‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 122 sur 335 · Il est clair que, malgré ces détails, l'unique moyen · texte numérisé non relu

Il est clair que, malgré ces détails, l'unique moyen

d'être parfaitement compris serait de joindre à ces articles des planches d’un développement considérable. Quant aux citations, il est inutile d’en faire. Pour tout ce qui appartient à la paléographie, je crois ne rien avancer qui ne se trouve dans le 2e ou le 3e volume du Nouveau Traité de diplomatique. Mais on y chercherait en vain de belles copies de lettres ornées. Tout entiers à la science, ses auteurs ont à peu près oublié l’art; et leurs alphabets ligurés réduisent souvent à une dimension de six ou sept lignes, des lettres qui avaient jusqu’à dix-huit pouces de développement dans l'original. Il ne faut donc guère chercher de vrai specimen ou facsimile, que dans les ouvrages indiqués plus haut, et dans Shaw, Rigollot, Humphrey, Régamey, F. Denis (Hist.

de l’ornementation des mss., à la suite de Y Imitation publiée par Curmer), Ed. Fleury ( Manuscrits ... de Laon), Wattenbach, Arndt, et les reproductions photographiques qui se sont mises à servir la science.

2. Les sceaux ecclésiastiques et ceux des seigneurs, surtout dans le midi, ont leur légende en capitales romaines; écriture qui persiste jusque vers la moitié du xme siècle. En 1239, l’onciale y fait son apparition, puis compose exclusivement les légendes en bien des cas, jusqu’au xvi° siècle. Alors domine la capitale de la Renaissance. Cependant la gothique (comme on dit) ne laisse pas d’avoir eu sa place considérable dans les sceaux monastiques et autres, à partir du xme siècle déjà un peu avancé. Ceci est uniquement pour tracer des indications générales.

CALLIGRAPHIE AU MOYEN AGE

; le groupement principal et caractéristique des écritures est celui qui repose sur le faciès que revêtent les lettres à certains âg*es. C’est ce qui a mis en faveur certains noms, parfois contestables du reste, sans préjudice de la notion qu’on y attache. On est donc convenu de se comprendre quand on parle de romaine, de lombarde ou italienne du viic au xiiic siècle; de visigotliique ou écriture de l’Espagne et de la France méridionale. Ce caractère céda la yictoire à celui des antiquarii de France , lorsqu’en 1091, le concile de Léon ordonna qu’on abandonnerait en Espagne le vhigotbique pour y substituer l’écriture française. L’ anglo-saxonne , qui pourrait bien être irlandaise 1 en grande partie, montre qu’il ne faut pas donner à ces noms nationaux une signification trop rigoureuse ; car, outre son origine, celle-ci eut une grande influence sur les scriptoria d’Allemagne par les fondations de saint Boniface (à Fulde, etc.) et de saint Gall. D’autant plus que le monastère de Saint-Gall eut une école célèbre de calligraphie depuis le vme siècle jusqu’au xin° presque constamment, et de nouveau au xvic. Le nom de gallicane indique l’écriture en usage dans les Gaules avant et quelque temps après l’arrivée des Francs; la mérovingienne ou franco-gallique, et la Caroline (carloving'ienne) ou nouvelle gallicane, portent assez clairement leur désignation dans ce nom. La teutoniqve (période germanique de l’empire') se mêle en plusieurs choses aux caractères précédemment indiqués. Car, à part l’influence britannique, la capitale des manuscrits germaniques, aux ixc et x° siècles, diffère assez peu de la Caroline. La capétienne, ou française proprement dite, s’étendit au loin, et gagna presque toute l’Europe. G’estque, dans le fait, la minuscule capétienne du xi° siècle, époque de son triomphe en Espagne, est belle et de meilleur goût qu’on ne serait tenté de le croire d’après l’idée que nous avons de ce temps. Enfin arrive la gothique moderne ou monacale (?), qui paraît vers la fin du xn° siècle. On y avait préludé, si I ’on veut, par des brisures de lettres employées pour enjoliver les capitales. Puis ces embellissements auront amené un système d’alphabet ordinaire en zigzag, surtout pour les inscriptions, où on la trouve parfois serrée et allongée en même temps, d’une manière qui désoriente absolument l’œil peu exercé 2 ; mais les manuscrits ne l’offrent pas encore habituellement du xme au xv° siècle. Quoique aujourd’hui l’Allemagne l’ait prise sous son

1. Cf. Camden, Descript. Hiberniæ, ap. Conring, op. c., suppl. 31, ii° 2. — Ware, De scriptoribus Hiberniæ , 1. 1, cap. v.

2. On a fait observer que les églises des Dominicains présentent communément l’architecture gothique dans sa pureté la plus sévère. 11 n’est peut-être pas inutile de faire remarquer ausssi que l'écriture également appelée gothique est d une grande beauté dans les inscriptions de plusieurs monuments élévés par cet Ordre. Plus tard, peut-être, je me servirai de ce rapprochement pour établir quelques inductions intéressantes, si je ne me trompe. Cari 'écriture brisée ( gothique , fracture) coïncide, pour le temps et pour le type, avec l'architecture du même nom. Les formes composées (polygonales, elliptiques, pyramidales, etc.) remplacent les formes simples et élémentaires (cercle, ligne

horizontale, etc.) dans l'une comme dans l’autre. Mais pourquoi n’a-t-on jamais dit : architecture monacale , tandis que les deux systèmes architectonique et calligraphique se mêlaient dans l’autre nom?

Quant aux Dominicains, ce que je viens d’en rappeler porte-t-il à conclure qu’ils aient été doués d’une tendance artistique tout à fait spéciale? Je ne le pense pas. Cela signifie tout simplement qu’ils étaient nés à un beau moment de l’art. De même les Jésuites, sans avoir pire goût que les autres, ont généralement construit dans un genre bâtard et chargé; c’est que tel élail le type adopté par l’àge où ils parurent. Toutefois je me permets de faire remarquer, puisque l’occasion s’en présente, que les églises des Jésuites sont d’ordinaire, dans un lieu donné, ce qu’il y a de mieux parmi celles du même temps.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

patronage, et semble y tenir comme à un titre de famille ‘, son origine allemande n’est rien moins que prouvée. Bien plus, elle ne s’introduisit que fort tard chez les Allemands; et ne reçut le nom d’écriture allemande que par son adoption dans l’imprimerie, art inventé et répandu en Europe par des artistes des bords du Rhin. Mais, dans l’ancienne écriture italienne, elle portait le nom de lettera francese.

Ces noms et les classements auxquels ils se rattachent ont été employés souvent ou même se redisent encore, sans devenir pour cela paroles d’évangile. Car ils ne nous donnent pas toujours à comprendre maintes locutions du passé. En outre ils ne mettent pas tout le monde d’accord. Il y aurait sûrement aujourd’hui à revenir quelque peu sur des nomenclatures tantôt vagues, tantôt précisées plus que de raison, en s’efforçant de comprendre, d’une façon bien nette, tous les caractères latins, depuis les graffiti populaires des murailles italiennes sous l'empire1 2, et les papyrus de la même époque, jusqu’au siècle de la typographie. De fait, combien de paléographes n’acceptent qu’à un siècle près les dates données par leurs confrères ! Il se trouve d’ailleurs cà et là des curiosités qui durent franchir plus d’une génération ; puisque, vers le xn° siècle, on peut constater l’emploi de moules en relief pour certaines grandes lettres3. Le savant P. Requeno soupçonnait déjà cet essai d’imprimerie (dans sa Chirotipografia), et d’autres amateurs avaient observé que le poncif devait être un procédé connu dans les script cri a du moyen âge ; aussi M. Erl. Fleury, en étudiant les miniatures de la bibliothèque de Laon, a reconnu l’emploi de types gravés en relief pour exécuter les grandes lettres au xn F siècle. Cette observation d’un typographe archéologue confirme très à propos les aperçus de l’ancien jésuite espagnol déporté en Italie par Charles III.

Le soin donné à la copie dans le scriptorium avait dû faire déterminer de bonne heure des espèces de canons calligraphiques qui formaient les traditions locales. Il est à croire qu’en s’abandonnant au g’oût et à l’exercice, on n’eût jamais atteint cet air de famille, cette espèce d’identité même, qui se remarque entre les productions des écoles parties d’un centre commun. Sans recourir aux procédés mécaniques dont il vient d’être dit un mot, nous avons une preuve de ces règles établies et acceptées comme base, dans une épître de Loup de Ferrières, écrivant à Eginhard 4. Il nous donne lieu de penser que ces règles ne transpiraient pas facilement hors du scriptorium qui en possédait la formule; mais que cette formule existait cependant, quoique le mystère n’en fût pas toujours dévoilé tout entier à un seul antiquarius .

1. De même qu’à l’architecture gothique, nouveau point de ressemblance. Les Allemands de ces dernières années tenaient beaucoup à nommer allemande l’architecture du xme siècle. Que ce soit là du patriotisme, à la bonne heure; resterait à montrer si c’est de l'histoire. Peut-être pourtant serons -nous assez bons pour dire lin jour architecture allemande , comme nous disons écriture allemande aujourd'hui. Mais les laits demeureront les mêmes, quoi qu'il arrive. CL Nouv. Tr. de Diplomat., n, 553.

Au fond, l’Allemagne elle-même depuis quelque temps s’est aperçue que les constructions ogivales lui étaient arrivées de France; et ses antiquaires sérieux ont bien voulu comprendre enfin qu’il faut tâcher d’être d’accord avec les faits, si belles théories qu’on ait forgées sur son pupitre en vertu d’idéal branlant!

Page 1