution hors des moyens de la peinture. J’ai osé même en réaliser l’hypothèse dans une esquisse à laquelle, je le sens bien, il doit manquer le talent et l’esprit qui surtout sont, pour la plaisanterie graphique, comme pour toute autre, les conditions propres à en faire pardonner l’emploi. J’espère toutefois que ce dessin trouvera l’excuse dont il a besoin dans le motif même qui l’a fait entreprendre, à l’appui d’une dissertation où l’on s’est proposé bien moins d’affirmer comment fut conçu et exé-
cuté le Demos de Parrhasius, que de faire voir d’abord comment il ne le fut pas, et ensuite comment il est permis de supposer qu’il auroit pu l’être.
Je me suis proposé d’établir dans cette dissertation:
i° Qu’il ne sauroit y avoir aucune raison de révoquer en doute, avec M. de Caylus, le fait de l’existence du tableau de Parrhasius, représentant le Demos athénien , sous prétexte que cette peinture eut été une satire du gouvernement populaire; qu’au contraire cette satire pittoresque fut parfaitement d’accord avec la licence de l’ancienne comédie, qui avoit du naturellement en inspirer le goût au peintre, et lui en offrir des modèles;
2° Qu’en interprétant la description faite de cette peinture, par Pline, M. de Caylus paroit avoir abusé de l’imparfait volehat, dans le texte de l’écrivain, en faisant entendre que le peintre n’auroit eu que la volonté d’exécuter ce qu’il n’auroit point effectué réellement dans son tableau;
3° Que la difficulté d’expliquer ce tableau d’après les termes de la description, consistant dans la réunion impossible à opérer, en une figure, de dix à douze expressions presque toutes opposées entre elles, plus d’un commentateur s’est abusé en cherchant le moyen d’en rendre l’effet et l’idée par une cumulation de diverses actions séparées, mais réunies dans une grande composition;
4° Que si les dix ou douze caractères de la description sont effectivement beaucoup trop nombreux pour pouvoir être exprimés par un seul personnage, de quelque façon qu’on s’y prenne, les grandes compositions imaginées par de Piles, la Nauze et Wieland, outre le faux réel qu elles auroient offert en peinture, outre l’impossibilité où elles auroient été de rendre avec clarté l’idée de Parrhasius, auroient exigé un grand local dans un édifice public, et seroient ainsi devenues un objet sérieusement injurieux, une grave et offensante accusation contre le peuple d Athènes;
DU DÊMOS DE PARRHASIUS. io3
5° Qu’il semble dès lors indispensable d’avoir recours à un motif de plaisanterie, et dans le genre de la caricature, dont l'effet compatible avec la licence démocratique est beaucoup moins offensant qu’il ne le paroît, ce que prouvent de nombreux exemples modernes;
6° Que Parrliasius nous est indiqué par Pline lui -même comme s’étant adonné à ce genre de plaisanterie piquante et inoffensive à la fois, et comme ayant fait de petits tableaux, les seuls qui conviennent à ce genre;
70 Que l’antiquité figurée nous offre, en très-grand nombre, des assemblages capricieux et grotesques de têtes d’animaux, où le goût de la peinture va volontiers chercher des modèles d’expression qu’il applique avec plus ou moins de caricature aux physionomies humaines ;
8° Que le besoin de faire voir en un seul sujet et embrasser d’un seul coup-d’œil ( omnia pariter ostenclere) une douzaine d’expressions diverses, ou contraires les unes aux autres, aura dû suggérer au peintre grec l’emploi d’un semblable moyen pour exprimer et donner à comprendre aux yeux, dans un seul être fantastique, l’assemblage de passions et d’affections contradictoires dont se compose le monstre polycépliale de la démocratie;
9° Que ces images polycépliales, ainsi que leurs idées, étoient fort en vogue au temps de Parrliasius, soit sur le théâtre d’Athènes, soit chez les plus célèbres écrivains;
io Que si l’on n’admet pas, comme étant le plus vraisemblable, que ce seront les écrivains qui auront emprunté ces métamorphoses aux peintres, il deviendroit alors probable que Parrliasius auroit pu devoir l idée de son Dêmos à une de ces créations imaginaires qu’on trouve dans Platon, et dont l’espèce nous a paru propre à légitimer l’hypotlièse explicative que nous avons hasardée de la description de Pline.
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Glonosmn
S DE PABRHASIUS
Pinxit G Démon Allicmensiiuii aro'Uinento (jiunjue incvemoso Volebat nauujiic Varinm;]raeim(lum,In j ustum Jnconstantem ,emudem Exorahilem, (lementem^hserieordem Lxeelsum, Gloriosum , Humilem, F eroo em, En tracent, (jue , & omma pariter ostemlere . I’IJN. L.3;>
DU
BÛCHER DHÉPHESTION
DÉCRIT PAR DIODORE DE SICILE, Liv. xvn,