CROIX DE FRESNOY- LES - ROYE PIERRE TOMBALE DE ST- JOSSE -AU-BOIS
fabriquaient concurremment avec les fonts baptismaux ; il est certain du reste qu’au xive siècle Marquise était le centre de fabrication de toute une série de pierres tombales de modèles assez uniformes dont les débris sont encore nombreux dans les alentours ( i).
Croix monumentales.
Les croix monumentales du xue siècle semblent avoir alîecté dans la région une disposition analogue à celle des fonts baptismaux : celles de Crécy et de Fresnoy-lès-Roye s’élèvent sur un pied cantonné de quatre colonnes. Le pied de la croix de Crécy, souvent restauré, est actuellement en brique, mais conserve aux angles quatre colonnes dont les chapiteaux à larges feuilles pleines lancéolées rappellent ceux de Dommartin ( 1 1 63) et doivent appartenir de même à la seconde moitié du xne siècle.
A Fresnoy-lès-Roye se dresse encore une grande croix de pierre d’un très beau style et d’une richesse remarquable, dont la conservation est parfaite bien que ce monument remonte à la fin du xue siècle.
Le pied est composé de quatre colonnes groupées autour d’un noyau central. Les bases attiques ont un tore supérieur réduit aux proportions d’une simple baguette, tandis que le gros tore inférieur est aplati et représente à peu près un quart de rond. Le groupe des fûts est formé de deux monolithes, ses astragales ont le profil d’un filet. Les quatre chapiteaux ont deux rangs de larges feuilles pleines terminées par des boules sphériques. Entre chacun de ces chapiteaux se logent quatre belles têtes d’homme en haut relief. Deux folioles qui terminent les feuilles supérieures des chapiteaux forment à ces tètes une sorte de coiffure. Le tailloir est composé d’un simple bandeau à angle supérieur abattu. Sur cette
petite plateforme, repose un tronçon de pyramide couronné d’une large croix
régulière, tout à fait semblable aux croix antétixes des pignons d'églises romanes de l'Ile-de-France. Cette croix est grecque et tout à fait conventionnelle, comme beaucoup de croix de consécration, elle forme un losange d’entrelacs découpés à jour en méplat dans une dalle épaisse (2), et déterminant entre eux neuf petits losanges ajourés. Les angles du cadre extérieur sont ornés de fleurons de peu de saillie formant les bras de la croix, entre lesquels d’autres appendices font saillie sur les milieux des faces du losange. L’angle inférieur de celui-ci est calé entre deux têtes
humaines l’une imberbe et désagréablement arrondie ; l’autre à grande barbe longue et à cheveux ondulés, belle par l’ensemble et par le style sinon par les détails. Ces têtes sont peut-être celles d’Adam et d’Eve, qui figurent en entier au pied de la croix antélixe de Berteaucourt.
La croix de Fresnoy a un rapport intime avec les croix qui décorent les
sommets des pignons des églises d Ambleny, Bruyères, Cerseuil, Ciry, Cuiry-Housse,
(1) Notamment à Leulinghen, Audinghen, Wimille, et à Marquise même.
(1 2) Il faut la rapprocher de la croix du cimetière de Baret (Charente), publiée par Viollet-le-Duc ( Architecture t. IV, p. 433', et qui peut ne dater que de la fin du xii° siècle. La croix du cimetière de Gravide près du Havre, qui date du xin® siècle seulement, est aussi une croix grecque.
Evreuil, Melun, Saint-Vaast de Longmont, Lhuys et Vauxrezis, et qui ont été étudiées par Viollet-le-Duc (i) et par M. Eug. Lefèvre-Pontalis (2). Toutes sont romanes, et toutes sauf une seule appartiennent à l'Ile-de-Erance . Celle de Bruyères est celle qui se rapproche le plus de celle de Fresnoy, que son pied pyramidal achève de rendre analogue à une antéfixe. Des antétîxes de ce genre terminaient aussi très certainement les pyramides de pierre élevées sur des clochers des xic et xiic siècles, mais plus exposées aux intempéries; celles-ci n’ont pas laissé de traces.
Ce qui distingue surtout la croix de -Fresnoy, c’est qu’elle s’inscrit dans un losange, tandis que la plupart des autres ornements de ce genre ont leurs branches reliées par un cercle.
Après le x 1 1 e siècle , ces croix redevinrent en général moins conventionnelles. Dès 1170 environ la croix antéfixe de l'église de Guarbecques en Artois a des branches détachées ; vers i3oo, celle du cimetière de Licques a un médaillon central circulaire, mais ses quatre branches sont bien indiquées. Les croix antéfixes fréquentes au xiie et au xivc siècle dans les églises élevées par les architectes bourguignons dans leur pays et en Italie sont de véritables croix.
La croix de Fresnoy a la plus grande ressemblance avec celle de Grisy (Calvados) qui est un peu plus ancienne et que M. de Gaumont a publiée (3).
Le pied de croix de Fresnoy peut être rapproché des faisceaux circulaires de colonnes de la même date qui portent les lanternes des morts de Fenioux (Charente- Inférieure) et Cellefroin (Charente) appartenant à la même date, ainsi que d’un pied de croix qui subsiste à Hervelinghen près Boulogne et qui date de la fin du xmc siècle. Il forme aussi un faisceau circulaire de colonnes. A la même époque, le pied de la croix coupée portée d’Airon-Saint-Vast à Saint-Josse-sur-Mer, a reçu la forme d’une base de colonne munie de griffes.
Le type à une seule colonne est représenté aussi dans les diocèses voisins vers 1200 à Souche (4) et au xuie siècle à Montgérain, près Creil, où la croix est également plantée sur une pyramide. Beaucoup de bases de calvaires de la Somme affectent la forme (5) de bases de colonnes ou de groupes de colonnes qui remontent au xme siècle et même au xuc; elles sont aujourd'hui surmontées de croix modernes en fer. Comme souvent aussi ces croix sont scellées dans d’anciens chapiteaux, voire même à Havernas sur une ancienne cuve baptismale, rien ne prouve que les bases ne viennent pas de monuments d’une nature différente, aussi vaut-il mieux se borner à les signaler en général que de les étudier en détail (6).
(1) Dict. d’architecture. Tome IV, art. Croix.
(2) Croix en pierre des xie et xn° siècles. Ga\ette archéologique 1885.
(3) Statistique monumentale du Calvados et Abécédaire d’ Archéologie, édition 1870, Architecture religieuse, p. 332.
(4) Décrite et figurée dans la Statistique monumentale du Pas-de Calais.
(5) Décrite et figurée par M. le Chanoine Millier dans une Promenade archéologique publiée à Beauvais, 1891, in-8°.
(6) Deux autres croix de pierre existent à Nogent-les-Vierges près Creil. L’une appartient au xne siècle, l'autre au xme