CUVE BAPTISMALE DE BERNEUIL
sculptés au grand portail de la cathédrale de Senlis que ce lion de Corbie oflre l’analogie la plus frappante, notamment pour le style de la tète, les plis de la peau et la queue formée d’un rinceau traité comme ceux des chapiteaux de Dommartin. Le style est beau de part et d’autre, mais le dessin des animaux de Senlis est supérieur en beauté et en vérité. Ce lion doit provenir d’un tympan semblable à ceux de Saint-Etienne de Corbie et de Mareuil, ou de la porte centrale du portail royal de Chartres. Quant à sa date, les analogies qui viennent d'être relevées, suffisent pour la placer entre ii5o et 1180 et plus probablement vers 1160.
Chapiteau. — Le chapiteau historié qui porte le n° 109 dans les collections du musée d’Amiens, provient de l’ancienne abbaye de Corbie, et a déjà été décrit par M. Rigollot (1).
Les chapiteaux historiés sont rares dans la région : il en existe un dans 1 église d’Esquerdes, entre Boulogne et Saint-Omer, et les chapiteaux de Lucheux et de Berteaucourt présentent quelques figures, mais celles-ci sont épisodiques, symboliques ou même purement ornementales et ne constituent pas proprement ce que l’on peut appeler des chapiteaux historiés.
Ee chapiteau de Corbie est double : la partie supérieure, en forme de tailloir échancré, s'adaptait à un abaque très barlong ; la partie inférieure a deux astragales soudées entre elles qui correspondaient probablement à deux fûts séparés.
Ces colonnettes jumelles portaient une retombée d’arcade de cloître du milieu ou du troisième quart du xiic siècle. Cet exemple est donc à rapprocher des chapiteaux historiés des cloîtres de Saint-Remi de Reims, (2) Saint-Georges de Boscherville (3), Saint-Trophime d'Arles, Montmajour, etc.
Le double chapiteau de Corbie représente toute l’histoire d’Adam et d’Eve : à un angle, Dieu est figuré par un personnage debout, vêtu d’une longue robe serrée par une riche ceinture ornée de zigzags, sous laquelle sont pincés deux pans d’un ample manteau qui lui couvre les deux épaules. Dieu a le nimbe crucifère, il porte la barbe courte et les cheveux très longs ; de la main droite levée il bénit Adam debout devant lui, de la gauche il lui prend les mains , Adam a la barbe courte coupée en rond et les cheveux longs, divisés sur le milieu du front. — Le tableau suivant figure Adam dormant, appuyé à un arbre et Dieu qui, placé à l’angle du chapiteau, tire Eve de son côté. Ces deux derniers personnages sont très mutilés. Ces tableaux forment un des côtés longs du chapiteau : les deux figures divines s'y font pendant aux angles et les deux figures d’Adam sont juxtaposées au centre, à l’intersection des deux corbeilles soudées entre elles.
Sur le petit côté, on voit Dieu tenant Adam par la main pour l’introduire dans le paradis terrestre, tandis que de la main droite il lui montre l’arbre. Eve suit Adam en le tenant par l’épaule. Elle a les cheveux longs, tombant dans le dos.
L’autre grand côté du chapiteau est presque entièrement occupé par l’arbre, traité d’une façon toute conventionnelle, en rinceaux terminés par des palmettes à
(1) Essai historique sur les Arts du dessin en Picardie depuis l'cpoque romaine jusqu'au xvie siècle. (Ment, de la Soc. des Antiq. de Pic. ire série, t. III, 1840, p. 274).
(2) Voir l’intéressante Notice de M. H. Jadart, sur V ancienne abbaye de Saint-Remi . (Ment, de la Soc. des Antiq. de Fr. t. XLV ; 1885).
(3) Chapiteaux aujourd’hui conservés au musée de Rouen.
bords perlés d'où sortent des fruits étranges, la plupart en forme de pomme de pin ; un autre orné de spirales ; un autre lisse et ovale. Un dragon à tète de renard s’enroule autour de l’un des deux troncs, il paraît ailé. Eve debout devant lui tient de la main gauche le menton du monstre qui semble lécher cette main. De la droite, elle présente la pomme à Adam, en tournant la tête pour le regarder. Adam, qui forme une figure d’angle, en pendant de Dieu montrant l’arbre, a déjà saisi le fruit qu’il mord gloutonnement, et déjà aussi l’ange l’a saisi par le bras dont il porte la pomme à sa bouche. Cet ange, les ailes éployées, occupe le centre d’un des petits côtés du chapiteau et en épouse parfaitement la forme. Ses ailes sont bordées d’un galon brodé en torsade. Il porte une longue robe et un manteau très ample pris dans la ceinture, couvrant le bras et l’épaule gauches et laissant libre le bras droit qui tient une grande épée à pommeau triangulaire, à quillons droits, et à large lame munie d’une gouttière. Aux angles de cette dernière face du chapiteau, la figure de Dieu créant Adam, fait pendant à celle d’Adam saisi par l’ange.
Ces compositions sont bien agencées et ingénieusement rattachées entre elles. L’ampleur est plus grande que dans les chapiteaux de Saint-Remi de Reims ou du portail royal de Chartres. L’expression des figures montre une grande finesse et une grande justesse de sentiment. La figure d’Adam devant Dieu exprime la gravité et le respect ; dans la scène suivante, il dort avec un naturel parfait ; une grande curiosité, un peu craintive, se lit sur le visage et dans l’attitude d’Adam et d’Eve introduits dans le paradis ; enfin, Adam mord dans la pomme avec une expression mêlée de gourmandise violente et de crainte. Partout le mouvement est juste ; l’expression générale est dramatique et cependant exempte d’exagération.
Par contre, les proportions des corps sont très mauvaises ; les nus, tout en montrant quelque vérité d’observation, sont cependant absolument mal traités, surtout chez la femme qui a les formes les plus laides, le torse ramassé, la poitrine tombante, amaigrie et allongée, qui se retrouvent presque partout ailleurs dans les figures nues de l’époque romane. Les pieds et les mains sont démesurés ; le lobe inférieur de l’oreille égal au cartilage supérieur. Les draperies ont de menus plis parallèles, suivant la mode du temps, mais elles sont peu gracieuses et mal étudiées. En résumé, au point de vue de l’histoire, ce chapiteau est très intéressant par sa rareté dans la région où il a été recueilli ; au point de vue de l'art, il offre aussi beaucoup d’intérêt par de grandes qualités de composition et de sentiment, à côté desquelles il est juste de reconnaître qu’il existe de grands défauts de forme.
La scène de la tentation d'Eve par le serpent et d’Adam par Eve est à rapprocher de celle qui figure dans l’église de Guarbecques, L’arbre, le serpent et les deux personnages y sont traités à peu près de même, mais la sculpture de Guarbecques n’a pas les qualités qui distinguent celle de Corbie ; elle est raide, maigre et sans expression. Avec les voussures de Berteaucourt, qui ont plus de mérite peut-être, avec la cuve baptismale de Selincourt qui participe plus de la lourdeur des sculptures gallo-romaines ; avec le portail de Saint-Etienne de Corbie, plus correct mais plus recherché et plus récent, ce chapiteau donne une haute idée de la variété et de la valeur de la sculpture picarde vers le troisième quart du xuc siècle.
SOCIETE DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE
Croissy.
L'église de Croissy a été entièrement rebâtie depuis peu d'années, à l’exception du porche et du clocher à deux étages qui le surmonte (i). Ce reste de l'ancienne construction appartient à l’époque romane. C’est une tour carrée, large et massive, bâtie en pierre de taille du pays. Elle s’appliquait â la façade occidentale de l’église récemment démolie. Il y a cependant lieu de croire qu’elle n'a pas été bâtie pour occuper cette place, mais qu’elle s’élevait entre le chœur et la nef de l'église romane, comme â Aix-en-Issart ; â Notre-Dame de Boulogne, â Falvy et â Fresnes près Péronne. En effet, l'arcade du porche ressemble beaucoup plus â un arc triomphal qu’à un portail, et les deux contreforts peu saillants, très remaniés, qui cantonnent la face occidentale de la tour, peuvent très bien avoir été formés des arrachements d’anciens murs latéraux d’une nef sans voûte démolie depuis longtemps.
Le porche, ou plutôt le bas de la tour, s’ouvre à l’ouest par une grande arcade en tiers-point à double voussure, dépourvue de moulure d’archivolte, et dont les arêtes sont coupées par un simple biseau. Deux lourdes colonnes engagées portent cette arcade à laquelle une arcade semblable répond dans le mur oriental du clocher. Les murs sud et nord n’ont jamais été percés, ce qui prouve que si la tour était centrale l’église n’avait pas de transept. Cette partie inférieure du clocher avait une voûte d'arêtes portée sur des angles de pilastres. Les murs latéraux
sont ornés intérieurement d'un cordon reliant entre eux les tailloirs des quatre groupes de supports. Cordons et tailloirs ont pour profils deux cavets peu profonds surmontés d’un onglet et d’un bandeau.
Ce profil, usité au xie et au commencement du xiic siècle, rappelle notamment celui des tailloirs des chapiteaux du xic siècle, qui subsistent sous la tribune de 1 église de Saint-Leu d’Esserent, et ceux des piliers de la nef de Pargny près Péronne. Le caractère de la sculpture des trois chapiteaux qui subsistent, accuse aussi une date voisine de 1100 ; ils ont des dessins variés et d’un relief très faible. Le plus intéressant est celui du sudouest, orné aux angles et sur les milieux, de grosses tètes dont la bouche laisse échapper des pal mettes et une grossière encarpe analogue à celle qui décore l’un des chapiteaux du portail du Wast (fi g. 66). L'autre chapiteau occidental est une
Fig. 66. - Clocher de Croissy. — Chapiteau de l'étage inférieur.
(i) Au C étage (à mi-hauteur environ), ce clocher mesure dans œuvre, 3 m. ii de large au sud et au nord et 3 m. 50 à l’est et à l’ouest et les murs ont à la même hauteur o m. 84 de large.
Fig. 67. - Clocher de Croissy. — Chapiteaux des baies.
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imitation lourde, barbare et lointaine du type corinthien. Il rappelle les chapiteaux qui occupent la même place sous la tour d’Aix-en-Issart. Du côté de l'est, un seul chapiteau (fig. 68) subsiste, l'autre ayant été détruit dans un raccord fort étrange pratiqué par l'architecte de la nouvelle église entre sa construction et l’ancienne tour. Les angles de ce chapiteau sont garnis de larges feuilles pleines sans crochets, séparées par des groupes de trois folioles ; une suite de feuilles pleines recourbées orne le bas de sa corbeille.
Les bases sont toutes enterrées.
L’emploi de la voûte d’arêtes, le caractère de l’ornementation analogue à
celle de la nef de Berteaucourt, la timidité de la construction, l’épaisseur des joints peuvent faire attribuer cette base de clocher à une date voisine de 1 1 1 5 ou
Le premier étage de la tour est actuellement aveugle. II est voûté, comme dans l'ancien clocher de Notre-Dame de Boulogne.
L’étage du beffroi est, au contraire, largement ajouré : deux baies géminées ornent chacune des faces de la tour. Leurs doubles voussures retombent sur des colonnettes trapues. Une seule colonnette reçoit les deux bandeaux supérieurs sur le trumeau central. Le remplage de ces baies est porté sur une colonnette isolée (i).
Les chapiteaux (lig. 67) sont variés ; deux sont cubiques, trois godronnés, dix n'ont que de larges feuilles pleines très simples à pointe légèrement recourbée, cinq imitent à peu près le type corinthien à feuilles pleines, quatre autres ont des formes moins ordinaires ou plus compliquées d’ornementation végétale, les autres sont détruits ou refaits.
Les tailloirs ont pour profil un grand cavet, un onglet et un bandeau. Us sont reliés entre eux.
Les bases attiques sont bien tracées, surélevées et ornées de griffes trapues ; elles reposent sur un cordon extérieur d’un effet assez puissant, composé d'un tore, d’une petite moulure anguleuse et d'un bandeau. Chaque claveau des arcades des baies de l'ouest et du sud porte un petit crochet de peu de saillie. Une décoration semblable existe à Notre-Dame d’Airaines, et un motif analogue se voit au portail de Saint-Pierre de Roye.
A l’est, ces arcades ont une autre décoration : les claveaux sont alternativement ornés d’un biseau ou d’un tore : ils ont dit être taillés avant la pose ; par contre, certains détails ne s’exécutaient qu’après la pose : ainsi toutes les moulures d’archivoltes qui encadrent ces baies ont dû être d’abord ornées de pointes de diamant, dans lesquelles on a sculpté des fleurettes au sud et à l’ouest, tandis qu'à l'est on laissait subsister la simple pointe de diamant.
Les baies du côté nord ont été aveuglées lors de la reconstruction de l’église, et la tour a été coiffée d'un horrible étage supérieur en charpente couverte d'ardoise.
Fig. 68. — Clocher de Croissy.
Chapiteau de l'étage inférieur.
(1) Ces colonnettes ont o m. 60 de circonférence.
L'église détruite avait, paraît-il, une curieuse corniche à modillons sculptés.
Le bas de la tour de Croissy, analogue au clocher d’Aix-en-Issart, doit dater de même du premier quart du xue siècle, mais l'étage supérieur rappelle d’autre part la décoration de Notre-Dame d’Airaines, du portail de Saint-Pierre de Roye, et les clochers de Falvy et de Nouvion.-le-Vineux, monuments du deuxième quart ou du milieu du xuc siècle.
Crouy.
Un autre portail roman existait dans l'église de Crouy ; il avait été dessiné par M. Duthoit. Ce monument rare et intéressant a été détruit én 1888.
Domfront.
Le village de Domfront, qui n'est qu’à 5 kilomètres de Montdidier, fait actuellement partie du département de l'Oise, mais il appartenait au diocèse d’Amiens.
La plus ancienne mention qui se soit conservée de cette paroisse semble être dans une charte de 11 35 par laquelle Garin, évêque d’Amiens, confirme les possessions de l’abbaye de Saint-Martin-aux-Jumeaux d’Amiens, au nombre desquelles elle se trouve comprise (1).
Selon M. Graves (2) l’église appartient au xvie siècle et le clocher serait un des plus anciens monuments du canton de Maignelay. L’aspect archaïque de ce dernier, l'étroitesse de ses ouvertures, la simplicité rudimentaire de sa décoration, pourraient lui faire attribuer une antiquité assez reculée. On pourrait même ajouter
que ce clocher, qui occupe à l'angle sud de la nef et du chœur la même place
que ceux de Rhuis et de Morienval, monuments du xie siècle et de Pontpoint
(xue siècle) a la même ordonnance, mais se distingue de ces exemples par une
plus grande lourdeur, une ornementation plus sommaire et une très grande prédominance des pleins sur les vides. Il n’est cependant pas probable que le clocher de Domfront soit antérieur au commencement du xne siècle, sa simplicité et sa lourdeur proviendraient plutôt de la qualité du calcaire friable, de la situation hors du centre de l'école, du peu de ressources de la paroisse et du moindre talent des constructeurs.
Cette tour (fig. 69) est entièrement en pierre de taille, à joints assez gros; surtout dans la partie inférieure où l’appareil est plus petit et formé de calcaire plus dur appartenant peut-être à une construction un peu antérieure.
La tour a de 12 à i5 m. de haut sur 3 m. 95 de largeur maxima hors œuvre à la base. Elle a trois étages au-dessus du rez-de-chaussée.
Le rez-de-chaussée, bien qu'il semble n’avoir jamais eu de voûte, a des murs
(1) Gall. Christ ., t. X, inst. col. 302 et 313 et Darsy, Bèncf. de l’cgl. d'Amiens , t. I, p. 350, note 1.
(2) Précis statistique sur le canton de Maignelay , p. 37.
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épais de i m. 3o, et des contreforts larges et peu saillants renforcent les angles. La salle carrée qu'entourent ces murs n'a que i m. 12 de largeur. Elle a deux portes, avec l’une, extérieure, totalement dénaturée ; l’autre communiquant avec l'église d'où l’on tirait les cordes des cloches qui ont usé le cintre de cette porte.
Le premier étage n’a pas d'ouvertures ; son mur s’amincit par un retrait intérieur qui a pu porter un plancher, et par un retrait extérieur coupé en talus. Les contreforts ne s’élèvent que jusqu’à mi-hauteur de cet étage.
Le deuxième et le troisième étages n’ont de retrait qu'à l’intérieur; au dehors, ils sont délimités par deux cordons à double rang de bi Mettes. Ces étages supérieurs sont ajourés sur les quatre faces : le deuxième a des fenêtres géminées dont les cintres très petits, portés sur trois colonnettes assez épaisses, sont couronnés d'une moulure d’archivolte.
Fig 69. — Clocher de Domfront.
Au dernier étage, les deux baies ornées semblablement de colonnettes s’encadrent dans une ouverture unique à plein cintre que couronne une moulure d’archivolte à double rang de billettes. Le tympan est plein.
Les bases attiques sont surhaussées; les tailloirs ont un cavet très peu profond surmonté d'un onglet; les chapiteaux sont très simples : au dernier étage, ils n’ont qu’une feuille pleine grossièrement sculptée sur chaque angle; au-dessous, ils imitent
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sommairement le chapiteau corinthien : les feuilles de la corbeille sont remplacées par une sorte de damier ; quatre lourdes volutes forment les angles.
Les fûts des colonnettes des piédroits sont formés de quelques grandes pièces indépendantes de l’appareil de ces piédroits.
La corniche est une simple tablette chanfreinée qui peut n’être pas ancienne et avoir remplacé une corniche à modillons semblable à celle de Morienval, Rhuis et Pontpoint.
Le clocher est actuellement surmonté d’un comble pyramidal couvert d'ardoise. La flèche qu’il remplace aurait eu, au dire des habitants, 12 pieds de plus. Une telle flèche devait appartenir à la période gothique, mais il est presque certain que la flèche primitive était une simple pyramide basse en pierre analogue à celle des exemples précités.
L’exiguité des cintres des fenêtres rappelle le clocher de Blangy-sous-Poix.
Le profil des tailloirs semble indiquer que ce clocher n'est, pas extrêmement ancien : ce profil rappelle non les simples biseaux de Buleux et de Mareuil, mais plutôt les tailloirs du déambulatoire de Morienval et du portail du Wast, qui sont des édifices de 1100 à 1110 environ. Les cordons de billettes rappellent à la lois ceux du clocher sud et du déambulatoire de Morienval ; de la façade et du chevet de la collégiale de Nesle.
Dommartin.
L'abbaye de Saint-Josse-au-Bois avait embrassé la règle de Prémontré en 1 1 2 5 , cinq ans après la fondation de l’ordre, dont elle devint l'une des plus illustres maisons. En 1127, elle fondait l'abbaye de Saint-Jean près Amiens; en 1 1 3 1 , celle de Selincourt ; en 1 1 35 , Saint-André-au-Bois ; en 1 1 37, Séry, pour ne mentionner que celles de ses filles qui appartiennent au diocèse d'Amiens. Enfin, en 11 53, elle se transporta elle-même dans le domaine de Dommartin et y jeta les fondations d’une église qui fut consacrée juste dix ans après, le 9 avril ii63. Elle était dédiée à Notre-Dame et à Saint-Josse, mais garda le nom de. l’ancienne église de Saint-Martin qu’elle remplaçait (1).
L'histoire de cette célèbre abbaye n'est plus à faire, et cela est fort heureux, car nul autre ne l’aurait traitée avec la science d’érudit et le talent d’écrivain qui distinguent le baron de Galonné (2), mais à côté de sa remarquable étude historique, il reste place pour l'essai archéologique que je vais tenter.
Dans l’histoire, il suffit de relever les faits qui intéressent la construction.
En 1 5oq, on éleva un clocher en charpente. En i5o5, la foudre incendia l’église ; un nouvel incendie y fut allumé le 7 juin 1 5 68 par les Huguenots qui avaient pillé et saccagé l’abbaye. L’édifice réparé à la suite de ce désastre attendit une nouvelle consécration jusqu’au ier mai 1604. En 1637, la garnison espagnole de Rue le brûla pour la troisième fois. Le 47e abbé, Jean Durlin, fit exécuter
(1) Voir les documents relatifs à la fondation dans le Gallia Christiana, t. X.
(2) Baron A de Calonne, Hist. des abbayes de Dommartin et Saint-Andrè-au Bois, 1875, grand in-8°.