‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 121 sur 335 · Études monast., c. xv · texte numérisé non relu

Études monast., c. xv

6. S. Heimrad n’en fut point quitte pour si peu, grâce au zèle de l’impératrice sainte Cunégunde qui voulût enchérir sur celui de l’évêque. « Sibi libros in quibus cantaverat « ( Heimradus ) deferri mandavit ( Meinvercus ). Quos ineomp- » tos et neglectos, et nullius ponderis aut prêt i i aspiciens, « eodern momento in ignem projici fccit : eumque jussu « reginæ, episcopi justo zclo ut videbatur compatientis, « verberibus cædi præcepit. » Vita S. Meinverci (ap. Leibnitz, Script. R. Rrunsvic, t. I,) §. 18.

7. Ling. Antiq. of the Anglo-saxon church, c. iv. — N. Traité de Dipl., t. IL

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

pages copiées pour M. Gurmer à la bibliothèque de Grenoble, de Lyon, de Bréra (à Milan), etc. Cf. J. Fouquet, et Evangiles de Y année.

Les bénédictins de Saint-Maur ont traité fort au long1 ce qui regarde les couleurs plus ou moins éclatantes, données aux parchemins des vieux manuscrits, ou employées pour tracer les lettres. Ils font observer que l’art de teindre le vélin en pourpre semble baisser beaucoup au ix° siècle; que les manuscrits tracés entièrement en lettres d’or appartiennent à la période renfermée entre le vme siècle et le x' ; que durant cette époque on distingue parfois des parties saillantes caractérisées exclusivement par cette couleur, comme dans un évangéliaire du ix° siècle à la Bibliothèque du Roi, où toutes les paroles de Notre-Seigneur tranchent par ce moyen sur le reste du texte. Les lettres d’or deviennent rares du xi* au xm° siècle, et reprennent faveur du xive au xvi® ; mais l’époque de leur grande vogue et de leur véritable splendeur semble être le ix° surtout1.

uand il s'agit d’aborder la forme des lettres, la difficulté devient grande. Les formes les plus usitées, et communément employées à tracer la plus grande partie du texte, ont bien pu être déterminées parles diplomatistes , avec un travail énorme , il est vrai ; et après des querelles dont nous nous contentons aujourd’hui de recueillir les fruits, sans trop nous enquérir des flots d’érudition et de bile qui ont été versés sur ce champ

de bataille. Mais, lorsque les savants ont voulu appliquer la classification aux lettres ornées qu’enfanta l’imagination des calligraphes, le langage n’a point suffi à leurs téméraires essais. Je ne parle point des lettres historiées, où le caractère alphabétique n’est qu’une occasion ou simplement un cadre pour tracer un petit tableau; ceci regarde les miniatures. Mais comment caractériser, autrement que d’une façon extrêmement vague, les lettres barbues, chargées d’une chevelure ou plutôt d’une crinière touffue d’appendices démesurés, et d’accompagmements sans nombre? les lettres tondues ou rasées, c’est-à-dire réduites, quant au corps de l’écriture, à leur plus simple expression ; les lettres perlées, ou à enchâssures de petites baies; lettres bordées de points ; brodées ou tressées, en treillis ou à mailles de chaînettes; nouées et entortillées, ou labyrinthoïdes ; le règne de ces dernières est le ix° siècle. Lettres à jour ; des pages entières de cette sorte paraissent tracées avec une plume à deux becs distants l’un de l’autre. Lettres marquetées, ou à compartiments de traits et de couleurs diverses, qui semblent autant de pièces rapportées; complexes, ou à enclaves; conjointes ou associées: des mots entiers, surtout pour les monogrammes, sont réduits à une sorte de groupe d’hiéroglyphes enveloppés comme dans un seul trait. Lettres sagittées, fteuronnées , hachées, ou tailladées; filigraniformes, en pilastres, anguleuses et fracturées, arrondies, carrées, etc., etc.

La nomenclature des accidents botaniques n’est que jeu au prix de ce qu’il faudrait imaginer pour fixer la dénomination de ces caprices. Les productions diverses de la nature y sont mises à contribution, avec un mélange de fantaisie fait pour désespérer foute prétention à la méthode. On y trouve des ornements végétaux et animaux ; mais les lettres

1. Cf. sacramenlaire de Drogcm, évêque de Metz; supra , t. II, p. 114-138.

CALLIGRAPHIE AU MOYEN AGE

anthropoïdes, ic ht hyoïdes, ophioïdes, draconloïdes, ornilhoïdes, anlhoïdes, phylloïdes, etc., ne formeraient que des genres qu’il faudrait subdiviser de nouveau, dans un système où l’on prétendrait classer ces fantaisies d’une manière précise ; et le Linné d’une telle méthode est encore à trouver d’ici à longtemps1.

eureusement que cette lacune est de peu d’importance, tant qu’on n’aura point déterminé le contrôle diplomatique de manière à pouvoir désigner sûrement une forme calligraphique sans l’aide de représentations. Bornons-nous à faire remarquer que les lettres à caprices paraissent dater seulement du vu0 siècle, et qu’à partir de là, il n’est rien dans la nature normale ou tourmentée, dont ces lettres n’aient épuisé la forme, pour ainsi dire. L’imagination, après avoir emprunté toutes les fig’ures naturelles, recourut au fantastique , faute de modèles existants. Cependant, l’ignoble et le laid, proprement dit, n’y paraissent guère que du xin° au xvc siècle; comme par lassitude, après avoir tari toutes les sources. Un effort de retour se manifeste dès le xivc siècle, mais les calligraphes, en abusant de leurs plumes, avaient joué leur dernier jeu. Leur règne était passé dès lors, et la peinture envahit les manuscrits; ne laissant plus guère aux copistes que le rôle de retracer le texte avec toute là sagesse et toute l’exactitude possibles2 lorsqu’ils voulaient se distinguer de la foule.

La multiplicité réfractaire des ornements calligraphiques n’empêche pas qu’on ne puisse communément trouver eà et là dans les fantaisies mêmes des copistes certains caractères qui dirigeraient au besoin le diplomatiste. Je ne saurais pourtant souscrire aux indications que prétendent y trouver certains auteurs, non-seulement sur la nationalité, mais sur l’individualité même de Y antiquarius . Passe encore que les auteurs du Nouveau Traité de diplomatique voi ent dans les lettres saxonnes la trace d’imaginations atroces et mélancoliques ; mais comment ne pas sourire lorsque Schannat3 , citant un alphabet tout entier en forme de poissons, y découvre une preuve de la sobriété qui caractérisait sûrement l’écrivain? Heureuses gens qui voient si loin et si à Pond dans la calligraphie! Toutefois, qu’on me permette de ne pas les suivre en ces divinations.

1. Bien que Gatterer [Elément a artis diplomaticæ, cap. v ; p. 81, sqq.) ait fait des efforts méritoires pour fixer la méthode.

Encore ne prétendait-il guère aborder que les écritures adoptées communément. Car il s'est rencontré plus d'un copiste virtuose qui se soucie assez peu d’emboîter le pas suivant une file prescrite par l’ordonnance.

2. La bibliomanie tournée au pittoresque était à cette époque une des folies dans lesquelles la jeunesse des universités (surtout à Paris) dépensait son argent ou faisait des dettes. Les auteurs des xin° et xiv° siècles invectivent à l’cnvi contre ce fléau : « Dixit paterfilio :... Vade Parisius vel Bo- “ noniam, et mittam tibi annuatim centum libras. Iste quid « fecit ? Ivit Parisius et fecit libros suos babuinare de litteris « aureis.; ibat ad cerdonem, et faciebat se calceari ornni die « sabbati. » Odofredus, Lectur. ad tit. de SCto maced. ap. Blume, Iter ital., t. I, p. 38. — Id. : <■ Hodie scriptores non « sunt scriptores, imo pictores. » Blume, ibid.

Pétrarque, De remediis utriusque fortunes, lib. J, dial. 43, s en plaint également comme d’une endémie. Puisque ces manies n avaient envahi la transcription qu’à son sortir

des cloîtres , je n’ai rien à démêler avec elles. Cf. Tiraboschi, d’Agincourt, Aug. de Bastard (surtout), etc.

3. Vindemiæ litter., t. 1. « Initiales litteræ... in pisces « varie contortos efformatæ indicio esse possent scriptorem, « Addolf, non vixisse bacchanalia, sed potius abstinentiæ « fuisse cultorem. » Sur pareilles pistes, on aurait lieu de juger avec tout autant de raison que tel ms. d’Anchin (maintenant à Douai) a passé par les mains d’un miniateur invalide; attendu que de nombreux personnages à béquilles et à jambe de bois figurent dans ses vignettes. Je pencherais à croire qu’il court, sous ces baroqueries apparentes, un commencement de mots de passe dont le répertoire semi-logogryphique se constitua progressivement parmi les gens du métier On y aura cherché le plaisir d’une initiation burlesquement mystérieuse qui devait exclure les profanes. L’art se sera fermé ainsi entre vrais adeptes, contre ceux qui n’avaient pas subi un apprentissage légalisé par la corporation des librarii. Mélange facétieux et solennel en meme temps, destiné à mystifier l’intrus et à sauvegarder les traditions communes de l’école conservatrice (arriérée, si l’on veut).

iv. — 16

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

i les fantaisies même du scriptorium n’échappent pas communément à un certain air d’école qui permet souvent d’en deviner l'origine, on comprend que l’écriture régulière doit être bien plus accessible aux présomptions de l’antiquaire. Aussi la distinction des écritures par nations et par époques a fini par acquérir l’autorité de la chose jugée en diplomatique. Les dimensions diverses des caractères ordinaires, accompagnées d’une modification de formes assez constante, ne servent qu’à établir des subdivisions d’un ordre inférieur. On s’entend donc aisément sur ce que désigne dans chaque g’enre le nom de capitales. Les manuscrits totalement écrits en capitales sont antérieurs au vne siècle. L’écriture onciale n’est guère qu’une sorte de petite capitale arrondie, comme pour devenir plus expéditive ; c’est-à-dire ayant la plupart de ses lettres à angles oblitérés, et composées de ligmes courbes. La minuscule , seconde forme de transition, est un acheminement au caractère cursif, où l’écriture devient définitivement liée pour être plus rapide.

11 y a aussi le semi-cursif du ive siècle,, jusque dans le style lapidaire ; comme la géologie a ses terrains post-pliocènes, nom atroce philologiquement, mais exig’é par le progrès scientifique auquel on n’avait point paré suffisamment pour la première (ou secondaire) nomenclature de l’école. Au vn° siècle on commence à se contenter d’écrire le texte entièrement en onciale et en minuscule. Les initiales seules prirent vers le viue siècle, ou déjà peut-être dès le vu0, la forme capitale en manière d’enjolivement ; et les capitales de l’époque mérovingienne sont remarquables en effet parleur beauté. Il s’en rencontre qui ont jusqu’à un pied et demi de hauteur, occupant toute la première page du manuscrit h Ce luxe d’initiales domina plus tard, et les lettres capitales conservent une assez grande beauté jusqu’à la fin du xne siècle, époque du dépérissement des écritures latines 1 2.

Ce n’est pas à dire que telle ou telle forme d’alphabet se soit précisément perdue en certaines époques ; car nous voyons oà et là des feuillets, surtout des pages initiales d’un livre où divers échantillons alternent à la suite l’un de l’autre, comme pour témoigner que le scriptorium n’était pas dépourvu de modèles divers, utilisables au besoin. Cependant la mode et une certaine pratique habituelle ne laissaient pas que de prescrire en faveur de caractères mis en vogue à une époque donnée. Gardons-nous seulement d’établir sur pareilles bases des limites si bien tranchées, qu’elles puissent être prises pour lignes de démarcation inviolables.

Page 1