‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picarde (volume 2)Chapitre 25 sur 30 · COLLEGIALE SAINT-OMER DE LILLERS · texte numérisé non relu

COLLEGIALE SAINT-OMER DE LILLERS

Le document qui nous donne ces renseignements ne dit rien de l’église, car c'est une enquête faite dans le but d évaluer les pertes subies par les gens taillables qui sollicitaient une modération. Les chanoines étaient hors de cause, mais l’église n’est pas mentionnée parmi la faible partie de la ville qui avait échappé au sinistre ; il est donc bien probable qu’elle fut atteinte et que c'est à la date de 1 5q2 qu'il faut rapporter la ruine partielle dont elle garde les traces ainsi que des refaçons importantes appartenant à la dernière période de l’art gothique.

En 1 633 , on fit des agrandissements dans la partie réservée à la paroisse. C’était le bras nord du transept, mais le bas-côté en faisait aussi partie sans nul doute : ses voûtes portent la date de cette refaçon signalée d'autre part dans des documents écrits. (1).

Au commencement du xvuc siècle, la ville de Lillers subit de nouveaux ravages: durant les années 1709, 1710, 1712, les armées de Louis XIV et celles des alliés assiégèrent tour à tour Béthune, Aire, et Saint-Venant dans le voisinage immédiat de Lillers qui eut énormément à souffrir de ces opérations militaires (2). Le 20 janvier 1716, la municipalité présentait à l’intendant un état de ses dettes, qui étaient écrasantes (3). Les ressources de la ville ravagée n’avaient pu suffire à la réparation des dégâts, et bien des travaux restaient à faire. Pour ne parler que de l'église, on avait dû rebâtir un des bas-côtés de la nef en 1 633 ; en 1722, on vit que l'autre menaçait ruine, l’intendant Chauvelin en autorisa la reconstruction ; en 1726, le travail était terminé, car on régla les comptes (4). Une ciel de voûte est datée de 1723.

xMais ce n’était pas la fin des malheurs de l’église de Lillers ; les chanoines et les paroissiens prirent bientôt â tâche de la défigurer suivant le goût du moment : Ceux-ci lambrissèrent le bas des murs et même les piliers qui furent sapés avec sauvagerie. Le résultat du travail des paroissiens fut le bouclement des murs de la net qui menaça bientôt leur sécurité. Les chanoines, ne voulant pas être en reste, s’attaquèrent aux fenêtres du chœur : les unes furent bouchées ; les autres élargies. Dans toute l’église, on aveugla le triforium, on coupa les moulures et l’on étendit

entièrement prins prisonniers et mis a grosse renchon, saulf deux ou trois, et leurs biens pillez et ravis par iceulx François, lesquelz a leur partement brullerent entièrement ladicte ville, saulf trois ou quattre maisons, si furent pareillement bruslez, les trois faubours de ladicte ville, de sorte que ne demourerent que quinze maisons préservées du feu. »

(1) Arch. comm. de Lillers. Eglise, 8 juin 1 63 3 . « Conditions et moyens projectez pour en deschargeant les paroissiens de la paroisse de Lillers de l’achevement de leur chapelle paroissiale, qu'ils avoient commencez pour accommoder le peuple qui va croissant, notablement les pourvoir du gré et consentement de MM. Doyen et Chapitre de l’église collégiale de St.-Aumer audict Lillers d’un lieu plus convenable, tel qu’est le chœur de ladicte église. »

(2) Arch. départementales du Pas-de-Calais, C. 277.

(3) Ibid.

(4) Ibid. Requête à MM. les maire et bourgeois notables tenants lieu d'échevins à Lillers (s.-d ) Représente humblement le sieur Corneil du Bosca, curé de cette paroisse de Lillers, qu’il est du désir de tous les paroissiens et du vôtre en particulier que le côté droit de la nef de l’église paroissialle soit conforme au côté gauche, tant pour la décoration que pour prévenir le péril qu’il y a à la voûte, qui est crevassée et en danger de causer grand désordre. Vous sçavez que c’est un ouvrage à faire qui exigera de la dépense,

qu il est difficile de percevoir si on ne trouve pas des ressources extraordinaires » Ibid , 14 mars 1722,

Réponse de la municipalité accordant 1000 livres sur le nouvel octroi sous le bon plaisir de l'iniendant -

b juin 1722, autorisation de l'intendant Chauvelin — 14 juin 1725, ordre au sieur Gilles de Bérode, argentier de la ville, de payer 1000 livres au sieur Dubosca, curé. — 11 mai 1726, quittance du sieur Dubosca.

un épais plâtrage. Le soin de ces embellissements faisait négliger complètement l’entretien : on laissa s’écrouler la grosse tour, dont la ruine entraîna de graves dégâts. La Révolution survint, et l'église, aussi peu entretenue que par le passé, ne fut plus, du moins, enlaidie avant 1821. A cette époque, des amis de l’architecture gothique, mais de ces amis auxquels La Fontaine préférait justement un sage ennemi, rendirent au monument décapité une tour qui, si elle ne défie guère le ciel, défie certainement toute description. Ils la gratifièrent en outre d’un plafond imitant des voûtes d’ogives qui n’avaient jamais existé.

En 1 885 , le classement de l’église de Lillers comme monument historique intervint à temps pour la sauver. Des réparations urgentes y furent entreprises aussitôt tant aux frais de la commission que de la municipalité et M. Danjoy, architecte du gouvernement, assisté de M. Van den Bulcke, architecte départemental, achèvent de mener à bien cette délicate restauration.

L’église de Lillers (1) est entièrement bâtie en craie blanche du pays, sauf les piliers et arcades du carré du transept construits en grès pour résister au poids de la tour. Le plan (fig. 171) comporte un chœur demi-circulaire de onze travées avec un déambulatoire et trois absidioles, un transept saillant de deux travées au-delà du déambulatoire et muni de collatéraux, une chapelle composée de deux travées et d'un cul de four s’ouvrant sur le collatéral de l est de chaque croisillon ; enfin une a nef de six travées et un narthex d'une travée accostés de collatéraux.

La tour s'élevait sur le carré du transept, et la façade occidentale est flanquée de deux tourelles carrées contenant des escaliers en colimaçon dans des cages circulaires. Ces escaliers desservent la tribune, le triforium et les combles. Ces tourelles, comme la tour centrale, rappellent Saint-Georges de Boscherville, l’église du Bourg-Dun et autres édifices normands. L’ordonnance intérieure de la nef (fig. 172) n’est pas moins normande. Les piliers carrés (2) sont cantonnés de quatre colonnes recevant la voussure intérieure des arcades, les doubleaux des bas-côtés et les fermes de la charpente de la nef, car le vaisseau central n’a jamais eu de voûte.

Les piliers sont extrêmement surélevés. Les arcades ont trois voussures de tracé brisé sans moulures. Au-dessus règne un cordon couvert de fleurettes à quatre feuilles aiguës puis un triforium dont les arcades en plein cintre encadrent un tympan sans ouverture ni ornement porté sur deux arcs de même tracé que soutiennent trois colonnettes. Deux autres colonnettes garnissent les piédroits de la baie. Une moulure d’archivolte en coin émoussé encadre l’arc supérieur. Un second cordon, orné d’un simple corps de moulures (baguette, scotie et filet) règne entre le triforium et les fenêtres hautes, en contournant également les colonnes. Cellesci sont couronnées de simples tailloirs ronds. Les piédroits des fenêtres sont garnis de deux petites colonnettes à chapiteaux sculptés sans abaque.

(1) Longueur totale dans œuvre : 56 m. 65 ; hauteur des murs du vaisseau central : 15 m ; largeur du vaisseau central : 6 m. 35; largeur du déambulatoire et des anciens bas-côtés: 2 m. 48 ; hauteur sous voûte: 7 m. 25 ; largeur du transept : partie centrale, 6 m. 40 ; bas-côtés : 2 m. 45 à 3 m. 20; hauteur des pignons : 20 m. 45. Toutes ces hauteurs sont prises dans l’état primitif du monument et doivent être diminuées de 1 m. si l'on veut tenir compte du remblai qui existe aujourd’hui tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.

(2) Les angles de ces piliers avaient été coupés au xvne siècle. Ils ont été rétablis dans la dernière restauration .

Goi^üpclicrç piîmpUve Porüorip détruite^

Fig. i 7 i . — Eglise de Lillers. — Plan.

Le narthex n'est pas voûté. Il communique avec la nef par une grande arcade en plein cintre, et avec les bas-côtés par deux petites arcades en tiers point. La tribune s’ouvre sur la nef par un grand arc brisé à piédroits garnis de colonnes courtes.

Les bas-côtés pouvaient avoir une voûte d’arêtes ou peut-être, comme à Saint-Etienne de Beauvais, des voûtes d’ogives.

L'ordonnance du chœur est toute différente. Les grandes arcades sont d’une extrême acuité ; les piliers sont cylindriques et couronnés de gros chapiteaux carrés sculptés. Le triforium est remplacé par une suite continue d’arcatures en plein cintre ornées de zigzags et reposant sur des colonnettes accouplées à fûts indépendants. Les chapiteaux extrêmes étaient cubiques ; il semble que les autres aient tous eu de larges feuilles pleines à crochets qui pouvaient être une retouche de la fin du xne siècle. De deux en deux, les arcades encadrent des portes rectangulaires, baies de triforium d’une forme assez rare : on la rencontre toutefois en Normandie dans l’église romane de Saint-Georges de Boscherville et au xiiic siècle à Saint-Pierre de Lisieux. C’est après coup seulement, lorsqu’on agrandit les fenêtres, que les baies du triforium du chœur de Saint-Germain-des-Prés reçurent la forme carrée, mais le triforium du chœur de Li 1 1ers a dans l'Ilede-France un autre analogue : ce sont les baies rectangulaires qui s’ouvrent au-dessus du triforium de Saint-Germer, église qui a subi une influence normande fi).

Dans le transept, les arcades et piliers sont semblables à ceux de la nef ; le triforium a la même forme, mais n’est pas décoré d’arcatures ; un arc de

décharge en

plein

cintre

sans nul ornement

surmonte

chacune

des

baies

rectangulaires.

Les piliers du

carré

du transept

n'ont

ni colonnes

adossées ni

même

d’impostes ou

autres

moulures. Ils portent

quatre

grands arcs

en tiers

point.

Cette

partie de l’église a subi mainte refaçon. La voûte du carré du transept date du xvie siècle. Il en est de même de la plus grande partie du déambulatoire qui, rebâti cependant sur ses fondations primitives, conserve encore dans sa maçonnerie quelques pans des anciens murs. Des chapelles polygonales ont été substituées aux absidioles dont il reste toutefois quelques arrachements. On voit même un fragment du cordon torique qui régnait à l’extérieur du déambulatoire et des absidioles et y contournait le cintre des fenêtres.

Les collatéraux du transept ont disparu, ceux de la nef ont été rebâtis et élargis.

La sculpture est lourde et grossière ; analogue à celle de Berteaucourt. On y voit des chapiteaux cubiques, et beaucoup de chapiteaux à larges feuilles pleines à pointe remontante et enroulée sous les angles du tailloir. C'est le type des chapiteaux du chœur. Les feuilles de l’un d’eux sont ornées d’autres feuilles et

(i). Dans sa corniche à arcatures entrecroisées. L’église de Saint-Germer est, du reste, proche de la frontière de Normandie, et l’école romane de Normandie empiète en divers points sur celle de l’Ile-de-France : ainsi l’église de Gassicourt près Mantes a des colonnes appareillées à celles d’Ecrainville et de Colleville dans le Calvados ; sa tour a été une lanterne, et son portail à tympan étoilé est du type normand le plus pur. Ces particularités ont échappé à l’observation de M. E. Lefèvre-Pontalis dans son intéressante notice sur l'église de Gassicourt (Versailles, Cerf, 1888, in 8°, 12 p).

Eig. 172 — Eglise de Lillers. — Coupe en long. — Etat actuel.

de rinceaux découpés profondément en méplat comme pour recevoir une incrustation.

Sur deux bagues des colonnes de la nef, reliées au cordon de fleurettes, sont sculptés un centaure coiffe d’un bonnet et tirant de l’arc, et un cerf courant que vise ce sagittaire.

Les fonds de ces sculptures étaient peints en vermillon. On voit aussi des traces de couleur rouge sur le chapiteau d’une colonne qui subsiste dans les arrachements de la grande chapelle du croisillon nord. Ce chapiteau, dont la forme scaphoïde est bizarre, n’a d’autre ornement qu’une rosace gravée à la pointe. C’était probablement le tracé d'une sculpture destinée à être exécutée

après la pose, selon l'usage le plus fréquent du xuc siècle. Les chapiteaux du

chœur semblent aussi avoir été destinés à recevoir un supplément de sculpture qui n’a été exécuté que sur l’un d’eux (i).

Les moulures sont les mêmes qu’à Berteaucourt, Lucheux, Cambronne, etc.

A l'extérieur, les fenêtres sont semblables à celles de Berteaucourt et de Saint-Etienne de Beauvais. Elles sont ornées d'un tore sur l'arête du cintre, et de colonnettes sur les piédroits, et un tore continu pourtourne l’extrados des

arcs. Il est légèrement déprimé.

Dans la nef, comme dans les exemples précités et à Villers-Saint-Paul, une colonnette soutient la corniche entre chaque fenêtre. Entre ces colonnettes, la

corniche repose sur des modillons.

Dans le chœur, chaque fenêtre est encadrée de deux colonnettes soutenant la corniche. Il en est de même dans la nef de Ham, près de Lillers, qui date de iioo environ et dans le chœur de la petite église de Sercus, près Hazebrouck qui date de la fin du xiT siècle.

Un charmant petit portail qui s’ouvre à l'extrémité nord du transept a une voussure ornée de grosses perles formées de troncs de cônes opposés par leurs extrémités, puis une voussure supérieure décorée de zigzags déterminant des triangles que l'artiste a ingénieusement meublés d’un trou en forme d’entonnoir. Ces voussures sont encadrées d’une archivolte à fleurettes anguleuses.

Les deux fenêtres qui éclairent la tribune et surmontent le portail occidental sont décorées aussi de zigzags. Il en est de même des belles arcatures qui ornent le haut des trois pignons. Le fronton de ces pignons est orné de belles rosaces de pierre en forme de quatrefeuilles pareillement encadrées. Ces frontons affectent la forme de trapèzes : la pointe est intentionnellement coupée, comme dans certaines constructions allemandes. Cette particularité qui se retrouve un peu plus tard à l’église de Guarbecques, peut dénoter une influence germanique, tandis que les zigzags répétés dénotent encore l'influence normande.

Le portail occidental de l’église de Lillers a été restauré dans un style assez différent du reste de l’église. Il avait auparavant peu de caractère. Il semblait avoir été exécuté à une date du xi ie siècle un peu plus avancée que les autres

(i) C’était une habitude des sculpteurs romans de revenir ajouter des détails après la pose lorsque les ressources le permettaient. C’est ainsi qu’à la fin du xie siècle on vit à Chàtel-Censoir (Yonne) des chapiteaux romans, les uns simplement épannelés, d’autres à demi sculptés, d’autres terminés. Cent ans plus tard, la cathédrale de Senlis prête à des observatious analogues.

parties de la construction et avoir été dénaturé dans la suite, probablement lors des tristes événements de 1542.

L’église de Lillers possède un beau crucifix en bois du commencement du xme siècle (1).

Sercus.

L’église de Sercus, près Hazebrouck, dans l’ancien diocèse de Thérouanne, appartient en partie à l’époque romane.

Le monument affectait dès l’origine le plan cruciforme, avec tour centrale ; la nef était probablement flanquée de bas-côtés (2).

11 ne reste de cette nef qu’une portion de la façade occidentale, construite en partie en grès ferrugineux à peine taillé, venant du Mont Cassel ou du Mont des Cats, et en partie en craie des environs de Saint-Omer. Cette façade est cantonnée de deux contreforts très plats. Il n'existait certainement de voûtes que sous la tour et dans le chœur.

La tour centrale et le chœur sont bâtis en craie et assez bien conservés. II semble que la construction ait été commencée par la nef vers ii3o et terminée par le sanctuaire vers 1160. Le centre de la façade, les murs latéraux de la nef, les bas-côtés, le transept, le bas de la tour, les voûtes de celle-ci et du sanctuaire ont été refaits et transformés au xvfl siècle et plus ou moins défigurés encore au xvme.

Le chœur est carré et minuscule (3), comme à Guarbecques ; le clocher, élevé sur le carré du transept, a un étage supérieur octogone et ressemble beaucoup à celui de Wimille ; par sa décoration plus riche, il rappelle davantage celui de Frencq et surtout celui de Lumbres qui ont été si malheureusement démolis ; il rappelle surtout, paraît-il, un autre clocher détruit depuis peu d’années, celui d'Hondeghem, édifice voisin, contemporain sans doute et beaucoup plus beau. Il semble difficile de comprendre le mobile qui a pu pousser des gens dont quelquesuns devaient avoir une certaine intelligence et une instruction quelconque à détruire des clochers comme ceux d’Hondeghem et de Lumbres dans une région presque entièrement déshéritée de monuments antérieurs au xvc siècle et oû les constructeurs modernes ont rarement réussi à produire des chefs-d’œuvre.

On remarquera que le plus ou moins de richesse des monuments tient à la facilité de travail qu’offrent les matériaux beaucoup plus qu’à la date de la construction ; ainsi le clocher de Wimille est plus simple que celui de Sercus mais lui est postérieur comme l’indiquent les trompes en tiers point, les colonnettes grêles et les chapiteaux à crochets.

(0 Connu sous le nom de Christ du Saint-Sang-Miracle. 11 a été publié dans Y Abécédaire de M. de Caumont, mais le bois qui le représente n’est pas bon et ne fait pas valoir le mérite de l’objet.

Plusieurs crucifix à peu près semblables à celui de Lillers sont conservés au musée de Stockholm.

(2) Cette nef mesure 15 m. 95 de long sur 6 m. 50 de large.

(3) Il mesure 4 m. 10 de profondeur sur 6 m. 50 de large ; ses murs ont 6 m. 25 de haut, toutes mesures prises dans œuvre.

Fig. 173. — Chœur et “clocher de Sercus.

Fig. 174. — Clocher de Wimille.

Le chœur de l'église de Sercus (fig. 173) est percé de fenêtres en plein cintre; celle de l’est sensiblement plus grande que celles des côtés. Ces fenêtres sont ébrasées au dedans et au dehors, et accostées extérieurement de colonnettes grêles portées sur des consoles sculptées reliées à un cordon de moulures qui passe sous les appuis. Les fûts des colonnettes sont appareillés avec le parement des murs et ornés à mi-hauteur par une bague simplement torique. Les chapiteaux surélevés ont deux rangs de feuilles recourbées en crochets. Ils soutenaient une corniche qui a disparu à l’exception de modillons que l’on a replacés à l’envers sur les chapiteaux des colonnettes. Les fenêtres ont une moulure d’archivolte en larmier bombé, comme au clocher d’Hangest-sur-Somme. Le cordon qui passe sous leurs appuis

est formé de deux tores accolés un peu aplatis. La sculpture des modillons et

des chapiteaux montre des feuilles d’acanthe extrêmement refouillées. Les angles du chevet sont cantonnés de quatre contreforts massifs qui par des ressauts multiples s’élargissent rapidement et considérablement de haut en bas suivant le tracé de la courbe de pression des voûtes.

La tour (1) est portée sur des arcs en tiers point (2) qui ont été repris en sous-œuvre et entre lesquels a été bandée une voûte d'ogives au xvie siècle. Des angles de pilastres couronnés d’un bandeau chanfreiné recevaient les retombées de l’ancienne voûte qui devait être une voûte d'arêtes.

La transition du carré à l’octogone se fait par des trompes demi-côniques, que couvrent, en l'état actuel du moins, de simples talus en triangle renversé.

L’étage supérieur est ajouré sur chaque face d’une baie en plein cintre subdivisée

en deux formes de même tracé. Sous ces fenêtres, règne un cordon torique et

des boudins sont profilés dans chaque angle du lanternon octogone. Les fenêtres ont des archivoltes en coin émoussé reliées entre elles ; chaque piédroit est garni de deux colonnettes à fût prismatique ; une colonnette à fût cylindrique porte la retombée centrale ; le cintre principal est orné d'un tore entre cavets ; les petits

cintres simulés ont une clef pendante en forme de demi-circonférence comme à

Guarbecques (3) et le tympan est percé d'un petit oculus. Les chapiteaux ont de larges feuilles à volutes ou des godrons ; les bases sont du type attique ; les

tailloirs sont formés d’un tore et d’un bandeau.

Les sept assises qui surmontent les baies, la corniche portant un chéneau à parapet traversé par de courtes gargouilles, la flèche de pierre aiguë (4) percée de lucarnes à frontons, de baies allongées, de petits quatrefeuilles et de trous carrés, datent d’une époque gothique avancée, peut-être du xvie siècle. Cette surcharge a obligé à boucher les baies du clocher.

(1) Cette tour est haute de 15 m. 90 jusqu'à la base de la flèche.

(2 Ces arcs, dont les impostes sont plus basses que celles des supports de l’ancienne voûte, peuvent avoir été soit simplement moulurés au ,\ve siècle, soit bâtis comme soutènement sous des arcs plus anciens Les enduits qui salissent les murs ne permettent pas de le discerner.

(3) Cette disposition est un des nombreux détails communs à l’école germanique et à celle de la Normandie. O11 la rencontre dans beaucoup d’arcades germaniques, en Normandie dans des corniches telles que celle de Colleville. Dans le nord de la France, elle existe dans des arcatures de corniches à Ames, Guarbecques et Houllefort et dans des baies de clocher à Guarbecques et à Tilques. Voir, au sujet de cet ornement, ma discussion sur les claveaux lobés du portail du Wast.

(4) Haute de 14 m. 50.

Les moulures des arcs des baies de la tour et les boudins profilés sur se angles montrent une construction d’époque assez avancée, du milieu du xuf siècle sans doute ; et les profils et les chapiteaux du chœur semblent lui assigner une date de quelques années plus récente que celle du clocher.

Ce petit monument est assez élégant, et c’est un spécimen très rare dans la région qu'il occupe. Il est à souhaiter qu'il se conserve sans altération nouvelle.

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