LE CARAVANSÉRAI DE LA MÈRE DU ROI
(CARAVANSÉRAI-MADÉRI-CHAH )
À la suite de ce beau collége (medréceh) se trouve le vaste caravansérai nommé Caravansérai-Madéri-Chah, ou de la Mère du Roi, construit aux frais de la mère de Chah-Sultan Hussein. (Planche XXXII.) Une ruelle de 5" 20° de largeur sépare ces deux édifices. La longueur totale du caravanséraï est de 128 mètres sur 93 mètres de large. Deux cours séparent les bâtiments qui le composent : la première cour a 69" ç$o° de longueur sur 68" 10° de largeur; les angles rentrants sont à pans coupés; deux rangs d’arcades sur la hauteur décorent les façades. Le rez-de-chaussée est élevé d’un mètre au-dessus de la cour; une estrade en forme de terrasse, en avant des arcades, règne tout autour du rez-de-chaussée; on y monte par quatre marches, dans huit endroits seulement.
L'entrée principale du caravanséraïi est au Nord sur le bazar dont nous allons parler, & dans l'axe de la’ cour; cette entrée est formée d'une grande arcade formant porche du côté du bazar; l'ouverture du porche est fermée par deux grands vantaux de bois qui donnent entrée dans un vestibule spacieux où se tiennent le gardien & le concierge. Ce dernier, à l'arrivée des caravanes ou des voyageurs isolés, est chargé de leur désigner
les salles qui sont à louer. Au centre des trois autres façades de la cour sont les logements plus importants;
l'arcade du centre est plus large, elle divise les quatre façades en huit parties, & chaque partie compte six arcades. Celles du rez-de-chaussée forment un porche de 3" ço° de largeur sur 2" 20° de profondeur, & précèdent une chambre de 6 mètres de profondeur : on y dépose les marchandises.
Sur le derrière des bâtiments Sud & Ouest se trouvent de vastes salles pour recevoir les marchandises d'une seule caravane.
Aux deux angles Sud-Est & Nord-Est sont deux salles octogones réservées aux voyageurs qui n’ont pas de marchandises. Les latrines sont dans les cours situées aux angles Sud-Ouest & Nord-Ouest. On y descend par quatre marches. |
À la façade Est, deux arcades communiquent aux écuries. L'on monte au premier étage par huit petits escaliers; cet étage est destiné au logement des marchands & de leurs familles.
Au centre de la cour se trouve une estrade octogone de 11 mètres de diamètre, élevée d'un mètre au-dessus du sol; c’est là que les marchands se réunissent & tiennent bourse pour fixer les prix de leurs marchandises. Pendant l'été, ils placent leurs bêtes de somme, chameaux, chevaux ou mulets, autour de cette estrade, pour les avoir sous la main & les charger lorsqu'ils ont à expédier les marchandises achetées dans la ville.
Le canal qui traverse le collége traverse aussi cette cour dans les mêmes conditions que celles que nous avons décrites plus haut.
La cour des écuries forme un carré long de 78 mètres sur 19" 20° de largeur. Les bâtiments qui l'entourent sur les trois côtés & qui ont $ mètres de largeur, servent d’écurie pour les chevaux, les mulets & les chameaux des caravanes. À la façade, du côté de la porte donnant sur le bazar, sont les chambres des gardiens & des muletiers. Au centre de la cour le canal reparait avec son eau courante, dans laquelle puisent les muletiers
pour abreuver & panser leurs bêtes de somme.
BI EUZEITIR
Contigu aux deux édifices que nous venons de décrire se trouve un bazar éclairé par le haut de la voûte. Il longe ces deux corps de bâtiment de l'Est à l'Ouest.
À l'entrée du bazar par le Tcharbagh sont placés d’un côté un café & de l’autre un restaurant. La longueur de ce bazar est de 222 mètres sur 6 mètres de large; il compte quatre-vingt-dix boutiques où l'on vendait
tout ce qui était nécessaire à la consommation des habitants de ces deux édifices & des alentours.
La construction du caravanséraï & du bazar est, comme celle du collége, en bonnes briques cuites au four. Leur caractère est simple, sévère, approprié à leur destination. La cour du caravanséraï seule a une ornementation en briques émaillées aux tympans de ses arcades.
Depuis que la population d'Ispahan a considérablement diminué, ces deux établissements ne sont plus
fréquentés.
'AMNCEEANREES CE
L'avenue Tcharbagh complète la série des principaux monuments d’Ispahan; elle est lornement & l'orgueil de la ville. Pietro della Valle qui l'avait presque vue naître, car c’est Chah Abbas le Grand qui l'a fait planter, ne cache pas son admiration pour cette belle voie, & la met au-dessus de toutes les avenues analogues qui existaient de son temps en Europe. Après en avoir donné une description détaillée, il finit ainsi : « En un mot, le Tcharbagh est une chose royale & qui a beaucoup de grandiose. Que la première place lui soit cédée de bonne grâce & par la rue del Popolo de Rome & par celle di Poggio Reale de Naples, celle qui est hors de la ville de Gênes & celle de Monreale de Palerme; car le Tcharbagh d'Ispahan, soit dit sans passion, les prime
toutes. » (Pietro della Valle, I, 36. Éd. Rome, 1658.) C’est une avenue de platanes qui a son point de départ à la hauteur du Meidani Chahi, se dirige du nord au sud en ligne droite jusqu’au Zendéroud, & se prolonge au delà de cette rivière.
Elle a, en tout, 3,000 mètres de longueur sur 33 mètres de largeur; elle est formée de quatre rangs de platanes très-gros & très-élevés. Les deux allées de côté ne sont pas pavées, elles servent pour les gens à cheval; l'allée du centre est pavée en dalles de pierre dure, divisée au milieu par un petit canal : c'est celle des piétons. Les deux parties entre les trois allées sont couvertes de verdure & de fleurs de toutes espèces. De distance en distance sont des canaux & des bassins de formes & de dimensions différentes destinés à recevoir sans cesse les eaux du Zendéroud & à les répandre au besoin sur les gazons & sur les plates-bandes de fleurs.
En tête de cette promenade se trouve encore le pavillon que Chah Abbas le Grand fit construire pour les femmes de son harem, afin que, placées là sans être vues, elles pussent jouir du coup d'œil des fêtes qui se donnaient le long du Tcharbagh. À lautre extrémité, celle du sud, au delà du Zendéroud, se dressait un autre pavillon qui précédait l'immense & beau jardin appelé Hézar-Djérib (mille arpents), jardin complétement ruiné à l’époque où nous l'avons vu, mais restauré depuis, en partie du moins, à ce qu’on nous assure. Les vingt pavillons que l’on voit encore sur les deux côtés de Tcharbagh ne sont plus habités & sont même en partie ruinés. L’avenue, avec ses quatre rangées d’arbres, subsiste encore dans toute sa beauté.
Le mot Tcharbagh signifie quatre jardins : ce nom a été donné à l'avenue parce qu’elle a pris en grande partie la place de quatre vignobles (bagh), & comme c'était un bien de mosquées, Chah Abbas le prit à bail perpétuel moyennant une rente annuelle. Chah Abbas portait tant d'intérêt à cette avenue qu'il ne voulut pas qu'un seul arbre y fût planté autrement qu'en sa présence, & on assure que sous chaque arbre il fit mettre
une pièce d'or & une pièce d'argent.
PALAIS AIINÈH-KHANEH
Le palais Aïinèh-Khanèh (pavillon des Miroirs) est une résidence royale située en dehors de la ville, sur la rive droite du Zendéroud, près du pont Baba-Rocn-oud-din.
Cette résidence comprend un pavillon orné d'un portique de dix-huit colonnes qui précède quelques salles, & en outre un grand bâtiment carré ayant une cour au centre, entièrement séparé du pavillon Aïinèh-Khanèh. Entre ces deux constructions règne, vers la face Sud, un vaste jardin orné de kiosques, pourvu de bassins aux eaux jaillissantes & de canaux d'arrosage.
Le grand bâtiment carré est réservé pour le harem, & dans le pavillon des Miroirs, le souverain, quand il vient à Ispahan, donne des audiences pendant la saison d'été.
La longueur totale de ce pavillon est de 44 mètres, & sa largeur de 21 mètres. Le portique fait face au Nord & donne sur le Zendéroud. Les 18 colonnes qui le supportent sont en bois de cyprès de 12 mètres de hauteur, base & chapiteaux compris. Son entablement a 2" 40° de hauteur.
À la suite de ce portique se trouve une salle fermée sur les trois côtés par des portes à panneaux & par des fenêtres grillées à compartiments, cette salle en précède une autre moins grande, mais surmontée d’une riche coupole; aux deux angles Sud-est & Sud-ouest de cette dernière se trouvent deux salons précédés de trois porches à large arcade.
Sous le portique on voit des bassins avec des jets d’eau, & les quatre colonnes du centre s'élèvent sur des bases en marbre blanc formant un groupe de quatre lions, dont la gueule fait jaillir l'eau qui s'écoule dans le grand bassin.
Le sol est pavé de grandes dalles de pierre dure. L’on monte à ce portique par quelques marches au-dessus d'une chaussée pavée également en dalles de pierre qui pourtourne le pavillon.
La décoration de ce pavillon, dont l’ensemble est d’un grand effet, est dans le style adopté en Perse pour
les constructions de ce genre; ce sont toujours les mêmes combinaisons de compartiments, de cartouches,
d’ornements, d'inscriptions, de peintures, de dorures, avec profusion de cristaux, de miroirs sur les colonnes, les murs & les plafonds encadrés par des moulures dorées.
On peut voir (planche XXXIHI) une vue perspective extérieure du pavillon, prise de la rive gauche du Zendéroud. La planche XXXIV donne un plan, une coupe sur la longueur du plan, & la façade du portique dont la planche XXXV représente une vue perspective intérieure.
ÉRECIEMAE PIC
Le pavillon appelé Hecht-der-Behicht, les huit portes du Paradis, ou plus communément Hecht-Behicht, Les huit Paradis (1) (planches XXXVI & XXXVII), a été construit par Feth-Ali Chah, bisaïeul du roi actuel, dans l'enceinte de l’ancien palais des rois Séfis, pour y loger pendant l'été ses huit favorites du moment. Chacune avait son appartement séparé; il y en avait quatre au rez-de-chaussée & quatre au premier étage avec les communications établies de l’un à l’autre.
Ce pavillon, qui fait suite au Tchéhel-Soutoun que nous allons décrire à son tour, a 30 mètres de longueur sur 26" 3$° de largeur; il est élevé de 2 mètres au-dessus des terrasses. L’on y monte par deux perrons à double rampe de dix marches chacune; ils sont adossés aux façades Est & Ouest & donnent entrée à deux portiques identiques ornés sur les façades de deux hautes colonnes en bois. Ces portiques précèdent une grande salle à pans coupés de 8” 40° au carré, couverte d’un dôme surmonté d’une lanterne également en dôme percé de huit ouvertures garnies de grilles de bois.
Au centre de cette pièce se trouve un bassin octogone de 3” 30° de diamètre animé par un jet d'eau. Par les ouvertures des portes à pans coupés on entre dans les pièces octogones de 4" 70° de diamètre & servant de boudoirs.
Toutes ces pièces en ont d’autres de service avec des escaliers, les uns pour descendre aux bas offices, d’autres pour monter au premier étage, où fon trouve la même distribution avec les quatre boudoirs octogones communiquant les uns aux autres par des balcons supportés par de riches voussures (planche XXXVII).
Le portique principal regardant le Nord sert de salon destiné au roi. C'est là que Feth-Ali Chah avait l'habitude d'assister aux danses des ballerines. Ce portique, supporté par deux hautes colonnes de forme octogone en bois de cyprès, plus fortes de dimensions & de hauteur que celles des deux autres portiques, a 12" 80° de long, 7" 30° de large, & 11 mètres de haut. Au centre de ce portique se trouve un petit bassin long de 2" 80° sur 2" 30° de large, avec son jet d’eau dont l’eau s'écoule par un petit canal à découvert pour former cascade sur la façade Nord.
Le plafond de ce portique à compartiments est richement décoré.
L’ornementation de la coupole du centre & de la lanterne (planche XXXIX-XL), des voussures & des murs intérieurs de cet élégant pavillon peint & doré, consiste en cartouches, rinceaux, figures de divers oiseaux & fleurs, encadrements de cristaux & verres à glaces qui reflètent les mille couleurs des tapis qui couvrent le sol. Toute cette brillante peinture conserve encore toute sa fraîcheur. On y voit aussi deux grands tableaux où est représenté Feth- Ali Chah assis sur son trône & entouré de plusieurs princes ses fils.
Le tout repose sur un soubassement formant socle en beau marbre de Tébriz. Rien de plus agréable que l'effet que produit la vue de l’ensemble.
Une terrasse de 12 mètres de largeur pavée en dalles de pierre dure entoure l’extérieur de cet édifice. Au centre de cette terrasse se trouve un petit canal qui reçoit les eaux provenant des bassins intérieurs & extérieurs ; de là elles vont s’écouler dans deux grandes pièces d’eau de 8 mètres de largeur sur $o mètres de longueur,
en face des portiques Est & Ouest. Le tout est entouré de hauts platanes, de parterres de fleurs & de gazons.
(1) Les mahométans prétendent qu’il y a sept enfers & huit paradis, Dieu aimant exercer plus amplement sa miséricorde que sa sévérité.
On arrive à ce pavillon par de larges allées bordées de rosiers & de jasmins. Celle du Nord communique au palais Tchéhel-Soutoun; celle de l'Ouest a une grande porte ayant sa façade sur l'avenue Tcharbagh. Les autres
allées se dirigent dans le jardin fruitier.
TCHÉHEL-SOUTOUN OÙ PALAIS A QUARANTE COLONNES
Le plus somptueux de tous les palais qui existent actuellement à Ispahan est le palais Tchéhel-Soutoun (quarante colonnes). Il est renfermé dans une enceinte de murs ornée d’arcades, longue de 282 mètres & large de 187 mètres & entrecoupée de canaux, d’allées d'arbres, de grandes pièces d’eau, de gazons & de plates-bandes de fleurs (planche XLT).
Chardin nous a laissé dans son voyage (t. III, p. 26. Éd. d'Amsterdam, 1711) une description du palais de ce nom situé dans la même enceinte & construit par Chah Abbas le Grand, mais celui que nous allons décrire n'est pas le même édifice. Le palais Tchéhel-Soutoun d’Abbas a brülé du temps de Chah Sultan Hussein, comme nous l’apprend le père Krusinski. Ce dernier prince assistait précisément à une fête donnée dans ce palais lorsqu'un violent incendie s’y déclara, & bien que, avec quelques efforts, on eût peut-être pu s’en rendre maître, Chah Sultan Hussein, persuadé que ce serait manquer à cette résignation qui fait le fond de la religion mahométane que de lutter contre le fléau, empêcha d’éteindre le feu, disant d’ailleurs qu'il remplacerait le palais brülé par un nouveau encore plus beau. C’est donc le Tchéhel-Soutoun de Chah Sultan Hussein que nous allons décrire.
Ce palais a ÿ6 mètres de longueur sur 30" 60° de largeur. Sa façade principale (planche XLIH-XLIH) se présente avec un vaste portique de six colonnes sur trois de profondeur, en sorte qu'au lieu de quarante colonnes comme le ferait supposer le nom, il n’y en a que dix-huit; mais on peut répéter ici l'observation faite à ce sujet par Chardin, que les Persans emploient souvent le nombre quarante pour désigner un certain nombre relativement considérable, quoique inférieur en chiffre, comme, par exemple, lorsqu'ils appellent un lustre ccheltcheragh (quarante lampes).
Ces colonnes ont 14" $o° de hauteur; leur diamètre est de o" 60°, & l’entablement avec frise & encorbellement qui les surmonte est de 3" 70° de hauteur.
Les colonnes sont en bois de cyprès, de forme octogone & recouvertes, sur chaque face, de glaces retenues par des cadres. Les bases sont en marbre blanc; celles des quatre colonnes du centre sont sculptées de quatre lions groupés qui font jaillir de leurs gueules l’eau dans le bassin carré placé au pied des quatre colonnes. Ce portique est élevé de quatre marches au-dessus des terrasses. Les colonnes supportent un plafond à compartiments où sont peintes des fleurs en or qui ont encore tout leur éclat, avec des cartouches garnis de glaces qui reflètent les brillantes & diverses couleurs de ce salon.
Le portique précède la salle du trône, ornée, à son entrée, de deux colonnes un peu plus courtes que les précédentes. Cette salle est carrée de 14” 70° sur chaque face, ornée d’un riche plafond à compartiments ; au milieu de la salle se trouve un bassin de ÿ" 80° de long sur 3" de large avec son jet d’eau.
Le trône était placé dans une grande niche à base carrée, se terminant vers le haut par une demi-coupole d’une grande magnificence. Ce trône était, dit-on, en jaspe; il était soutenu par des lions, par des statues de même pierre avec des incrustations de pierres précieuses. Il fut enlevé par les Afghans, lors de leur conquête de la Perse dans le dernier siècle.
À droite de la salle du trône se trouve une grande salle destinée pour le roi, & à gauche une autre salle semblable où se réunissaient les ministres. À la suite vient une grande salle à trois coupoles de formes variées, peinte & dorée avec le goût & l’élégance propres à l’ornementation persane. Les murs sont couverts de grands tableaux dus à des artistes persans : c'est assez dire que, sauf l'expression bien rendue des physionomies du pays, ces tableaux ont tous les défauts des peintures persanes : absence complète du dessin & ignorance des règles de la perspective. Deux de ces tableaux représentent des fêtes données par un roi de Perse À des ambassadeurs de l'Inde. Les sujets
des autres tableaux sont des batailles livrées tantôt aux Turcs, tantôt aux Indiens. Cette grande salle est précédée
d’un portique orné de colonnes sur les façades latérales Nord & Sud. Sur la façade Ouest se trouve un porche & deux petites salles destinées aux officiers de service auprès du souverain.
C'est dans ce palais que les rois Séfis recevaient en audiences solennelles les ambassadeurs étrangers.
Toutes les ouvertures des fenêtres de ce palais, situées au-dessus du premier cordon, sont en vitres de couleur formant divers compartiments combinés & exécutés avec beaucoup d'art & de goût. Les ouvertures de portes sont fermées les unes par des grillages en bois, d’autres en panneaux pleins ornés de peintures.
Tous les murs du portique & de la salle du trône sont décorés, peints & dorés, avec des cadres garnis de glaces à partir du socle jusqu’au plafond; le socle est en beau marbre de Tébriz.
Les terrasses qui entourent le palais sont pavées en grandes dalles de pierre dure encadrant des canaux dont l'eau limpide s'écoule dans deux vastes pièces d’eau de 26 mètres de largeur : l’une de 108, l’autre de 78 mètres de longueur.
L'entrée principale de ce jardin royal est à l'Est, par un long passage voté, orné de portiques.
À l'angle Sud-Est du mur d'enceinte se trouve la porte qui donne accès à un palais nommé Narendjistan ou Orangerie, palais richement décoré. Dans la principale salle de ce palais, celle qui donne sur le jardin & sur le grand bassin à jets d'eau, on trouve des portraits de Feth-Ali Chah & de plusieurs princes de sa famille. Sur les murs on a peint des fleurs, des oiseaux & des animaux. Derrière cette salle se trouve une autre également très-bien décorée avec une riche coupole. Là aussi on voit des portraits de personnages persans & européens.
Au centre du mur d'enceinte Sud du jardin royal, par l'ouverture d’une petite arcade, on passe sous une tour octogone qui conduit dans le harem. L'on communique aussi par une porte secrète à ce harem du palais de Narendjistan.
À l'angle Sud-Ouest, toujours du jardin royal, l’on entre dans un passage voüté qui conduit dans le jardin
fruitier royal où se trouve l’élégant pavillon Hecht-Behicht que nous avons déjà décrit.
SEMNMENS ER AR Or RIDER
Dans la galerie voütée qui conduit de la cour des écuries à la porte principale du jardin royal du Tchéhel- Soutoun, se trouve à gauche, vers le milieu de cette galerie, une ouverture de porte qui communique à un petit palais qui précède celui des femmes. Dans le plan de ce petit palais, remarquable par une distribution heureuse, on voit une salle destinée au repos pendant les grandes chaleurs de l'été. Cette salle, appelée Ser-Pouchideh (tête couverte), a été construite par le prince Seif-oud-Dowleh-Mirza, fils de Feth-Ali Chah. Elle a 11 mètres de longueur sur 9 mètres de large & 9 mètres de hauteur. Le plafond est soutenu par quatre colonnes en bois de cyprès de forme octogone & dont les bases plongent dans un bassin 8" ço° de long sur 6" 60° de large & de 0"60° de profondeur, hauteur de l’eau de ce bassin. La bordure de ce bassin est en marbre & s'élève de 1" 30° au-dessus du sol de la salle, pavée aussi en marbre. Les colonnes dont nous parlons ont pour base un groupe de quatre figures droites de 1® 8o° de hauteur, qui représentent des jeunes filles vètues d’une tunique, parées de bracelets & de colliers superbes, supportant chacune avec leurs deux mains une tête de lion de la gueule duquel jaillit l'eau qui tombe dans le bassin. Les figures de ces jeunes filles sont posées sur un socle octogone, & sur ses faces l’on voit sculptés divers ornements. Malgré l’incorrection du dessin, les têtes des jeunes filles ne manquent pas d'expression, & lon ne peut sempècher de trouver beaucoup d'art dans la composition de ces figures exécutées en marbre gris. Les colonnes ont 0" 40° de diamètre; elles sont couronnées d’un large chapiteau à cinq rangs de facettes en encorbellement.
Autour de cette salle se trouvent quatre autres salles dont trois sont fermées par des grillages en bois, divisés par compartiments avec des chässis ouvrant à coulisses & ornés de verres de couleur. La quatrième salle est en forme d’une grande niche dont toute la voussure se compose de prismes de cristaux superposés les uns sur les autres & qui produisent l'effet d'un nombre infini de diamants réfléchissant les eaux du bassin et les couleurs variées de toute la décoration de cette salle. C’est dans cette salle garnie de riches tapis qu'on se repose dans l'ombre & la
fraîcheur.
Au-dessous du plafond supporté par les colonnes, une rangée de croisées tout autour de la salle procurent du jour à travers des vitres de couleur. La partie du centre est plus élevée, forme atrium couvert par un riche plafond, & le jour y arrive par de jolis compartiments & des châssis en vitres de diverses couleurs.
La décoration de cette salle est toute resplendissante de peintures & de dorures. On y a peint des rinceaux, des oiseaux, des fruits, des fleurs, des portraits de femmes richement vêtues & parées, ainsi que des cavalcades représentant des chasses au lion, aux gazelles & des chasses au faucon.
Un socle en marbre gris & sculpté règne tout autour de cette salle ; un second socle en marbre de Tébriz sert de lambris au pourtour des salles & des portes. |
Cette décoration, éclairée par une lumière douce venant du dehors, reflétée par les innombrables prismes de cristaux des colonnes & des voûtes, & le silence qui règne tout autour & qui n'est troublé que par le bruit léger des filets d’eau qui tombent dans les bassins, la vue des formes & des figures qui ne manquent pas de grâce,
produisent une impression qui flatte les sens & font de ce lieu un séjour favorable au repos & au sommeil.
BESZE RMI ES TE INIEEAURReS
Les bazars sont, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, fort nombreux à Ispahan: chaque quartier de la ville a le sien & l’on y trouve généralement tout ce qui est nécessaire pour la consommation journalière de la population. Mais les bazars destinés à l’industrie se groupent autour de la place royale (Meïdani-Chahi). Celui dont nous avons reproduit la vue sur une de nos planches (planche XLV) est le bazar dit des Taïlleurs. I est situé au Nord de cette place, à l'entrée de larcade Nagarèh-Khanèh.
Ce bazar a 8 mètres de large sur 12 mètres de hauteur sous voûte. Il est remarquable par la combinaison de l'appareil de ses voussures & de ses pénétrations parfaitement exécutées en bonnes briques cuites au four, & par sa coupole établie sur les trois embranchements du bazar.
Chaque tailleur occupe une boutique & un entre-sol. L'on voit encore ici la vasque en marbre placée au centre de la coupole; le concierge du bazar est chargé de la tenir toujours pleine d’eau fraiche pour désaltérer les tenants de boutiques & les passants. Les tympans des arcades seuls sont ornés de briques de couleurs émaillées.
Le sol du bazar n'est pas pavé, ni celui des autres bazars non plus.
PIONNPNAAL EENCE RD KT AN
La ville d'Ispahan communique au faubourg de Djulfa à travers le Zendéroud par un magnifique pont appelé quelquefois pont de Djulfa, mais plus communément pont d’Allah-Verdi Khan, du nom de son fondateur, généralissime d'Abbas le Grand & ami intime & dévoué de ce prince. Ce pont (planches XLVI & XLVII), qui aboutit à l'avenue de Tcharbagh, a 29$ mètres de longueur sur 13" 75° de largeur. La chaussée est pavée en dalles de pierre, &, sur sa largeur, 9" 20° sont destinés au passage des cavaliers, des caravanes, des chariots & des bestiaux. De chaque côté s'élèvent des galeries en arcades réservées aux piétons. Sur la plate-forme, au-dessus de la vote de ces galeries, on peut se promener malgré le peu de hauteur du parapet. On y monte par de petits escaliers qui se trouvent aux deux extrémités des galeries. Tout le pont est construit en brique sur
un soubassement en pierre calcaire dure, qui forme trente-quatre piles y compris les deux culées, & trente-trois
arches. La largeur des arches est de $" $7°; quatre arches seulement sont un peu plus étroites. Les piles ont une égale épaisseur de 3" 40°. Le radier du pont est pavé en grandes dalles de pierre & il se prolonge en aval sur une largeur de 11 mètres en terminant par deux retraites de o" 90° chacune, formant talus, où l’eau s'écoule en cascade dans le lit de la rivière (planche XLVIH).
À l'époque de l'étiage des eaux du Zendéroud, on passe sous les arches du pont par une galerie votée, & sur la largeur de chaque arche se trouvent des dés en pierre de ©" ço° au carré, où sont des rainures pour y placer des vannes en bois, afin d'élever les eaux à o" ço*, hauteur nécessaire pour faire parvenir l’eau dans les canaux d'irrigation établis sur les deux rives.
La hauteur du pont, à partir du radier jusqu’au-dessus de la chaussée, est de $" 16°; la hauteur, à partir de la chaussée au-dessus de la plate-forme des galeries latérales, est de 4" 75°, ce qui donne 8" 39° de hauteur totale du pont.
Les têtes de ce pont sont flanquées de tours rondes de 3 mètres de diamètre, construites en pierre de taille par assises inégales. Vers la partie sud, une rampe douce de 65 mètres de longueur s’allonge sur le sol
de la rive droite & le parapet se termine par deux bornes milliaires ornées d'inscriptions persanes (planche XLIX).