‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 171 sur 335 · Mosaïque (de 820) à Sainte-Cécile de Rome (Ciampini · texte numérisé non relu

Mosaïque (de 820) à Sainte-Cécile de Rome (Ciampini

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

plus assez, ni pour les poètes, ni pour les artistes, de mettre la terre à ses pieds, ils font prosterner devant elle les habitants des cieux. Aux dernières années du xnf siècle, l’archange n’est plus debout en sa présence, il fléchit déjà un genou1 ; et, au milieu du siècle suivant, on voit pour la première fois l’archange entièrement agenouillé devant elle. Cet usag’e de poser les deux genoux en terre n’apparaissait point dans les monuments antiques. Ceux qui ont prétendu que les deux genoux fléchis marquaient le culte de latrie paraissent n’avoir point remarqué que cet hommage se rendait aux rois; distingués en cela des reines, pour lesquelles on ne mettait qu’un genou en terre2.

Aux xii°, xiiic et xive siècles, on aperçoit parfois une petite figure d’enfant, dans le rayon qui va du Saint-Esprit ou du Père éternel, à la sainte Vierge3, pour marquer l’incarnation du Verbe, par un symbole désormais sans danger. On ne courrait plus risque alors d’accréditer l’erreur de ces anciens hérétiques grecs qui voulaient que le fils de Dieu se fût composé un corps d’une matière céleste. D’ailleurs il s’agâssait de Yâme de Notre-Seigneur.

M. Zappert a fait encore observer combien l’étude des monuments artistiques, considérée comme histoire de la représentation des mystères, se lie avec les origines du théâtre moderne; nos premiers drames n’avant guère été que des mystères.

Depuis que je groupais ces indications sommaires en 1839, il est devenu bien plus facile de se renseigner au sujet de la tradition artistique sur les sujets puisés dans l’Ecriture sainte et la vie des saints. M. le comte de Grimoüard de Saint-Laurent vient de mettre quasi aux mains de tous les curieux une espèce de petit musée chrétien ( Guide de Fort chrétien, 6 volumes in-8°); et pour le Nouveau Testament tout seul, M. Ch. Rohault de Fleury a rassemblé maintes vieilles représentations empruntées aux bas-reliefs, mosaïques et miniatures des hautes époques (l 'Évangile, 2 volumes in-4°). Joignez-y en fait de moyen âge plus moderne, et pour ne citer que des collections françaises un peu drues, les dernières publications de M. L. Curmer, et de MM. Didot sur des sujets chrétiens. Nous n’avions pas tous ces secours il y a une quarantaine d’années ; raison de plus à nos jeunes contemporains pour marcher en avant d’un pas vigoureux, et ne pas s’endormir en supposant que tout est fini

n, 136); autre de 848, à Santa Maria nuova(ib., 163); autre du xe siècle, dans l’église métropolitaine de Capoue (ib., 166); autre à Sainte-Marie au-delà du Tibre (Acta SS. maii, 1. Il, 499); et de même dans un évangéliaire (manuscrit de Saint- Pierre) du xne siècle à Carlsruhe (ap. Zappert). Mes dates ne sont pas définitives, mais les peintures et les mosaïques n'ont pas moins leur valeur.

1 . Il ne faut point attribuer cette représentation à l'usage de prier à genoux, puisque cette coutume était déjà devenue générale dès le ivc siècle. C’était plutôt un cérémonial usité pour les reines, comme on va le voir incessamment.

2. Cf. Martène, Comment, in regul. S. Benedicti. p. 677, ap. Zappert.

Néanmoins les vieux usages ne laissent pas de persister cà et là, lorsque la nouvelle pragmatique tend à s’établir. Dans une lettre ornée prise d'un ms. de Mayence qui est daté 4 430 (ap. Fr. 11. Muller, Beitræge zur deutschen Kunstund Geschichts Kunde. .., P. I, n° 16), l’archange fléchit le penou devant la sainte Vierge assise. Marie a son livre posé dans son giron, et ses mains jointes s’appuient sur la poitrine.

3. Ainsi sur un chapiteau de Saint-André de Pistoie ; dans une peinture du xvc siècle publiée par d'Agincourt (Peint.,

pl. 123). It. au portail occidental de Sainte-Catherine d’Oppenheim (xve siècle). Cf. Moller, Denkmæler der deutsch. Baukunst, pl. 33 ; etc., etc. — Le rayon part ordinairement de la bouche du Père Éternel et aboutit à l’oreille de Marie. C'est, le Verbe qui s’incarne: O sapientia quæ ex ore Altissimi prodiisti. — Angélus... nuntiavit...; et concepit. Dans le rayon, le Saint-Esprit précède l’àme de N.-S. ; et peut-être l'irradiation marque-t-elle la nature divine de la personne du Fils de Dieu.

L’ancienne liturgie disait : « Quæ per aurem concepisti, » etc. (Cf. Daniel, Thesaur. hymnolog., t. 1, p. 172, sq.) ; et « Intacta nesciens virum verbo concepit filium. » Je suppose que cette même idée dirigeait l’artiste dans la miniature de Mayence (1430) dont il vient d’être parlé ; car, malgré l’usage constant de masquer alors les oreilles par la chevelure, il détourne les longs cheveux de la sainte Vierge pour mettre à découvert son oreille droite, tandis que de l’autre côté la chevelure s’avance jusque sur la joue gauche. Cf. Ilug. a S. Victore, Institut, monast., lib. IV, Annunt. Domini (opp. I. II, p. 280). — Trombelli, De Vita B. M. V., t. II, p. 139, sq. — Ennod. Carmen X (Sirmoadi opp. edit. Venet., t. I, 1 1 12). — Zenon. Veron., lib. I, tract, xin, n° 10. — Etc.; etc. Le Père Arthur Martin avait appuyé sur ce symbolisme dans un article relatif à Cunault-sur-

MINIATURE AU MOYEN AGE

parce qu’on a commencé à leur frayer la route. S’ils ont le courage de pousser plus avant sur cette trace maintenant mieux ouverte, l’art y gagnera des inspirations qui ne deviennent que trop rares.

Importance historique des miniatures considérées comme monuments artistiques.

jusqu’au xiv° siècle.

Leur caractère à diverses époques

n a répété longtemps, et bien des phrases héritées du passé en portent encore l’empreinte, que la chute de Constantinople avait été pour l’Occident le moment du réveil dans les sciences et dans les arts1. Le vandalisme destructeur de la réforme et le vandalisme restaurateur des gens de goût ont singulièrement servi cette assertion en fait de peinture; car, en France, à combien peu de chose se réduisent les monuments de nos vieux peintres! Chez nous surtout, la peinture du moyen âge n’est plus guère que dans les livres ou dans les vitraux; et son histoire, du ive au xv° siècle, s’est réfugiée là presque tout entière. Là seulement, et surtout dans la peinture bibliographique, se voient les études et les efforts progressifs; on y reconnaît la source extra-byzantine de l’élan qui se manifesta dans les arts au xvc siècle, dans les Pays-Bas et en Allemagne, aussi bien qu’en Italie; car c’est de là que surgirent Jean de Fiesole (fra Giovanni Angelico, il beato ), et les deux Van Eyck (Hubert et Jean),

Loire, et qui a paru dans les Mémoires des Antiquaires de France.

I. M. Emeric David avait publié dès le commencement de ce siècle une réhabilitation de l’art chrétien au moyen âge. Et certes, son Discours sur ta 'peinture moderne depuis Constantin jusqu’au xiiic siècle, était un des plus beaux mémoires que l'on put trouver alors sur cet objet. l’Ius tard il paraît avoir traité de même I histoire de la, sculpture , a propos de l’ouvrage un peu trop vanté de Cicognara. Malheureusement cet essai historique fut adressé à la Iicvue encyclopédique (1819), recueil extrêmement peu favo-

rable aux idées, et parlant à l'histoire du moyen âge. Les directeurs de cette revue ne comprirent donc pas qu'un mémoire de cette force serait unvéritableornementpourlcur collection; et M. Ém. David fut forcé de couper son travail au vif. De pareils désappointements ont sans doute influé beaucoup sur le parti qu’il prit de tourner ses études vers la mythologie hellénique. Mais si la portion supprimée dans la Revue encyclopédique s’est conservée dans les manuscrits de l’auteur, nous conjurons ses héritiers d’en faire présent au public. Ce sera, un véritable service rendu à bien des curieux, au nombre desquels je me compte.

MÉLANGES d’aRCHÉOLOGIE.

chefs de l’école flamande durant la moitié du xivc siècle. Malheureusement la spoliation des monastères a dispersé ces beaux monuments de la peinture chrétienne, et surtout en a jeté au-dela des mers une quantité énorme. Aujourd’hui, à peu près enlevés aux arts, ces débris ont passé dans les collections anglaises des Astle, Dent, Marc Sykes, Devonshire, Coke, Sussex, Tobin, Ottley, Douce, etc.; et en grande partie à la bibliothèque Bodléienne d’Oxford, ou au Musée Britannique. Or ces peintures, longtemps considérées comme pures curiosités, ont une valeur extrêmement importante comme pièces historiques. Car, là où nous ne sommes pas réduits aux seuls manuscrits, la comparaison des miniatures avec les fresques, par exemple, nous montre un faire très-semblable dans les unes et dans les autres.

our Lanzi1, toujours si consciencieux dans ses études quelconques, il regardait la miniature comme ayant fait l’éducation de la peinture en Occident, sans qu’il faille recourir exclusivement ni aux Byzantins, ni à certains maîtres qui auraient tout fait à eux seuls. Cette opinion se confirme d’ailleurs par la marche de l’art chez plusieurs miniaturistes, qui passèrent de Y enluminure aux branches voisines, s’élevant progressivement jusqu’aux plus grands sujets2; et par le soin exquis des petits détails chez quantité d’anciens maîtres. Leur manière dans les grands tableaux laisse ainsi apercevoir, dit Lanzi, la main du miniateur qui tient la palette du peintre 3. Le scriptorium est donc l’atelier des peintres du moyen âge; et, à ce titre, les bibliothèques d’alors ne sauraient être bien étudiées, si l'on ne s’arrête quelque temps à cette partie de la bïbliognostiquc monacale. J’avoue que mon principal objet dans ce mémoire si haché, est de montrer combien les bibliothèques monastiques ont été mal à propos accusées d’avoir fait peu pour les études profanes4. Aussi sera-ce là l’objet tout spécial de ma seconde section5; mais, au risque de la reculer beaucoup, je n’ai pas cru devoir manquer l’occasion d’étudier d’abord le matériel de ces bibliothèques si peu appréciées. D’ailleurs, avoir été le berceau des Fiesole, n’est pas une gdoire sur laquelle on puisse passer légèrement.

1. Storia pittorica d'Italia, passim; premières époques des diverses écoles. Je u'ai pu me procurer le nouveau travail de M. Hosini, sur cette matière.

2. Par exemple, YAngelico (Jean de Fiesole), L). Barthélémy délia Gatta, Gherardo, Buontalenti, elc.

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