Discours sur la sculpture, dans la Revue encyclopédique
7. D’Agincourt a fait observer qu’une quantité de manuscrits à miniatures avaient été apportés d’Italie en France par Louis XII.
MINIATURE AU MOYEN AGE
preints déjà des erreurs qui commençaient de leur temps à entraîner Fltalie vers la décadence, intronisèrent en France l’influence italienne; accrue encore depuis, par la venue des princesses de Médicis, et par les relations multipliées de François 1er avec l’Italie. Ce style conventionnel, venu d’outre-monts, détrôna la manière simple et franche des vieux artistes, qui eussent si bien fait sur les traces de Pérugin ; et que nos portraitistes maintiennent jusqu’au seuil du règne de Louis XIV. La puissance colossale des Espagnols conquérants de l’Italie par l’épée, mais ses vassaux pour les arts, répandit le mal comme une invincible contagion, et le rendit irrémédiable. Jusque-là les artistes flamands et français' avaient conservé communément la gTâce naturelle et la naïveté, tout en acquérant la science. Mais les préjugés du système florentin (lui-même en décadence), imposés brusquement par les princes, ne permirent point à cet art national de développer un caractère propre, et ne précipitèrent sa marche qu’en la rendant factice.
e ne saisirai pas ici aux cheveux l’occasion (qui serait pourtant utile) d’expliquer ce qu’étaient ces livres d heures par où la calligraphie et la miniature ont pénétré dans les familles au grand avantage des artistes aussi bien que de la piété chrétienne. Mais, pour qu’on n’y soit pas trop neuf, si l’on n’a point étudié ce sujet, disons que c’était un reste de l’ancien usag’e qui voulait que les g’ens de loisir récitassent les heures canoniales chaque jour comme le clerg’é. Les chapitres et monastères y avaient ajouté peu à peu ce qu’on appelle le Petit office de la Sainte Vierge, à réciter en sus, au moins une fois par mois, sans compter l’office des morts. Aujourd’hui encore, quelques ordres religieux (de femmes n’ont pas d’autre office public que la récitation quotidienne ou le chant du petit office de la Sainte Vierg’e. Les dames chrétiennes se piquèrent d’entrer dans une si louable pratique, pour sanctifier leurs journées par l’imitation des personnes consacrées à Dieu.
En conséquence, on exécuta pour elles ces livres élégants qui se retrouventen grand nombre dans les bibliothèques, et dont s’empara l’imprimerie, avec gravures sur bois pour remplacer les miniatures. Le dispositif habituel y est à peu près toujours ce que voici : 1° Un calendrier latin ou français qui importe beaucoup pour reconnaître la destination1 2; 2° le commencement des quatre évangélistes, souvent avec quelques prières analog-ues au sujet de ces textes; 3° le petit office de la Très-Sainte Vierge, où chaque partie est accompagnée de représentations sur les mystères du Nouveau Testament depuis la naissance de Notre-Seigneur jusqu’à la Pentecôte (on y joint même souvent la mort de Notre-Dame et son Assomption); 4° l’office des morts, puis la Passion, selon un ou plusieurs des évangélistes ; 5° des prières appropriées au patron delà famille qui avait commandé le livre. Ce dernier article pourrait souvent faire retrouver les véritables destinataires, parce qu’on y aperçoit les patrons du mari et de la femme. Il s’y ajoute aussi, fréquemment (et avec miniatures ou gravures sur bois), quelques saints et saintes des plus honorés dans la chrétienté latine; c’était probablement, en plusieurs cas, les patrons des enfants issus d’un même mariage3.
1 . Je ne mentionne point l’Allemagne, parce que, de l’aveu de M. Waagen, elle était fort en arrière au xvie siècle. Pour l’Espagne, j’en sais très-peu de chose ; et le Portugal, comme j’aurai l’occasion de le dire, suivait la France de son mieux. M. Waagen, t. 1, p. 449, trouve dans un manuscrit espagnol la preuve du rang distingué que méritait la péninsule Hispanique au xve siècle; mais je n’ai prétendu m’étendre particulièrement que sur les manuscrits existants à Paris.