‹ Monuments primitifs des îles BaléaresChapitre 20 sur 42 · LES CROTTES ARTIFICIELLES · texte numérisé non relu

LES CROTTES ARTIFICIELLES

celles de Binimaymùt et de l'Hoslal. Une d'elles nous donne véritablement le type pur de ta grotte sépulcrale, point de départ de toutes les variantes.

Les grottes de Saint- Vincent de PoUenza, dès longtemps signalées, sont creusées sur le versant sud et vers le sommet d'une colline de molasse tendre qui court vers la baie entre les deux montagnes qui la serrent de près, la dominent d'une grande -hauteur, et vont, en se prolongeant dans la mer, former des caps escarpés.

Cinq ou six, en deux groupes et au même niveau, sont ouvertes. Il est fort possible que d'autres soient encore ignorées sur cette pente rocailleuse, semée de bouquets d'arbres, et qui n'a jamais été assez bonne pour le labour. Elles ont une entrée fort étroite, qu'on a pu dissimuler aisémentavecuneplaque de pierre et par l'apport de quelques pelletées de terre.

Dans le groupe principal elles sont limilropbes, et s'ouvrent au bas d'un petit lalus naturel devant

lequel on a nivelé le terrain (fig. 33, a a). Sur cette plateforme ainsi formée, on voit les traces de cloisons ménagées dans la masse même du roc, puis des trous peu profonds avec rebords qui pouvaient être destinés à recevoir la base de colonnelles (p). La disposition de ces vestiges montre que les grottes étaient précédées d'une construction dont il nous est impossible de retracer l'aspect et de défmir le but.

Une première entrée fort étroite donne accès dans un espace plus large, une sorte d'antichambre. Une seconde porte, boyau de forme allongée, permet de se glisser, presque à plat ventre, dans le caveau ; à droite et à. gauche sont deux niches également munies d'une entrée rétrécie qui pouvait être close. La plaque

— Orotlo sépulcralo de Saint- Vin D'aprïa la plan droaad ave

it à Mayorque. Coupes et plan k f^.

DUB par M. D. Forrà.

de fermeture était maintenue par des barres dont les bouts s'ajustaient dans des trous pratiqués dans le rocher. Cette dalle, peut-être incomplète, glt encore dans une des cellules. Le sol de la crypte est légèrement en pente vers l'intérieur; au bout est une fosse irrégulière remplie de pierrailles (f), et qui m'a paru relativement récente. La coupe, prise suivant ef, fait voir qu'à mi-hauteur les parois ont une saillie destinée en apparence à supporter un plafond. Mais pourquoi mettre là, si près de la voûte de pierre, parfaitement étanche d'ailleurs, des poutrelles ou des branchages?

11 y a sur le plat de cette arête, mais d'un côté seulement (e), une série de petites cuvettes que je ne m'explique pas. Naturellement on pourrait faire des suppositions : je laisse ce soin àl'ima- ■^^^..^^^^.p^P^jP gination du lecteur.

M^i> fimrZ^HK Un mot seulement d'une

des grottes voisines (fig. 36).

Son avant-corps est en ruine et méconnaissable ; elle a pour r^BBwW^KBHPl porte extérieure l'ouverture

Fio. 36. - Grotte de Saint-Vincent à Majorque. "^^"^^ ^^ CaveaU. Cclui-ci,

coupo et piao au ife. bicu quc symétriquc, diffère

de ceux que nous avons vus ; mais il est flanqué de trois chambrettes placées en triangle, et tout le long, en haut des côtés , règne la même saillie que dans la grotte précédemment décrite.

Bien que ces souterrains aient été visités depuis longtemps, ils n'étaient pas dépouillés entièrement de leur contenu primitif. On m'a assuré que des fouilles avaient été pratiquées peu de mois avant mon arrivée par un voyageur génois, M. d'Albertis. Il aurait mis au jour une sépulture romaine. Ce qui est positif, c'est que le sol est encore jonché d'ossements humains que je n'ai pas été autorisé à emporter! J'ai cherché en vain un objet qui m'eût donné peut-être une date.

Ma déception fut grande. J'avais été frappé des rapports de ces cryptes avec celles que mon ami M. Paul Cazalis de Fondouce a signalées dès 1870 aux environs d'Arles, en Provence, et que j'ai visitées et en partie fouillées avec lui en 1876*. Ces souterrains ont livré des objets de pierre , de cuivre et même d'or, des poteries, des squelettes en quantité. Ce sont des ossuaires du début de l'âge du bronze, dont le mobilier ne diffère pas de celui des dolmens et autres monuments mégalithiques du midi de la France. Les grottes de PalmcUa, au sud

1. Matériaux pour Thistoire primitive de riiomme, 1877, p. 441.

LES GROTTES ARTIFICIELLES. i^

de Lisbonne, en Portugal, rouillée^ par mon regretté ami M, Carlos Kibeiro, et que j'ai décrites en 1886 ', avaient moins d'analogie avec la grande crypte de San- Vicens qu'avec les autres de cette localité ou de Torre-d'en-Galmés et de l'Hostal. Elles avaient livré un très riche mobilier funéraire de celle période fort longue qui vit la fin de l'Age de la pierre. Les grottes semblables sigiial«5es par divers explorateurs sur plusieurs points du territoire italien étaient à tous égards du même degré de civilisation et non moins bien garnies.

Celles des Baléares promettaient autant, et elles n'ont rien livré à mes minu-

Fio. 37. — Plan el coupo de la gruiii

aiicagne de Cordes, pré» d'Arles.

tieascs recherches. Après mon départ, M. Cardona a trouvé, dans quelques autres, plusieurs ga!els dévonicDs quartzeux bien et diversement travaillés, des projectiles sphériques en pierre très dure, des pierres de fronde. Mais quel est l'âge de ces objets !

L'identité de plan est, je le répète, indiscutable ; il ne s'agit pas d'un rapprochement fortuit, la ressemblance se poursuit jusque dans certains détails. Or dans les Baléares le mobiUer funéraire fait défaut. 11 ne parait pas que les lies aient connu un âge de la pierre, nous insisterons à ce sujet tout à l'heure; mais reconnaissons dès maintenant que ce ne sont pas les gens de Mayorque qui ont navigué jusqu'en pays du Rhône et y ont laissé une colonie; la réciproque n'est pas davantage possible. Mais les tombes de l'un et de l'autre pays procèdent

1. Les Ages préliisloriijues de l'Espagne el du PoilugJ. Puris, I8SG, p. 119.

d'une origine commune, leur plan répond aux mêmes idées religieuses, aux mêmes rites funéraires. Y a-t-il entre les grottes de Poilenza, etc. , et celles d'Arles une grande difTérence d'âge? et par Age nous entendons un degré de civilisation plutôt qu'une époque déterminée. M. P. Cazalis de Fondouce, malgré la présence de nombreux objets de l'âge de la pierre, hache polie, pointes de flèches de silex et d'os, etc., avait franchement attribué ces allées couvertes de la Provence à l'Age du bronze. Rien ne s'oppose à ce que celles des Baléares appartiennent aussi à ce niveau industriel.

Sans doute elles sont creusées dans une roche assez tendre pour être travaillée

avec les haches de pierre ou les pics armés d'une pointe d'os; mais toutes les fois qu'il m'a été permis de reconnaître sur les parois les traces de l'instrument qui fut employé, j'ai constaté l'empreinte bien délimitée de l'herminette de métal déjà semblable à celle que les paysans utilisent encore f(ig. 38), et qui est dans toutes les maisons de campa-

Via. 38, — Or. J. Henuiaclle acluellis des Baléares. „ , ...

gne. Cependant je n ai pas observé de telles traces dans le caveau perfectionné de San-Vicens.

Puisque nous devons terminer par une hypothèse, en attendant la lumière des faits, nous ajouterons que les grottes des lies sont tellement nombreuses' qu'elles doivent correspondre à un très long laps de temps. Je pense qu'on accordera que les lies étaient habitées 1 500 ans au moins avant notre ère ; peut-être ces monuments se répartissent sur mille ans et plus. Si nous avions trouvé des vestiges d'un âge de la pierre local, nous aurions pu leur attribuer une antiquité plus considérable. La date du xv' siècle environ pour la plus ancienne établirait un synchronisme raisonnable avec celles d'Arles. Mais je ne saurais trop insister sur l'incertitude de pareilles indications*. Dans quelques grottes de Calas-Covas, on a

i. n Vous pouvez assurer qu'ù Miiiorque seulement il y en a Lion plus de 1,000; peiil-i'lrR I,jOO, dj looles les époques. » (Lettre df M. Cardona.)

i. Je EDuhaite vivement qu'un habitant des tles Baléares se donne la peine et le plaisir de passer en itvno et de nous di'cilre tontes les grottes. Déjà H. S. Cardona m'a écrit ceci : « C'est bien duni-

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