‹ Monuments primitifs des îles BaléaresChapitre 10 sur 42 · LES VILLES OU BOURGADES · texte numérisé non relu

LES VILLES OU BOURGADES

La situation des villes primitives est partout la même. On les rencontre généralement à plusieurs kilomètres de la mer ; il semble que Ton avait déjà cette habitude constante des Baléares actuels, qui fuient les rivages et semblent vivre encore sous la terreur des Maures. L'aspect même de plusieurs villes vient appuyer l'hypothèse qu'elles avaient aussi à redouter l'invasion des pirates. Il en est, en effet, de très bien fortifiées, et la construction de leur enceinte défensive a certainement exigé un plus grand travail que l'édification de la cité elle-même.

La petitesse du territoire, où plusieurs centres habités étaient garnis de remparts, semble peu favorable à l'idée que les insulaires auraient vécu sans cesse sur le pied de guerre, en lutte les uns avec les autres. On admettrait plus volontiers qu'ils étaient obligés de se tenir sur la défensive, harcelés par les coureurs de mer, qui ne manquaient pas à cette époque reculée, si l'on en croit les témoignages de Strabon et de Diodore.

Mais ces villes closes sont en réalité petites ; elles m'ont fait l'impression de simples lieux de refuges où, à un signal d'alarme, la population pouvait s'entasser et trouver un abri sûr. Ce sont des acropoles, leurs habitants paraissent frères des antiques occupants de la Grèce et de l'Italie, il est naturel qu'ils aient eu les mêmes coutumes. Comme eux, leur premier soin fut de fortifier leurs bourgades.

Minorque est riche en cités bien conservées ; son sol rocailleux et souvent stérile a favorisé la permanence des ruines ; à Mayorque, l'agriculteur a pu les détruire plus aisément. Tantôt, comme à la Vela-de-son-Heroued, près Felanîtx (pi. XXXVIII, a), on a seulement conservé l'enceinte qui limite aujourd'hui un très vaste champ labouré; tantôt, comme à Artâ, l'enceinte de la vieille cité est rompue, mais une de ses portes au moins se dresse encore avec une certaine majesté (voir le dessin ci-dessus, p. 9); tantôt, comme à la Mola-de-Felanitx, il ne reste qu'un côté de grand mur (pi. IV et V) ; à Capcorp-Vell,dans la « marine » de Llumayor, on peut douter qu'il y ait eu jamais de muraille, mais les édifices sont nombreux et couvrent de notables espaces. Là devait être une ville importante.

Combien la situation est différente à Minorque !

La plus vaste, du moins en l'état actuel des choses, est dans la possession, dite Torre-d'en-Galmés, au sud d'Alayor. En cet endroit s'étend une colline très peu élevée, mais assez pour dominer au loin la plaine, surtout du côté de la mer. Au point culminant se dressent trois grands cônes, alignés de l'est à Touest, suivant la direction de la colline (pi. XXllI, b); ils se sont écroulés et forment de grands chaos de blocs. Autour d'eux, notamment sur les pentes du midi,

s'étend la cité, que les champs cultivés pénètrent par d'étroites langues de terre péniblement conquises.

Elle ne parait pas avoir été limitée par des murs. Une autre exactement dans le même cas est celle de THostal (pi. VII et VIH), toute voisine de Ciudadela, complètement dégagée et déblayée par les soins intelligents de ses propriétaires, M'"*' et M. Gaspar Saura. Bien moins intactes sont les villes de Sant-Agusti et de Torrauba-de-Salort près Alayor, de Benimaimiit près Mahon. A Torellô, à Talatide-Dalt près Mahon, ailleurs encore, deux ou trois édifices protégés par des circonstances spéciales ont seuls survécu.

J'ai observé des fortifications bien conservées sur trois points seulement, tous les trois à l'occident de Minorque : Santa-Rosa, et Son-Carlâ, localités très rapprochées au sud de Ciudadela, à moitié chemin de la mer, et Torre-Llafuda, à Test de la même ville.

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