LES CONSTRUCTIONS, GAVES MÉGALITHIQUES
Les murailles de ces édifices sont formées d'assises inégales de pierres posées à plat; celles de Textérieur sont plus grosses que celles de l'intérieur (pl.Vl,B). Souvent la base est constituée à l'extérieur par une rangée de dalles placées sur champ. Celles-ci ont près de un mètre de hauteur; l'ajustement entre elles et avec les pierres qui les surmontent et qui continuent la façade est très soigné. Çà et là une pierre est entaillée à angle droit, et dans cette mortaise vient se loger la pierre voisine, comme on le voit sur la planche XLIl.
Nulle part je n'ai vu l'assemblage polygonal régulier.
Mais j'insisterai tout à l'heure sur diverses catégories de monuments principaux et sur les traits différentiels de leur construction.
Les édifices dont je viens de parler ne sont pas les plus nombreux : d'autres dominent qui sont moins visibles au premier abord et d'un caractère barbare et primitif. C'est seulement après avoir fréquenté les ruines qu'on les découvre et qu'on en saisit l'importance. Ce sont des galeries surbaissées, des caves qui passent sous les autres édifices, les entourent; qui suivent partout les ondulations du terrain et couvrent de vastes surfaces. Quand on parcourt la ville, on les foule aux pieds sans les reconnaître ; mais souvent un pilier s'est renversé, une dalle a cédé, un trou est béant. On peut descendre et circuler péniblement, mais non sans danger d'être écrasé ou cerné dans les galeries qui tiennent encore debout, mais qu'un choc léger pourrait ébranler.
Ce sont, je le répète, de véritables caves, faites sans aucun plan, fabriquées presque toutes avec de grands blocs plats, longs et bruts. Le sol a été nettoyé, ap profondi, nivelé. De deux en deux mètres environ on a dressé des piliers soit monolithes, soit de pierres superposées. Ces supports, étroits à leur base, plus larges au sommet, n'ont presque jamais hauteur d'homme. Sur eux reposent les bouts des grandes dalles du plafond (pi. IX).
De faibles portions de ces habitations semi-souterraines avaient été observées par mes devanciers, qui avaient cru à l'existence de monuments spéciaux et isolés. J'ai constaté leur étendue, leur généralité. Si ce sont des habitations, elles sont les plus nombreuses, celles des humbles et des pauvres gens, tandis que les autres que nous avons signalées tout à l'heure, et qui les dominent, étaient réservées aux riches et aux puissants.
J'ai dû me demander cependant si ce n'étaient pas des bergeries, et alors s'expliquerait leur faible élévation, l",50 à 1",80, en moyenne. Des chèvres, des moutons, des porcs, auraient pu y être entassés aux jours de danger. Mais je ne soutiendrai
pas cette hypothèse, bien que je n'aie pas un fait positif à présenter contre elle,
Ces caves sodI, ce me semble, trop oombreuses pour ua lel usage ; elles coustituenl, je le répète, la majeure partie des édifices des villes; elles se relient par des transitions insensibles aux autres demeures.
Les plans de plusieurs portions de ces caves (fig. 5 à 9j permettent de saisir l'agencement de leurs piliers de soutènement et de leur voûte. On remarquera que la roche entailléeaformé à l'occasion les parois verticales (fig. 6). Je signalerai
Fio. 6. — Torrauba-dB- Salon. Fm. 9. — Llumasiiiel, cuuiie.
Les Cuvas ou habiiatiunii mégalithiques de Minorque. Ëch«Ue 0,003°> p. l~,W uu ^.
plus loin (fîg. 16, E, cd) des édifices semblables en connexionavec un des grands monuments de Torre-d'en-Galmés. Il m'eût été facile de multiplier ces plans, mais sans aucune utilité, puisque la disposition générale de ces monuments est presque toujours irrégulière, ayant dû se plier à toutes les exigences du sol, des constructions voisines et des matériaux eux-mêmes'.
Il en est tout autrement pour deux autres catégories d'édifices qui s'observent dans chaque ville, et que les antiquaires avaient depuis longtemps signalés, les uns sous le nom populaire de Talai/àt, et les autres sous k dénominatioD savante et erronée à'Altar ou plus rarement sous celle de Taiila.
.\ltar veut dire autel. On expliquait en efTet ainsi ces monolillies énormes
t. Ces Co vas sonl aoalogues au» cités souterraines fort curieuses qu'un a signalées dans le Puy-de- UAme, dans le Cantal et dans la Lozâre. J'ai visité celles-ci et puis g:u'anti[' la ressemblance pour le détail de la construction et pour l'ensemble.