DIOCESE DE BOULOGNE
Aix-en-Issart.
L’église d’Aix-en-Issart appartenait à l'abbaye de Sainte-Austreberthe de Montreuil, mais faisait partie du diocèse de Boulogne (archidiaconé de France) et du doyenné d'Hesdin. La première mention que l'on connaisse de cette église remonte à 1042 (1).
La seule publication qui mentionne l'église d'Aix la donne comme construction datant de 1741 et dépourvue de tout intérêt. Cette date, inscrite sur le clocher, est celle d'une restauration ; l’église appartient à trois époques. Elle est bâtie en craie taillée sur soubassement de silex et de grès. Le chœur rectangulaire voûté d'ogives est d'un mauvais style gothique qui semble indiquer le xvuc, peut-être le xvme siècle. La nef (2) simple est dépourvue de contreforts; ses murs appartiennent à l'époque romane, mais les restaurations n’ont laissé subsister de ses formes architectoniques primitives qu’un cordon prismatique à trois faces qui se voit encore sur la façade.
La tour carrée qui s'élève entre le chœur et la nef appartient également au style roman, abstraction faite de la flèche d’ardoise qui date du xvme siècle. C'est la seule partie intéressante de l’église. La tour comprend actuellement quatre étages anciens élevés sur un rez-de-chaussée voûté. Les deux arcades en tiers point et la voûte d’ogives de cette partie inférieure sont des refaçons récentes. Les arcades ont été élargies et la voûte d’ogives a probablement remplacé une voûte d’arêtes, dont trois supports subsistent. Ce sont de grosses et lourdes colonnes engagées dans les angles de la tour. Leurs anciennes bases n’existent plus, mais les chapiteaux (fig. i3o) sont en assez on état : ils n’ont aucun galbe; de lourdes volutes ornent leurs angles et ressemblent à celles des chapiteaux de Saint-Wlmer et de Notre-Dame de Boulogne. Deux des corbeilles sont ornées d'un double rang de feuilles pleines imitant le chapiteau corinthien ; la troisième est décorée de rinceaux entrelacés et d’une tête d’animal fantastique sculptés en méplat. Ce chapiteau, qui a une physionomie bien particulière, donne la date de la construction, car il s'en trouve un absolument semblable dans la crypte de Notre-Dame de Boulogne, monument de 1 104, et il semblerait difficile que ces deux sculptures
(1) Voir ki notice historique de M. le baron de Calonne dans le Dictionnaire historique et archéologique du Pas-de-Calais.
(2) Largeur: 9 m. 51 ; longueur: 16 m. 05.
(3) Largeur hors œuvre : 6 m. 20 au nord et au sud ; 6 m. 55 à l’est et à l’ouest.
ne soient pas 1 oeuvre d un même artiste. Le troisième chapiteau a un tailloir qui semble refait ou retouché. Les autres abaques ont un large biseau couvert de dessins géométriques exécutés en méplat. Deux fenêtres en plein cintre larges de 65 centimètres sur i m. 3o de haut s’ouvrent dans les parois latérales du bas de la tour. A 1 intérieur elles ont un ébrasement dont l’angle est décoré d’un tore ; au dehors, leur cintre est simulé dans un linteau.
Fig. 130. — Eglise d’Aix-en-Issart. — Chapiteaux du bas de la tour.
Le premier étage est ajouré sur les mêmes faces par deux fenêtres à cintre également simulé, non ébrasées et ne mesurant que 3o centimètres sur 1 m. 20 de haut. Elles sont closes par des lames de pierre qui font corps avec le parement extérieur, et dont deux sont échancrées de façon à produire au centre de la baie un petit œil de 20 centimètres de diamètre. A cet œil près, les baies ne sont guère que des niches.
On pourrait voir là non des ouvertures romanes mais des meurtrières du xvi° siècle pour bouches à feu. Cependant, la très faible épaisseur de la dalle de craie, et l’étroitesse de la fenêtre quelle aveugle paraissent peu s'accorder avec cet usage ; l’appareil, d’autre part, n’indique pas de reprise et la comparaison du petit œil avec ceux qui s’ouvrent dans les tympans des baies du clocher de Guarbecques achève de montrer que l’ouverture est bien romane. Les petits oculi de Guarbecques sont de même pratiqués dans de minces dalles de craie aveuglant des enfoncements carrés. Des contreforts extrêmement peu saillants cantonnent la tour jusqu’au-dessus du premier étage. Au même niveau, les murs s’amincissent par un retrait extérieur coupé en talus.
Le deuxième étage a sur chaque face une fenêtre en plein cintre de 2 m. 20 de haut sur 1 m. 40 de large. C’était probablement le dernier étage du clocher primitif, mais avant la fin du xir siècle ces grandes baies furent aveuglées, et deux autres étages furent ajoutés sur un second retrait extérieur de la maçonnerie. Le troisième étage a des fenêtres de 1 m. 53 sur o m. 70; celle du quatrième
et dernier étage sont au contraire les plus grandes : elles mesurent 2 m. 80 sur 1 m. 70, et sont couronnées d'une archivolte prismatique à trois faces. La corniche est une simple tablette biseautée. La hauteur totale de la tour est de 19 m. 5o sans la flèche.
Alette.
Le village d’Alette, qui était frontière entre le Boulonnais et l'Artois, a fait partie du diocèse de Boulogne. L'église appartenait à Sainte-Austreberthe de Montreuil. Le nom d' Alette est connu au xuc siècle par Hugues de Aleste, cinquième abbé de Dommartin (1176-1179) et par une mention du cartulaire de Saint-Josse (1196) (1).
L’église, qui n'a jamais été signalée, mérite cependant une mention.
Ce monument est construit en craie taillée sur soubassement de cailloux de silex. La nef romane, défigurée par diverses restaurations, était simple et sans contreforts. Le seul motif d’architecture primitive qu'elle conserve est une baie en plein cintre ornée d'impostes et d'une archivolte biseautées et ouverte au-dessus du portail occidental. Le chœur était voûté et appartenait à la fin de l’époque gothique. 11 vient d'être rebâti. Le clocher s'élève entre le chœur et la nef. Il est carré à la base et devient octogone au-dessus de la crête du toit. Il mesure 17 m. 35 de haut sur 8 m. 10 de large et appartient à l'architecture de la fin du xue siècle.
Il a cependant été l'objet d'une importante reprise en sous-œuvre à la fin de la période gothique : le côté occidental de la tour pourrait avoir été complètement rebâti. Quoi qu'il en soit, les arcades en tiers point sur lesquelles elle repose ont été alors reprises, comme en témoignent leurs moulures, et la voûte bandée entre ces arcades a été reconstruite. La partie inférieure de la tour conservait de ses dispositions primitives deux fenêtres latérales très étroites qui ont été récemment remplacées par de vastes baies sans rapport avec le style du reste du clocher, et qui achèvent d'en compromettre la solidité.
Au premier étage, la tour communique par une porte en plein cintre avec les combles du chœur, et le passage du carré à l’octogone se fait par des trompes demi-coniques surmontées au dehors de toits à deux rampants sous lesquels règne un cordon chanfreiné.
Le troisième et dernier étage était ajouré aux quatre points cardinaux par des fenêtres en tiers point subdivisées en deux petites baies de même tracé. Les trois arcs sont moulurés de tores amincis et de gorges profondes et retombent sur des colonnettes dont les chapiteaux à larges feuilles pleines avec tailloirs en larmier à talus bombé et les bases attiques vigoureuses indiquent les dernières années du xue siècle. Sous les appuis court un cordon en larmier, et les baies sont encadrées d'archivoltes toriques reliées entre elles. Les quatre pans coupés étaient ajourés beaucoup plus haut d'un oculus également serti d'une moulure torique et mesurant 70 centimètres de diamètre (2). La moulure qui encadre leur extrados est tangente aux
(1) Voir le Dictionnaire Historique et YHist. de Dommartin du baron A. de Calonne, déjà cités.
(2 ) Quatre œils do bœuf sont percés de même de deux en deux faces d’une tour centrale octogone dans l’église lombarde de Sh-André de Verceil bâtie de 1219 à 1224 par les chanoines de S*. -Victor de Paris.
modillons de la corniche. Ceux-ci affectent des formes variées et originales et la tablette qu’ils portent est simplement chanfreinée. Comme le bas de la tour elle parait plus archaïque que les fenêtres. La réunion de ces caractères peut assigner à la tour une date voisine de 1170.
Une flèche de charpente du xvic siècle remarquablement construite surmonte cette tour vouée à une ruine prochaine par l’inconsistance du sol argileux sur lequel elle est fondée, et plus encore par les reprises qui ont été faites depuis peu à sa base et dans le chœur de l’église.
Audembert.
L’église d' Audembert (1) sur le cap Gris Nez vient d'être démolie. Elle avait à l’ouest une tour carrée en moellons de pierre dure du pays fort intéressante
par son ancienneté et par sa singularité (fig. i3i). Elle n'avait pas de contreforts. Le rez-de-chaussée ne communiquait qu’avec la nef, il était couvert d'une voûte en berceau plein cintre. L’étage supérieur, élevé sur un retrait extérieur à large talus, avait des fenêtres carrées assez larges, divisées par une colonnette centrale portant le linteau que soulageait un arc de décharge surbaissé. Le chapiteau avait quatre larges feuilles à extrémités recourbées en crochets assez barbares. Cette fenêtre était un morceau d’architecture civile. Le clocher était, du reste, un édifice plutôt militaire que religieux. La partie supérieure portait une série de corbeaux en quart de rond faits pour soutenir un hourdage ou un parapet en encorbellement destiné à la défense. Le style du chapiteau, déposé aujourd’hui au musée de Boulogne, et semblable à l’un de ceux de Quesmy près Noyon, indique le dernier quart du xiic siècle. La démolition a fait retrouver un chapiteau gallo-romain employé comme moëllon et deux belles pierres tombales du xive siècle (2).
Fig. 13 1 . — Eglise d’Audembert — Clocher en 1887.
(1) Voir sur ce village la notice du regretté abbé Haigneré dans le Dict. historique et archéologique du Pas-de-Calais , arrond. de Boulogne , canton de Marquise.
(2) L’une de ces lames est ornée d'une croix triomphale fleuronnée dont la base s’élargit en degrés ; l’autre a de plus des ciseaux et une épée accostant la croix : c'est la tombe d'un ferronnier ou d'un taillandier Ces ornements sont traités en faible relief et en méplat. Les églises de Marquise et des environs (Wimille, Leulinghen, etc., etc.) ont beaucoup de pierres tombales du même type, provenant des carrières de Marquise.
Audinghen.
Le village d’Audinghen est situé près de Marquise dans l'ancien diocèse de Boulogne, à l’extrémité du cap Gris-Nez.
Battue par d’innombrables tempêtes, l’église d’Audinghen a en outre subi plusieurs sacs et en i5q3 un siège en règle (i) ; enfin, au xvme siècle (2) et de nos jours, elle a essuyé diverses restaurations. C’était là plus qu’il n’en fallait pour défigurer sans remède cet infortuné monument.
On y voit encore cependant entre un beau chœur fortifié du xvic siècle et
une nef qui a perdu tout caractère (3) les restes d’un transept et d’une tour centrale de la fin du xue siècle (4).
Le transept, qui mesure 25 m. de long sur 9 m. 60 de large, n'avait ni
voûte ni contreforts ; ses murs latéraux avaient 6 m. 25 d’élévation. L’extrémité sud est la seule partie qui ne soit pas totalement dénaturée. On y voit un petit portail en plein cintre, un retrait sous la base du pignon et dans celui-ci un
oculus de 40 centimètres de diamètre dont barète extérieure est entaillée de façon à figurer six lobes.
La tour repose sur quatre grands arcs en tiers point doublés (5) entre lesquels est bandée une voûte de la fin du xme siècle ayant 1 1 mètres de hauteur. Au-
dessus de cette voûte, la tour passe du carré à l'octogone au moyen de quatre
trompes en tiers point chargées de petits toits à double rampant. On accède à l’étage supérieur de la tour par deux escaliers de bois en vis, logés dans des tourelles cylindriques accolées aux angles du côté de l’est et communiquant avec
le chœur. Ces tourelles aujourd’hui dérasées étaient surmontées autrefois de poivrières (6) et le clocher rappelait ainsi tout-à-fait la tour centrale de la collégiale
de Poissy.
La partie supérieure du clocher a été dérasée vers le niveau de l'appui des anciennes baies. Cette modification avait eu lieu dès le xvie siècle, car la charpente de la tlèche reconstruite il y a peu d’années, avait gardé dans ses madriers des balles témoins du massacre de i5q3.
(1) (Voir 1). Haigneré, Dictionnaire historique et archéologique du Pas-de - Calais , A rrondissement de Boulogne). En 1543, les Anglais avant assiégé l’église d’Audinghen dans laquelle s’était réfugiée la population, obtinrent une capitulation au mépris de laquelle ils massacrèrent hommes, femmes et enfants dès que les portes leur furent ouvertes. L’histoire des environs de Calais à cette époque est pleine de faits de ce genre.
(2) (Arch. du Pas de Calais, Carton 5, 1737 à 1739). Travaux à la tour et à la nef d’Audinghen; devis du 1 7 août 1737; requête du 25 juin 1 7 5 ; devis de 1753; réception de travaux du 29 septembre 1754 ; devis du 12 mars 1760 et du 12 avril 1779; réception de travaux du 12 août 1780; adjudication du 14 juin 1788; réception de travaux du 13 mars 1789.
(3) Cette nef avait encore il y a peu d’années, un porche et un lambris exécutés par les soins du sieur Gantois, curé d'Audinghen de 1609 à 1645 et nommé archidiacre de France du diocèse de Boulogne en 1626
(4) Cette tour a été attribuée au xn° siècle et à l’architecture romane par MM. l’abbé Parenty, l’abbé Haigneré et -J. M. Richard. Ce dernier ( Etudes sur quelques clochers romans Bulletin de la Commission des Monum. hist. du Pas-de-Calais, t. IV p. 273) a cru que le clocher était primitivement à l'ouest de l’église, hypothèse que démentent le transept et les arcades.
(5) Ces arcs ont reçu récemment des moulures imitées du style du xme siècle.
(6) Elles avaient été surhaussées au xve siècle pour desservir les mâchicoulis du chœur.
Bazinghen.
L'église de Bazinghen (i), près Marquise, se compose de trois parties: une nef moderne ou totalement remaniée séparée d’un chœur rectangulaire simple des dernières années du xue siècle par une tour qui peut remonter au xie.
Cette tour carrée de 6 m. 5o de côté et 11 m. io de haut est plus étroite
que le chœur et la nef : elle forme un étranglement. Elle a été restaurée au xvie siècle (2). Elle contient une cloche de i5o6, sous laquelle est bandée une voûte à croisée d’ogives portant à son intersection les armes des sires de Hodicq, seigneurs du lieu (3). Les arcades en tiers point sur lesquelles repose la tour sont également une reprise récente.
Les fenêtres ont perdu tout caractère. Celles de l’étage supérieur ne sont que de simples archères.
L’appareil est formé de menues pierres choisies sur le sol des environs, à
peine taillées, et noyées dans le mortier. Il est coupé de deux bandes disposées en épi et correspondant aux divisions des deux étages qui surmontent le rez-dechaussée. La plus basse est formée de quatre assises ; la plus haute n'en a que trois.
Le chœur est d’un appareil analogue mais visiblement plus soigné, avec angles et encadrements en pierre de taille* et ne se relie pas à cette tour (4). Il mesure dans œuvre 5 mètres de haut sur 7 m. 65 de long et 6. m. i3 de large et se compose de deux travées couvertes de voûtes d’ogives qui ont été refaites au xvie siècle à l’exception des formerets et des supports. Les formerets sont toriques ; ceux des côtés sont en tiers point ; celui du mur du chevet en plein cintre ; les
supports sont des consoles dans les angles, et au centre des demi-chapiteaux
octogones à larges feuilles recourbées portées sur des groupes de trois têtes. Ces ornements sont d’un beau style. Le mur du chevet est percé de trois fenêtres en plein cintre, hautes et étroites, celle du centre plus élevée. Leurs ébrasements intérieurs sont séparés par d’élégantes colonnettes à chapiteaux déjà tout à fait gothiques ; au dehors, ces baies n’ont d’autre ornement qu’un angle abattu.
Beaulieu.
L’abbaye de Beaulieu, située non loin de Marquise, a été fondée en 1 1 3 1 (5), par Eustache-le-Vieux, seigneur de Fiennes. La date de 1 1 5 3 à 1160 que donne aussi Lambert d’Ardres, ne peut être celle de la fondation, comme l'a très bien fait observer M. l’abbé Haigneré (6), car en ii37 une charte de donation attribue
(1) Sur l'histoire de ce village, voir Haigneré, ouvr. cité.
(2) En 1754, elle était couverte en chaume. Elle fut restaurée à cette époque (Devis aux arch. départ.).
(3) D’argent à la croix ancrée de gueules.
(4 C’est à tort que M. J.-M. Richard, dans le mémoire cité plus haut, considère ce chœur comme contemporain de l’église et assure qu’il n’existait pas primitivement de nef.
(5) Voir D. Haigneré, Dict. liist. et arcli. du Pas-de-Calais , arrond. de Boulogne.
16) Ibid.
à Beaulieu l'église d'Ellinghen (i), mais la seconde date pourrait être considérée avec raison comme celle de la construction définitive de l’abbaye, ce qui s'accorderait parfaitement avec le style semblable à celui de l’église de Dommartin consacrée en i i63.
On sait du reste que les premières constructions de presque toutes les abbayes n’étaient que provisoires.
Celle-ci appartenait comme Saint-Wlmer et Notre-Dame de Boulogne à des chanoines réguliers de Saint-Augustin. En 1 347, quand les Anglais marchèrent sur Calais, ils ravagèrent Beaulieu de telle sorte que le nonce Annibal de Ceccano alors à Saint-Josse-sur-Mer remettait en ces termes à l’abbé les droits dûs au Saint-Siège : « Ratione guerre , omnia bona devastata , domusque combusta, et vos emn monacis cogimini mendicare » (2). Ce ne fut pas tout ; voici la note finale d'un ancien martyrologe : « an no i36g, frac ta fuit pax et guerra ineepta inter reges Francie et Anglie ; an no vero i3go in vigilia beate Marie Magdelene capta fuit et destine ta abbatia de cBello Loco per Anglie os. »
1 /abbaye ne se releva pas de ce second désastre : un prieur et un fermier furent dès lors les seuls habitants de ses vastes ruines. Une chapelle (fig. 1 32) de 12 mètres sur 4 avait été installée dans les restes de deux travées de l’église ; bientôt on en abandonna la moitié, et le petit sanctuaire où l’on enterrait l'un sur l'autre les abbés commendataires jusqu'à la Révolution n’avait plus que 5 m. sur 4 dans œuvre.
La grande église avait une nef de 6 m. 80 de large sur 27 mètres de long et un chœur de trois travées, l’un et l’autre accostés de collatéraux. Une tour s’élevait sur la dernière travée du bas-côté nord. Il n’existait
probablement pas de transept. Les arcades étaient en tiers point sans moulures, et les piliers carrés étaient couronnés de simples impostes comme dans l'église de Falvy près Péronne. Ceux qui portaient la tour étaient au contraire cruciformes et couronnés de chapiteaux sculptés avec tailloirs et larges feuilles du même type que ceux des chapiteaux de Dommartin. Sur les grandes feuilles, dans le pilier qui subsiste, sont appliquées des palmettes traitées en méplat (fig. 1 33). Le pilier avec son chapiteau a 6 m. 10 de haut. Dans pilier cruciforme de l'est s'élève
m. 75 qui
Fig. 132. — Abbaye de Beaulieu. — Plan de la chapelle.
Fig. 133. — Abbaye de Beaulieu. - Chapiteaux.
l'angle du une colonnette haute de 2
(1) Gallia Christiana t. X, col. 1614.
(2) Ouvrages cités.
peut-être portait une poutre délimitant le sanctuaire. Une disposition analogue se voit à Berteaucourt. Le pilier qui subsiste occupe l’angle de la petite chapelle rectangulaire.
Celle-ci (lig. 134) doit dater de i35o environ; cependant sa voûte qui, établie sous
Fig. 134. — Abbaye de Beaulieu. — Coupe de la chapelle.
le niveau des chapiteaux du pilier, ne pouvait se rapporter à la construction primitive, retombait sur de petits supports rappelant aussi le style de Dommartin, et plus semblables
encore à certaines retombées de S' Germer de Fly (fig. 1 35). Ce sont des colonnettes avec
chapiteaux à volutes, base attique sans socle, et culots dont l’un figure une tête de chat. Si l’état de ces restes, fait maudire le vandalisme des soldats d’Edouard III, que doit-on penser du propriétaire qui en 1878 a fait démolir les ruines de l’église, celles du cloître, et le logis fortifié du prieur (probablement une ancienne porte d’entrée de l’abbaye) ; tout cela dans le simple but de se procurer de la pierre à un peu meilleur compte que dans les carrières voisines !
11 ne subsiste plus de l'abbaye de Beaulieu que les murs de la petite chapelle, une tombe d’abbé du siècle dernier et le bas dune tour cylindrique de 26 m. 40 de circonférence qui s'élevait isolée au nord-ouest de l’église. C'était sans doute un donjon élevé par les moines après leur premier désastre. Une lithographie de Noël Alexis datée de 1821, et un album de dessins à la plume exécutés par le comte Chotomski et conservés à la bibliothèque de Boulogne ... , ,, , . .. donnent une idée sommaire de l’état des
biG. 135. — Abbaye de Beaulieu. — Detail
des chapelles. lûmes avant 1878.
Belle.
L'église de Belle faisait partie du doyenné de Boulogne.
Reconstruite en 1 5 1 S (1), elle a conservé dans chacun des murs latéraux de sa nef deux grandes arcades en calcaire oolithique de Marquise qui semblent appartenir à l’époque romane. Elles sont en plein cintre sans aucune moulure, et sans imposte. Les centres de ces arcs sont presque au niveau du sol de l’église. Il est difficile d’attribuer une date à une construction aussi rudimentaire, mais cette simplicité jointe à une habileté relative dans le travail rendraient vraisemblable l’attribution de ce reste de nef à la première moitié du xue siècle.
(1) Cette date est inscrite dans le chœur. C’est par erreur que M. l’abbé Haigneré l’a appliquée à la totalité de l’église, et c’est tout à fait à tort que M. J. M. Richard a classé dans les clochers romans (mémoire cité) le mur épais percé de deux baies en plein cintre qui forme le clocher de Belle. Construit en brique et pierre et pourvu de larmiers très anguleux, ce campenar a tous les caractères d'une construction du xvi° siècle et ne se relie pas du reste à la maçonnerie romane. L’église de Belle a été restaurée en 1707, 1742, 1758, 1767, 1 769 , 1780, 1781 et 1782. Elle avait encore alors ses bas-côtés terminés par des chapelles. (Devis conservés aux archives départementales'.
Boulogne.
Eglise Notre-Dame.
L’église Notre-Dame paraît être la plus ancienne de la ville de Boulogne (i) ; elle a pu être le siège de l’évêché qui y aurait existé avant le vne siècle. Cette
hypothèse a pour appui le titre de cité romaine que possédait Boulogne et la
présence auprès de Notre-Dame d'une petite église dédiée à saint Jean-Baptiste (2) et qui aurait été un baptistère. Un vieux légendaire qui existait en 1682 dans la bibliothèque du chapitre de Boulogne et que cite le chanoine Antoine Le Roy (3) rappelait en ces termes la fondation de l’église, à propos d’une translation du
chef de saint Maxime, évêque, qui y fut faite en ii3q : « Ecclesia beate Marie
ante XXX cir citer annos a sancta Itta, seu Ida, matre Godefridi Bullonii, comitis Boloniensis, et primi Jerosolymorum regis christiani constructa fuerat et plurimis reliquiis sanctis e Syria et Palestina ah eodem Godefrido et Balduino ejus fratre transmissis ins truc ta et ornât a. »
Ce texte est évidemment bien postérieur aux événements qu'il rapporte ; c'est
par erreur que le titre de comte de Boulogne est attribué à Godefroy de Bouillon et c'est probablement aussi à tort que la fondation est attribuée à sainte Ide. Le
moine du Wast, son contemporain, a écrit sa vie (4} et n'y mentionne d’autres fondations que celles de Saint-Wlmer de Boulogne, de Saint-Michel du Wast et de La Capelle. Le mot circiter achève de rendre le document incertain. Cependant,
l'architecture de Notre-Dame de Boulogne était la même que celle des monuments
fondés par sainte Ide, et, comme l'auteur du légendaire faisait évidemment partie du clergé de Notre-Dame, on peut croire qu’il avait trouvé dans les archives de son église quelque document indiquant la daté très vraisemblable qu’il assigne à la construction.
Le Roy qui n’était guère moins bien informé, considérait la fondation de Saint- Wlmer (1090 environ) comme antérieure à celle de Notre-Dame qui n'invoquait comme raison de sa préséance que son ancien titre plus ou moins réel de cathédrale (5).
(1) Sur l’histoire de cette église, voir Gallia cliristiana, t. X. — Alph. de Montfort, capucin, Hist. de
l'aiici aine image de Nostre-Dame de Boulogne-sur-Mer , Paris, Lamy, 1634, in-12. — Jacques d’Auvergne minime, l'ocmc hcroyqttc sur l'histoire de l'image miraculeuse de N.-D. de Boulongne , Lille, Chrisostome Malte, s. d. (1682g in-iS. — Ant. Le Roy, chanoine et archidiacre de Boulogne, Hist. de N.-D. de Boulogncs , Paris, Cl. Audinet, 1681, in-8° ; 2e édition, Paris, Jean Couterot, et Boulogne, P. Battut, imprimeur, 1682, in-8°; 3e édition, Boulogne, Battut, 1704, in-8" ; 4e édition continuée jusqu’en 1839 par Hédouin, Boulogne
Le Rov-Mabille, 1839, in-8°. — L’abbé D. Haigneré, Hist. de N.-D. de Boulogne , Boulogne, Berger frères, 1857, in-18. — 2e édition, 1864, in-12. — Etude sur la légende de Notre-Dame de Boulogne , Boulogne 1863, in-8°. — Notice sur la crypte de Notre-Dame de Boulogne , Boulogne, Aigre, 1851, in-8° ; 2e édition, Paris, Didron, 1859 — Courtois, Rapport sur la crypte de Notre-Dame de Boulogne. Mèm. des Antiquaires de la Morinie, t. IX, 2e partie, p. 355. — Haigneré, Dict. Histor. et Archèol. du Pas-de-Calais , Boulogne , tome I.
(2) Elle a disparu au xvne siècle. Quelques détails sur cette église sont donnés par P. Luto dans ses Mémoires pour l’Histoire de la ville de Boulogne. Bibl. de Boulogne, ms. 169 A.
(3) Ouvr cité édit, de 1 682 , p. 259. Ex vetusto legendario capituli Boloniensis de relatione capitis S Maximi episcopi ex ecclesia Bolon. ad Tarvannensem, ann. uqq.
(4) Bolland. Acta sancforum. April., t. XII, XIII. De B. Ida vidua , coviitissa Bolonie in Gallo Belgica. Vita auctore monacho Wastensi coaevo. Cap. II, p. 143. Virtutes ejus. in viduitate ; monasteria fundata ; miraeula patrata.
15) Le Roy, ouvr. cité.
L'édifise roman dut conserver pendant un siècle environ ses dispositions primitives. En 1212, de nombreux miracles opérés dans cette église (1) y attirèrent de toutes parts les pèlerins pour le plus grand profit de l’abbaye où l’on n'eut garde de laisser se refroidir ce zèle populaire. Les offrandes des pèlerins permirent bientôt d'embellir notablement l’édifice (2). En 1293, la fondation d'une chapellenie amena un agrandissement (3). En i3o2, l’abbé Laurent de Condette jeta les fondements d’un nouveau chœur (4); en 1 36 1 , Charles V étant encore dauphin vint à Boulogne au-devant de son père qui revenait de captivité, et fonda l’autel de la Vierge dans le chœur qui s’achevait (5). Six ans après, cette nouvelle construction était écrasée par la chiite du grand clocher qu’une tempête abattit. La restauration fut lente et pénible. Entre i38q et 1416, le duc de Berri devenu le mari de Jeanne de Boulogne fit reconstruire le grand portail (6). En 1544, la grosse tour fut de nouveau abattue par l’artillerie anglaise et après la prise de la ville les Anglais rasèrent la chapelle de la Vierge. Rendue au culte en i55o, l’église fut saccagée par les Huguenots en 1367. De 1620 à 1624, 011 rebâtit la chapelle de la Vierge; de 1667 à 1668, le chœur reçut une riche clôture de marbre (7); en 1718, le monument fut entièrement badigeonné et le xviue siècle vit aussi détruire le grand portail et ouvrir dans la nef 14 chapelles latérales ; enfin, le 21 juillet 1798, le monument fut vendu à des spéculateurs qui le démolirent.
La description archéologique de cette importante église n’a pas été faite jusqu’ici. Quelques articles seulement ont été consacrés à sa crypte. Il subsiste comme éléments de restitution : les fondations de tout l’édifice reconnaissables dans la crypte de l'église actuelle, un musée lapidaire formé de débris de sculpture réunis dans cette même crypte, une série de peintures, dessins et gravures
(1) Jean d’Ypres (Iperius) Citron. S Bertini. (Martène, Thésaurus novus anecdotorum , t. III, col. 693). « Eodem anno (1212) ad laudem et gloriam Jesu Christi et sue gloriosissime matris in Bolonia supra mare plurima fiunt miracula magnusque populi confluxus ex omni parte regni et inde ortum habuit peregrinatio ad beatam Mariam in Bolonia quæ adhuc est. »
(2) La statue miraculeuse de Notre-Dame de Boulogne, à laquelle Louis XI fit hommage du comté (Chroniques de Jehan Moliaet. Chr. liât, franc, t. XLIY, 1828, liv. 40, p. 23), avait dû être faite vers 1200, ainsi que la légende qui la fait arriver par mer au temps de Dagobert, épisode assez fréquent dans les légendes de ce temps (Christ de Rue ; Christ de Girgenti ; provisions arrivées miraculeusement à Saint- Josse, etc.). La statue était en bois, assise sur un trône comme celle de Notre-Dame des Miracles de Saint- Omer, qui subsiste. Elle est figurée au xme et au xive siècle sur les sceaux de l'abbaye (Demay, Sceaux de Picardie ), au xvJ et au xvh sur les moulins de l’abbave à Brunembert près Desvres et à Moulin-l'Abbé près Boulogne ; au xvu1 2 3 4 5 6 7' dans des gravures, l’une de 1601 (bois, collection A. Deschamps de Pas), l’autre de 1681 signée P. Brissart et accompagnant l’histoire de Le Roy; enfin, dans une sculpture sur bois reproduite par A. de Rosnv ( Album historique de Boulogne, 1893). Cette statue, retrouvée ou refaite après les désastres de 1544 et de 1567, a été brûlée en place publique en 1793). Quant à la légende, elle atteint son plus grand développement dans un manuscrit de la bibliothèque de l’arsenal qui porte les armes d’Antoine, bâtard de Bourgogne, et a pour titre : La manière de la fondation et augmentation de l'église Nostre- I)ame de Boullon gue . Les six enluminures de ce manuscrit, sont reproduites par MM. Haigneré et de Rosny (ouvr. cités), malheureusement les représentations y sont aussi fantaisistes que le texte.
(3) Le Roy, ouvr. cité.
(4) Bibl. nat. ms. 751. Chronique anonyme allant jusqu'en 1308 : cc III c. II. En cet an, fit commencier l’abbé Laurens de Condete le neuf cavech de l’église Nostre-Dame de Bouloigne, le XV1' jour de may. »
(5) Le Roy. Pièce justificative.
(6) Le Roy. ouvr. cité.
(7) Ibid.
figurant la ville de Boulogne depuis 1544 jusqu’en 1725 (ij, un plan partiel de 1772 (2) indiquant la partie de l’église qui constituait la paroisse (bas-côté sud et bras sud du transept), enfin des notes manuscrites du xvne et du xviue siècle rédigées par le chanoine Le Roy (3), par l’archidiacre Luto (4), et par Scotté de Velinghen (5), et une aquarelle figurant une partie des ruines vers 1820 (6).
L’église, entièrement bâtie en calcaire oolithique de Marquise, se composait originairement d’une nef de sept travées, d’un transept, de deux travées de chœur et d'une abside ou d’un chevet dont la forme est incertaine La nef et les deux travées de chœur avaient des collatéraux qui devaient être seuls voûtés ; le carré du transept était surmonté d’une grosse tour rectangulaire ; la façade était cantonnée
Fig. 136. — Crypte de Notre-Dame de Boulogne (Restitution des anciennes voûtes).
de deux tourelles cylindriques renfermant des escaliers; le grand portail s’ouvrait dans le cimetière au sud-ouest de la nef, à l'abri du vent de mer, et une crypte
(1) Bibl. Nat. Cabinet des Estampes Topographie de Boulogne et places fortes de Picardie — A. de Rosny Album historique. — Mém. des Antiquaires de Londres.
(2) Arch. dép. du Pas-de-Calais. Dépôt de Boulogne G 8.
(3) Bibl. de Boulogne, nouv. acq.
>4) Ibid. ms. 169 A.
(5) Ibid. ms. nouv. acq.
(6) Je dois la possession de cette intéressante aquarelle à la généreuse amitié du très érudit historien de Boulogne, M. V. J. Vaillant, qui l'a découverte et reconnue.
régnait sous le chœur ; on y parvenait par deux escaliers coudés ménagés aux angles nord-ouest et sud-ouest.
Cette crypte (fig. 1 36) formait un carré long de 14 m. sur g m. 65 divisé en trois nets de quatre travées par des colonnes de 2 m. 60 de haut sur o m. 5o de
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Fig. 137. — Notre-Dame de Boulogne. — Chapiteaux conservés dans la crypte.
diamètre. Ses nets latérales se terminent à l'est par des chapelles rectangulaires, comme dans la crypte de Nesle ; à l'ouest ils ont des niches qui ont pu être des fenêtres donnant dans l’église haute. La disposition des extrémités de la nef
centrale n a pas été conservée. De simples demi-colonnes recevaient les retombées des doubleaux sur les murs.
Pis. 138. — Notre-Dame de Boulogne. — - Chapiteaux conservés dans la crypte.
Les piliers de l’église étaient carrés, cantonnés de quatre grosses colonnes. 11 est probable que celles qui regardaient la net ne supportaient que les fermes de la charpente, comme à Lillers ; que les grandes arcades de la nef et celles qui portaient la tour centrale avaient comme au Wast et à Lillers un tracé plus ou moins brisé et n’avaient aucune moulure ; et qu’il existait comme à Lillers un triforium en plein cintre subdivisé en baies jumelles, et des fenêtres hautes également cintrées ornées de colonnettes. La corniche primitive était à modillons figurant des têtes fantastiques et grossières. Les chapiteaux (fig. i3y et 1 38), d'un profil très lourd,
avaient une décoration sauvage où se mêlaient les lions furieux, les dragons, les serpents entrelacés, ou de grosses volutes et des feuilles pleines ou découpées rappelant de fort loin le type corinthien (fig. i3q).
La tour centrale avait au moins deux étages. Celui qtii surmontait le toit
Fig. 13Q. — Notre-Dame de Boulogne. — Base de colonne.
était percé sur chaque face de deux larges baies en plein cintre subdivisées en deux formes ; au-dessus venait une corniche puis un ou plusieurs étages dont la disposition et la date ne nous sont pas connus. Nous savons cependant que lors de sa première destruction la partie haute de la tour était considérée comme une grande et très belle construction (1).
Le chevet ancien pouvait être rectangulaire comme celui de l'ancienne collégiale de Nesle. En effet, la crypte semble avoir été terminée comme à Nesle par trois chapelles carrées. Peut-être cependant l'extrémité orientale de la nef centrale de la crypte formait-elle une abside. Malheureusement cette partie a été détruite en 1827, et les restaurations opérées dans les chapelles qtii terminent les nefs latérales de la crypte, empêchent de reconnaître si elles ont été ajourées de fenêtres.
Selon le témoignage de Luto (2) les deux premières arcades du chœur, qui surmontaient la crypte, étaient romanes. On les avait murées en briques. Les collatéraux du chœur étaient complètement remaniés. Celui du sud était attenant aux prisons du Chapitre, construites peut-être aux dépens d'une grande chapelle gothique. Celui du nord avait été élargi dès la lin du xiu' siècle en une chapelle de grandes dimensions élevée sur une crypte tangente à la crypte romane. Cette crypte gothique conserve de très belles peintures et des restes de colonnes de 2 3 centimètres de diamètre : les peintures et les bases de colonnes appartiennent au style des dernières années du xmr siècle. Or en 1 29 3 Jean, évêque de rérouanne, fondait à Notre-Dame de Boulogne une chapellenie pour desservir une chapelle qu’il venait d’v faire rétablir ou restaurer et qu’on appela dans la suite la chapelle l’évèque (3). 11 serait vraisemblable d'identifier cette chapelle avec celle dont il vient d'être question.
La première modification apportée aux dispositions primitives de l'église devait remonter à l’époque où les pèlerins se mirent à affluer, à la suite des miracles
(1) « . . Ht quod mirabile fuit, ex magno ventorum impulsa, campanile de ecclesia béate Marie de Bot uni a canonicorrm rcgularium, quod erat pulcrum valde nimis et forte, ilia noetc corruit et tectum chori sub co démoli vit, et ulterius voltas lapideas freg'it ex sur» easu similiter et quassavit. »
l.c journal du siège de Boulogne rime par Alléaume Morin en 15.(4 et publié dans les Documents Inédits nous apprend que l’étage supérieur démoli par les boulets d'Henri YI11, n'endommagea pas dans sa chute les voûtes qui protégeaient les cloches. T. a tour était donc peut-être une lanterne normande à laquelle on aurait ajouté après coup une voûte basse. Elle ressemblait beaucoup, du reste, à la tour lanterne de Saint-Georges de Boscherville.
(2) Le texte de la fondation est reproduit par Le Km-, mivr. et édit, cités, p. 27b.
(3) Ph. Luto. Mémoires pour /' histoire de la ville de Boulogne et de son comte contenant la description de fêtai présent de la ville cl du pars. Bibl de Boulogne, 11" iôq a., p. 377 et 378.
de 1212. On mit alors à prorit les progrès récents de l'architecture pour surélever et voûter la nef et en élargir les fenêtres. Les nouveaux murs, qui mesuraient « environ sept toises quatre pieds jusqu’à l'entablement »(i), étaient couronnés d’une splendide corniche à arcatures, richement sculptée, portée sur des têtes (2) et sur laquelle régnait un chêneau doublé de plomb (3). Les deux travées du chœur n'avaient pas été surélevées (4). Le chœur commencé en i3o2 se composait de deux nouvelles travées ajoutées à celles-ci et d'un rond-point de cinq travées présentant chacune au dehors trois pans coupés formant chapelles. La chapelle de la Vierge, originairement de mêmes dimensions que les quatre autres, avait été rebâtie avec une travée de plus, probablement à la suite de la donation du Dauphin Charles en i36o et certainement lors de sa reconstruction en i55o. Chaque bras du transept avait trois travées ; la troisième était peut-être une addition.
Les peintures de la crypte romane consistaient en une coloration unie rouge ou brune des fûts des colonnes adossées ; les fûts des colonnes voisines du sanctuaire étaient peintes de chevrons rouges alternativement et bleus à pointes coupées puis arrondies en cercles. Des liserés blancs séparaient le bleu du rouge. Cette peinture a été reproduite aujourd'hui sur tous les fûts. Ce même dessin se voit aussi en Toscane dans les peintures des ogives des chapelles de l'église de San-Galgano et dans les briques ornées qui forment les claveaux de fenêtres de maisons à San- Gemignano. Ces deux exemples ne datent que de la fin du xiuc siècle. Les peintures de la crypte romane de Boulogne pourraient donc n’être pas antérieures à celles de la crypte gothique qui y touche.
Un charnier, bâti probablement en même temps que le grand portail, entourait le cimetière sur lequel s’ouvrait ce portail. Il était adossé au bas-côté sud et au sud-ouest du transept.
Eglise de l’Abbaye de Saint-Wlmer.
C’est en 1090, selon l’historien boulonnais Scotté de Vélinghen (5), que sainte Ide, mère de Godefroy de Bouillon, aurait fait rebâtir sous le vocable de saint Wlmer une eglise auparavant dédiée à saint Jean l'Evangéliste. Je ne sais où Scotté avait pris cette date que ne donne pas le Gai lia Christiana (6), mais elle
(1) Acte de vente de la ci-devant cathédrale de Boulogne, ç Thermidor an VI {2i juillet 1798) Ern. Deseille. Vannée boulonnaise second semestre. Boulogne, Aigre, 1886, in-8° p. 376.
(2) Musée lapidaire de la crypte. C’est à tort que l'on a considéré cette corniche comme romane. L'une des têtes porte la toque à mentonnière des femmes du milieu et de la fin du xme siècle, les feuillages qui meublent les arcatures sont gothiques Cette corniche avait frappé l'auteur de la vue du siège de 1544 et Ph. Luto (ms. cité p. 378, note marginale).
(3/ Procès-verbal de constatation des dégâts de 1567. Le Roy, ouvr. cité.
(4; Elles étaient sensiblement plus basses et mieux raccordées à la tour romane, et conservaient leurs petites fenêtres romanes. Ces détails apparaissent surtout dans une aquarelle du fonds Gaignières intitulée Vile de Boulongne. Ph. Luto parle de ces travées dans le ms. cité, pp. 377 et 378.
(5) Scotté de Velinghen (Antoine, personnat de Bezinghen et d’Embry). Description de ta ville de Boulogne-sur-Mer et du pays et comté de Boulognois. Bibl. de Boul., ms. 163 et ms. autographe nouv. acq. non classé, p. 76.
(6) Gallia Christiana , t. X. col. 1611 à 1614 et instnnn. col. 397.
est vraisemblable. En effet le moine du Wast, qui a connu personnellement sainte Ide et nous a laissé le récit de sa Aie, nous apprend que Saint-Wlmer fut la première fondation de cette comtesse après son veuvage. Selon les auteurs de Y Art de vérifier les dates , il est vrai que sainte Ide n’aurait été veuve qu'en i ig3,
mais ils ont établi cette date de la façon la plus arbitraire (i) et il est presque
certain que cet événement eut lieu plus tôt. Quoi qu'il en soit, l’hagiographe nous apprend qu'aussitôt veuve la comtesse alla vendre ses terres des Pays-Bas et revint à Boulogne pour y fonder l'église et l'abbaye de Saint-Wlmer avec l'aide et l'autorisation du comte Eustache son lils (2).
En 1108, le comte Eustache III cède en toute franchise cette abbaye aux chanoines réguliers de saint Augustin, en leur permettant d’élire un abbé (3) ; cette cession est qualifiée de restitution dans une confirmation qu'en fit en 1 1 3 2
l’évèque Milon (4) à la suite d’une autre restitution opérée par Etienne de Blois.
11 semble ressortir des documents précités que Saint-Wlmer fut bâti entre 1090 et 1108, et si l’architecture qui nous en reste ne confirme pas pleinement l’expression d honorificum cœnobium dont se sert le moine du Wast, au moins
s'accorde-t-elle parfaitement avec ces dates. Pour quelle cause deux grandes abbayes de chanoines réguliers lurent-elles ainsi fondées presque en même temps et à quelques pas l’une de l'autre dans la cité de Boulogne ? Peut-être faudrait-il en avoir la raison dans une pieuse rivalité de sainte Ide et de son fils; quoi qu'il en soit, le fait est bizarre. En 1 i 1 3 , le comte régla les droits respectifs des deux abbayes (5). Vers 1256 un sinistre, dont on ignore la nature, endommagea gravement Saint-Wlmer (6) ; des restaurations dont il reste trace furent faites à cette époque. Ea prospérité de l'abbaye déclinait alors ; si le culte du saint local attirait encore des pèlerins, la Vierge miraculeuse que leur offraient depuis quelques années les chanoines de Notre-Dame captait déjà toutes leurs préférences. En 1544, Saint-Wlmer ne faisait plus que végéter, lorsque, découronnée d’une de ses tours dans le bombardement (7), elle fut abandonnée quand la ville fut prise ;
elle resta à peu près déserte en i55o et tomba en commende. En 1 553, les chanoines de la cathédrale de Térouanne vinrent s’y réfugier, puis en 1 5 5 7, ils passèrent à Notre-Dame transformée en église cathédrale (8).
(11 Cette date est celle de la dernière lettre datée du livre des lettres de saint Anselme qui contient
celles (non datées) qu’il écrivit à la comtesse après son veuvage.
(2) K Cum itaque haec pin verteret in pectore ut manifestaretur ejus sanctitas. in Alemaniam parentum suorum illam perduxit caritas. . . . Yisitatis consanguinitate et affinitate propinquis, Ida eximia mutavit propter argentum quae illic habebat ex genere paterno allodia ; quo facto, quae diu cogitaverat completura, repedavit ad propria. Reversa siquidem ecclesiam locumque Sancti-Vulmari, consilio et adjutorio filii su1 tune Boloniae comitis, intra civitatis rnuros adhuc imminens honorificum construxit coenobium : ubi etiam servientes Deo, et unde viverent constituit. » (Bibl. rov. de Bruxelles, ms. 1773. — Bolland, A. S. apr. t 11, XIII apr. — Ce texte des Bollandistes est très incorrect.
(3) Galli a Christiana , t. X, col. 1611 et instrum., col. 397.
(4) Ibid. ch. 7.
(5) Ibid. ch. 9.
6) Ibid, instrum. ch. 29, 1256, juillet. Ex chartario monasterii Caroli loci.
(7) Journal rimé d’Antoine Morin (plus vraisemblablement Alléaume Morin. Voir Deseille, Année Bpuïonnatse. Boulogne, 1885-86, in-S°, pp. 221, 222, 326, 409, 488, 490). Ce journal a été publié parle regretté M. Morand dans les Documents inédits
(8j A. Le Mire Opéra , dipl. IV, p. 305 et Haigneré Dicl. Inst, etarcli. du Pas-de-Calais , arr. de Boulogne ,
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Fig. 140. — Eglise de Saint-Wlmer de Boulogne. — Plan restitué.
L'année suivante, les Huguenots ayant saccagé cette église, l’évêque s’installa provisoirement à Saint-Wlmer ; en 1607, l’église redevint prospère grâce à la statue miraculeuse de Notre-Dame perdue en 1 5 6y, et qui retrouvée cinquante ans après y fut installée (1). En 1610, l'évêque peu satisfait de cette invention miraculeuse et moins encore de ce détournement de pèlerinage, fit fermer Saint-Wlmer, mais il fallut en rouvrir les portes aux pèlerins. En 161 3, il donna l'abbaye aux Minimes (2) qui ne purent y subsister et l’abandonnèrent en 1617. La ville avait alors la disposition des bâtiments, et en 1619 elle emmagasinait dans la tour des munitions de guerre (3). En 1621, elle installa des écoles dans l'ancienne abbaye (4) ; en 1629, elle les céda aux prêtres de l'Oratoire qui obtinrent l'abandon de tous les droits de l’évêque alors abbé commendataire. En i63o, 1 évêque enleva de l’église la statue miraculeuse et la réinstalla à Notre-Dame. En 1707 et en 1708, les Oratoriens détruisirent la grosse tour et la nef de l'eglise. Le reste fut désaffecté à la Révolution puis gravement mutilé vers 1 820.
L’abbaye de Saint-Wlmer s'étendait de la rue de la Balance à l'est jusqu'à la rue des Lormiers dite aujourd’hui rue d’Aumont à l'ouest, et de la place du Marché aujourd'hui place Godefroy de Bouillon au nord à la rue du Compenaige aujourd’hui de l'Oratoire au Sud.
L'église, dont l'emplacement est coupé aujourd'hui par la rue Henry (fig. 140 et 141),
t. I, p. 270. — A cette époque, cependant, des réparations considérables furent faites à l’église de Saint-Wlmer, ainsi qu’il résulte d’une lettre de Louis du Tertre, lieutenant général de la sénéchaussée de Boulogne, en date du 16 mars 1556-57, transcrite dans un des registres aux chartes de la ville d’Amiens, à l’effet de faire
proclamer que « le xxnc jour d’avril prochain venant, sera vendu par-devant nous en la ville de Boullongne,
au plus offrant et dernier enchérisseur, la couverture de plomb dont est couverte ladicte église de Sainct- Wlmer à Boullongne, et que toutes personnes seront receues à y mettre enchères, pour les deniers provenans de ladicte vente estre employés à faire ung comble neuf à ladicte église et à icelle recouvrir d’ardoises, et autres réparacions utiles et nécessaires à faire en ladicte église et abbaye, et aussy vous mandons, par meisme moyen, faire publier que l’ouvraige dudict comble et couverture d’ardoise de ladicte église et réparation des clochers d’icelle, à livrer toutes matières, se baillera ledict jour au rabais. » (Arch. de la ville d’Amiens, AA. 14, fol. 92).
<i) Haigneré, Hist. de N -D, de B., éd. 1864, ch. XVIII, pp. 201 et suiv.
(2) (Arch. Nat. Q. 894.) En 1642 ils revinrent à Boulogne et bâtirent rue Neuve-Chaussée un couvent
et une église gothique aujourd’hui totalement disparus.
(3) Arch communales de Boulogne, Registre aux délibérations de la ville, n" 1014, fu 2 et verso et n" 1271.
(4) Ibid,, n° 1270.
faisait face au Palais des Comtes et plus tard au beffroi. Elle comprenait un chevet à pans coupés précédé de deux travées de chœur, un transept simple dont le bras nord était tout récent et dont le bras sud avait été rebâti vers 1256 et avait une chapelle carrée surmontée d'une salle servant peut-être de trésor : c’était le reste de la tour découronnée en 1544, puis une nef et des bas-côtés sans voûtes divisés probablement en quatre travées, et enfin, à l'ouest, une grosse tour, carrée dans le bas, octogone à sa partie supérieure, à laquelle était accolé au nord une tourelle cylindrique contenant un escalier de bois. Dans le bas de cette grosse tour, démolie en 1705, il existait une porte secondaire ; le portail principal s'ouvrait au nord de la nef, sur le marché. Il était au fond d'une allée, car deux maisons étaient adossées au bas-côté nord. La description de ces maisons dans le terrier de Saint-Wlmer (1) indique parfaitement la situation de ce grand portail, et l'allée qui y aboutissait forme aujourd’hui la moitié de la rue Henry. Elle est indiquée sur les plans de Boulogne antérieurs à 1705 (2). La rue forme un coude entre sa partie ancienne et sa partie nouvelle.
Le grand hoste) S. Wlmer. Le Beffroi.
Fig. 141. — Aspect de Saint-Wlmer de Boulogne de 1550 à 1705.
De la grosse tour que Scotté a vu démolir en 1707 (3) il ne subsiste qu'une tourelle d’escalier. L’étage octogone apparaît dans la vue anglaise du siège de
li) Dressé par ordre de l'abbé Jean Leest. (Arch. comm. de Boulogne.) Ce terrier est publié dans les Mcm. de la Soc. académique de Boulogne , tome VI. Les maisons en question sont la maison Oudin-Fontaine et la maison nommée Paris.
(2) Bibl. Nat. Cabinet des Estampes. Topographie de Boulogne, vol. 1.
(3! Manuscrit cité.
igo -
Fig- 142. — Saint-Wlmer d’après la vue de Boulogne attribuée à Van der Meulen (musée de Boulogne). — 1. Tour de
Saint-Wlmer en démolition (1702) ; 2. Le «grand hosfel t>.
Fig. 143. — Saint-Wlmer d’après la vue anglaise du siège de 1544.
Fig. 144. — Saint-Wlmer d’après Mérian (époque de Louis XI\ ).
Fig. 145. — Saint- Wlmer et le beffroi de Boulogne d’après Chastillon (époque de Henri IV).
1 5 44 (fig. 143); la tour en cours de démolition se voit dans un tableau conservé au musée de Boulogne. De la nef, détruite en 1708, il ne subsiste que des fondations (i) et peut-être trois corbeaux à moulures réemployés dans les maisons n° 3 rue d’Aumont et 8 bis place Godefroy de Bouillon. Le texte seul de Scotté nous apprend que la nef et ses bas-côtés étaient « en mauvais ordre et sans être voûtés. »
Les bras du transept sont encore reconnaissables (fig. 146).
Celui du sud, avec sa tour, conserve quelques beaux détails d'architecture du xme siècle, dans les immeubles situés 3 et 5, rue de l'Oratoire. Dans le second, la chapelle du bas de la tour est presque intacte et l'on y remarque des restes de peintures polychromes. Les fenêtres conservent une partie de leurs remplages.
Le chœur, dérasé jusqu'au niveau des impostes des fenêtres, forme la cour de la maison n° 3 rue Henry. L’abside, qui a la même largeur, est englobée dans les communs. Elle conserve entières ses trois fenêtres ; celle du fond beaucoup plus grande, a un cintre très légèrement brisé et orné intérieurement d'un gros boudin faisant suite aux colonnettes des piédroits ; les autres sont en plein cintre parfait et dépourvues de cette moulure mais elles ont aussi des colonnettes.
Le tracé des bases et le galbe des chapiteaux sont les mêmes qu’à Notre-Dame ; les dessins des six chapiteaux appartiennent au même
(n Ms. orig., p 76.
style (fig. 147). Ceux de la fenêtre centrale imitent grossièrement le composite antique ; ceux du pan coupé sud-est présentent l'un des rinceaux très lourds, l'autre une sorte de fleur de lys sous des volutes ioniques ; à la fenêtre
t^ue Henry
Fig. 146. — Eglise St-Wlimr de Boulogne. — Etat actuel (abstraction faite des constructions récentes).
du pan coupé nord-est se voit un chapiteau décoré d’une tète de lion la gueule ouverte et de quelques bâtons brisés avec une astragale en torsade. Celui qui lui fait pendant semble un compromis entre le chapiteau ionique et le
chapiteau godronné. Les quatre autres fenêtres du chœur n'ont pas de colonnettes. Au bas du pan coupé sud-est se voient encore la tablette et les piédroits moulurés d une piscine datant de la restauration de 1256. Les murs portent quelques traces de l'incendie qui a du précéder ces travaux. Le chœur et l'abside n'ont pas de contreforts, mais les angles offrent des chaînages de belje pierre de taille ; 1 encadrement des fenêtres est de même appareil. I.es pleins sont en petits moellons à peine dégrossis noyés dans d’excellent mortier.
Fonotre nord os f
Fenêtre centrale
Rien ne peut aujourd’hui nous renseigner sur la forme de la voûte qui devait couvrir l'abside. L'était probablement une demi-coupole peut-être à pans coupés comme les murs. Ce reste d'architecture est contemporain de la fondation de l'église : à la valeur historique de ces débris d'une construction exécutée sous les veux et aux frais de sainte Ide, s’ajoute celle d'un plan d'abside au moins très rare de son temps.
Brunembert.
Brunembert appartenait au diocèse de Boulogne et au doyenné de Desvres. L'abbaye de Notre-Dame de Boulogne y avait des possessions importantes (i). L'église de ce village est un petit édifice assez soigné et de formes assez originales bâti en craie à la fin de la période gothique. Deux chapelles de deux travées y forment comme des bras de transept ; dans celle du nord, se trouve un autel en partie roman, découvert il y a une vingtaine d’années sous un autel de bois par le chanoine Van Drivai qui lui consacra alors une notice accompagnée d'une lithographie assez exacte (2). Malheureusement, cette notice a le grave défaut de ne pas distinguer les dates et provenances très diverses des différentes parties du petit monument auquel elle se rapporte.
La chapelle date au moins en grande partie du xvie siècle : cependant le mur auquel l'autel est adossé avec sa riche arcature formant ciborium, et sa piscine pourrait bien être du xve.
L'autel a une table de pierre ornée d’un cavet dont la date ne saurait être déterminée ; le bahut qui porte cette table est en partie détruit, mais les trois pièces qui y subsistent, le devant mutilé, un angle et un petit côté, sont de provenances et de dates diverses.
Le petit côté est un morceau coupé dans une très belle lame funéraire autrefois incrustée de mastic (3); elle parait dater de la tin du règne de S. Louis. L’angle de l’autel est orné d'une colonnette appartenant au temps de Philippe- Auguste; enfin le devant de l’autel est de la première moitié du xn° siècle. C’est un morceau rare et curieux composé d’une seule dalle de pierre de Marquise ou
( 1 ) Voir D. Haigneré. Dict. hist. et arclièol. du Pas-de-Calais, arr. de Boulogne, eanton de Desvres. Brunembert possède encore un vieux moulin à vent orné d’une belle figure de Notre-Dame de Boulogne dans son bateau sous un dais et sur une console ornée de deux écus trop frustes pour être identifiés. Ce monument semble remonter au xve siècle.
(2) Statistique monumentale du Pas-de-Calais , t. IL
(3) On y voit une tête de femme coiffée de la toque à mentonnière, une arcature lobée avec écoinçons enrichis de bouquets de feuilles d’érable.
Fig. 148. — Eglise de Brunembert. — Devant d’autel.
de Samer sculptée en haut relief. Cette dalle est sculptée de deux lions accroupis (fig. 148), affrontés, séparés par un petit pilastre sans ornementation. La tête des lions se présentait de face ; leur queue repliée en cercle passe sous une cuisse et se termine en forme de feuille d’orme appliquée sur l’échine de l’animal. La tête des deux lions et la moitié du corps de l’un des deux sont brisés. Cet autel a sans doute été composé des débris de deux autels anciens lorsque l'église a été rebâtie. 11 est curieux de constater que les reconstructeurs, après avoir édifié et décoré assez richement et très soigneusement leur édifice à la mode du jour, ont attaché assez de prix à d’anciens débris d’un style tout à fait différent pour leur donner une place honorable dans le nouvel œuvre. Il est probable qu’à la considération d’économie s'est ajouté le reNpect religieux pour des pierres consacrées. Ce mobile expliquerait la conservation de beaucoup de vieux autels dans des revêtements plus récents et de beaucoup de vieux fonts baptismaux dans des églises souvent reconstruites.
Coquelles.
Le village de Coquelles (1) faisait partie du diocèse de Térouanne et passa dans celui de Boulogne et dans le nouveau doyenné de Calais.
Ce village s’est fortement déplacé; aussi après la Révolution trouve-t-on plus
commode et presque aussi économique de bâtir une nouvelle église plutôt que de restaurer l'ancienne, fort éloignée des habitations et en mauvais état. On la laissa s'écrouler ; on l'y aida en prenant des matériaux, mais une assez belle tour carrée
et deux pans de murs subsistent encore au milieu du cimetière.
La tour (fig. 149, a attiré depuis longtemps l'attention des archéologues; M. l’abbé Parenty l'a signalée le premier à la Commission des Antiquités départementales du Pas-de-Calais ; il l'a attribuée au xue siècle, mais sans motiver son opinion et sans décrire l'édifice. Dans le bulletin de la même commission et dans son Etude sur quelques clochers romans du Pas-de-Calais (2), M. Jules-Marie Richard nous en a donné la description que voici :
« La tour de Coquelles est le seul reste d’une église écroulée dans les premières années de ce siècle. Elle était au xvme siècle surmontée d'une flèche en bois comme la plupart de ces tours en avaient reçu vers la fin du Moyen-Age et dans les temps plus paisibles. Un devis de réparations à faire en 1763 nous apprend que l'église avait 5q pieds de long, dont i5 pour le chœur (Archives départementales, C 116).
« Le sommet de la tour de Coquelles est aujourd’hui en ruines et ne paraît pas porter traces de voûtes. L’étage inférieur est construit en appareil grossier, les autres en pierres de taille ; à l'étage supérieur ces pierres alternent avec des bandes de briques. Les ouvertures sont en plein cintre. Tout atteste dans cette tour l’époque du roman primitif. »
([) Pas-de-Calais, arrondissement de Boulogne, canton de Calais. (2) Bulletin de la Commission départementale , tome IV.
Fig. 149. — Tour de Coquelles en 1887. — Côté nord.
Je tenais à citer ce texte en entier parce qu'il émane d'un archéologue et d'un érudit de valeur, et parce que je vais avoir le regret de devoir le contredire formellement. En effet, je commence par affirmer que dans cette tour rien n'atteste une époque antérieure au xie siècle, et pour le prouver il suffit d’une description exacte.
Fig. 150. — Tour de Coquettes en 1887. — Côté oriental.
Présentant à sa base et hors œuvre 8 mètres de largeur sur 12 m. 5o de haut environ, la tour de Coquelles (fig. i5o) était située à l'ouest de la nef unique de l’église, dont l'entrée traversait son étage inférieur : le mur nord et une partie du mur ouest de celui-ci sont en petits éclats de grès ferrugineux dont on ramasse sur le territoire voisin et qui ressemble à celui du Mont Cassel et du Mont des Cats si employé un peu plus au nord. Ces pierres sont noyées dans force mortier ; il v en a de plus grosses moins mal équarries aux angles. Le bas de la tour de Saint-Pierre était identique et il reste des spécimens de cet appareil dans les églises de Borre, Sercus, Pitgam, Bergues (abbaye), Quaëdypre, Bai 1 leu 1 , Steene,
Guarbecques, La Beuvrière, Chocques et Ames. Partout on le trouve complété par de la craie sauf à la façade de Quaëdypre et à Bailleul et Steene qui n'ont plus que d’infimes débris. Ici l’irrégularité de la muraille de grès montre bien qu'elle est antérieure au reste, mais si elle appartenait à une époque romane primitive où les chaînages de brique aient été en honneur, c'était le cas ou jamais d'en mettre pour lier cet appareil incohérent et minuscule plutôt que de la réserver pour le haut de la tour, si bien appareillé. L'ouverture du portail est sans caractère et sans ornement ; elle a pu ressembler à celle de Quaëdypre ; son plein cintre s’est affaissé et on l'a murée.
Echinghen.
L'église d'Echinghen près Boulogne a été l’objet d’affirmations très singulières : on a prétendu qu’elle avait eu deux absides romanes à ses extrémités orientale et occidentale (ij. Cette assertion se fonde sur l’examen d’un plan terrier de 1770 (2) qui donne au monument la forme d’un rectangle allongé à chaque bout duquel est accolé un demi-cercle. Malheureusement, ce plan est fantaisiste, car le chœur d’Echinghen est à pans coupés et remonte à la fin du xvic siècle. Cette date est prouvée par un fragment de vitrail daté de 1 586 (3) qui a été retiré il y a vingt-cinq ans environ de l'une des fenêtres des pans coupés. Les arcs en tiers point et les archivoltes en larmier de ces fenêtres concordent, du reste, beaucoup plus avec une date de la lin du xvie que de la fin du xviue siècle ; l’église ne semble donc pas avoir pu être rebâtie postérieurement à 1770.
Fig. 15 1. Eglise d'Echinghen. — Plan dans l'état actuel. (Dessin de M. Bouloch).
L’extrémité occidentale de 1 église (fig. i5i) appartient seule encore à l'époque
(1) J. M. Richard, Etude sur quelques clochers romans du Pas-de-Calais. Bulletin de la Commission des Antiquités départementales du Pas-de-Calais , t. IV, p. 270.
(2) Arch. du Pas-de-Calais.
(3) La photographie de ces débris est conservée au musée de Boulogne.
romane, mais elle offre un caractère très archaïque et une forme très rare. Cette extrémité, bâtie en petits moellons de pierre dure à peine dégrossis et noyés dans le mortier, est cantonnée de deux contreforts peu saillants offrant divers ressauts, et se termine par une tour cylindrique. Cette tour (fig. 1 5 2) n'est engagée que d'un
Fig. 152. — Eglise d’Echinghen. — Côté occidental en 1884.
tiers ou d'un quart et forme en plan non pas une abside demi-circulaire, mais un fer à cheval accentué. De plus, l'arc en plein cintre qui la réunit aujourd'hui à l'église a été ouvert récemment (i), et la tour, qui a actuellement la même hauteur que les murs latéraux de l'église, comprend un rez-de-chaussée et un
si; Par M. Bouloch, architecte à Boulogne, à l'obligeance de qui je dois ce détail et le plan de l’église d’Echinghen reproduit ici,
étage. Celui-ci est voûté d’un berceau plein cintre perpendiculaire à l'axe de l’église ; il s’éclairait par une fenêtre de quelques centimètres de large fortement ébrasée au dedans et amortie par un cintre formé d une multitude de très minces éclats de pierre semblables à des ardoises. Une porte carrée relie cet étage aux combles de l'église.
Le rez-de-chaussée, qu’éclairait une fenêtre semblable percée dans l’axe de la net et tout récemment détruite, est voûté en coupole. 11 avait au sud une porte, aujourd’hui condamnée, surmontée d'une petite fenêtre en plein cintre allongé à arête extérieure abattue. Cette fenêtre encadrée de pierre de taille est beaucoup plus récente que les anciennes ouvertures.
La salle du bas de la tour servait d’école paroissiale avant la Révolution.
Au-dessus de cette tour, le pignon occidental est surmonté d'un clocher arcade portant sur sa croix terminale en pierre la date de 1675.
Il serait téméraire d’assigner une date précise à la tour d’Echinghen (1), mais le caractère de l’appareil et des baies permet de la faire remonter au xb siècle sinon au-delà. Quant au plan circulaire, on sait qu’il est très ancien (Ravenne vie siècle, Saint-Riquier église d’Angilbert, Saint-Gall ix° siècle, mais a pu être en usage en France jusqu'au xii" siècle (Uzès).
Elinghen.
La paroisse d’Elingben faisait partie du doyenné de Marquise.
L'église appartenait à l’abbaye de Beaulieu en vertu d’une donation faite en 1137 par Aitrope, homme noble, sa femme Hadwide et leur fils (2).
C'est probablement alors que l'église fut rebâtie par les chanoines. Elle est construite de menus éclats de pierre du pays semblable à celle de Leulinghen. Les angles et encadrements sont seuls en pierre de taille. Le plan était cruciforme, avec tour centrale carrée. La nef a deux travées ; le portail s'ouvre au sud-est ; le choeur carré s’éclaire sur chaque face par une petite fenêtre étroite à cintre simulé taillé dans une ou deux pierres mais extradossé. Les angles extérieurs de ces baies sont abattus. Les bras du transept ont disparu ; la tour repose sur quatre grands arcs en plein cintre sans moulures. Les impostes sont ornés d’une simple moulure en cavet qui ne se retourne pas sur les côtés du pilier qu'elle couronne. Aucune voûte n’existait primitivement dans l'église qui n’a pas de contreforts. Le carré du transept a reçu une voûte d’ogives qui n'est pas antérieure à la fin du xvb siècle.
(1) Sur l’histoire de la paroisse d’Echinghen, voir D. Haigneré. Dict. hist. et archcol. du Pas-de-Calais , Arr. de Boulogne, t. III.
(2) Dufaitelle, art. pub. dans le Puits Artésien de 1838, p. 593. — Bulletin de la Soc . des Antiquaires de la Morinie , t- V, p. 417. Charte de la collection de Marsy (1153-1159) renouvelant avec des conditions moins onéreuses la cession de 1137. —Mention de confirmation en 1157 par l’évêque Milon. A cette date, une bulle pancarte fut accordée à l’abbaye de Beaulieu. Le nom d’ Elinghen n’v figure pas, mais il s’y trouve une lacune de 2 lignes. — Une note de Ph Luto (ms. bibl. Boni. n° 169 A, p. 346) citée par M. Dufaitelle a aujourd'hui disparu.
La tour est basse et n'est percée que de deux archères, au nord et au sud ; elle est couverte d une pyramide à quatre pans en charpente et de peu d’élévation qui doit reproduire fidèlement la toiture primitive. Des solins sont lancés dans la maçonnerie de la tour pour protéger les toits du chœur, de la nef et du transept. Ce détail joint au profil en cavet, et non en biseau, des impostes et à l’angle abattu des encadrements des fenêtres ne permet pas d’attribuer à une date antérieure au milieu du xue siècle ce type de petite église rurale curieux par sa simplicité même, simplicité que la misère a fait adopter et conserver jusqu’à nous.
Enoc.
L’église d’Enoc s'élève sur la rive droite de la Canche, à peu de distance d'Etaples, dans l’ancien diocèse de Boulogne et Térouanne, à la frontière de celui d’Amiens. Lille formait un rectangle de 23 mètres de long sur 4 m. 20 de large dans œuvre. Les murs, bâtis partie en grès, partie en cailloux de silex noyés dans un mortier abondant et excellent, avaient 1 m. 20 d’épaisseur sur une hauteur de 4 mètres environ. Des contreforts très peu saillants divisaient l’édifice en cinq travées éclairées de très étroites fenêtres en plein cintre à encadrement de craie
Fie. 153. — Eglise d’Enoc. — Fenêtre du sanctuaire avant sa dégradation. — Profil de l’archivolte.
blanche taillée, avec arête abattue. Une fenêtre un peu plus grande (1 m. 80 de haut sur o m. 5o de large) s’ouvrait dans le mur du chevet (fig. 1 5 3). Son cintre est composé de six claveaux sans clef, et encadré d'une archivolte en tore déprimé, semblable à celles des fenêtres septentrionales de la nef de Ifillers et des baies du clocher d’Allouagne (diocèse d’Arras).
Le pignon occidental était percé à la base de quatre portes égales en plein
cintre et sans nul ornement, grossièrement construites en grès. Ces ouvertures avaient été murées. Elles devaient donner accès dans un narthex, et non dans un porche, car le pignon occidental avait la même hauteur et le même appareil que celui de l’est. Jusqu’en 1884, ce pignon et le mur sud du narthex étaient conservés et masquaient heureusement un misérable mur de refend qui sert de façade à l'église raccourcie après la Révolution. En 1887, le curé et les fabriciens d'Enoc ont employé leurs économies à détruire ces restes intéressants et encore très solides. Cette œuvre stupide a été accomplie sans qu’aucun dessin ait été fait pour garder le souvenir de ces pans de murs curieux et pittoresques. L’église d'Enoc n'a jamais été voûtée avant le début du xvie siècle. Une travée de voûtes d’ogives retombant sur des colonnettes et sur des culots fut alors établie sur le sanctuaire ; elle est extrêmement basse et d’un effet fort original.
La seule moulure romane (1) qui peut-être ait existé dans cette église a ses analogues dans des monuments de la région qui appartiennent au second quart du xuc siècle. L'arête coupée des fenêtres indique également que l'église d’Enoc n'est pas antérieure à ce siècle.
Ferques.
L’église de Ferques (2), sur le cap Gris-Nez, a été rebâtie depuis peu d’années. Elle avait à l’ouest une tour carrée (fig. i5q) qu’a décrite et dessinée M. J. M. Richard (3). Cette tour avait un portail moderne. Très probablement, la salle basse ne communiquait primitivement qu’avec l'intérieur de l’église, comme à Audinghen et à Saint-Léonard. Le rez-de-chaussée y était voûté de même en berceau plein cintre, et dépourvu de fenêtres, comme dans un donjon. Au-dessus, deux salles superposées avaient été remaniées au xvû siècle.
La première avait une bouche à feu défendant la face occidentale de la tour ; la seconde avait reçu une voûte portant une terrasse qu’entourait un parapet percé d’archères (4). Cet étage n'avait que des fenêtres carrées comme à Audinghen, mais sans colonnettes. Peut-être les avaient-elles perdues. Au dehors, les murs
dépourvus de contreforts s’amincissaient comme dans les tours précitées par des retraits en talus. Ils étaient au nombre de quatre.
Fig. 154. — Clocher de Ferques, d’après M. f. M. Richard.
(1) Cette moulure d’archivolte a été abattue en même temps que l’on détruisait la partie occidentale de l’église.
(2) Sur l’histoire de cette paroisse, voir Haigneré, ouvr. cité.
(3) Ouvr. cité.
(4) La date de ce parapet est bien établie par la trouvaille qu’on y fit lors de la démolition. Des tronçons de tuyaux de plomb maçonnés dans les murs contenaient diverses médailles françaises et espagnoles du xvie siècle.
Cette construction rustique a paru mériter d'être attribuée au xie siècle, mais si on la compare avec les tours d'Audi nghen et de Saint-Léonard on rabattra volontiers un siècle de cette attribution.
Frencq.
L'église de Frencq a été le chef-lieu d'un doyenné du diocèse de Boulogne.
En 1 35 5 , elle fut incendiée par le duc de Lancastre ; en 1737 (1), elle subit une restauration dans laquelle presque tous les ouvrages de bois durent être remplacés (2). Cette église présente actuellement la forme insolite d'une équerre : l'une de ses nefs a été rebâtie peu après 1 3 5 5 ; l'autre peut dater du xvi® siècle. A leur point de jonction, un beau clocher roman a subsisté jusqu’à ces dernières années. Il n'en reste plus que la partie inférieure, carrée, qui ne communique avec l’église que par une petite porte, et devait occuper soit l'ouest soit un côté de l'église romane, comme à Saint-Wlmer de Boulogne ou à Blangy-sous-Poix. De même que les tours de ces églises, le clocher de Frencq avait un étage supérieur octogone assez différent de celui qui a été récemment rétabli (3). Il peut être assez facilement restitué d’après un dessin d'architecte du xvni0 siècle (4) et d’après un dessin pittoresque exécuté peu d'années avant la démolition (5).
La face opposée à l’église du xive siècle est ajouré d’une fenêtre en plein cintre au rez-de-chaussée et au premier étage. Celui-ci a des archères sur les trois autres faces, et la fenêtre en plein cintre y est géminée. La partie correspondant au rez-de-chaussée est en grès et cantonnée de deux contreforts à chaque angle. L’étage octogone avait sur chaque face une fenêtre en plein cintre subdivisée en deux baies de même tracé dont le double cintre reposait sur trois colonnettes. Les tailloirs des colonnettes des piédroits étaient reliés entre eux, et les arrêts horizontaux des archivoltes prismatiques à trois faces se reliaient de même quelques centimètres plus haut, ce qui constituait une double ligne horizontale d’effet bizarre. La corniche se composait d'une tablette à biseau chargé de dents de scie, qui reposait sur des modillons ornés de têtes humaines. Cette tour avait beaucoup d’analogie avec celle de Lumbres près Saint-Omer, malheureusement détruite aussi dans ces dernières années (6).
Au xvme siècle, la tour de Frencq avait reçu un étage supplémentaire portant sur chaque face une baie en plein cintre à clef saillante qu'accostaient deux arcatures de même tracé mais moins hautes (7). Ce motif se retrouve près de
(1) Dubuisson, Antiquités du Boulonnois. Biblioth. de Boulogne, ms. 169 B., f° 574.
(2) Arch. du Pas-de-Calais, C. 168.
(3) Ce dernier est très orné, mais fort mal bâti : aux anciennes trompes on a substitué des linteaux de bois !
(4) Archives communales de Frencq.
(5) Ce dessin appartient à un habitant du pays.
(6) Voir M. J. M. Richard, Etude sur quelques clochers romans du Pas-de-Calais. ( Bulletin de la Commission départementale, t. IVJ.
(7) Cette ordonnance du xvjii0 siècle en harmonie d’échelle et presque de style avec la construction
romane à laquelle elle s'ajoutait était un exemple rare et curieux pour l’histoire de l’art. L’architecture de
ce morceau rappelait celle du portail de l’église de Francs (Gironde' construite en 1605 dans un style presque roman et sur laquelle mon confrère M. Brutails a donné une remarquable étude dans les mémoires de la Société archéologique de Bordeaux en 1893.
Frencq dans le château de Rosamel rebâti â la même époque sur des fondations du moyen âge ou de la Renaissance. Les deux restaurations ont du être 1 œuvre d'un même architecte, relativement original pour son époque.
C'est avec raison que MM. Souquet et Richard ont attribué la tour de Frencq au xn" siècle; elle datait probablement de ii3o à ii5o.
Houllefort.
L'église de Houllefort, près Belle, appartenait probablement être ruinée de même par les Anglais au xiv° et au xvic siècles. Elle a été restaurée au xviiC siècle et dans ces dernières années de telle sorte que l’on ne saurait assigner une date à ses murs qui ont â peu près la hauteur d’un homme. 'Crois pierres de Marquise ornées de belles sculptures romanes sont les seuls morceaux intéressants de ce tout petit édifice, rebâti peut-être avec les débris du prieuré du Wast par une sage économie de quelque prieur commendataire. Ceux-ci, en effet, laissaient crouler leur prieuré et étaient parfois contraints de réparer l'église d'Houllefort.
Deux des pierres sculptées de cette église occupent toutefois une place à laquelle elles semblent bien destinées : ce sont des lions à demi accroupis, saillants en haut relief de deux pièces longues, â extrémité profilée en cavet, qui ornent le bas des rampants du pignon occidental. Ces lions (fig. 1 5 5) sont d'un beau style de la première moitié du xue siècle.
Ils ont assez de dessin et de mouvement et appartiennent vraisemblablement â la date de ii25 à 1 1 5o.
au prieuré
du Wast et dut
Fig. 155. — Eglise de Houllefort. — Lions du pignon occidental.
C'est â la même époque que l'on peut attribuer une arcature provenant de la corniche d’un plus grand monument et maintenant engagée à mi-hauteur d’un parement extérieur de l'église de Houllefort. Cette arcature en plein ornée â son bord d’un rang de petites feuilles affecte la forme d'un demi-cylindre creusé d’un forme sa section.
Fig. 156. — Eglise de Houllefort, — Fragment d’arcature placée dans le parement extérieur.
cintre (fig. 1 56) â tympan lisse est d’eau. Une petite clef pendante trou au centre du disque que
Leubringhen.
L'église de Leubringhen, près Marquise, conserve une tour centrale carrée du xib siècle.
Cette tour se compose d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage en moëllons de calcaire oolithique de Marquise surmonté d'un second étage en pierre de taille qui est une craie blanche apportée des environs d’Ardres ou d’Etaples.
Le bas de la tour, cantonné de contreforts très plats, n'a pas d'ouvertures latérales. 11 repose à l est et à l'ouest sur des arcs en tiers point ornés de biseaux entre deux gorges amorties par des congés. Les impostes ont pour moulure un cavet surmonté d'un tore et d'un bandeau, avec onglets intermédiaires. La voûte est sur croisée d'ogives profilées de deux tores séparés par un angle. Des cubes à angle inférieur abattu, surmontés de tailloirs en quart de rond, forment des culots qui portent ces ogives.
Le premier étage et le bas du second sont percés au sud de grossières ouvertures carrées. L’étage supérieur est orné au nord seulement d'un cordon prismatique à trois faces. Au-dessus s'ouvre une petite fenêtre de i mètre sur o m. 40, à plein cintre formé de deux grandes pièces extradossées. La corniche est une simple tablette chanfreinée.
Cette tour, sauf peut-être une partie de ses murs inférieurs, n’est pas antérieure cà 1160 et appartient vraisemblablement au dernier quart du xuc siècle.
Leulinghen.
L’église de Leulinghen, près Marquise, n'est pas connue dans l'histoire avant la prise de Calais dont elle dut avoir à souffrir. Depuis 1 347, au contraire, elle marque une frontière politique, et sert de lieu de rendez-vous et de pourparlers à la diplomatie internationale. Nul monument n'est dès lors plus célèbre (1). Lorsqu'en 1401, Isabelle de France, veuve de l'infortuné Richard IL y fut rendue aux représentants de sa famille, un poète qui faisait partie du cortège officiel, lit de la cérémonie un récit qui gagnerait à être plus concis. Il décrit l’église, mais, hélas ! voici en quels termes :
Et emmenerent tout ensemble La royne à la chappelle De Lolinghehem qui est telle Que chascun scet qui l'a veue....
(1) En 1389, une trêve y fut conclue entre Charles VI et Richard II. Depuis lors, les diplomates, s’y donnaient rendez-vous presque chaque année. En 1392 les ducs de Berry, de Bourgogne, de Lancastre et de Gloucester vinrent v discuter longuement une trêve d'un an ; en 1393, on y traita en outre de l’extinction du schisme d’Oecident, et Pierre de Luna, qui peu de mois après devait être Benoit XIII, y prit la parole en faveur de Clément VU. En 1394 on v négociait une trêve de quatre ans et le mariage d’Isabelle, fille de Charles VI, avec Richard If. Ce mariage se fit en 1396, mais en 1399 Richard, trahi et détrôné par Henri de Lancastre, était tué dans sa prison. Immédiatement, des pourparlers reprirent à Leulinghen et aboutirent à la délivrance d’Isabelle qui y fut ramenée en 1401.
M. V. J. Vaillant a publié sur cet épisode historique une très intéressante brochure (Boulogne, 1887, in-8°l. Voir aussi D. Haigneré, Dict. hist., canton de Marquise.
Etant du nombre de ceux-là, je vais tâcher d'en donner une idée plus précise :
L édiiice devait singulièrement contraster avec le laste des personnages qui le fréquentaient. Il est bâti en calcaire de Leulinghen, sorte de pierre oolithique qui a la couleur du grès, et il consiste en un chœur rectangulaire, une tour centrale surmontée d un étage octogone et une nef simple.
Fig, i 57- — Tour de l’église de Leulinghen
Les murs n ont pas plus de 4 m. 40 de haut ; la tour en a 1 1 sans sa flèche de charpente. Le chœur, qui a été rebâti et agrandi a une date récente, parait avoir remplacé une construction du temps de Philippe-Auguste. Il y a peu d années qu en bâtissant à côté une sacristie on exhuma deux groupes de deux chapiteaux de cette époque dont la corbeille basse était garnie de larges feuilles terminées en crochets sphériques. Ils avaient pu porter un doubleau. On trouva
en même temps deux grossières statues posées debout côte à côte sur une torsade. L'une, mesurant un mètre de haut, était une femme ; l'autre était un homme beaucoup plus petit. Elles furent vendues à un antiquaire.
La nef parait dater du xic siècle. Elle conserve à l'angle sud-ouest, à l’opposé du vent de mer, un petit portail en plein cintre de i m. de large sur moins de 2 m. de haut, sans nul ornement, dont le tympan monolithe est couvert de coups de ciseau biais alternés formant des zigzags qui rappellent un peu le sarcophage mérovingien de saint Erkembode à Saint-Omer. Cette nef renferme aussi des pierres tombales du xive siècle.
La tour centrale (fig. 157) est la partie la plus intéressante. Elle repose sur des arcades en plein cintre et formait à propos un étranglement entre le chœur et la nef où l'on installait au xive siècle les logements des représentants de la France et de l'Angleterre. Le bas de la tour est voûté en berceau plein cintre et n'a d'autre ouverture qu'une porte pratiquée au nord et couronnée d’un linteau que portent des corbeaux chanfreinés. Elle mesure 1 m. 20 sur o m. 60. On accède au premier étage au moyen d'une échelle, par une porte ouverte sur la nef. Cet étage n'est éclairé que par deux archères percées au nord et au sud. Elles sont encadrées de pierre de Marquise, avec arête extérieure abattue. Deux retraits extérieurs en talus indiquent cet étage.
L'étage supérieur passe à l'octogone par le moyen de trompes demi-coniques chargées de petits toits triangulaires à deux rampants, ornés à leur base d'un cordon chanfreiné prolongé sur les faces latérales de la tour.
Des fenêtres en plein cintre de 1 m. 22 sur -o m. 60, sans aucun ornement, ajourent les faces nord, est, sud, sud-ouest et ouest de l'étage supérieur. Cette dernière est percée plus bas. Les cintres sont grossièrement appareillés en menues lamelles de pierre. Immédiatement au-dessus, de grossiers modillons en quart de rond, inégalement espacés, portent la tablette chanfreinée de la corniche. A l'ouest, ces modillons manquent. 11 est très probable que la tour a subi de ce côté une refaçon.
Les murs ont 1 m. d’épaisseur moyenne ; les joints sont épais, les pierres mal dégrossies. Le monument pourrait remonter à la lin du x i ' siècle, mais il appartient plus probablement au xne malgré son archaïsme et sa grossièreté d'exécution. La corniche à modillons n'est guère différente de celles de Notre-Dame de Douai et de Vitry près Arras, qui datent de la lin du xiuc siècle et doivent à la dureté de la pierre des formes très grossières.
Marquise.
L’église de Marquise était le siège d'un doyenné du diocèse de Boulogne. Henri VIII avant d'assiéger Boulogne en iêqq campa dans cette ville (1) ; durant
(i) La gravure d'un tableau figurant Henri Vilt levant le camp de Marquise figure dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Londres , 1788. Sur le camp de Marquise. Voir E. Déseillc, Année Boulonnaisc , p. 372. Voir aussi le Journal officiel du siège de Boulogne par les Anglais, traduit et annoté par M. C. Le Roy, Boulogne, 1863, in-8°.
la nuit, un orage terrible foudroya le clocher de l’église (i). Ce clocher fut alors restauré, et dans ces dernières années il a été rebâti.
Il remontait à l'époque romane et occupait le centre de l’église, dont les
autres parties avaient été refaites à diverses époques.
Cette tour est construite dans la belle pierre du pays. Les pleins de la construction sont en petits moëllons. Elle est portée sur quatre arcs en tierspoint doublés et sans moulures, assis sur des piliers couronnés de simples impostes. Au-dessus d'une voûte d’ogives récente, des trompes coniques, probablement apparentes autrefois car elles portent trace de peinture rouge, font passer la tour au plan octogone. Elles sont chargées de toits triangulaires.
L’étage octogone, qui ne s’élève pas à plus de 16 mètres du sol, était surmonté d'une flèche de charpente remplacée depuis peu par un second étage. 11 atteint 7 m. 5o de large au sommet et 8 à la partie inférieure. Un retrait extérieur existe sous cet étage et formait un talus au bas duquel régne un tore. Sur chaque face s’ouvre une fenêtre de 1 m. 25 sur o m. 5o. à angle extérieur abattu et à cintre simulé dans de grandes pierres extradossées. Elles sont aujourd’hui murées. A l’ouest, au sud et au nord, ces fenêtres, percées plus bas, ont leur appui tangent au retrait taluté de la tour. Les arcs de ces trois fenêtres sont tracés non en plein cintre mais en anse de panier, et à l'intérieur on peut constater que le linteau qui double hune d’elles est fait d’une pierre tombale du xivc siècle. Ces linteaux sont portés sur corbeaux entaillés d’un cavet. Ces trois fenêtres et les pans de la tour qu’elles ajouraient ont été
rebâtis après le sinistre de 1544. Les autres, percées plus haut, sont en plein
cintre au dedans comme au dehors, et datent vraisemblablement du troisième quart du xne siècle.
Pihen.
L’église de Pihen, située entre Boulogne et Calais, conserve un chœur demicirculaire des dernières années du xue siècle. Il est voûté sur branches d’ogives simplement épannelées qui retombent sur de sveltes colonnettes couronnées de chapiteaux assez beaux et assez originaux. Les feuilles qui forment les larges volutes de leurs angles sortent de dessous une seconde corbeille évasée dont la partie supérieure moulurée atteint la moitié de la hauteur du chapiteau et touche aux volutes. C’est la simplification d’un type de chapiteau qui se voit au porche oriental et au triforium de la cathédrale de Noyon.
Questrecques.
L’église de Questrecques, près Desvres, conserve dans chacun des murs latéraux de sa nef deux très grandes arcades en plein cintre dont les naissances sont presque â fleur de sol. Ni ces arcades, en belle pierre de taille, ni les piliers barlongs qui les séparent n’offrent trace d’ornementation. Semblable disposition se voit à Belle. Ces exemples doivent dater du xih siècle.
(1) Un document des State papers relatif à cet évènement, a été publié et commenté avec beaucoup d’érudition par M. V. J. Vaillant ( Impartial de Boulogne, 1888).
Réty.
L'église de Réty (i), près Marquise, dévastée pendant les guerres du xvic siècle, a perdu sa nef et garde un chœur très riche mais très mutilé de la Renaissance. Elle conserve aussi une lourde tour centrale carrée portée sur quatre grandes arcades en plein cintre sans ornement. L'étage supérieur n'est percé que de portes en plein cintre communiquant avec les combles, et de simples archères au-dessus de ceux-ci. Il n'y a jamais eu de voûte. La nef avait des bas-côtés ; il subsiste une des arcades qui les reliaient au transept. Ces débris semblent appartenir au xue siècle, mais l'absence de détails ne permet pas de les dater avec précision.
Saint-Étienne-au-Mont.
L'église de Saint-Etienne s'élève au sommet d'une haute colline qui domine à la fois la ville de Boulogne, la vallée de la Liane et le rivage de la mer. Ce petit monument s'aperçoit à plusieurs lieues de tous les environs. Malheureusement son architecture actuelle n'est plus digne de cette situation privilégiée.
Fig. 158 — Eglise de Saint-Etienne-au-Mont.
Donnée en 1 1 5 2 a l'abbaye de Saint-Wlmer de Boulogne 12), l'église a dû être reconstruite peu après. En i5qq, les Anglais la ruinèrent; en i63o, un prêtre qui en avait obtenu la cure, Louis Maquet, s’efforça de la restaurer (3).
Trois travées de nef quelque peu défigurées sont tout ce qui reste de la
(i) Signalée par M. J. M. Richard, par M. l’abbé Haigneré (ouvrages cités) et par M. l’abbé Parenty. [Bulletin de la Commission des Antiquités départementales du Pas-de-Calais , tome Ier). — Sur son histoire, voir Bull de la Soe. des Ant. de la Morinie , t. Ier, pp. 103 et 108; seconde partie, p. 1 1 7 ; t. II, p. 671.
>2j D. Haig'neré, Dict. Inst, et arcli. de l'arrond. de Boulogne. Boulogne, tome III, p. 366.
(3) Ibid.
construction du xue siècle. Elles doivent à la solidité exceptionnelle de leur construction d’avoir résisté aux tempêtes, aux ravages des Anglais et à ceux des vandales modernes.
Ces trois travées (fig. 1 58) sont basses et couvertes d'une voûte en berceau brisé sur doubleaux simples et peu saillants soutenus par des pilastres. Une imposte continue a pour profil un quart de rond surmonté d'un cavet. Les arcades en tiers point très épaisses reposent sur des piliers trapus et massifs dont les impostes, les angles et les bases, qui étaient épaufrés sans doute, ont été brutalement coupés au xvue siècle. Des murs latéraux rebâtis alors bouchent les arcades et remplacent les anciens bas-côtés voûtés de berceaux perpendiculaires au berceau central.
Cette ordonnance, unique dans le nord de la France, a été empruntée à l'architecture bourguignonne par l'intermédiaire des Cisterciens, qui ont répandu cette architecture dans toute la chrétienté et ont souvent fourni des modèles aux Chanoines réguliers fi).
On peut rapprocher de l'église de Saint-Étienne celle de Saint-Pathus (Oise) qui avait été donnée en i 102 aux moines Cisterciens de Molesmes (2). Ils y construisirent alors trois travées de nef voûtée en berceau brisé et de collatéraux couverts d'une suite de berceaux de même tracé butant la maîtresse voûte.
Il est grandement à désirer que l'église si rare et si curieuse de Saint- Etienne, pitoyablement restaurée dans ces dernières années (3) et menacée aujourd'hui d’abandon, soit conservée au moins dans sa partie ancienne.
Saint-Léonard.
L’église de Saint-Léonard (4) appartenait aux chanoines de Saint-Wlmer de Boulogne comme celle de Saint-Etienne et s'élevait vis-à-vis d'elle sur une colline de la rive opposée de la Liane et sur la voie romaine de Boulogne à Amiens. Il ne subsiste plus de cette église que des ruines et une grande et belle chapelle de la fin de l’époque gothique autrefois accolée au sud-est du monument. Elle a été gravée et décrite dans les publications de la commission départementale du Pas-de-Calais (5).
Les ruines consistent en une grosse tour carrée et en un pan de mur qui la relie à la chapelle. Cette tour bâtie en pierre du pays sommairement taillée et de petit échantillon occupait l'ouest de l’église. Pille est dépourvue de contreforts,
( 1 ) Les Chanoines ont imité les Cisterciens, par exemple, à Barletta en Pouille, à Ceccano et A Fercntino dans la province de Rome. Dans le Boulonnais, les chanoines de Beaulieu semblent avoir pratiqué la même imitation, et en Picardie les moines de Cluny ont porté à Athies, près Péronne, un plan et des retombées de voûtes de style bourguignon.
(2) Par une charte d’Eudes, seingeur du lieu, confirmée en 1112 par Manassès, évêque de Meaux. Voir la remarquable thèse sur L’ Architecture religieuse aux XI * et XII" siècles dans l'ancien diocèse de Meaux soutenue à l’Ecole des Chartes en 1894 par mon jeune et savant confrère M O. Join-Lambert.
(3) On y voit par exemple des peintures figurant de fausses croisées d’ogives sur la voûte en berceau, et la silhouette devenue déjà très médiocre au xvn" siècle a été rendue horrible par la reconstruction du chœur en faux style gothique.
(4) Sur l’histoire de cette paroisse, voir Haigneré, ouvr. cité.
(5) Statistique monumentale du Pas-de-Calais. Article de M. Morand.
et ses murs s’allègent par deux retraits taillés en biseau. Le rez-de-chaussée est voûté d'un berceau plein cintre qui suit l’axe de l'église ; à l’ouest est une porte de même tracé couronnée d’une archivolte en larmier qui ne peut être antérieure à la fin de l’époque gothique ; on voit à l’intérieur une reprise indiquant que cette porte a été percée après coup ou modifiée. Une arcade en plein cintre complètement simple, mettait l’église en communication avec le bas de la tour; au-dessus, une petite baie de même tracé s’ouvrait du premier étage de la tour sur les combles de la nef. Ce premier étage est éclairé à l'ouest par une baie semblable et plus petite. Le deuxième étage, ruiné, conserve au sud-ouest une baie rectangulaire allongée, semblable à celles de l'ancienne tour de Ferques.
Un escalier en vis, accolé à l’angle nord-est de la tour, conduit de l’église au premier étage ; il est logé dans une tourelle cylindrique couronnée d'une corniche en quart de rond et couverte d'une voûte en coupole conique dont les reins portaient un toit de tuiles protégé par un solin. Le pan de mur qui reste de la première travée occidentale du bas-côté sud et les arrachements que l'on voit près de là sur la tour montrent que ce collatéral était étroit et couvert de voûtes d’arêtes. 11 en subsiste une petite fenêtre en plein cintre doublé d’un ébrasement rectangulaire et un jambage de portail surmonté d’un corbeau mouluré. Le haut de la tour a subi une refaçon détestable à la fois sous le rapport du style et de la solidité de l’édifice (i).
Cette tour et le reste de l’ancienne église peuvent être attribués au xu” siècle.
Saint-Pierre-lès-Calais.
La paroisse de Saint-Pierre avait été donnée à l'abbaye de Saint-Bertin par Arnoul 1er le Vieux, comte de Boulogne. Cette donation fut confirmée en 962. Saint-Pierre était une communauté de pêcheurs dont un hameau, Calais, bâti vers le xne siècle sur des relais de mer, devint une place forte au xm\ Aujourd'hui, cette ville réunit de nouveau les deux localités.
Pourquoi cette ville si pauvre en monuments intéressants n'a-t-elle pas cru devoir conserver le seul témoignage de son ancienneté?
L’église de Saint-Pierre, récemment démolie, avait à l’ouest une tour carrée en craie datant en grande partie du xvi” siècle, mais dont le bas, beaucoup plus ancien, était formé d'une maçonnerie grossière en éclats de pierre dure (stinkal) noyés dans le mortier. Cette base mesurait 9 m. de large à l'est et à l'ouest et 9 m. 5o au sud et au nord, et s’élevait encore à i5 mètres environ à l'ouest. AI. de Rheims, bibliothécaire à Calais, a consacré à la tour de Saint-Pierre une notice (2) dans laquelle il attribue au ix" siècle cette partie basse, très analogue à celle de la tour de Coquelles. Cette assertion n’est pas inadmissible, mais rien
n’empêche davantage de croire que ce débris remontait à 1100 environ ; à moins
de deux siècles et demi on ne saurait dater cette barbare et assez insignifiante construction.
(1) Les murs ont été rehaussés, mais il n’a été fait aucune couverture : les eaux pluviales tombent sur
la voûte et s’écoulent dans l’escalier. De faux mâchicoulis et un crénelage inutile couronnent les murs. La chapelle a reçu un bas-côté aussi mal construit et d’aussi mauvais style.
(2) Bulletin de la Commission des Antiquités départementales du Pas-de-Calais , t. Il, 1862, p. 100.
Saint-Vaast.
La paroisse de Saint-Vaast, près d'Hesdin, a été rattachée au diocèse de Boulogne après la destruction de Térouanne. L’église appartenait aux Bénédictins d’Auchv, et leur cartulaire la mentionne à la date de 1079 sous le nom de] Dun Vethest (1). Elle est actuellement réunie à la paroisse d’Aubin. Les administrateurs de la commune, jugeant bon de ne conserver qu'une église, ont choisi celle d'Aubin, croulante et dépourvue d'intérêt. Celle de Saint-Vaast a été démolie, mais on en a heureusement conservé le portail, seul morceau intéressant.
Ce portail (fig. 159) en plein cintre a trois voussures ornées de gorges et de tores qui retombent sur des colonnettes élégantes. Leurs chapiteaux à crochets sont surélevés; les fûts sont divisés au centre par une bague formée de trois tores et de deux scoties ; les bases attiques sont bien tracées ; les tailloirs et l'archivolte sont en larmier bombé ; le tympan et le linteau appareillé sont unis et reposent sur des corbeaux peu saillants.
Ce portail est en craie et cette pierre trop tendre est aujourd’hui très fruste. Le style est le même que celui du clocher de Hangest-sur-Somme et des portails de Fietîes et de Beaulort ; ce morceau date donc des dernières années du xiû siècle.
Fig. 159. — Eglise de Saint-Vaast. — Portail.
Tournehem.
Le bourg de Tournehem, limitrophe des diocèses de Térouanne et de Boulogne, a une église gothique bizarre datée de 1698, et dans laquelle est conservée une nef du xuc siècle mesurant 4 m. q5 de large, 21 m. 12 de long et 11 m. q5 de haut. Pdle n'a jamais été voûtée ; ses cinq travées ont des arcades simples en plein cintre ornées sur les angles de tores probablement récents et portées sur des colonnes de grès de 1 m. 20 de diamètre. Les chapiteaux très évasés ont à leurs angles de larges feuilles à trois lobes sans crochets, analogues à celles des gros chapiteaux de la nef de Lucheux. Un chapiteau identique se voit dans le cimetière
(1) Voir la notice du Baron A. de Galonné sur la commune d'Aubin-Sainl-Vaast dans son histoire de l’arrondissement de Montreuil. (Dictionnaire historique du Pas-de-Calais ; Montreuil Arras, Sueur-Charrucv 1875, i n 8°q.
de Souchez, près Béthune, et les piliers de celle de Dury près Ham, offrent une variante curieuse du même type.
Les tailloirs ont été défigurés par des moulures modernes, et les colonnes avec leurs chapiteaux ont été enfermées au xvmc siècle dans des caisses de menuiserie semblables à des armoires mais qui en diffèrent malheureusement en ce qu'elles ne peuvent s’ouvrir.
Le reste d'architecture appartient à la seconde moitié du xnc siècle.
Le Wast.
On a vu comment la sainte comtesse Ide, mère de Godefroy de Bouillon, aussitôt quelle fut veuve, vendit ses alleux et fonda trois établissements monastiques : le premier fut Saint-Wlmer de Boulogne, le second fut un prieuré de l'ordre de Cluny, Saint-Michel du Wast (i). Le moine à qui nous devons ces détails ne donne pas la date de cette fondation, mais il y fait intervenir l'évêque Gérard, qui occupa le siège de la Morinie de io83 à 1099. O'1 peut, de plus, être certain que la fondation fut faite avant celle de La Capellc, dernière œuvre de sainte Ide, qui y consacra le produit de la vente de ses biens d’Angleterre, mais la date de la fondation de La Capelle, 1091, n’est donnée que par Jean d’Ypres et Lambert d’Ardres qui vécurent longtemps après. Sainte Ide mourut à La Capelle en 1 1 1 3 , la nuit du dimanche de Quasimodo, et fut enterrée au Wast, selon son désir.
Le prieuré qui posséda dès lors son tombeau miraculeux jouit d’une grande prospérité jusqu’au xive siècle. L’invasion anglaise qui détruisit La Capelle (1346), Andres et Beaulieu (1390), ne dut pas épargner Le Wast; mais dès i323, ce prieuré était à demi ruiné, comme en témoignent les définitions du chapitre général de Cluny (2).
(O Voici le récit de cette fondation selon le manuscrit 1173 de la bibliothèque royale de Bruxelles que Heinsscliius a fort mal copié dans les Acta Sanctorum (il y a passé le nom même du Wast). « ïunc quippe veneratissima Ida, Dei gratin cdocta, et ad meliora perficienda hilari animo atque corde devoto semper intenta, locum
quemdam in territorio Boloniae nomine Gazonis villa a filio suo Eustachio, comité Bnloniae, magnis et devotis precibus expetit, cujus assensum et auxilium pia mater promeruit, et quasi ad ressuscitandum ilium locum pervenit. Locus autem ille antiquitate rerumque temporalium felicitate famosus extiterat, sed, mole peccaminum
exigente, pene ad nihilum redactus erat. Adveniens illuc venerabilis Ida, piissimi Gerardi Taruannensis
episcopi assensu consilioque roborata, redemit quae fuerant ejusdem loci calumniata ; dirutam ecclesiam reparavit, ornamentis et codicibus exornavit, ut cum Psalmista Deo diceret : Domine, dilexi decorem domus tuae, claustra quoque reedificavit, redditibusque et multis opibus ditavit, insuper ipsum locum sua presentia inhabitans decoravit. Intérim nempe S. Hugoni abbati ut mitteret Cluniacensis ecclesiae quosdam fratres ad locum Wast appellatum institutione monastica in normandum supplicavit, atque cum multiplicatis et devotis precibus exoravit quatenus eam in filiam adoptionis redimeret, et inter fratres spiritualité!- hereditaret. Sanctus vero ac Deo dilectus Hugo haet audiens, sciensque sanctitatem et devotionem ejus, desiderio atque petitioni dominae devotae satisfecit. »
Le Wast appartenait jusque-là à Saint-Bertin dont le cartulaire désigne ce lieu depuis 954 sous les noms de Wachon Villers, Wasconvillare, Wastavillare, Wastonvillare, Wastamvillare et Wast. L’hagiographe de sainte Ide ajoute à ces formes Gazonis villa.
(2) « Domus de Vasto est multipliciter in edificiis ruinosa, quorum quedam ex hiis penitus corruerunt.
Prior ejusdem excommunicatus perstitit pro deffectu solutionis duplicis vicesime atque pastus. Anno preterito
Le relevé des revenus du diocèse de Boulogne en 1729 (1) signale au prieuré du Wast un vieux bâtiment et un jardin ; quant à l’église, l’évêque Pierre de Langle en avait fait une paroisse en 1721 (2).
Le prieuré du Wast a été l'objet de plusieurs notices historiques très intéressantes et d’études archéologiques assez défectueuses (3).
L'église occupait le côté nord de l’enclos du prieuré. Elle est bâtie en calcaire oolithique de Marquise assez bien appareillé. Elle comprenait originairement un chœur élevé sur une crypte, un transept, et une nef flanquée de bas-côtés. Cette nef avait environ 28 mètres de longueur ; elle comprenait cinq travées à arcades suivies d'une travée de 6 m. 40 de long où les arcades étaient remplacées par un mur plein buttant les grandes arcades du transept. Le chœur était probablement simple. Les grands arcs de la croisée, qui peut-être portaient une tour comme à Notre-Dame de Boulogne, ne reposaient que sur des piliers couronnés d’impostes moulurées. Ces arcs étaient légèrement brisés, comme la grande fenêtre du chevet de Saint-Wlmer de Boulogne. Les arcades de la nef étaient à deux bandeaux et avaient pareillement un tracé aigu. Les piliers rectangulaires portaient sur chaque face une colonne engagée : celles du bas-côté avaient des chapiteaux cubiques disparus depuis une vingtaine d'années ; ils portaient des arcs doubleaux entre lesquels il semble que les bas-côtés aient eu des voûtes d’arêtes.
Le chœur, le transept, les bas-côtés et le haut des murs de la nef ont disparu ; la crypte qui contenait le tombeau de la sainte subsistait peut-être encore en partie en 1 669 lorsque ses reliques furent enlevées du Wast, mais aujourd’hui le sanctuaire a fait place à des champs labourés ; la pierre tumulaire très mutilée dans laquelle on prétend reconnaître l'effigie de la sainte date du xiv° siècle (4) ; si c'est un tombeau de sainte Ide, il a certainement été refait.
La seule partie de l'église qui reste intacte est le portail roman tracé en plein cintre surhaussé à trois voussures que portent des colonnes surélevées.
Les deux voussures intérieures sont ornées de gros boudins qui rappellent ceux des fenêtres du déambulatoire de Morienval ; la troisième voussure, plus large, est ornée de deux rangs de zigzags peu saillants mais très finement exécutés séparés par des gorges peu profondes. Cette voussure est encadrée d'une archivolte à double rang de dents de scie. Les colonnes ont des bases attiques et des tailloirs à moulures diverses profilées seulement sur la face latérale, sous les retombées. Quant aux chapiteaux, ils sont variés : l’un est une grossière imitation
relatum extitit quod prior ejusdem viginti marchas argenti, quos domus habet in Anglia redduales, cuidam scutifero concessit ad vitam ; ad diffinitum quod dictam alienationem studeret, infra capitulum quod nunc est revocare, alioquin débité puniretur. Non apparet quod hoc fecerit, neque constat. Quare diffiniunt diffinitores quod domnus Abbas remedio provideat oportuno, et puniat prout justum fuerit et consonum rationi. » (Texte publié par M. F. Morand dans les Documents inédits ; Mélanges historiques , 187^).
(1) Arch. départ. Dépôt de Boulogne, lettre G.
(2) Registres paroissiaux.
(3) Abbé Parenty. Notice dans la Statistique Monumentale du Pas-de-Calais, tome 1er, 1850, avec planches. — D. Haigneré, Mèm. de la Soc. des Antiq. de la Morinie, 1854. Dict. liist. et arch. du Pas-de-Calais , arrond. de Boulogne, 1880. Les origines et le nom primitif du bourg du Wast , communication à la Société .l<c?démique de Boulogne, 2 juillet 1890.
(4) Il existe dans l’église d’Esquerdes, entre Boulogne et Saint-Omer, une statue tombale tout à tait analogue.
de chapiteau corinthien ; un second figure des oiseaux becquetant une volute d'angle ; sur un troisième, la volute est une sorte de palmette rattachée à des encarpes ; un quatrième chapiteau est orné de deux quadrupèdes, de feuilles d'acanthe et d'une volute ; un autre imite le composite ; enfin le dernier a sous sa volute d'angle une tète de félin rattachée à deux corps de dragons.
Le portail fait sur la façade une saillie que couronne un fronton probablement moderne, couronné d'une moulure. Au centre et à la pointe de ce gable sont adaptés des chapiteaux qui paraissent dater de la fin du xue siècle et provenir des bâtiments claustraux. Deux sont isolés et quatre autres réunis en groupes de deux. Ils viennent de baies de cloître, de clocher ou de triforium.
Au-dessus du portail, règne un cordon formé d’une torsade surmontée d’une scotie et d'un bandeau. L'exécution en est fine et peu vigoureuse. Ce cordon est interrompu sur une certaine longueur par des pierres portant un autre motif courant : de petites feuilles d'eau y remplacent la torsade.
L'ouverture de la porte est tracée en plein cintre ; son centre est à peu près au niveau des astragales des chapiteaux qui portent la voussure supérieure et n'occupe pas l'exact milieu de la porte. Ce cintre n’est pas extradossé. Ses claveaux, très singuliers, sont au nombre de treize, de même dessin mais non de même grosseur ; ceux qui forment la clef et les sommiers sont de dimension sensiblement plus grande que les dix autres répartis entre eux.
Ces claveaux forment une dentelure : la douelle de chacun d'eux est ornée d’un tore accosté de deux cavets qui, en rejoignant ceux des claveaux voisins, déterminent des canaux au droit de chaque joint. La clef et les sommiers portent un tore énorme accosté de deux baguettes du même calibre que les tores des petits claveaux et raccordées pareillement à des cavets.
A première vue, on peut se demander si ces claveaux ne sont pas des tronçons de piédroits moulurés ou de branches d’ogives recueillis dans les ruines et utilisés dans une restauration comme les chapiteaux aujourd'hui retournés et murés dans le fronton. C’avait été, je l’avoue, ma première opinion, mais plusieurs raisons m'y ont fait renoncer ; les voici :
Les canaux qui séparent les claveaux sont parfaitement réguliers et les faces latérales de ces claveaux sont très bien dressées suivant des rayons partant du centre de l’arc ; s'ils avaient subi un remaniement, celui-ci aurait été exécuté avec un soin peu en rapport avec le procédé même de la restauration qtii eût utilisé de vieux débris. Les proportions des moulures ne concordent pas non plus absolument avec les dispositions habituelles des ogives et piédroits du xu° siècle en Picardie. Au contraire, le dessin concorde absolument avec celui qui orne les
piédroits et voussures du portail roman de Ganagobie, qui appartenait également a l’ordre de Cluny ( i j. Le portail de Ganagobie est de la fin de l’époque romane; celui du Wast pourrait donc en avoir été le modèle. Les tronçons de tores, grands et petits, alternent régulièrement à Ganagobie, mais au Wast les trois
f i ) Ganagobie est situé clans le département des I lautes- Alpes. On peut consulter sur ce prieuré la notice de M. A. Milon dans le volume de la XLVe session du Congrès archéologique de France, 1879, p. 608. On trouvera une reproduction du portail de Ganagobie dans Y Annuaire de l'Archéologue fronçais. par M. A. Saint-Paul, même année, pages 44-45
grands claveaux forment clef et les impostes représentent une disposition propre à la région : l'arcature de corniche qui se trouve dans un mur de l’église voisine
de Houllefort et qui pourrait venir du Wast, a précisément une petite clef en
forme de tronçon de tore ; à Ames, à Esquerdes, à Guarbecques, à Sercus, des
arcatures de corniches et des baies de clochers ont les mêmes petites clefs, et
elles se trouvent accompagnées d’impostes comme au portail du Wast dans le
clocher de Verquin près Béthune. Enfin, une arcade romane à redents découpés alternativement en tores et en gorges comme au portail du Wast existe à la
tribune occidentale de la chapelle du château de Fribourg sur l’Unstrutt, qui date de la fin du xi ic ou du début du xme siècle. Les portails à arcs lobés ou dentelés suivant ce système ne sont pas très rares en Allemagne et sont de règle générale dans bile de Gotland, mais tous ces exemples appartiennent à un style gothique avancé. Le portail du Wast pourrait donc être le plus ancien exemple de cette décoration et l’un des deux seuls que possède la France (i) ; de plus, comme ces deux monuments appartiennent à l’ordre de Cluny, on aurait ici un des très rares exemples de l’influence de cet ordre sur l’architecture.
Le portail du Wast semble remonter à une date très voisine de 1100. Nous
savons par la vie de sainte Ide que la crypte du Wast existait en iii3, puisqu’elle y fut alors ensevelie et la fondation remontait alors à un assez grand nombre d’années pour que l’église put être achevée. Cela est d’autant plus probable que l’on avait coutume de commencer les constructions d’églises par le chœur et de les terminer par la façade et que le portail ne saurait être postérieur que de bien peu d’années à cette date ; rien n’empêcherait même qu’il eût été bâti dès les dernières années du xic siècle.
Lin bénitier trouvé près de ce portail figure un chapiteau sans abaque à
angles garnis de volutes, et creusé sur le dessus d'une cuvette hémisphérique.
Ce débris rare, comme le portail et le reste de la nef, date bien des dernières années de la vie de sainte Ide.
Le seul reste qui subsiste du prieuré est une porte d’entrée perpendiculaire à la façade de l’église. Elle ne date que de la seconde moitié du xnc siècle. Elle se compose de très grandes arcades en plein cintre portant un bâtiment supérieur qui servait de logis au portier. L’arcade bordée d’un boudin amorti par des
congés repose ainsi que son archivolte moulurée sur une imposte pareillement
moulurée d’un cavet. Il semble qu’il y ait eu deux arcades égales. L’une d’elles et le logis ont été refaits au xvi° siècle. On sait que la porte d’entrée de l’abbaye de Cluny présente de même deux arcades romanes (2) imitées des portes antiques à deux arcades qui se voient encore à Autun, Trêves, Vérone, etc.
1) Il ne convient pas on effet d'assimiler leur dessin à celui des portails romans à arcs et à piédroits dentelés d'une suite de lobes déterminant entre eux des ang'les vifs. Ce système appartient à l'école auvergnate (portails de Larouet et Menât ; oculus de l’église de Royat). Il s’est répandu en Languedoc (Conques, Moissac, Petit-Palais) en Limousin (Le Dorât) jusqu'en Poitou (Saint-Médard de Thouars, et exceptionnellement en Bourgogne (Montréal près Avallonl. 11 a été très en faveur dans la vallée du Rhône (Eglises du Puy-en- Velay ; église de Cruas, etc.) et a été importé en Espagne grâce à l’influence des moines île Clunv (portail de Toro). Il s’y applique même à un grand arc doubleau de Saint-Isidore de Léon.
(2) L’abbaye cistercienne de Clairmarais près Saint-Omer, a aussi une porte d’entrée composée de deux grandes arches en plein cintre. Elles reposent sur une colonne centrale et sont encadrées d’un grand arc de décharge. Cette porte monumentale parait remonter au xirL siècle.
Wierre-Effroy.
L'église de Wierre-Effroy ii) appartenait à l'abbaye de Notre-Dame de Boulogne. Ea légende de sainte Godeleine (2) mentionne l'existence de ce village au xc siècle.
L'église se compose d’un chœur et d’un transept voûtés du xvie siècle, d'une nef sans voûte et peu intéressante du xme ou du xiv" dont on a démoli en 1828 le portai] en plein cintre orné de deux colonnettes (3), et enfin d’une tour centrale carrée qui peut dater du xnc siècle. Elle s'élève sur des arcs en tiers point doublés que portent des piliers couronnés de simples impostes. Cette partie basse a reçu une voûte et des moulures du xvû siècle. L’étage supérieur est ajouré sur chaque face de deux fenêtres jumelles de 1 m. 3o sur o m. 40, à
plein cintre simulé dans des linteaux. L’arête extérieure de ces baies est abattue.
Elles ne sont percées que dans le parement ; elles sont doublées d’ouvertures plus grandes amorties en arc surbaissé. La même disposition intérieure se voit dans un beau clocher de la fin du xifl siècle à La Beuvrière, près Béthune. La corniche est
une simple tablette chanfreinée. Sous les quatre angles sont plantés en biais de
petits modillons à billette surmontée d’un biseau, qui semblent disposés pour porter une gargouille absente. Si ces ridicules accessoires sont romans, ils ont été certainement déplacés. La flèche d’ardoise date du xvme siècle.
Ce piètre édifice renfermait une magnifique cuve baptismale de la première moitié du xue siècle, transportée aujourd’hui au musée de Boulogne, décrite et reproduite plus haut. (p. 33).