LES GROTTES ARTIFICIELLES
rocher en avaient singulièrement diminué la solidilc. La façade, moins évidée, n'était plus qu'un placage, et au moindre ébranlement du sol elle devait se fendiller et s'écrouler. C'est là ce qui s'est efTedivemeat passé. Dans notre pi. XLIX, on voit que les blocs tombés dans la mer forment une ceinture au rocher. Il est possible de circuler au-dessus en sautant de bloc en bloc, non sans courir le risque de glisser dans un gouffre. On ne peut pas, en cheminant ainsi, dépasser le point en regard des lettres a plactSes à la marge de la planche. A cet endroit, on trouve une porte, bien visible sur la photographie, et qui offre des feuillures concentriques, preuves d'une clôture exceptionnellement soignée. Je me suis assuré que cette porte était jadis précédée d'une cahmbre ; nous constaterons ailleurs le même détail important.
La grotte est fort curieuse. Le sol, un peu plus bas que le seuil de la porte, est horizontal.
La hauteur est partout égale. D'un côté, à droite en entrant, la paroi est verticale, mais creusée de trois grandes loges profondes {1, 2, 3 de la fig. 33), s'ouvrant à 0'",60 au-dessus du sol et atteignant le plafond. Elles sont encadrées d'un rebord et séparées par une cloison formés l'un et l'autre par le rocher taillé. La loge la plus grande et la plus voisine de l'extérieur est munie d'une fenêtre de trois trous traversant le rocher(f). Les cavités du voisinage n'ont pas de détails notables. Leur plafond est souvent assez bas pour qu'on puisse, grâce à un trou, peut-être ancien, se hisser de l'une à l'autre et parcourir ainsi plusieurs chambres superposées.
J'ai dit que la falaise était à peu près à pic lorsque les souterrains ont été creusés. Des escaliers en hélice et fort étroits avaient été pratiqués, et permettaient de descendre du plateau dans les chambres, qui s'étendaient bien au-dessous. Je suppose que le creusement d'un tel escalier de haut en bas est un travail presque impossible. J'aime mieux croire que les ouvriers, suspendus à des cordages, ont commencé l'excavation du côté de la mer, par la falaise même, et n'ont fait l'escalier qu'après avoir avancé le souterrain. Les escaliers de la falaise sud fpl. XLVIII), que M. Cardona y Orfila, l'éminent naturaliste de Mahon, a vus plus ou moins
e des groilpï de Calas Covas, Minoi'quB. Plan e n fJ;, Boit 0,005 p. I lutlre.
i6 MONUMENTS PRIMITIFS DES BALEARES.
intacts, sont aujourd'hui tout à fait comblés par le propriétaire de la métairie voisine, qui craignait d'y voir tomber son bétail.
Mais j'ai retouvé de semblables vestiges sur le rivage nord (pi. XLVII), qui est largement accessible. Là, le rocher aux grottes n'a pas été baigné par la mer : il y avait comme intermédiaire un talus d'une inclinaison normale et avec lequel on a pu aujourd'hui former un champ. Ce terrain, avant la culture, était couvert d'une végétation épaisse qui devait constituer une infranchissable barrière et assurer la protection des vivants ou des morts qui occupaient les excavations.
La façade du rocher supérieur est descendue par lambeaux, et l'agriculteur a débarrassé en partie la pente de ses ruines. Ce qui reste, soit en place, soit dans
l'éboulis, montre toute la complication des souterrains, dont les parties les plus profondes sont presque seules encore intactes. Ici et là émergent encore les curieux escaliers qui reliaient les étages. Quelques portes ont les gorges extérieures déjà signalées, et ici, comme dans la falaise voisine, cette porte était précédée d'une salle dont le cadre, si je puis ainsi dire, est resté attaché aux parois de l'escarpement (fig. 34). La chambre Fjo. 34. - Grotte de Caïas-Covas. présente quclques enfoncements en arc de cercle
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qui descendent jusquau sol. Ils avaient sans doute pour but d'agrandir la capacité de la grotte, tout en laissant certaines arêtes saillantes pour assurer la solidité du plafond*.
J'ai visité plusieurs de ces grottes sans observer dans leur architecture rien de plus notable. J'ai trouvé des ossements humains, et rien autre, dans le sable qui couvrait leur sol.
Étaient-elles toutes sépulcrales? Pour plusieurs cela ne fait pas de doute. Celles qui avaient justement les portes les mieux closes étaient des ossuaires, et il parait difficile de croire à un mélange si intime d'habitations pour les vivants, de cryptes pour les morts. Cette juxtaposition complète existe-t-elle, a-t-elle existé historiquement quelque part? Je ne connais rien d'analogue, et je n'oserais pourtant pas affirmer que Calas-Covas fût seulement une nécropole.
A Mayorque existe, entre autres, une série de grottes infiniment intéressantes : elles diffèrent de celles de Calas-Covas, de Santa-Mônica ; elles se rapprochent de
1. L*entrée, avec son triple encadrement, se voit sur notre phot. XLVII en haut de la falaise, sous