Les habitants de la paroisse, moins amateurs que dé
I. Dans un Nouveau Testament de notre Bibliothèque royale (mss. lat. 252), on voit souvent cette bande vers le milieu de la jambe, et quelquefois sur le milieu de la cuisse. De même pour la bible (ibid., mss. lat. 58) copiée en Angleterre, et dont j’ai parlé déjà.
MINIATURE AU MOYEN AGE
serva sans altération bien sensible jusqu’au xve siècle; époque où le costume espagnol commença à prescrire pour faire place plus tard au nôtre, après lequel il se pourrait bien que la vieille mode retrouvât une partie de son empire.
Presque tous les hommes ont la tête découverte; quelques vieillards portent un bonnet rouge ou vert, terminé en pointe. Mais les Juifs sont constamment coiffés d’un chapeau pointu de couleur blanche, posé sur le sommet de la tête; et à bords rabattus qui semblent n’être que la coiffe elle même, puisqu’ils ne recouvrent pas le front en entier et n’atteignent point les oreilles
Le vêtement des clercs , tout semblable du reste à celui des laïques, est constamment de couleur bleu-de-ciel , peut-être par manière d’emblème dans la pensée du peintre, pour désigner des hommes consacrés au service de Dieu2. La tunique de l’un d’eux, s’entr’ouvrant sur la poitrine, laisse apercevoir une sorte de camisole qui est peut-être la chemise, dont nulle autre peinture n’offre de trace évidente. Du reste, sauf la tonsure, rien ne les distingue du reste des hommes3; si ce n’est peut-être que jamais ils ne portent le manteau dont j’ai parlé, mais seulement la chape de voyage avec un chaperon [pluvial] : telle est la figure du prêtre qui est représenté à cheval, dans la parabole du Samaritain.
Le froc des religieux offre une singularité qui se retrouve dans les miniatures de la même époque publiées par d’Agincourt4 ; au lieu de manches, il est percé des deux côtés de trois ou quatre ouvertures pratiquées l’une sous l’autre, pour y passer les bras à diverses hauteurs. Mais le costume des abbés n’offre point cette bizarre invention.
Dans X habillement des femmes , ce qu’il y a de plus singulier, c’est que les manches de la robe5, assez étroites jusqu’au coude, s’y élargissent tout d’un coup d’une manière monstrueuse, de façon à toucher presque la terre. Lorsqu’elles portent un voile, il forme autour de la tête une espèce de turban, qui enveloppe la chevelure sans cacher le visag’e; et les
vots, ne se font, point faute de placer des cierges allumés dans la main du saint, qui, par suite de ce cérémonial, s’enfume et distille la cire à l’cnviron, depuis longtemps; mais ce qui serait beaucoup moins pieux et tout aussi malencontreux, ce serait s’il était vrai, comme je l’ai entendu dire, que ce beau morceau de sculpture ancienne fit souvent l’office de banc durant le service divin. L’église du village est à la vérité fort étroite; mais aussi elle n’a pas (y compris les tableaux donnés par Louis XVIII ou Charles X) une autre pièce à comparer au monument qu’elle tient de notre ancien art national. Le Dr Rigollot, que la dévotion ne préoccupait guère, a voulu publier pourtant ce basrelief dans son Essai historique sur les arts du dessin en Picardie. 11 y trouvait , avec la légende picarde, un faire d’artiste fort présentable.
1. Dans les scènes de la bible, ce bonnet ne se voit que sur la tête de Mardochée, peut-être pour le faire distinguer parmi les convives ou courtisans d’Assuérus.
Sur divers sarcophages des premiers siècles chrétiens, les Israélites ont la tète couverte par une simple calotte aplalic (espèce de chéchia) ; mais le moyen âge, sous diverses formes, leur maintient constamment un bonnet pointu, dont l’idée guidait quelques sculpteurs dans plusieurs basreliefs romans du xie siècle, ou meme du mic.
2. Cette couleur se trouve fréquemment dans le vêtement des religieuses. On voulait probablement, comme dans les verrières, éviter le fâcheux effet du noir. Les peintres de vitraux nous montrent parfois les religieux de saint Benoît
en couleur lie de vin.
3. Je n’examine pas si cet usage était général ou non, s’il appartenait exclusivement aux provinces allemandes qu'habitait Herrade, ou a son siècle ; je constate uniquement le témoignage du manuscrit.
L’interdiction du manteau pour l’usage des prêtres se rencontre déjà au vme siècle dans le concile tenu par saint Boniface sous Garloman, frère de Pépin, en 742 (probablement à Ratisbonne. Cf. Concil. t. V, p. 1334, sqq.). Un concile d'Italie, rassemblé par le pape Eugène 11 en 826, défend aux prêtres de se montrer hors de leurs maisons autrement qu’en habits ecclésiastiques (Cf. Martène, Thésaurus, t. I\, p. 806, etc. etc.); mais cela est-il bien clair pour nous? Cf. Mélanges d'archéologie, A, t. 1, p. 35, sv. ; et pi. x.
4. Peint, pi. 69, n° 13. Cf. Annal. 0. S. IL, t. Il, p. 378, tombeau du moine Otger. Mais là celte ouverture est plutôt une fente longitudinale, interrompue horizontalement par de petites bandes transversales. Cf. Tosti, Storia délia Badin di Monte Cassino, |t. I, p. 100, etc. — AA. SS. Maii, t. I. p. lxij ; et J un., 1. 1, 458 ; etc.— J. Quichcrat, Hist. du costume en France, p. 1 19, svv; et 109.
5. Les manches de la tunique sont étroites, comme pour les hommes, et se terminent au poignet. L’élargissement monstrueux de l’avant-bras dans les manches de la robe se trouve sur plusieurs autres monuments de cette époque; p. ex. chez Montfaucon, Monuments de la monarchie française, t. Il, pi. 12. Voyez Guibert, De vita sua, lib I, c. xr. Il invective contre cette singularité de la mode.
160 MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
extrémités du voile retombent sur les épaules et en arrière. On ne voit presque point de boucles d oreilles. Le vêtement des religieuses diffère à peine des habits laïques; mais elles n ont point les manches aussi ridicules que celles dont je viens de parler.
ipement militaire. — Les guerriers sont couverts, jusqu’au bout des pieds et des mains, par une chemise ou plutôt un vêtement complet de mailles, qui, enveloppant la tête, ne laisse à découvert que la partie du visage comprise entre les deux pommettes , et des sourcils à la lèvre inférieure. Cette espèce de surtout se fermait, ce semble, par derrière, en se croisant ou s’agrafant sur une bande de cuir le long du dos. Le capuchon de mailles se recouvrait d’un casque de fer, tantôt pointu, tantôt cylindrique, tantôt en forme de mortier arrondi au sommet ; mais toujours sans cimier, et muni d’un appendice (le nasal) jaune (en cuivre probablement), qui descend par-dessus le nez jusqu’aux lèvres. Quelquefois seulement ce nasal est remplacé par une plaque qui couvre tout le liant du visage, excepté les yeux; et piquée de trous comme pour favoriser la respiration. Cf. Horlus , fol. 204 v°. On ne voit point de salades ( celada ), point de cuirasses, ni de corselets, point de brassards, etc.1; point de harnais défensif pour les chevaux. Les boucliers, en forme d’écusson bombé, sont suspendus autour du cou par une large bandoulière, même pendant la bataille, et peuvent couvrir le guerrier depuis le visage jusqu’au-dessous du genou2. Une large épée sans pointe pend à la ceinture qui se ferme presque toujours, ainsi que les harnais des chevaux, sans boucle; mais seulement au moyen d’un nœud formé par les deux branches (ou petites lanières) d'une extrémité de la courroie qui passent dans deux fentes de l’autre3. Cette énorme épée se manie d’une seule main dans le combat. Les autres armes sont la pique et la lance. Les arcs, javelots et carquois se rencontrent rarement; la forme du carquois ressemble quelque peu à celle d’une botte-à-chaudron sans pied.
Bref, la comparaison de ce manuscrit avec la tapisserie de la reine Mathilde4, et avec le recueil des Minnesænger recueillis par Manesse, etc., donnerait lieu à des observations curieuses sur une foule de faits semblables.
A propos du triage des élus parmi les vivants de la lin du monde, Notre-Seigneur dit (Matth. XXIV, 41) : « Deux femmes seront occupées à la même meule ; l’une sera prise, et l’autre laissée. » Les gens d’Odilienberg, ne connaissant plus la petite meule domestique de l’antiquité, représentèrent un moulin hydraulique servi par deux religieuses (fol. 112 r°). Je n’ai pas pu étudier le mécanisme dont le dessin occupe une grande page, mais il y au-