DIOCÈSE D'AMIENS
Airaines.
L’église Notre-Dame d’Airaines appartenait à un prieuré de l'ordre de Cluni dépendant de Saint-Martin-des-Champs. L’origine de cette possession est une charte de donation octroyée par Etienne, comte d'Aumale, au début du xuc siècle. Ce document, que dont Martin Marrier a publié dans l’histoire de Saint-Martin-des- Champs ne porte pas de date, mais on sait que le prieur Thibaut qui l’a souscrit a été en fonctions de noS à 1119 (1).
L’église a lait l’objet de six notices historiques et descriptives dont la meilleure est due à M. Marchand, curé d’Airaines (2). Le prieuré est établi sur un escarpement qui regarde l’est. La construction a nécessité des travaux de terrassement. Les premières travées occidentales de l'église sont une véritable crypte tandis que
(1) Voici le texte de cet acte :
“ Notum sit omnibus sancte matris ecclesie filiis presentibus et futuris quod ego Stephanus Albe Marie, concedente comi|ti]ssa Havisa, conjuge mea, et pâtre ejus Radulfo de Mortuo Mari (ex eorum enim
hereditate erat), communicato cum hominibus nostris consilio, do et concedo Deo et Sancto-Martino-de-Campis
quicquid habebam in ecclesiis de Arenis, pro redemptione anime mee et conjugis mee prædicte Havise, et prefati Radulfi de Mortuo Mari, et Milsende conjugis ejus jam defuncte, et omnium antecessorum meorum et illorum. Présente domino Theobaldo, priore Sancti-Martini-de-Campis, et multis testibus, quorum ista sunt nomina : Gaufridus, fà 1 i us Fulconis. Berengarius de Alniaco. Wilelmus Bisola. Oilardus Balosellus. Wilelmus Capellanus. Warinus de Arenis, thesaurarius Ambianensis.
Et, ut hoc donum stabile et inconcussum in futuris temporibus et generationibus permanent, ad comprobationem et stabilitatem futurorum, cartulam istam sigilli mei impressione firmavi.
(2) Dusevel, Mèm. de la Soc des Antiquaires de France , tome xvii, 1844, p. 404. La Picardie , t. xiv,
P- 459- — Prarond, Hist., p. 64. - — Aldus Le Dieu, t. v, page 490. — Goze, Mémorial d’Amiens, 1862.
- Abbé Marchand, Le Dimanche , Semaine religieuse du diocèse d'Amiens, nos des 25 octobre, Ier novembre et 8 novembre 1885, Les Sanctuaires de la Sainte-Vierge en Picardie.
le chœur est élevé sur un remblai. C’est là une disposition qui n’est pas rare dans les églises romanes (i) où elle n’est pas toujours due à l’exhaussement du sol de l’atrium servant de cimetière.
Le bâtiment du prieuré s’élève en prolongement du bras nord du transept ; il est précédé d’une cour à l’ouest et suivi à l’est d’une série de terrasses en gradins qui forment des jardins. Cet établissement était affecté au logement d’un prieur et de quatre moines (2).
Selon les historiens modernes de la région, dont malheureusement aucun n'indique la source de ce renseignement, les Anglais, en assiégeant le château des comtes de Ponthieu à Airaines, auraient incendié le prieuré en 1422. Cette date concorde avec le style de certaines reprises de l’église. Au début du xvie siècle, le bâtiment du prieuré fut rebâti avec beaucoup de goût et non sans un certain luxe, tel qu’il nous est parvenu avec de remarquables restes de menuiseries et de ferrures.
Une gravure de la même époque intitulée Le bourg d' Airaines (3) ne nous donne malheureusement aucun renseignement intéressant sur le prieuré.
L’église, qui rentre seule dans le cadre de cette étude, paraît avoir remplacé un édifice plus ancien, puisque la charte d’Etienne d'Aumale a trait aux églises d’Airaines et que ce bourg semble 11'en avoir jamais eu que deux : l’église paroissiale Saint-Denis et Notre-Dame. Quoi qu’il en soit, aucun reste de cette première église n'est aujourd’hui reconnaissable, et la construction qui subsiste semble avoir été élevée à l'époque de la donation à Saint-Martin-des-Champs. Elle paraît dater du deuxième quart du xn° sièele.
L’appareil, tout en craie blanche de bonne qualité, est assez soigné. Le plan comprend un chœur rectangulaire simple, un transept saillant, une nef et des collatéraux de quatre travées. Un clocher semble avoir existé sur le carré du transept (fig. 3q).
Le chœur a été complètement rebâti à une époque récente ; le transept a été remanié au xinu siècle, la nef et les collatéraux n’ont subi que des retouches peu importantes.
L’église (4) était entièrement voûtée ; c'est un perfectionnement dont il ne reste pas d'autre exemple aussi ancien dans le diocèse. Le chœur, le carré du transept et la nef étaient couverts de voûtes d’ogives ; dans les bas-côtés, plus étroits et peu élevés, on s'est contenté de la simple voûte d’arêtes.
La première travée de la nef est plus longue que les autres, et sa voûte est renforcée d’une croisée de liernes perpendiculaires aux ogives et de section moitié plus faible (fig. 35).
A cette première travée correspondent des travées de bas-côtés de longueur
(1) On la trouve notamment à Saint-Savin, à Airvault et à Chauvigny en Poitou, à Saint-Ours-de-Loches , au Dorât près Limoges et à Cunault près Angers, etc.
(2) Le prieur était décimateur ; il avait comme seigneur toute justice en ses terres, et présentait aux deux cures d'Airaines ainsi qu’à plusieurs autres. La collation appartenait au prieur de Saint-Martin-des- Champs; en 1734, le prieuré fut sécularisé au profit du curé de Saint-Roch de Paris.
(3) Bibl. Nat. Cabinet des Estampes ; Recueil Gaignières ; Topographie.
(4) Dimensions de l’église : longueur de la nef dans œuvre : 20 m. 20, largeur 5 m. 10. Largeur des
bas-côtés nord 2 m. 30, sud 2 m. 55. Longueur primitive du transept 16 m.; largeur 4 m. Longueur du
chœur 4 m. 10 ; largeur 5 m. 05. Longueur de l’église 32 m. ; contreforts compris, 33 m. Hauteur du
pavé à la croix du pignon 14 m. 50 Hauteur maxima sous voûte : nef 9 m. 50 ; bas-côté nord 4 m. 16’ sud 4 m. 36.
SOCIETE DES ANTIQUAIRES DE PICARDIE
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