‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 174 sur 335 · Waagen, Englandund Paris, t. III, p · texte numérisé non relu

Waagen, Englandund Paris, t. III, p

2. Les plombs qui cernent constamment la figure dans les vitraux peuvent passer pour un reste de ce procédé. 11 fallait sans doute relier solidement les parties d’une verrière, mais on continuait ainsi une tradition déjà introduite sur le vélin; et l’ancienne peinture monumentale

des Grecs employait ce cerne aux meilleurs temps de l'art.

3. Bibl. roy., Mss. latins , 1, 237, 263, 7899. — Suppl, lat ., 643, 664, 689. — Saint-Germain, lat. 664.

4. Voyez un évangéliaire du vme siècle à la bibliothèque de Sainte-Geneviève. Waagen, i, p. 137.

3. Mss. lat., 269, 943. — Sorbonne, 1300. Outre la réserve faite pour l’Allemagne, l'Italie (Mss. de Notre-Dame, 2844) et l’Angleterre ( Bénédictional de Godcmann cité précédemment) réclament quelques exceptions.

6. Suppl, latins , 667. L’empire d’Orient, après les fureurs des iconoclastes, faisait effort vers ce temps-là pour animer les arts. C'est alors que Basile II le jeune (989 — 1023) fit peindre son fameux Ménolngc , où l’art byzantin, tout déchu qu’il était, montre une énorme supériorité sur 1 Europe

MINIATURE AU MOYEN AGE

Une bible en deux volumes (Biblioth. royale : Biblia sacra, n° 62) in-U, estimée, dux° siècle, renferme des fîg*ures vraiment remarquables pour le sentiment d'art qui s’y aperçoit. Les styles sont mêlés, comme si plusieurs écoles y avaient apporté leur tribut; et le costume même tient plus du xie siècle que du ix°. Un évangéliaiue d’Epternach (Echt’ernach dans le Luxembourg’), aujourd’hui à la bibliothèque de Gotha, appartient aux années 972-983. 11 caractériserait bien la manière du x° siècle; et les miniatures y sentent l’art statuaire plutôt que la peinture comme notre école de David (sans comparaison).

e xic siècle (ou plutôt la période comprise entre 1000 et 1150) est généralement le plus malencontreux, mais principalement peut-être en Italie et en Angleterre1. Clair-obscur et modelé y disparaissent complètement. On n’aperçoit plus rien do sûr dans les contours. Les figures sont généralement courtes, les têtes grosses; les longueurs comparatives des membres, dénuées de toute proportion; les extrémités, petites et amincies. Les articulations ne sont pas même indiquées; les profils, presque toujours droits et secs, annoncent un oubli total des formes de la nature. Du reste, ces défauts, énormément développés dans la sculpture d’alors, ne sont pas toujours extrêmes dans la miniature2. Mais si l’on apprécie avec largeur ce qui g’ît au fond de cetle dégradation, on y trouvera un sujet d’étude bien plus sérieux que ne semblaient le promettre de pareils dehors. Cet art ancien, dont les dernières traces disparaissent, cette prédilection pour le fantastique et l’inouï, ces types nouveaux de visages qui commencent à dominer alors, présagent un art qui va s’élancer prochainement dans des voies nouvelles, et rejeter tout mélange exotique, tout reste de civilisation étrangère. C’est la chrysalide qui se démène dans son étui de l'hiver, dès qu’elle a senti poindre le printemps. Le vêtement étriqué, bon pour une chenille en léthargie, ne va plus à l’être éveillé qui prétend devenir papillon et planer enfin dans l’air.

latine. Le manuscrit fut apporté en Italie, au xvi® siècle, pour Louis Sforce (le More ) duc de Milan. Passé de là eu la possession de la famille Sfondrati, il fut donné à Paul V par le cardinal Paul Sfondrati (ou par ses héritiers), et placé dans la bibliothèque du Vatican. Clément XI en fit, pour ainsi dire, la découverte lorsqu’il n’était encore âgé que de dixsept ans; bel emploi, certes, de la jeunesse d'un futur pape. Il avait, bien raison de s’en savoir bon gré ; aussi fit-il préparer la publication aussi complète que possible, mais qui ne se réalisa définitivement que sous Benoit XIII, par les soins du célèbre cardinal Albani. Les artistes grecs qui avaient pris part à l’exécution de ce bel ouvrage, étaient : Pantaléon, Siméon, Michel Blachernita (du monastère de Blaquernes?), Georges, Ménas, Siméon Blachernita, Michelle-Petit (Micros), et Nestor. D’Agincourt en a publié des gravures. La moitié du Ménologe manquait à l’exemplaire de Basile; mais elle a été suppléée par un manuscrit de Grotta Ferrata, qui complétait le texte, quoique sans miniatures. Cf. Morcelli, Kalendar. CP., I. 1, p. H>5.

L’époque de ces peintures a été placée par Baronius à la fin du ixc siècle; mais Costadoni (ap. Gori, Symb. lût,., dec. tlor. ; t. III, p. 49) et Léon Allazzi (Delibr. eccl. Græcor. dissert., I, § 12) ne partagent pas cette appréciation, et l’on s’accorde assez généralement à faire de ce livre une œuvre de la (in du xe siècle (prolongée même peut-être au delà).

Ce qui ne peut occasionner nul débat, c’est qu’on y possède une mine de renseignements précieux pour étudier divers usages byzantins. Le P. Arth. Martin avait commencé à collectionner dans ce petit musée une panoplie de spécimens pour l’architecture, le mobilier, etc., du Bas-empire. Mais l’original est bien autrement beau que les copies du xvm° siècle, quelque zèle qu’y aient mis des graveurs formés à toute autre école que le moyen âge.

t. Voyez dans d’Agincourt, Peint , pl. 55, 66, elc., le poème de Donizone en l'honneur de Ja comtesse Mathilde, et YExultet de la Minerve à Rome. M. de Rumohr (Ital. Forsch., i, 242) appelle cette époque de l’art une période parfaitement négative. M. Émeric David, Essai historique sur la sculpture française (loc. cit.), n’y trouve plus, parmi les Occidentaux, aucun élément des théories de l’antiquité. On devient trivial, dit-il, en voulant être pathétique; la caricature, prise pour de l'expression, y descend quelquefois jusqu’à la bassesse la plus abjecte. La figure y est carrée et massive, ou rétrécie et décharnée; c'est selon lui le dernier terme de la dégradation. Voyez aussi son Discours historique sur la peinture ; et à la Bibliothèque royale. Ms s. lut., t, 2, 3, 4, 6, 8. Tout cela, quoique un peu chargé, ne manque pas de vrai.

2. Supl. lat. 606, 602, 641 : Sorbonne, 1300, 207; Saint- Germain, lut. G97, etc.

MÉLANGES DA RC H EOLOGIE.

t voilà pourquoi l’Apocalypse, avec ses sujets vastes et indécis, plaît singulièrement à ces artistes mutins contre le passé. Tout liés qu’ils sont par leur impuissance d’exécution, ils se sentent, ou si l’on veut ils sentent venir leurs descendants, faits pour vivre autrement que d’emprunt, et pour produire quelque chose qui soit à eux. Les dragons qui se mordent eux-mêmes dans leurs lettres tourmentées et dans les vignettes, pourraient être pris comme un mythe de l’artiste se tordant sous l’impression de cette sourde conscience de la force qui n’est encore que le précurseur de la force à venir. En attendant, s’il jette à terre les restes de l’antiquité dans l’art, il y élève déjà les premières assises du genre moderne. Le costume contemporain commence à paraître dans les sujets où il ne s’agit pas de représenter soit la divinité, soit les apôtres1. Ainsi des chaussures noires et pointues enveloppent les petits pieds des personnages. Une singularité des nouveaux types de visages adoptés par l’art du xic siècle et du xn°, c’est que le bas peuple et les méchants sont souvent caractérisés par un nez fortement arqué, et une bouche large et béante2; expression peut-être de l’antipathie des nations du Nord contre les Italiens (Lombards, Caorsins , etc.), les grands usuriers du moyen âge; ou même contre le peuple romain en particulier, si souvent rebelle et funeste aux papes3; grief dont la France et l’Allemagne gardaient la mémoire depuis les Carlovingiens et les Otlions.

Certaines œuvres du xie siècle, comme le livre de Guthlac4 et un évangéliaire de Corbie (appartenant aujourd’hui à la bibliothèque d’Amiens), sont empreints d’une exagération tourmentée qui tâche de donner du mouvement aux draperies et du grandiose à l’ensemble; il y respire une recherche toute propre à conduire, par l’excès de la prétention, au genre noble et simple qui caractérisera la représentation des étoffes dans l'âge suivant. Du reste ce que nous avons appelé rococo pour l’art de la Renaissance, trouve sa place vers la lin de toute période artistique. L’antique dès la décadence de l’empire romain, le roman après ses plus belles œuvres du xn° siècle, l’ogival aussi (surtout en Allemagne), ont passé par cette crise où l’abus pronostique un avènement qui amènera nouvelle sève. On dit que les forêts ont de ces époques où le pas est donné'à de nouvelles essences qui étoufferont les précédentes, mais dans les choses humaines cela semble bien établi par l’histoire. Le siècle qui nous occupe ici cherchait à se dégager d’un genre épuisé définitivement; et cela se manifeste surtout dans les arts plastiques. Ainsi l’architecture est alors en travail d’une œuvre étonnante. La statuaire y aborde déjà les essais d’un style puissant, malgré sa g’auclierie; et de grandes entreprises s’y multiplient presque jusqu’au prodige. L’âge du roi Robert en France est impatient de bâtir5. Ce prince en particulier fonda plus de trente

1 . Avant que le costume populaire prescrivil clans les inouuments, les saints étaient généralement costumés à l’ancienne manière romaine, tandis que souvent peuples et rois prenaient tous la mise de l’époque où vivait l’artiste.

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