ARCHITECTE
Paris, le 1* juin 1867.
Le
ASE OBAEECSAIOUN
L'histoire & la littérature des peuples de l’Asie, les cultes dont celle-ci a été le berceau, les doctrines philosophiques & religieuses qui ont agité à différentes époques les sociétés de l'Orient, ont toujours excité un vif intérêt en Europe, & ne cessent encore d’être l’objet des recherches & des spéculations des savants & des philosophes. Le domaine de l'art asiatique seul était resté longtemps inexploré, &, — pendant que l'Europe moderne s'éprenait d'une admiration enthousiaste ou raisonnée pour les arts de l'antiquité classique, pendant que, plus tard, les arts du moyen âge chrétien ouvraient un champ nouveau & vaste au goût, aux études, à limitation, — on ignorait à peu près complétement l'existence de l'art oriental; bien plus, on était assez porté à le nier & à refuser à l'Orient toute aptitude pour les arts.
Cette ignorance ou ces préventions se laissent assez facilement expliquer. Les œuvres de l'esprit, Îles conceptions de l'imagination se transmettent par mille voies & se propagent presque d’elles-mèmes ; les productions de l'art, au contraire, sont la plupart du temps attachées au sol qui les a vues éclore; &, quand on songe à tous les obstacles qui ont, pendant des siècles, entravé les communications & les rapports pacifiques entre l'Europe & l'Asie, on cesse de s'étonner du petit nombre des matériaux propres à faire connaître & juger tout ce que l'Orient a pu & a dü produire en fait d'arts.
D'autres raisons encore contribuaient à restreindre nos connaissances à cet égard. Chez la plupart des peuples orientaux, les arts n’ont jamais pris le développement & lessor qu'ont su leur donner les peuples de l'antiquité classique & quelques-uns des peuples modernes : la sculpture & la peinture y ont été ou inconnues, ou peu cultivées, ou même frappées d'anathème, & quelques arts portés souvent à un très-haut degré dans les objets de luxe ou d'utilité journalière disparaissaient avec la matière fragile ou permutable sur laquelle ils s'exerçaient. I y a plus, le plus utile & en apparence le moins caduc des arts, l’architecture n’a jamais pu résister longtemps aux bouleversements continus de cette vaste contrée qui commence sur les bords de la mer
Noire & s'étend au delà du Gange; &, fait curieux à noter, que ce soit l'effet de l’action destructive des