EGLISE DE DOMMARTIN
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d’importantes restaurations, notamment la reconstruction de la chapelle de Saint Thomas Becket, dont les premières pierres furent posées le 12 février 1686.
En 1700, un nouvel incendie détruisit le quartier abbatial; on le reconstruisit alors en même temps qu’on allongeait de deux travées la nef de l’église à laquelle on ajoutait une tour. Cette tour fut élevée en 1718. L’abbé Oblin songeait à
rebâtir l’église entière quand la Révolution vint mettre obstacle à ce projet, mais le magnifique édifice ne fut sauvé que pour quelques jours : vendue en octobre
1791, mise à sac en octobre 1792 par la populace des environs jointe à la garde nationale de Tortefontaine, l’abbaye fut dès lors livrée à l'incurie, puis à une démolition lente qui s’est poursuivie jusqu’à ces dernières années.
Les fondations et quelques pans de mur de l'église et des bâtiments abbatiaux subsistent encore. Les murs d’enceinte sont conservés avec deux portes d'entrée
de style gothique et des dépendances de date récente dans lesquelles ont été
remis en œuvre des chapiteaux et colonnes du xu° siècle. D'autres débris de
diverses dates ont été dispersés.
Un plan d’ensemble dressé par M. C. Normand est annexé au livre de M. de Galonné. Ce dessin est malheureusement d’une grande inexactitude pour toutes les portions ruinées de l’abbaye.
L’église est la seule partie intéressante des ruines. Celles-ci ne renferment
aucun débris antérieur à la seconde moitié du xue siècle. Selon les historiens
de l’abbaye (1), le bâtiment dont on a fait au xviuc siècle un pigeonnier serait
cependant un reste de château antérieur à la donation de ii53, mais il est aisé de voir que le rez-de-chaussée, qui est la seule portion ancienne de cette construction, n’est pas antérieur au xmc siècle et n'était qu’une porte d’entrée de l'abbaye.
Au xvme siècle, on croyait retrouver les ruines de l’ancienne église Saint- Martin dans un bâtiment à arcades situé vis-à-vis du portail de l'église. Cela n’empêcha pas qu’on le rasât pour faire place à une charbonnerie, bien que le terrain ne manquât pas aux alentours (2). Les colonnes employées dans l’écurie, bâtie à l’époque de cette destruction, et deux chapiteaux que j’ai vus encore près de la charbonnerie pourraient venir de cet ancien bâtiment. Dans ce cas, il aurait appartenu à la même date que l’église.
La description qu’on va lire et les dessins qui l'accompagnent ont été faits d’après l'état du monument en 1887, avec l'aide de divers débris dispersés (3) et de deux anciennes vues, l’une de la fin du xvT (fig. 70) (4), l’autre du xvm° siècle (5).
1. 'église de Dommartin était un des plus beaux et des plus grands édifices de transition du monde entier ((5). Elle était bâtie en craie blanche du pays,
(1) Mémoires manuscrits rédigés après la Révolution par l’abbé Levrin, curé de Tortefontaine, ancien moine de Dommartin. Collection de feu M. Foconnier, ancien propriétaire de l’abbaye. — Calonne, ouvr. cite.
(2) Mém. ms. de l’abbé Levrin.
(3) Transportés chez MM. de Lhommel à Sorrus, et Gourdain, entrepreneur à Montrcuil-sur-Mer ; à l’église de Tortefontaine ; à l’abbaye de Valloires et dans la collection de l’auteur.
(4) Collection de M. Herchin, ancien propriétaire des ruines.
(5) Collection de feu M. Oscar Vallée, à Hesdin.
(6) Cette église mesurait 82 m. de longueur totale dans œuvre sur l’axe du plan, et 89 m. dans sa plus grande longueur hors œuvre ; 48 m. 40 de largeur hors œuvre d’un bout à l'autre du transept, large de 8 m. 50 sans ses chapelles et de 14 m. 25 chapelles comprises ; le tout dans œuvre. Le bas-côté nord avait 4 m. 10, le bas-côté sud 4 m. 25 de large ; la nef 10 m. 30 ; la nef et les collatéraux réunis 20 m. 20 dans œuvre et 26 m. 05 hors œuvre, contreforts compris.
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taillée et appareillée avec le plus grand soin. Pour les fondations et les soubassements on avait extrait des collines de la forêt de Crécy des blocs de tuf très dur ; pour les piliers, les moulures et les sculptures, on avait été chercher des pierres de choix et de grandes dimensions dans les carrières de Croissy ou de Bonneleau, d'où la cathédrale d’Amiens devait sortir un siècle plus tard.
Fig. 70. — Dommavtin d'après un plan terrier de 1592 (ancienne collection Foconnier à Dommartin).
La nef et les bas-côtés, originairement longs de cinq travées, avaient reçu en 1718 deux travées supplémentaires. La dernière, à l'ouest, était hors d’équerre, car la façade nouvelle n'était pas perpendiculaire à l'axe de l'église. Cette travée formait un narthex flanqué de deux réduits inégaux et surmonté d’une tour.
Le transept, très saillant, avait à chaque bras trois travées, dont une correspondait aux bas-côtés et au déambulatoire, et les autres à deux chapelles carrées analogues à celles de l’église Saint-Martin de Laon, autre monument de l'ordre de Prémontré. Le chœur et le déambulatoire comprenaient deux travées droites avec chapelles de même plan, et un rond-point de cinq travées avec autant d’absidioles empâtées dans une maçonnerie dessinant à l’extérieur un vaste demicercle. Les massifs de maçonnerie qui séparent ces absidioles sont encore renforcés par des contreforts dont les faces terminales décrivent un demi-cercle concentrique à celui du parement sur lequel ils font saillie. D’autres contreforts existent entre chaque travée ou chapelle du transept, et entre les travées des bas-côtés. Ces derniers ont subi une refaçon.
L’église était entièrement voûtée d’ogives; leur profil était, comme dans beaucoup
. — Eglise de Domraartin. —
Fig. 71
Plan restitué.
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d’édifices de la même date (i), un tore aminci entre deux boudins plus petits (fi g. 72 n° 3). Les croisées d’ogives avaient des clefs circulaires dont une s’est retrouvée dans les décombres (fi g. 73). Elle était ornée d'une étoile ou rosace de faible relief. Les deux branches d’ogives qui portaient la voûte des absidioles avaient un
profil de la fin du xiue ou du xive siècle (2), mais leurs supports appartenaient au style du reste de l’église. Il est probable que les voûtes romanes des chapelles étaient mal construites. Elles pouvaient être portées sur deux branches d’ogives venant buter sur la clef de l’arc doubleau des chapelles, comme l’abside de l'église de Quesmy près Guiscard qui appartient au même style que Dommartin.
Comme dans presque toutes les autres églises construites dans la région au xu° siècle, les doubleaux et les grandes arcades devaient être en tiers point, et le triforium en plein cintre comme les fenêtres.
Plusieurs de celles-ci sont conservées dans les chapelles, et le tableau du xviue siècle montre celles de la nef. lflles étaient toutes extrêmement simples, de grandes dimensions, ébrasées au dedans et au dehors, et bordées de deux gros boudins sertissant le vitrail et le pinçant entre eux. L’archivolte se compose d'un autre boudin dont les arrêts horizontaux sont reliés entre eux et forment un cordon qui contourne les contreforts.
La disposition du triforium ne saurait être restituée : peut-être était-il formé de simples
petites baies en plein cintre sans nul ornement, comme dans l’église de Nouvion-le-Vineux tout-àfait de même style et de même date que Dommartin. Peut-être comme dans l’église de Piliers, qui lui est antérieure, ou dans celles de Gamaches, de Notre-Dame de Laon et de Notre-Dame de Noyon qui sont plus récentes, le triforium se composait-il au contraire d’une grande baie en plein cintre encadrant deux arcs plus petits et de même
Fig. 72. — Eglise de Dommartin.
Profils de base, tailloir et ogive.
Fig. 73. — Eglise de Dommartin. — de voûte trouvée dans la nef.
Clef
(1) Dans la région qui nous occupe, la cathédrale de Noyon, les églises de Guarbecques en Artois, Belloy-en-Santerre, Monchy-Lagache, Ham (crypte) ont ce profil d’ogives. 11 existe également dans les premiers édifices gothiques de diverses régions : en Bourgogne à Pontigny, en Italie à Casamari, en Suède à Warnhem, etc.
(2) Cette partie de l’église subit alors une restauration : un tracé qui semble dater du xmc siècle
également a été fait à la pointe sur le mur d’une des chapelles, ce pouvait être la décoration d’un tombeau, d’une châsse ou de quelque autre objet mobilier ou accessoire. Ce dessin rappelle celui que Villard de Honnecourt intitule le Mai\on d’une Ierloge (horloge). Album , fol. 6, v°.
tracé retombant sur des colonnettes. On pourrait, dans ce cas, attribuer au triforium de petites bases jumelles ornées de griffes que des fouilles ont fait récemment découvrir. Elles peuvent provenir aussi d'un cloître ou d'une baie de clocher.
Les supports du chœur étaient six grosses colonnes surmontées d’admirables chapiteaux octogones ornés de feuilles d’acanthe ou d’artichaut formant des bouquets et des rinceaux de combinaisons riches et variées, refouillés profondément dans la pierre dure (fig. 74, 7a, 76, 77, 78 et 79). L’épannelage forme une corbeille circulaire concave surmontée d'un dé octogone. Ces chapiteaux rappellent beaucoup ceux du déambulatoire de Saint-Remi de Reims et ceux de la cathédrale de Senlis, du chœur de Saint-Germain-des-Prés, de Nouvion-le-Vineux près Laon, et d’autres monuments datant de 1 1 60 environ, mais ils sont supérieurs à tous ces exemples par la beauté de la composition et de l’exécution qui ne sauraient être surpassées. Les tailloirs étaient ornés d'un tore, d’un cavet et d’un onglet sous un bandeau (llg. 3, n° 2), profil très répandu dans toutes les constructions de la fin du xuc siècle (cathédrale de Noyon, église de Quesmy, etc.)
Les bases attiques (fig. 72 n° 1 et 74), légèrement déprimées, ont un tore inférieur aplati que des griffes très simples et d’une admirable pureté de dessin rattachent aux angles du socle. Celui-ci s'élève sur un stylobate couronné d’une baguette. Ces tailloirs et ces bases sont les mêmes pour toutes les colonnes de l'église. Deux des colonnes, probablement celles de la première travée, étaient d’une section plus forte.
Les doubleaux du déambulatoire et du transept retombaient sur des colonnes engagées à chapiteaux carrés formés de larges feuilles d’arum à pointes inférieures et supérieures enroulées en volutes remontantes (fig. 80 et 81). Dans les triangles que décrivent les bords de ces grandes feuilles et le tailloir, sont sculptés de délicats écoinçons de feuillages variés. Ces chapiteaux ont une très grande originalité et ne sont pas de moindre mérite que les précédents. Un autre moyen chapiteau, provenant du déambulatoire ou du transept est de forme octogone ; il participe des deux types précédents. Les feuillages de ces chapiteaux étaient dorés et se détachaient sur des fonds rouges. Les joints des murs du déambulatoire étaient peints en rouge également.
Les branches d’ogives qui portaient les voûtes des chapelles retombaient sur de petites colonnes très courtes et sans base portées en encorbellement sur une console rectangulaire (fig. 82, nos 1, 2, 3 et 4). Les chapiteaux étaient un diminutif de ceux du déambulatoire. Les supports appliqués aux murs des bas-côtés étaient également en encorbellement.
Les piliers de la nef étaient formés d’un faisceau de colonnes juxtaposées sans l’intermédiaire d’aucun angle droit : deux grosses colonnes de o m. 80 de diamètre couronnées de chapiteaux octogones portaient les grandes arcades, et deux faisceaux de trois colonnettes recevaient les doubleaux et ogives de la nef et du bas-côté (fig. 83). Ces colonnettes étaient normales aux arcs qu elles soutenaient ; leurs chapiteaux étaient carrés et leurs fûts amincis en amande comme ceux de certaines colonnes de Saint-Etienne de Beauvais, Saint-Maclou de Pontoise, Catenoy, Chelles (1), Airaines, le Gard, en Normandie dans la chapelle Saint-Julien du
(1) Sur ces églises, voir E. Lefèvre-Pontalis. Monographie de Saint-Maclou de Pontoise, 1889, in-40, et Woillez, Monuments du Beauvoisis pendant la métamorphose romane.
Fig. 74. — Eglise de Dommartin. — Chapiteau et base d'une colonne du chœur.
Fi 3, 76. — Eglise de Dommartin. — Chapiteau du choeur.
Fig. 77. — Eglise de Dommartin. — Détail provenant des ruines de l’église.
17ig. 78. — Eglise de Dommartin. — Chapiteaux du chœur.
Petit-Quevilly, à la tour Saint-Romain de la cathédrale de Rouen, à la chapelle du château de Dover (i), en Italie à la cathédrale de Sezze, et dans les pays Scandinaves à Etelhem (Ile de Gotland) et dans les cathédrales de Throndjem (Norwège) et Ripen (Jutland).
Les chapiteaux de ces divers supports sont tous formés de larges feuilles pleines dont les pointes s’enroulent en remontant sous les angles du tailloir ; ceux des grandes arcades semblent avoir été tous semblables, on remarque de légères variantes dans les groupes des autres.
Fig. 79. — Débris de chapiteaux (Collection de l’auteur).
Un support intermédiaire, pilier ou colonne, dont les fondations seules subsistent, partageait en deux travées le carré du transept, afin de réduire la portée de ses grandes arcades au nord et au sud. Il n’existait pas d’autres supports au centre des bras du transept. Si l’on suppose que ceux-ci aient pu être construits ou prévus plus courts à l’origine, le plan primitif aurait offert la même disposition que 1 église de Saint-Jean-au-Bois près Compiègne, ou la cathédrale de Senlis avec laquelle elle a plus d’un point de ressemblance. La disposition qui s’observe à Dommartin existe d’autre part encore à l’église d'Athies, ancien prieuré de Cluny, qui est de même date et de même région et possède comme Dommartin quatre chapelles carrées au transept. Enfin, d’après le plan qu’en a donné A. du Cerceau dans ses plus excellents bastiments de France, l'église de Saint-Evremond dans le château de Creil avait â un bras du transept cette même disposition. Ces deux exemples sont de la fin du xuc siècle ; le premier antérieur, le second postérieur â Dommartin.
Le déambulatoire n’était relié au transept que par deux portes étroites. L’état des ruines ne permet pas de discerner si cette disposition provient ou non d’un remaniement. Il se pourrait que la première travée du déambulatoire de chaque côté ait supporté une tour, comme â Morienval, Saint-Germain-des-Prés, Notre- Dame de Châlons, Saint-Martin de Laon et autres édifices de la période et de la
( 1 ) Je dois l’indication des exemples normands à l’obligeance de mon savant confrère le docteur Coutan.
Fig. 8o. — Eglise de Dommartin. — Chapiteaux du déambulatoire.
région qui nous occupent, ce qui justifierait le remplissage partiel de ces travées. Quoi qu’il en soit, ce remplissage fut épaissi au xvû siècle ; la première chapelle du déambulatoire du côté nord fut alors transformée en un Saint-Sépulcre, peuplé de personnages grandeur nature; la chapelle d’en face fut remplie d’une maçonnerie et d’un escalier en vis accédant à un clocher peut-être plus ancien comme je le supposais, ou peut-être contemporain de ce remaniement.
Fig. 8i. — Eglise de Dommartin. — Chapiteaux du déambulatoire.
Un décrochement qui existe entre le mur extérieur du déambulatoire et celui qui sépare ses premières chapelles "de celles du transept, la divergence d’axe entre les murs de refend des deux premières chapelles de déambulatoire et les piliers des travées qui y correspondent, permettent de supposer qu’un premier remaniement aurait eu lieu sur ce point peu après la construction.
Le tableau du xviiû siècle montre la nef pourvue d’arcs-boutants (fig. 84). Il semble bien que les voûtes eussent difficilement pu se maintenir sans ces étais, mais si le peintre en a reproduit la forme avec exactitude, on doit vraisemblablement supposer qu'ils avaient été refaits au xme siècle au plus tôt. Les arcs-boutants qu'il a figurés sont en effet couverts de chaperons à double rampant, et les trois faces extérieures de leurs culées sont couronnées de frontons (1). C’est presque à coup sûr par omission que le tableau ne figure pas de contreforts à la nef; il devait y en avoir dès l’origine. Ceux qui existent encore en partie ont été refaits en brique à une date récente.
Les voûtes du chœur étaient butées soit par d’autres arcs-boutants, soit par des pans de murs triangulaires tels que ceux du chœur de l’abbaye cistercienne de
a) Néanmoins, les contreforts romans du déambulatoire de Morienval sont amortis en frontons.
Fig. 82. — Eglise de Domraartin. 1. 2. 1. Chapiteaux et Colonnette, provenant des chapelles ; 5. Chapiteau de la
nef ; 6. Fragment trouvé dans le cloître ; 7. Chapiteau réemployé dans l'écurie ; S' André au Bois 8. 9. Chapiteaux réemployés dans les souterrains.
Heisterbach (Prusse Rhénane) dont le chœur offre exactement le même plan, mais dont le style est moins avancé (2). Le chœur de Dommartin avait donc plutôt des arcs-boutants, et ce n'est que pour asseoir leur culée que des contreforts avaient été construits en prolongement des murs de séparation des chapelles, déjà plus
que suffisants à eux seuls pour résister à la poussée des doubleaux du déambulatoire.
Le reste de l’abbaye de Dommartin semble avoir été exécuté dans le même style, du moins a-t-on conservé deux petites colonnes à fûts monolithes réemployées dans l’écurie du xviue siècle (fig. 82 n° 7) et les chapiteaux de deux colonnes semblables. Ces supports sont d’une grande élégance ; leurs tailloirs, leurs chapiteaux octogones à larges feuilles et leurs bases cantonnées de griffes sont en tous points semblables aux motifs de l’église. Ces colonnes peuvent venir de la salle capitulaire.
Deux colonnes semblables, mais dont les chapiteaux sont un peu plus ornés, ont été réemployées aussi au xviue siècle dans les souterrains de Saint-André-au-Bois (fig. 82 nos 8 et 9).
Un groupe de chapiteaux en tous points semblables à ceux de la nef de Dommartin se voit à Selincourt, près de l'emplacement de l’abbaye; il sert aujourd'hui de pied à un calvaire. La cuve baptismale de Selincourt a été décrite plus haut, elle date également de 1160 environ et les figures qui s'y trouvent sculptées sont d’un style et d’une exécution remarquables.
L'église de Saint-Jean d’Amiens est aujourd'hui rasée comme les précédentes.
Dans le Boulonnais, les abbayes des Prémontrés n’eurent pas un meilleur sort qu’en Picardie ; il subsiste toutefois de celle de Beaulieu, près Marquise, une chapelle carrée dans laquelle on voit un groupe de pilastres de la fin du x 1 1 0 siècle couronnés de chapiteaux à larges feuilles, les unes plissées en palmettes, les autres à pointe relevée en volute, et une voûte d’ogives un peu plus récente portée sur de courtes colonnettes en encorbellement. Ces motifs et le profil des tailloirs de pilastres rappellent Dommartin. 11 en est de même d’un
Fig. 8
p. — Eglise de Dommartin.
Pilier de la nef.
I2) J’ai figuré à une petite échelle le plan de Heisterbach en regard de celui de Dommartin. Il est emprunté à Forster, L’Architecture en Allemagne (trad. W. et A. de Sackau ; Paris, Morel, 1860, in-pj.
chapiteau octogone à larges feuilles qui sert de base aux fonts baptismaux de l'église de Licques, autre fois grande abbaye de Prémontrés (i).
Enfin, la bibliothèque de Boulogne-sur-Mer possède une magnifique bible de la fin du xnc siècle exécutée à Saint - André - aux- Bois. Les ornements des majuscules y rappellent, par leurs motifs autant que par la beauté du dessin, les chapiteaux du chœur de Dommartin.
Fig. 84. — L'église de Dommartin d’après un tableau du xvme siècle (ancienne collection Vallée à Hesdin).
Les Prémontrés eurent donc vers 1160 dans la région Picarde une école artistique d'une valeur tout-à-fait exceptionnelle et d’une originalité incontestable.
Où leurs artistes s'inspiraient-ils ? Probablement ils étaient français ; la beauté de leur style, l'état avancé de leur art le prouve suffisamment, mais l’on sait que l’ordre de Prémontré se développa surtout en Allemagne, et il semble que l’architecte de Dommartin ait étudié les monuments des bords du Rhin.
(1) Il est figuré ci-dessus, page 46.
Le plan du chœur avec son déambulatoire pourvu d’une ceinture d'absidioles empâtées dans la maçonnerie comme d’énormes niches est tout-à-fait exceptionnel, surtout en France.
Cette disposition a pour avantage d’éviter des complications de. tracé et des angles rentrants qui auraient conservé une humidité préjudiciable à la pierre qui est très gélive, et enfin de simplifier la construction des charpentes. Dans un but
analogue, on a parfois bandé des trompes ou des arcs entre des chapelles de
déambulatoires, pour les couvrir d’un toit unique, comme à Montmajour, à l'église d’Airvaut (Deux-Sèvres), à Saint-Etienne de Caën, à la cathédrale de Bayeux, à Saint-François de Bologne, etc.
Le parti adopté à Dommartin dérive d'une tradition antique. Les Romains aimaient à pratiquer des niches dans l’épaisseur des murs de leurs nombreuses rotondes.
Les architectes chrétiens tireront parti de cette disposition pour l'abside de certaines basiliques, notamment de Tunisie : à Henchirel-Baroud, Sbeïtla, Haïdra, Le Kef. La grande église du Kef a une abside à cinq niches demi-circulaires
séparées par des colonnes adossées ; les autres ont aussi des niches à l’est du
transept.
Cette tradition romaine a persisté comme beaucoup d'autres en Provence, en Lombardie et sur les bords du Rhin à l’époque romane. Saint-Guilhem-du-Désert a une abside pourvue de trois vastes niches en forme d’absidioles ; celle de Saint- Quinin de Vaison présente une disposition analogue ; Saint-Marc de Venise offre une abside du même plan et cinq niches dans chacune des chapelles latérales du chœur, qui sont carrées au dehors. Le mur de l’abside de Sainte-Sophie de Padoue, qui date de 1100 à ii3o, est intérieurement évidé de dix-sept niches. Saint-Fidèle et Saint-Abbondio de Côme, Santa-Maria del Tiglio près Gravedona, Saint-Pierre de Civate offrent des dispositions semblables. Dans ces monuments, des plates-bandes renforcent à l’extérieur les massifs de maçonnerie qui séparent les niches.
Dans l'école germanique, cette disposition est plus fréquente encore : Saint- Paul de Worms, les cathédrales de Limbourg et de Spire, Saint-Martin-le-Grand, Saint-Géréon, l'église des Saints-Apôtres, Saint-Georges et Saint-Cunibert à Cologne, l'étage inférieur de l'église de Schwarzrheindorf, les abbatiales d’Andernach et de Hcisterbach présentent des absidioles noyées dans des murs circulaires.
C’est surtout l'église cistercienne de Hcisterbach qui présente une similitude frappante de plan avec Dommartin. Ses dimensions sont les mêmes; quatre chapelles carrées s’ouvrent sur le transept, et l’abside est entourée d'un déambulatoire avec ceinture continue d’absidioles noyées dans la maçonnerie. Des contreforts extérieurs ne répondent pas toutefois aux divisions de ces chapelles comme à Andernach, dans la rotonde de Saint-Géréon de Cologne et à Dommartin.
Les églises de Hcisterbach et d’Andernach sont plus romanes que celle de Dommartin, il serait donc naturel d’en voir une imitation perfectionnée dans l’abbatiale picarde. Malheureusement, la confrontation des dates ne le permet pas. L'abbatiale actuelle d’Andernach, selon Boisserée, aurait été rebâtie après la guerre qui eut lieu de 1198 â 1206 entre Philippe de Hohenstaufen et Othon de Brunswick; quant à celle de Hcisterbach, commencée en 1202 par l’abbé Geward, elle fut
livrée au culte en 1227 et attendit jusqu’en 1233 sa consécration solennelle. D'autre part, la rotonde de Saint-Géréon de Cologne date du xme siècle, et Saint-Cunibert n'a été dédié qu'en 1248. Or la consécration de Dommartin date de 1 1 63 . En admettant même que l'église ne fût pas achevée alors, le plan du chœur devait être au moins arrêté.
L'église de Dommartin ne semble cependant pas, d'autre part, être le modèle de ces églises germaniques dont le style est moins avancé. Il serait presque aussi difficile d'admettre qu'elle ait un rapport direct avec le chœur de la cathédrale espagnole d’Avila, qui a le même plan et date des dernières années du xuc siècle. Aucune similitude de style ne frappe dans ces deux monuments.
Il est donc plus simple de supposer que les uns et les autres dérivent d’un type commun, et l’on peut presque affirmer que ce type est germanique : le chœur et les extrémités arrondies du transept de l’église des Saints-Apôtres à Cologne datent, en effet, de 1020 à io35 et ont échappé à l’incendie de 1098 ou 1099 ; ces absides n’ont pas de déambulatoire, mais possèdent des niches ou absidioles empâtées dont les séparations sont indiquées au dehors par des plates-bandes.
Une disposition plus rare encore de l'église de Dommartin consiste dans les supports intermédiaires qui séparaient la croisée des bras du transept.
Peut-être cette disposition résultait-elle d'un repentir : les bras du transept seraient des additions. En ce cas, ils auraient été ajoutés au cours même de la construction, car aucune différence de style n'y apparaît. Cette hypothèse est peu vraisemblable.
Peut-être les supports ne sont-ils là que pour recevoir les retombées du doubleau d'une voûte dite sexpartite qui aurait couvert le carré du transept,? Cette disposition eût été tant soit peu arbitraire.
Ils avaient plus probablement pour fonction, comme à Athies, de porter un mur de remplage assurant la solidité de la croisée, et rentrant dans un ensemble de précautions destinées à assurer la solidité du carré du transept de concert avec les pilastres ajoutés au premier pilier du déambulatoire et à l’angle du transept et des bas-côtés. Ces précautions devaient être prises en vue de l’érection d’un clocher central.
Cette sorte de remplage appartient aussi à Part germanique : il s’en trouve aux deux transepts de l’église de Hildesheim, ainsi que dans les arcades de la net de Saint-Willibrod d’Epternach et au transept de l’église cistercienne de Dargun, dont le plan général a quelque rapport avec celui de Dommartin (1).
Quant aux chapelles carrées du transept et des deux premières travées du déambulatoire, elles sont une imitation flagrante des dispositions adoptées par les Cisterciens, (2) que les Prémontrés, comme les Franciscains et les Dominicains, aimaient à copier. D11 reste, les chapelles du déambulatoire, comme celles de Heisterbach et de la cathédrale d’Avila ne sont qu'une modification du plan de Glairvaux.
(1) Voir Dohme Die Kir cli en des cistercienserordens in Deulschland-Wahrcnd des Mittclaltcrs, Leipzig, Seemann, 1869, in-8°, p. J49.
(2) Ces chapelles carrées appartiennent à l’architecture de la Bourgogne, que les Cisterciens avaient adoptée et exportée un peu partout. Les moines de Cluny exportèrent parfois aussi des modes de Bourgogne, et en Picardie en p articulier c’est à eux qu’on doit les chapelles carrées du transept d’Athies.
Les piscines très particulières qui se voient dans les chapelles de Dommartin sont identiques à celles de l'abbatiale cistercienne du Breuil-Benoist près Dreux. Elles se composent d'un grand arc en plein cintre dont les impostes reposent sur la tablette de la piscine, et dont le seul ornement consiste en un petit chanfrein. La ^cuvette de l’évier, par une curieuse subtilité, est hémisphérique dans les absidioles et a dans les chapelles carrées le tracé d'une pyramide à quatre faces.
La forme octogone des chapiteaux de Dommartin est une autre particularité assez rare au xuc siècle et qui se retrouvait dans les abbayes des Prémontrés au Paraclet, à Saint-André-au-Bois et à Licques. Elle se rencontre aussi à Saint- Remy-de-Reims.
Les chapiteaux carrés du déambulatoire appartiennent à un type également rare. Un petit chapiteau de la cathédrale de Séez, de cent ans environ plus récent, présente la même ordonnance originale. En Picardie, quelques chapiteaux de Forest-l’Abbaye, Hombleux et Dreslincourt se rapprochent plus ou moins du même type.
Eieffes.
L'église de Fieffes se compose d'une nef du xuc siècle restaurée au xive et au xvie, d'un bras nord de transept du xuc siècle surmonté d'une tour dont le haut date du xive, de bas-côtés du xvic, et d'une chapelle dite de la commanderie
substituée en au bras sud du transept (i).
J. a façade occidentale (lig. 85) était divisée en trois parties par des contreforts. Les parties latérales correspondant aux bas-côtés étaient percées comme à Airaines d'un œil de bœuf à arête extérieure abattue. Dans la partie centrale s’ouvre un portail en plein cintre surmonté d’une fenêtre en tiers point, avec archivolte ornée de fleurettes à quatre feuilles aiguës; sur une partie de cette archivolte cet ornement est remplacé par des pointes de diamant qui en sont l’épannelage. La baie est garnie d'un beau remplage du xiv° siècle à deux formes et cinq colonnettes.
Le portail, abrité par un auvent qui peut dater du xvue siècle, est encadré d'un massif saillant de maçonnerie à couronnement horizontal en talus. La porte, large de i m. sur 2 m. 62, est amortie en arc surbaissé. Deux voussures en
plein cintre s'étagent au-dessus et retombent sur quatre colonnettes à bague
centrale.
L'arc, les tailloirs et les voussures, ont pour profil un tore, un cavet et un onglet (fig. 86). Dans la voussure supérieure, en partie saillante et formant archivolte, le tore est entaillé d’un canal. Les chapiteaux ont de larges feuilles à crochets. Deux baies étroites en tiers point sont juxtaposées au sommet du pignon et datent sans doute du xive siècle. La nef n’est pas voûtée. Elle a quatre travées avec fenêtres en plein cintre de 1 m. y5 sur o m. 60 simplement ébrasées au-dedans, et dont l’extérieur est caché par des combles du xvû siècle où l'on ne peut accéder. Les
(1) Longueur maxima : 34 m. 65 hors œuvre- et 30 m. 30 dans œuvre; hauteur de la façade: 18 m. ; largeur : 17 111, 10 ; largeur de la nef : 7 m. 14 ; hauteur des grandes arcades : 3 m- 22i hauteur de la tour : 23 m. 85 ; largeur nord: 4 m. 21, est, 6 mètres; hauteur des murs de la nef: 9 in. 85; hauteur des murs du chœur : 7 m. 90.
grandes arcades sont en tiers point à double biseau, le plus large creusé d’un canal au centre. Ce profil a dû être retouché au xive siècle.
Fig. 85. — Fieffes. — Façade de l’Eglise.
Les piliers, de plan rectangulaire simple, sont couronnés de tailloirs moulurés d'une baguette, d’un cavet et d'un onglet. Pour base, ils ont des bancs de grès élevés de 32 centimètres au-dessus du sol actuel remblayé jusqu’au biseau qui orne le siège. Pareille disposition se voit dans l'église de Saint-Vaast de Longmont près Verberie. Le carré du transept est délimité par des arcades en tiers point qui, sauf l'arc triomphal, sont moulurées comme les grandes arcades.
Le bas du clocher, qui forme le bras nord du transept, a une voûte d'ogives du xtvc siècle soutenue sur quatre culots de la fin du xuc tels qu’on en voit dans les réduits contigus à l’escalier du vestiaire de Notre- Dame de Saint-Omer. Ils sont de forme hémisphérique, garnis de feuilles à lourds crochets, à la façon des chapiteaux. L’astragale est suivie d'un petit encorbellement. Des arcs de décharge en tiers point se voient au
Fig. 86. — Eglise de Fieffes.
Voussures du portail au niveau des impostes.
Fig. St. — Église de Fieffe:
bas de cette tour dont toute la partie supérieure est du xivc siècle; il faut attribuer à la même date le chœur rectangulaire assez élégant qui mesure 5 m. 06 de long sur 3 m. 80 de large et peut être élevé sur des fondations anciennes. Le chœur comme la nef, aurait en ce cas ressemblé à l’église de Beaufort-en- Santerre. La nef de Fieffes peut être attribuée à une date rapprochée de 1170
(fis- 87) (0-
Forest-l’ Abbaye.
La chapelle de Forest-l’Abbaye dépendait de la paroisse (fig. 88) de Nouvion.
Il ne subsiste plus de ce petit monument, que le chœur qui se rattache à une nef dépourvue de tout intérêt. Cette église, située à la lisière de la forêt de Crécy,
Fig. 88. — Eglise de Forest-l’Abbaye. — Vue du chœur.
assez près de Dommartin, a du être élevée aussitôt après la construction de cette abbaye et sous son influence.
L’appareil bien taillé est de la pierre calcaire du pays. Le plan du chœur (tig. 89) est une abside de 4 m. 3o de large dans œuvre, précédée d’une travée de même largeur, sur 4 m. 28 de long. Le rond-point et la travée droite sont également
(1) Le mobilier contient des vitraux du xvie siècle et de belles statues de bois du début du même siècle figurant la Vierge et saint Pierre en pape.
voûtés sur croisée d’ogives.
Ces ogives ont 33 centimètres de largeur et sont de
profils différents : dans la première travée, elles sont ornées de deux tores séparés par un canal (fig. 90 n° 3) ; dans l’abside, elles se composent d’un tore de i5 centimètres de diamètre relié par des cavets à deux tores de 8 centimètres (fig. 90 n° 2). Les larges doubleaux des deux travées ont leurs angles ornés également de deux tores surmontés d’un cavet, mais ces tores sont amincis en amande et séparés par un bandeau et non par une gorge (fig. 90 n° 1). Les supports dans l'abside devaient être des colonnes adossées qui ont été détruites. Entre les travées, les supports sont des groupes de trois colonnes minces répondant aux arcs ogives et aux doubleaux. Ces dernières ont un profil en amande comme dans le chœur de Saint-Martindes-Champs. La section du groupe de colonnes donne donc un tore aminci entre deux boudins, ce qui est le profil des ogives de Dommartin, Quesmy, Belloy-en-Santerre, Monchy-l’Agache, Guarbecques et des voûtes anciennes de Bury et de Cambronne.
Les fûts des colonnes sont grêles ; les chapiteaux sont évasés et plutôt courts, dans les proportions de ceux de Dommartin (fig. 91). Ils sont normaux aux arcs.
Fig. 89.
Église de Forest-1’ Abbaye. — Plan du Chœur.
Fig. 90. — Église de Forest-l’Abbaye. — Profils : i. des doubleaux ; 2. des ogives de l’abside ; 3. des ogives du chœur.
Le profil des tailloirs ornés d'un cavet et quelques-uns aussi d'un tore, la sculpture fort originale des chapiteaux décorés de larges feuilles pleines en forme de conques et de palmettes d’acanthe, rappellent aussi Dommartin. Quant aux bases elles sont enterrées et doivent l’être à une certaine profondeur si l’on en juge par l’aspect écrasé du monument.
Les fenêtres, au nombre de trois dans l’abside et de deux dans la travée rectangulaire, sont assez larges et tracées en plein cintre. Au-dedans, elles ont un simple et grand ébrasement ; au dehors, elles ont un encadrement à double ressaut ; le ressaut extérieur chanfreiné forme sur l’appui des retours ou congés en manière
de pyramide barlongue tronquée. Ces encadrements semblent avoir été retaillés à la Renaissance.
La disposition des faisceaux de colonnes qui séparent le chœur de la nef, indique que primitivement ce chœur était précédé d’une autre travée également voûtée. Il est probable que la nef ancienne était entièrement composée de travées de ce genre.
Les murs sont épais de 1 mètre ; les contreforts ont une faible saillie et trois ressauts talutés.
Fig. 91. — ■ Eglise do^Forest-l' Abbaye. — Chapiteaux du chœur.
Le tracé circulaire de ce chœur est celui qui était encore usité dans la région au xiuc siècle, à Maintenay et à Saint-Sauve de Montreuil; et dans cette dernière église la chapelle de la Vierge avait une abside voûtée sur croisée d’ogives comme celle de Forest-l’Abbaye, mais celle-ci est manifestement fort antérieure ; d'autre part, sa parenté avec l'abbatiale de Dommartin consacrée en 1 1 63 est bien évidente, et le monument doit en être une imitation presque contemporaine. 11 ressemble également au chœur de Saint-Martin-des-Champs et à l’église do Noël-Saint-Martin. On peut donc lui assigner avec certitude une date comprise entre 1160 et 1175.
Fransart.
L'église de Fransart conserve une nef du xu° siècle; les bas-côtés, la façade et le chœur ont été rebâtis.
Cette net a trois travées de 3 m. o5 de large séparées par des piliers rectangulaires très bas de o m. 72 d’épaisseur sur o m. 74 de face, ayant pour tout ornement deux épaisses tablettes biseautées, l’une servant de base et l’autre d’imposte. Les grandes arcades sont simples, en tiers point et mesurent 1 m. 5o de flèche.
Cette architecture, identique à celle de l’église de Villers-lès-Roye, appartient à la seconde moitié du xne siècle.
L’église de Fransart possède des fonts baptismaux de la même date, composés d’un frit octogone à base attique munie de griffes et d’une coupe également octogone de profil hémisphérique.
Le Gard.
L'abbaye du Gard, située dans le canton de Picquigny sur les bords de la Somme, appartenait à l’ordre de Citeaux, et avait été fondée en 1 1 37 par Girard, vicomte d’Amiens (1).
Il ne subsiste plus rien des constructions primitives de cette abbaye à l’exception de deux souvenirs qui sont une base de colonne demeurée sur place et un croquis des ruines de l’église fait par AI. Duthoit père, et appartenant aujourd'hui à AI. Ansart qui a bien voulu me le communiquer.
Ce croquis montre un reste de muraille droite, ayant probablement appartenu à un bas-côté ; on y voit le bas d'une suite de fenêtres à ébrasement simple, qui semblent trop larges pour n’avoir pas été refaites après le xne siècle. Enlre chacune de ces fenêtres, on voit le bas d’une colonne engagée qui portait la retombée des voûtes. C'est à l'une d'elles qu’appartenait la base encore aujourd’hui conservée. Cette base attique a le profil de celles de Dommartin, et, comme plusieurs d’entre elles, un tracé aminci formé de deux arcs de cercles. Les griffes ne sont pas semblables à celles de Dommartin, mais formées de feuilles trilobées.
I. Le style et la date des deux édifices paraissent toutefois avoir été les mêmes, et la construction de l’église du Gard devait être postérieure de e5 à 3o ans à la fondation de l’abbaye, ce qui serait conforme à ce qui s'est produit dans la plupart des abbayes, construites d’abord d’une façon provisoire, puis amassant des fonds et des matériaux pour une construction définitive dans un site mûrement choisi.
Groffliers.
Avant la guerre de Cent-Ans, le bourg maritime de Groffliers jouissait comme la commune voisine de Waben d'une notoriété et d'une prospérité considérables. Les deux localités ont également souffert des invasions ennemies et de l'envahissement des sables. Leurs églises, qui se ressemblaient, sont dans le même état de ruine.
La façade de l’église de Groffliers date de i3oo environ ; les colonnes de la nef, différentes au nord et au sud, peuvent être attribuées à la lin du xive siècle, mais les huit arcades en plein cintre qu’elles soutiennent, pourraient être plus anciennes. Des arêtes abattues terminées par des congés constituent toute leur
(1) Voir Gallia Cliristiana t. X, dioc. ambian. et Jonglinus (Gaspar) Notifia • abbatiannn ordinis cistcrcicnsisum per universum orbem. Cologne, Johann Henning, 1640, in-40.
ornementation. Les colonnes grosses et trapues, construites en appareil, pourraient n’avoir été que retaillées au xive siècle. Leurs chapiteaux octogones et leurs bases rattachées par des griffes à des socles carrés sont bien de cette date, mais une griffe du côté sud parait cependant appartenir au xue siècle. Quoi qu’il en soit, les gros piliers carrés qui portaient les arcades et la tour de la croisée, semblent appartenir au xu° siècle. Ils sont bas, massifs et couronnés de simples tailloirs chanfreinés. L'édifice n'était pas voûté. Il semble que l'église de Groffliers, faubourg de l’ancienne ville de Waben, ail été imitée de celle de cette ville.
Hangest-en-Santerre.
La belle église d'Hangest-en-Santerre mériterait une monographie complète. C’est un très grand édifice dont le chœur appartient au xmc siècle (i), la nef au xve et la tour (semblable en plus grand à celle de Davenescourt) à un style flamboyant attardé. Les fonts baptismaux de la Renaissance, portés sur un pied et sur quatre cariatides, sont des plus remarquables de la région. L’église du xne siècle qui a
fait place à la construction actuelle ne devait guère être moins belle si l’on en juge par le seul vestige qu’elle ait laissé, la portion inférieure de la façade occidentale. Ces restes consistent en un portail flanqué de deux contreforts auxquels répondent à l’intérieur des piliers adossés.
Ces piliers se composent d’un pilastre cantonné de colonnettes et portant sur sa face antérieure une colonne
Le portail est en plein cintre à trois voussures (ltg 92), ornées de baguettes, de cavets et d’onglets et reposant sur des colonnettes à fûts composés de deux pièces indépendantes qu’une bague relie aux piédroits. Les tailloirs ont le même profil que les voussures ; les bases attiques sont légèrement déprimées ; les bagues ont le même profil avec répétition de la scotie et de la baguette sous le tore principal. Les chapiteaux sont tous ornés de belles feuilles d’acanthe ou d’artichaut qui s’épanouissent et se recourbent en se détachant de la corbeille. Un de ces chapiteaux porte une tête en relief qui sort bizarrement de l'astragale. Une archivolte ornée de fleurettes à quatre feuilles aigues couronne les voussures et forme des retours horizontaux. La sculpture et les profils sont en tout semblables aux motifs de décoration de Dommartin, Saint-Jean d'Amiens, Fieffes et Saint-Etienne de Gorbie ; on peut donc attribuer le fragment qui fait l’objet de cette notice à une date voisine de 1160 ou 1170.
Fig. 92. — Eglise d’Hangesten-Santerre. — Voussure du portail.
(1) Ce chœur à pans coupés a certainement été remanié : la corniche qui le surmonte appartienne au xni° siècle.
le mur du fond n’a pas de fenêtre, bien que
Hangest-sur-Somme.
L’église d' Hangest-sur-Somme appartient au xvie et au xvme siècles à l'exception du clocher (fig. 93), qui s élève à l’angle nord-ouest de l'édifice, sur la première
Fig. 93. — Clocher d’ Hangest-sur-Somme.
travée d'un bas-côté. A la fin du xue siècle, date de ses plus anciennes parties, le clocher occupait la même place par rapport à l’église. Il n'a, en etfet, que deux
petites portes, l’une extérieure, au nord ; l’autre, à l'est, le reliant au collatéral.
Ce clocher forme un carré de 4 ni. sur 4 m. 10 dans œuvre ; sa hauteur est de 20 m. Les assises inférieures sont en grès, le reste en craie taillée. Particularité surprenante : l’extérieur jusqu’à l’étage du beffroi, appartient au style flamboyant et les assises concordent avec celles de l'église du xvic siècle ; la tourelle
d’escalier, octogone au dehors, circulaire à l’intérieur, accolée à l’angle nord-ouest, les contreforts qui cantonnent les autres angles (1), deux des côtés de la corniche et les gargouilles qui en occupent les angles appartiennent également au début du xvi° siècle ; la flèche d’ardoise à crête horizontale est du même siècle. Seul, le lanternon à quatre larges fenêtres cintrées et la corniche des côtés est et ouest avec sa gorge garnie d’une ligne de grosses bi Mettes, appartiennent au dernier quart du xue siècle. Encore la moitié des chapiteaux à crochets qui reçoivent la retombée des deux voussures des baies ont-ils été retaillés au xivc ou au xve siècle en bouquets de feuillages d’un style bien postérieur aux autres chapiteaux, aux tores et aux canaux des voussures et aux archivoltes en larmier bombé qui encadrent les fenêtres (fig. 94 et g5).
Le singulier mélange de styles qui apparaît à première vue dans cette tour, cesse de surprendre lorsqu’on en examine l'intérieur : en effet, les deux petites portes en plein cintre sont semblables à celle du clocher de Blangy-sous-Poix, et une archère fortement ébrasée au-dedans, qui s’ouvre au nord de la partie basse du clocher, a un linteau porté d’une façon originale sur deux superpositions de trois corbeaux biseautés. Or quatre baies absolument identiques ajourent le clocher roman de Wockerinckhove, dans le diocèse de Térouanne, dont l’architecture indique nettement le xue siècle.
Le clocher d’Hangest-sur-Somme appartient donc du haut en bas à ce siècle et ses parties ornées témoignent que le lanternon n’est pas antérieur à 1 ï 70 ; la partie basse de la tour a été seulement reparementée en entier au début du xvi° siècle, avec une grande habileté. Le noyau et le parement intérieur
Fig. 94. — Eglise d’Hangestsur-Somme. — Voussures des baies du clocher.
Fig. 95. — Eglise d’Hangestsur-Somme. — Tailloirs des baies du clocher.
s’étant trouvés bons, le l’architecte du xvi° siècle totale.
haut du clocher ne demandant a fait judicieusement l’économie
qu'une restauration, d’une reconstruction
(1) Ceux de l’est sont en encorbellement. Pareille erreur de construction existe dans d’autres clochers du xvic siècle, à Saint-Michel près Saint-Pol-sur-Ternoise et à Houdain, près Béthune.
Lucheux.
Le bourg de Lucheux, résidence des comtes de Saint-Pol, est une enclave de l'Artois dans la Picardie. Il appartenait au diocèse d’Arras (i) mais il fait aujourd’hui partie du nouveau diocèse d’Amiens et du département de la Somme. Les archéologues du Pas-de-Calais formant une commission départementale et ceux d'Amiens ayant choisi la Picardie pour limite de leurs études, Lucheux reste abandonné des uns et des autres. Les archives de Lucheux manquent à celles de la Somme et ne se retrouvent pas dans celles du Pas-de-Calais. Celles du château étaient conservées par le duc de Luynes, propriétaire des ruines, qui les prêta ; elles ont disparu et leur perte est loin d’ètre compensée par la notice qu'en a tirée M. Dusevel (i).
L’église de Lucheux était à la fois une paroisse et tin prieuré. Des chanoines installés dans une dépendance du château la desservaient en même temps que la chapelle seigneuriale.
L’histoire de cette église est actuellement fort obscure. Bâtie probablement e.itre ii3o et ii5o, elle dut avoir grandement â souffrir des Anglais qui ravagèrent Lucheux et brûlèrent son château durant les guerres du xve siècle. Au xvie elle fut restaurée.
Le plan primitif comprenait une nef de cinq travées avec bas-côtés, un
transept et un chœur simples, ce dernier voûté d’ogives et composé de deux travées et d’une abside â cinq pans précédée d’un très léger rétrécissement. Le clocher devait originairement s'élever sur le carré du transept.
Les deux premiers pans de l’abside sont presque parallèles entre eux.
Le carré du transept a une voiite du xvic siècle remplaçant peut-être une voiite antérieure. Les bras du transept ont été rebâtis au xvic ou au xvne siècle.
Les bas-côtés ont été refaits et élargis au xvic siècle. A la même époque, on a
réuni les deux dernières travées de la nef en une seule.
La façade occidentale a perdu tout caractère depuis une restauration faite en 1706 (2). L’édifice est construit en craie taillée par assises de 20 centimètres de haut environ, que séparent des joints épais.
Le chœur, élevé de trois marches au-dessus du transept, mesure de 8 m. â
9 m. 5o de haut, car ses voûtes bombées s'abaissent vers les murs d’une part et de l'autre vers le fond du sanctuaire. Les fenêtres en plein cintre, simplement ébrasées, ont un appui intérieur formé de quatre assises en escalier. Comme â Saint-Wlmer de Boulogne, la fenêtre du fond est sensiblement plus grande. Entre ces fenêtres, des colonnes adossées de 23 c. de diamètre, reçoivent la retombée des ogives dont le profil est torique.
La voûte du sanctuaire est soutenue sur six branches d'ogives, sur de petites liernes en forme de baguettes, et sur des arcs formerets très aigus.
Comme â Saint-Germer et dans l’ancienne église de Saint-Bertin de Saint-Omer,
(1) H. Dusevel. Lettres sur le département de la Somme. Amiens, 1840, in-8°.
(2) Date donnée par Le Cartier, dit le Père Ignace, religieux capucin du xvu® siècle, dans ses notices sur le diocèse d’Arras (Ms. Bibl. Arras, t. VIII, pp. 178-179).
EGLISE DE LUCHEUX
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On
Fig. 97. — Eglise de Lucheux. — Chapiteaux et branches d’ogives du chœur.
les ogives sont ornées de motifs de sculpture consistant principalement en rosaces, mais assez variés puisque les 710 claveaux de ces branches d’ogives offrent 7 3 types d’ornements divers (fig. 97). La clef est décorée d’une rosace d'acanthe dont chaque feuille s’étend sur une des branches d’ogives (fig. 98). Les sommiers, monolithes de 70 centimètres de haut, sont, comme à Cambronne, ornés de figures en haut
relief. Elles représentent deux quadrupèdes, un lion, un loup, animal jadis fréquent dans la forêt de Lucheux et deux hommes ; l’un dont le torse à demi couvert d’écailles, se rattache au train de derrière d’un animal, pourrait figurer Nabuchodonosor, l’autre a le visage tourné vers le dos.
Les deux premières travées du chœur sont séparées du sanctuaire par un arc doubleau en tiers point de 60 centimètres de large à arêtes abattues. Leurs voûtes n’ont pas de formerets. Les ogives, dont la section est de 28 centimètres, n’ont pas de sculptures ; il en est de même du doubleau torique de 3o centimètres qui sépare les travées. La croisée d’ogives la plus proche du sanctuaire a deux bernes reliant sa ciel à celles des doubleaux.
La lunette des voûtes des deux travées offre la forme insolite d’un arc aigu trilobé. Ce tracé existe également dans le chœur de la cathédrale de Sens et
Fig. 98. — Eglise de Lucheux.
— Clef de voûte du chœur.
dans celle de Lincoln. A Lucheux comme à Sens, il provient d’un remaniement ; en effet, les voûtes qui nous occupent ont été construites tellement bombées et avec de si gros joints que leurs quartiers ont dû s’écrouler aussitôt après le décintrage à l’exception des tas de charge qui sont solidaires du mur. On les a conservés mais on a reconstruit le reste suivant un autre tracé, en substituant aux lunettes en plein cintre des lunettes aigries et beaucoup plus hautes. Les colonnes de ces deux travées ont 3o centimètres de diamètre.
Les huit colonnes du chœur et du sanctuaire ont des abaques à profil de base attique renversée, et des chapiteaux à figures symbolisant les vices (fig. 99). En voici la description, en commençant par le sud-ouest.
Le premier chapiteau figure l’avarice sous la forme d’un homme debout, les mains sur les genoux, un sac pendu au cou, accosté d’un serpent qui lui siffle à l’oreille gauche et d’un pourceau debout qui semble lui parler à la droite. Cette représentation est fréquente au xnc siècle, on la voit aux portails de Saint-Sernin de Toulouse, de l'église du Mas d’Agenais, sur un chapiteau de l’arc triomphal de la cathédrale de Coire, etc.
Le second chapiteau représente l’ivrognerie par un satyre et une bacchante tenant des coupes et entre lesquels s’élève une vigne. Cette représentation est une grossière imitation de figures antiques. Les personnages sont trapus et difformes; le satyre est vêtu d’un petit jupon.
Le chapiteau suivant représente deux hommes obèses, accroupis dos à dos, les mains sur les genoux. Il pourrait représenter la paresse.
Le quatrième chapiteau, qui est le premier du sanctuaire et que surmonte l'homme à la tète à l'envers, est orné d’un bizarre animal à corps d'oiseau, queue de
Fig. 99. — Eglise de Lucheux. — Chapiteaux du chœur.
serpent, pieds de porc et tête quasi humaine. Il se lèche le cou à la manière des chats tandis qu'un serpent va le mordre au talon. Serait-ce une figure de 1 envie ?
Le deuxième chapiteau du chœur, surmonté de la figure qui pourrait être Nabuchodonosor, représente un ange à figure barbue (1) dont la robe courte laisse voir
(1) Un personnage barbu avec des ailes dans le dos se voit aussi à l’extérieur du porche de 1 église de Honnecourt, mais il v fait partie du groupe des quatre zoomorphes.
des griffes d’animal. Ce doit être un ange déchu. Ce chapiteau peut symboliser l’orgueil et l impiété.
Le chapiteau suivant porte une énorme tête barbue dont deux hommes tirent les moustaches. Ce peut être la tête de Goliath. Une représentation analogue existe à Nesle. Le sommier est orné d’un lion rugissant. Ce chapiteau symbolise peutêtre la colère.
Celui qui venait ensuite, et que surmonte un loup ou un chien montrant les dents au lion, a été détruit peut-être à dessein. Il figurait vraisemblablement la luxure. On lui a substitué récemment une figure de la colère.
Deux dragons ailés adossés se lèchent la poitrine sur le chapiteau suivant dont l’interprétation, s’il est symbolique, est trop problématique pour être proposée.
Vient ensuite un chapiteau décoré d'un cœur que deux oiseaux dévorent. Cela peut signifier soit l’envie, soit le chagrin (tristitia) donné par les Pères de l'Eglise comme un péché capital.
Selon monseigneur Crosnier, le meilleur des auteurs qui ont étudié les questions ardues du symbolisme (i), la liste des péchés capitaux n’était pas encore arrêtée au xuc siècle ; on ne leur attribuait pas le nombre sept ; on les classifiait plutôt, selon la division adoptée par saint Jean et saint Augustin, en trois concupiscences : celle de la chair, comprenant la luxure, la gourmandise et la paresse ; celle des yeux, comprenant l’avarice et l’orgueil ; enfin celle de l'orgueil de la vie, comprenant l’envie et la colère. Or, il semble qu'il y ait eu à Lucheux neuf chapiteaux symboliques. Il y en avait sans doute deux consacrés à chacune des trois concupiscences. Quoi qu’il en soit, l’avarice et l’ivrognerie sont les deux seuls sujets indiscutablement reconnaissables dans cette curieuse série.
Fig. ioo. — Eglise de Lucheux. — Chapiteau de la nef.
Les cinq travées de la nef ont des arcades en plein cintre, simples et sans moulure, portées sur des piliers cylindriques (i) et trapus que couronnent des chapiteaux dont les faces sont ornées de petits godrons et les angles occupés par quatre feuilles à trois lobes lancéolés (fig. ioo). Tous ces chapiteaux sont semblables ; leur
(i) Iconographie chrétienne, Tours, Marne 1876 in-8°, chapitre xxxiv.
(1) C’est à tort que Le Carlier, affirme que ces piliers étaient carrés (Ms. cité, t. VIII, pp. 178-179’).
tailloir mince, probablement retaillé, a pour moulure un talon ; les bases appartiennent au type dorique.
Un cordon, en forme de base attique renversée, règne entre les arcades et les fenêtres. Celles-ci ont été percées au-dessus des piliers suivant un usage répandu au xii° siècle dans tout le nord de la France. A l'extérieur, ces fenêtres sont aujourd'hui marquées par le toit unique élevé au xvie siècle sur la nef et les bas-
Fig. ioi. — Eglise de Lucheux. ■ — Extérieur du chœur.
côtés (i). Elles sont ornées au dehors d’un angle abattu et d'archivoltes en coin émoussé à bandeau inférieur chargé de fleurettes à quatre feuilles aigues. Ces archivoltes forment des retours horizontaux reliés entre eux. Aucune plate bande ne sépare les fenêtres.
L’abside (fig. ioi) a au contraire des contreforts très plats sur lesquels reposent
(i) Selon Le Carlier (ms. cité), ce toit et le clocher de charpente qui surmonte le transept étaient couverts en essaules.
de grands arcs en plein cintre encadrant les fenêtres. Cette combinaison les soulage en reportant le poids des combles sur les contreforts qui, ainsi chargés, résistent
Fig. 102. — Eglise de Lucheux. — Chapiteaux du carré du transept.
mieux à la poussée des voûtes. Le déambulatoire de Morienval, a des fenêtres encadrées de voussures présentant le même profil en quart de rond.
Les archivoltes des fenêtres du chœur sont toriques.
Un cordon à biseau (fig. io3), sculpté de riches pal mettes, contournait le bas des contreforts à hauteur de l’œil des passants.
La partie droite du chœur conserve au nord les traces d’une corniche à arcatures et modillons. L’abside a également un reste de corniche formée d’une tablette à biseau richement sculpté de demi rosaces alternées et d’un large modillon figurant un homme accosté de deux monstres qu’il maintient (fig. io3). Cette dernière composition, comme le chapiteau du chœur qui figure une scène bachique, semble inspiré d’un modèle antique.
Fig. 103. — Eglise de Lucheux, — ■ Corniche. — Cordon placé à l’extérieur.
L’église de Lucheux semble un peu postérieure au chœur de Morienval. Elle le rappelle à la fois par ses arcs de décharge, par le profil de ses ogives et par un groupe de chapiteaux figurant, l’un un aigle, l’autre des godrons ornés et évidés du haut, mais elle a moins de lourdeur (fig. 102). Les ogives sculptées y sont identiques à celles de l’église romane de Saint-Bertin de Saint-Omer, terminée vers 1 109, mais qui paraît avoir subi une restauration après un incendie survenu en 1 1 5 2 (1). Les sommiers ornés de figures rappellent ceux de 1 église de Cambronne (Oise) qui semblent appartenir au deuxième quart du xuc siècle. C’est aussi à cette époque qu’apparaissent les fleurettes et les palmettes qui décorent ses cordons extérieurs, et la cuve baptismale de Wierre- Effroy, œuvre de la même époque, conservée au musée de Boulogne-sur-Mer, a un rebord orné du même motif que la tablette de la corniche du chœur. Les voûtes de Saint-Germer, qui sont ornées d’ogives sculptées comme celles de Lucheux sont attribuées par M. Eug. Lefèvre-Pontalis au second quart du xu° siècle (2).
Enfin, dans une région toute proche, l’église Notre-Dame d’Airaines, qui offre
(1) Voir Laplane, Hist. de S. Bertin et Gallia Christiana, t. X.
(2) E. Lefèvre-Pontalis. Elude sur la date de Tèglisc de Saint-Germer . Bibl. de VEc. des Chartes iS8p.
les mêmes voûtes à ogives et à liernes et des motifs de sculpture analogues a été rebâtie peu après 11 17. C'est donc entre 1120 et ii5o qu’a dû être élevée la curieuse église de Lucheux, qu’il est regrettable de ne pas voir classée parmi nos monuments historiques.
Maisnières.
L’église de Maisnières (1) est construite en silex et en calcaire oolithique taillé. Le chœur a été rebâti ; la nef est simple, construite en silex disposés en épi comme dans l’église voisine de Bilieux, et ciivisée en quatre travées par des contreforts en pierre oolithique de 18 centimètres de saillie. Elle mesure
4 m. 52 de large sur 20 m. 37 de long dans œuvre et n’a jamais eu de voûte.
Les fenêtres ont toutes été refaites au xviû siècle. Elles sont percées à 1 m. 98
du sol et n’ont que 1 m. 27 sur 60 centimètres. Les anciennes étaient vraisemblablement plus petites encore. La façade occidentale est percée d’une fenêtre en plein cintre et d’un portail en tiers point de 3 m. 20 de haut, â deux voussures, le tout en grandes pièces de calcaire oolithique. La voussure inférieure du portail est simple ; la supérieure est biseautée et brisée au-dessus des impostes qu’elle rejoint en ligne verticale. Les impostes sont ornées d’un large biseau sculpté de feuillages traités en méplat et dont le dessin indique une date voisine de 1200. Les piédroits ont pour base un simple socle biseauté.
Le style de cette église est le même que celui de l’église de Bilieux : les
murs peuvent dater de même des environs de l’an 1100, tandis que le portail, de cent ans plus récent, est contemporain des grandes arcades et des piliers de Buleux. L’église de Maisnières possède des fonts baptismaux de i3oo environ (2).
Mareuil.
L'église de Mareuil (3) actuellement paroisse de la commune de Mareuil- Caubert, a été l’objet de deux articles dans la revue intitulée La Picardie (4). M. I muandre nous apprend (5), probablement d’après Monstrelet, qu'elle fut détruite par les Anglais en 1 340 . Malgré ces ravages, la nef, la façade et un fragment du chœur de l’église romane sont encore debout.
Cette église (fig. io5) mesurait dans œuvre 35 â 36 mètres de long ; la nef avait 5 m. 46 de large et 9 mètres de haut. Les piliers mesurent 1 m. 5i sur 2 m.; les grandes arcades ont 4 m. 90 de haut.
Le sanctuaire a toujours été orienté vers le nord ; rien ne parait justifier cette anomalie.
L’édifice est construit en craie taillée.
(1) Archidiaconé de Ponthieu.
(2) Voir Enlart. Etude sur quelques fonts baptismaux du Nord de la France. (.9 Archidiaconé de Ponthieu ; doyenné d’Abbeville.
(4) 2° série, tome VI, p. 789 ; t. XVIII, p. 342, sous la signature E. D.
(5) Histoire d' Abbeville.
Le chœur a été rebâti au xvc siècle, à l'exception d’une première travée qui en est séparée par un pilastre à tailloir du xuc siècle, et que couvre une
voûte en berceau probablement peu ancienne ; cette travée n’a pas d’ouvertures latérales et semble destinée à porter une tour centrale. Contre le pilastre du côté de l’épître subsiste un chapiteau de l’ancien chœur du xic siècle (fi g. 104). Il est d’un galbe convexe, décoré de légers rinceaux en creux qui se rattachent à une tête de faible relief formant l'angle.
Le carré du transept, fort remanié, a été pris aux dépens de la nef dont il formait une première travée. Les arcades de celle-ci étaient plus basses que celles du reste de la nef.
La nef avait cinq travées à arcades et fenêtres en plein cintre. Une sixième et dernière travée occidentale avec fenêtre mais sans arcade sert de contrefort aux arcs de la travée voisine. Dans cette travée extrême, les glacis intérieurs de l’appui des fenêtres sont remplacés par des assises en escalier. C'est là très probablement la disposition primitive, telle qu’elle a existé encore à Villers-Saint-Paul près Creil et dans d'autres églises romanes Poitiers. Les appuis des autres fenêtres durent orsque la première travée fut occupée par l’échafaudage qui porte le clocher de charpente établi alors au dessus la façade. Les fenêtres sont simplement ébrasées. Elles mesurent 2 m. 70 de haut sur o m. 55 de large.