‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 123 sur 335 · Le cursif romain antique, plus ou moins pur, a ses · texte numérisé non relu

Le cursif romain antique, plus ou moins pur, a ses

époques aussi, comme on peut le voir dans les inscriptions

des catacombes, entre autres; et le marquis Maffei jugeait que cette seule branche suffisait à rendre raison de beaucoup d’autres. Cf. Stef. A. Morcelli, ap. Metnorie di religione (Modena), sérié n, t. V, p. 467, sgg.

C’est surtout l'Irlande qui peut passer pour avoir gardé une physionomie à part ; le vieux cursif romain n’y est même pas trop méconnaissable. Cf. John Stuart, The Book of Deer, p. xvij, svv. ; etc.

3. Cf. Bibliothèque de l'École des Chartres, vi° série, t. I, p. 78. — Ambr. F.-Didot, art. Typographie , dans Y Encyclopédie moderne , t. XXVI, 558, svv.

4. Lup. Ferrar., ep. 5. « Scriptor regius Bertcaudus di- « citur antiquarum litterarum, duntaxcit earum quæ maxi- « mæ sunt et unciales a quibusdam vocari existimantur, « habere mensuram descriptam. ltaque, si penes vos est, « mittite mihi eam per hune, quæso, pietorem quum redie- « rit; scedula tamen diligentissime sigillo munita. »

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on voit le talent des capitales, indiqué comme spécialité 1 d'un écrivain royal. C’est qu’en effet, les lettres ornées ne sont pas communément de la même main que le texte. De là, tant de titres et d’initiales laissées en blanc dans les manuscrits, parce que le travail du copiste ordinaire se bornait à la transcription pure et simple. La partie artistique était laissée au calligraphe (chrysographe, etc.) auquel on abandonnait la tête des livres et des chapitres ainsi que la marg’e, pour être remplies plus tard. Là, il déployait à son aise les fantaisies de l’ imagination, et le jeu de la plume ou du pinceau2, mais souvent il n’a pas eu le temps d’accomplir cette tâche. Vous rencontrerez sans peine, dans quelque bibliothèque publique, des manuscrits où l’indication de ce qui devait être exécuté par le calligraphe demeure tracé à l’extrême marg’e; jalon dressé par un simple copiste sans doute pour g'uider son successeur, et qui persiste chez les premiers typographes. L’extrémité où l’on relèg*ue ces lettres semble annoncer qu’on les destinait à être enlevées après la reliure, avec le surplus de la tranche. Il arrivait aussi quelquefois que le calligraphe ou le miniateur prenait les devants; et quand le rôle du copiste n’a été rempli que cent ans (ou davantage) après l’exécution des lettres ornées, ce mélange d’indications contradictoires présente à l’antiquaire un coup d’œil assez embarrassant pour le premier reg’ard. Tel est le cas chez plusieurs livres de Droit qui se trouvent aujourd’hui dans la bibliothèque d’Amiens. Mais la surprise cesse quand on se rappelle que l’ordre d’exécution n’était pas invariable; aussi, comme on voit des textes que les capitales ne sont pas venues achever, on rencontre également des miniatures et des capitales qui attendent encore l’œuvre du copiste. M. Ambroise Didot, par exemple, possédait un petit livre d’heures transcrit dans nos provinces pour un Breton, mais enluminé par des peintres avigmonais (probablement Italiens). M. Ch. Mag’nin cite quelque chose de semblable dans son travail sur Hroswita (p. Ixj, note 2).

Les bordures qui couraient en encadrement autour des pag’es, ainsi que les grandes lettres elles-mêmes, livrées plus tard presque exclusivement à la peinture, furent d’abord du domaine de la calligraphie. Les arabesques etvigriettes coloriées, ou simplement dessinées, ont leur belle époque entre le vme siècle et le xme. Quoique le g'oùt y baisse sensiblement à partir du ix°, on y remarquera presque toujours une fermeté de traits, et sûreté de plume, [qui annonce des mains exercées, auxquelles il ne manquait que de bons modèles.

Le luxe calligraphique atteignit d’abord un haut degré dans les provinces de l’empire grec (Grèce et Asie-Mineure, Egypte, Calabre et surtout Otrante), qui, plus à couvert des

1 . On a pu remarquer déjà plus haut (§ xiv, p. 73, svv.) un écrivain de Saint-Hubert-des-Ardennes vanté pour son talent à enluminer les capitales.

2. Ce fut la beauté des lettres ornées qui excita l’amour de la science et le désir de l’étude dans le cœur du grand Alfred, demeuré sans lettres jusqu’à l’àge de douze ans. Un jour qu’il entrait avec son frère chez Judith, fille de Charles

le Chauve , l’élégance d’un manuscrit que cette princesse lisait en ce moment frappa les deux petits princes ; et, sur l’assurance qu’elle leur donna d’en faire présent à celui qui le premier aurait appris à le lire, Alfred commença, pour l’amour du beau livre, cette vie studieuse et appliquée dont il contracta l’habitude. Asser. ap. Stolberg, Vie d'Alfred le Grand , c. v.

MELANGES D ARCHEOLOGIE.

barbares, purent se développer sans obstacles, et conserver, avec les anciens modèles, les traditions de l’art. Mais, cette partie de la chrétienté n’appartenant point proprement à mon sujet, je n’en parlerai qu’en passant, et comme par occasion C’est la chrétienté d’Occident, l’Eg’lise latine, qui m’occupe. Or la richesse des manuscrits du vin0 ou du ixe siècle parmi nous, montre que les scriptoria d’Occident avaient peu de chose à envier à l’empire grec, et ne leur empruntèrent meme peut-être que le matériel tout au plus. Convenons cependant qu’ils ont bien l’air d’en avoir reçu la partie technique, sans s’être toujours mis au courant de l’habileté des Orientaux; mais il n’est pas dit qu’on leur eût envoyé la fleur des calligraphes et des miniaturistes Byzantins. La trace de l'enseignement qu’ils avaient reçu, s’aperçoit dans l’affectation à copier jusqu’aux lettres gTecques du modèle, ou du moins la prononciation des maîtres orientaux. On trouve, par exemple, une crucifixion accompagmée de cet éclaircissement Staphrosis (pour crrauptoci;). Au fond, les hommes versés en ces matières reconnaissent que, vers le viu° siècle, la calligraphie occidentale était fort en avance sur la miniature.

Nous pouvons avoir eu quelque chose de mieux en France, mais pour bien peu de temps; lorsque Charlemagne, destinant sa fille Rotrudeau trône de Constantinople, se fit envoyer un eunuque byzantin (Elisée) pour la prépare]1 à son rôle d’impératrice grecque (Cf. Theophan., Chronograph. , I). Ce notaire passa sept années à la cour de France, jusqu’à la mort de la princesse, et l’on peut croire que son séjour parmi les Francs aura été utilisé par quelques élèves de l’école du palais. Je ne sais si l’on n’en trouverait pas des traces dans certaines miniatures de cette époque. Ce sera la tâche des voyageurs habiles.

1. Comme il peut être intéressant de connaître les monastères et les copistes grecs dont il nous est reste des manuscrits ou des notices, on en trouvera plusieurs indications dans Montfaucon Palæographia græca, p. 37-39, etc.;

ouloir indiquer ici les plus brillants monuments calligraphiques du moyen âg’e , ce serait empiéter sur la description des miniatures, parce que la peinture entre presque toujours dans les beaux manuscrits. D’ailleurs, toutes les descriptions du monde n’équivaudraient pas à un coup d’œil jeté sur les manuscrits eux-mêmes ou sur les fac simile. On peut indiquer au moins : 1 evangéliaire de saint Kilian, autrefois

510, etc.), dans les Notices des manuscrits, t. VIII, 2e partie; dans le catalogue des manuscrits grecs de Moscou publié par Fr. de Matthæi, p. 345, 349, etc. Celui qui ferait de ces diverses listes un relevé total, serait surpris peut-être du petit nombre de bibliothèques qu’il y trouverait, pour un pays qu’on est convenu de mettre bien au-dessus de la chrétienté latine. Quant à moi, ce n’est point ma tâche; et, quoiqu’elle fût assez facile, je n’ai pas cru devoir me la donner en m’écartant de mon but. Voyez aussi Ebert ( H andschriften kunde , i, 101, svv.) qui cite plusieurs copistes grecs, séculiers et religieux; peut-être empruntés à Montfaucon.— Matthæi ( Codcl . Græcor. Mosquens. notitia), Bandini (Biblioth. Laurent... codd. Græci , t. III, p. viij, sqq. ; et 598, sqq.), fourniraient plusieurs noms de calligraphes grecs et de bibliothèques byzantines; mais je n’avais pas à traiter

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à Wurzbourg, antérieur au ixe siècle 1 ; la superbe Bible latine dite de Saint-Paul, à Saint- Galixte de Rome; Y Exulte t du samedi saint, à la bibliothèque Barberini; le codex Argenteus (d’Ulphilas), aujourd’hui à Upsal; les Leges Bajuwariorum, un des plus beaux manuscrits du Xe ou du xie siècle, et qui était autrefois à la bibliothèque d’Ingolstadt; l’évangéliaire de saint Emmeran (ixe siècle), musée calligraphique de l'époque 2; le manuscrit grec et latin des quatre évangélistes, qui, de saint Irénée de Lyon, avait passé entre les mains de Bèze, et se trouve aujourd’hui à Cambridge; le Décret de Burckhardt, copié à Tég*ernsée par le B. Ellinger, abbé de ce monastère; les manuscrits de Saint-Pierre de Salzbourg' indiqués par D. Bessel 3, etc., etc.

Ajoutons à cette indication une liste de quelques copistes que nous essayerons peut-être de compléter plus tard 4. Il faut remarquer pourtant que, les enjolivements des manuscrits n’étant pas toujours de la même main que le reste, on n’est pas en mesure de savoir si les noms conservés par les monuments sont ceux des copistes, ou seulement ceux des miniateurs et des cal li graphes. En outre, on est loin de pouvoir indiquer les auteurs d’une foule de manuscrits remarquables. Plusieurs copistes signent, il est vrai; mais un grand nombre semble n’avoir attendu leur récompense que de Dieu. C’est surtout en France et en Italie que les antiquarii se sont peu mis en peine de nous apprendre leurs noms. Pour moi, je n’ai pas même la prétention de rassembler tout ce qui g'ît épars dans les documents anciens sur les calligraphes monastiques. Je ne voulais que stimuler quelque homme laborieux sur cette voie ; et plus d’un travailleur français ou étrangler m’a donné lieu d’entendre (depuis 1839) que je n’avais pas exhumé des anciennes compilations tous les morts digmes de mémoire en ce g*enre 5. Ce sera bien autre chose si l’on veut dépouiller attentivement les mss. eux mêmes, comme le peuvent faire des archivistes voués à l’étude de collections parcourues avec un regard attentif et bien préparé. On serait mis par là sur les traces du point du départ où remonte plus d’un livre égaré à la longue.

VIe siècle. Saint Columbkill6, à une extrémité de l’Europe, en même temps que Cassiodore à l’autre, donnait à ses religieux l’exemple comme le précepte des travaux du scriptorium.

VIIe siècle. Saint Babolein7 et saint Eustase {supra, p. 63, etc.) maintenaient par leur exemple la bonne tradition des cloîtres irlandais. Hildgrim, qui devint sur le continent évêque

cette portion de l’Église, il est lion de le redire pour éviter tout péril de mésintelligence mal fondée.

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