‹ Monuments modernes de la PerseChapitre 4 sur 54 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

hommes ou des convulsions de la terre, cette Asie antique, berceau des peuples de l'Europe, patrie de tant d’autres peuples qui ne l'ont jamais quittée, ne saurait nous offrir aujourd’hui, — sauf les quelques spécimens d'architecture conservés dans les hypogées de Flnde, — un seul monument debout qui ait l'âge du Parthénon, du temple de Thésée, ou de la plupart des constructions de la Rome des Césars. Cependant les arts y ont existé : quelques-uns même ont dû être portés à un degré de perfection & de magnificence sans exemple ailleurs, si ce n’est peut-être en Égypte.

Du reste, si le reproche de n'avoir pas cultivé les arts est parfaitement justifié quand il s'adresse à la race sémitique de l'Asie, aux Hébreux & aux Arabes, il ne peut s'appliquer aux peuples de race arienne. Le doute n'était plus possible du jour où, grâce aux voyageurs européens du xvn°, du xvin® & du xx° siècle, on eut devant les yeux la vue des ruines de Persépolis & celle des bas-reliefs de ses palais; il l'est moins encore aujourd’hui, depuis que les découvertes, faites depuis vingt ans à Ninive, nous ont prouvé que le palais de Cyrus, à Persépolis, n'était pas le monument isolé d'une architecture imposante & de l’art symbolique particulier à l'Asie.

Les monuments de Ninive, retrouvés sous des débris accumulés par des siècles, arrachés par fragments au sol, sont-ils le produit d'un art éclos spontanément au delà du Tigre & du Taurus, ou sont-ils des emprunts modifiés, des reflets de l'art égyptien? — C'est là une question que nous n’entreprendrons pas de discuter : mais, ce qui nous parait incontestable, c’est que cette partie de l’Asie, qui a presque toujours formé la vaste monarchie perse ou persane, a eu dans les arts, à différentes époques, un passé tout particulier & propre à elle. Ce passé, sous le rapport de l’art, est d'autant plus digne d’être étudié, que, depuis son origine qui remonte à la plus haute antiquité, la monarchie persane n’a presque jamais cessé d’exister & qu’elle résume en elle certains caractères inaltérables du monde asiatique. De la mer Caspienne jusqu’au golfe Persique & à la mer de l'Inde, des chaînes du Taurus jusqu'aux bords de Flndus, quels que soient les peuples & les races qui la composent, quelles que soient les dynasties qui y règnent, que son berceau ou sa capitale soit à l’est ou à l'ouest, au sud ou au nord, à Echatane ou à Balkh, à Ctésiphon ou à Gazna, à Tébriz ou à Mérv, à Chiraz ou à Téhéran, il y a toujours eu dans l'Asie nul une monarchie perse, un empire d'Iran, formant en quelque sorte contre-poids à l'empire de Chine, à celui de l'Inde & à celui de Rome. La puissance de cet empire s'affaisse & son nom s’éclipse parfois pour un certain temps, mais ce nom & souvent cette puissance ne tardent pas à renaitre, comme s'il était dans leur destinée de perpétuer en Asie le souvenir & les traditions d’un État qui fut toujours pour le monde occidental, tant ancien que moderne, le foyer du luxe asiatique, le modèle des splendeurs de la royauté & le type du pouvoir le plus absolu. En effet, — à l'exception de la période des successeurs immédiats d'Alexandre le Grand, sous lesquels la Perse se morcelle, & du siècle des premiers khaliphes, où elle fait partie de leur vaste empire, — nous retrouvons toujours une monarchie pérsane, se reconstituant dans les limites qui lui paraissent naturelles, depuis le Tibre jusqu'à l'Indus; l’épithète d'Empire éternel (Ebedpeivend) consacrée dans le style de la chancellerie persane n'est pas une simple hyperbole, & le souverain actuel de la Perse ne fait qu'obéir au sentiment national, quand, à l'exemple de tous ses prédécesseurs, pour renouer sans cesse la chaine du temps, il s'intitule Chehinchah, roi des rois, titre que portaient, du consentement du monde ancien, les Darius, les Artaxercès & les Cosroés.

Malgré cette continuité d'existence & cette identité de limites, deux grandes époques, bien différentes sous le rapport religieux & social comme sous celui de l’art, partagent toute l'histoire de la Perse. La première

commence à l’origine de la monarchie, comprend son passé fabuleux, puis héroïque & enfin historique, & finit à la

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