Id., ibid., p. MO, 120-122; Pseud. Sulp.Sever., Chron
(Esp. Sagr. IV, p. 453); S. Isid. Hisp., Hist. Goth. A. 504- 520, p. 31, 32 (Ed. Roesler, Tubingue, 1803). Je cite le texte de ce dernier historien, étrangement maltraité dans toutes les éditions par des transpositions maladroites, et que j’essaie de restituer en m’aidant surtout de la forme rhythmoïde et rimée, dont (comme bien d’autres après lui) Isidore fait un si fréquent usage dans sa chronique :
« Euricus.... Statim legatos ad Leonem imperatorem dirigit. Ncc mora partem (Ed. Partes) Lusitaniæ, magno impetu, Deprædatur, captam misso exercitu.
[De] inde alium exercitum mittil,
Qui Pampelonam et Cæsaraugustam capit.
Superiorem quoque Ilispaniam in potestate sua mittil; Tarraconensis etiam provinciæ Nobilitatem (itaEpit. ; al.
[c ivitates),
Quæ ei repugnaverat (al., ... rant), exercitus irruptione
[evertit.
MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE
Or, et c’est ce qu’il importe de remarquer, dans le cours de ces expéditions au-delà des Py rénées, les Wisigoths se distinguent des vrais barbares qui les avaient précédés dans la Péninsule, et de la plupart des civilisés de ce temps-là, par une humanité relative dont il faut leur tenir d’autant plus de compte, qu’elle était plus complètement oubliée de tous les contemporains en temps de guerre. Ils pillaient outrageusement, me dira-t-on, et ne laissaient pas même aux habitants des villes dont ils s’emparaient par surprise ou de vive force, une chemise pour couvrir leur nudité’. J’en conviens; mais qui donc à cette époque parmi les victorieux, Allemands ou autres, était moins âpre au butin? l/honneur des Wisigoths d’Espagne, — et cet honneur, eux seuls l’ont mérité, — c’est que, satisfaits de ce pillage consciencieux, ils ne souillaient leur victoire ni par le meurtre, ni par le viol, ni par l’incendie1 2. S’ils se sont une fois départis de leur règle ordinaire, c’est là une exception qu’expliquent les circonstances, et qui, à ce titre, confirme la proposition générale que je viens d’énoncer3. A plus forte raison n’autorise-t-elle pas un écrivain sérieux, se crût-il hispanoromain, à reprocher aux Wisigoths la férocité de leurs instincts4.
Aussi ne craindrai-je pas de me tromper en affirmant bien haut que l’entrée des Wisigoths en Espagne fut pour ce pays un bienfait inappréciable. Elle eut, en effet, pour conséquence immédiate l’extermination ou l’éloignement des hordes brutales et sanguinaires qui la menaçaient d’un sort aussi misérable que le fut plus tard celui de l’Afrique romaine sous les Vandales. Ce bienfait, trop méconnu par quelques écrivains de nosjours, n’est pas le seul titre des Wisig’oths à la reconnaissance de tout Espagnol dont l’esprit de système n’égare pas le jugement. Aucun d’eux ne doit oublier que, au prix d’une lutte prolongée, ces Goths qui avaient si vaillamment délivré l’Espag’ne des barbares, en réunirent les lambeaux épars et sanglants en un vaste et puissant royaume, dont, pendant deux siècles, ils défendirent glorieusement l’indépendance et l’intégrité contre des adversaires de toute race, Vascons, Francs, ou Byzantins3; qu’en dotant leur patrie adoptive d’un gouvernement aussi régulier que peut l’être une monarchie élective, ils lui rendirent l’ordre, la paix, la sécurité, le bien-être dans une proportion ég'ale, sinon supérieure à celle dont elle jouissait sous les em-
In Gallias autem reversus, Arelatum urbem,
Et Massiliam bellando obtinuit;
Suoque regno utramque adjecit.
1. Theudorico rege eum exercitu ad Bracaram... pertendente... etsi incruenta fit tamen mœsta et lachrymabilis ejusdem direptio civitatis , Romanorura magna agitur captivitas captivorum ; sanctorum basilicæ effractæ, altaria sublata atque contracta; Virgines Dei exin (quidem abductæ , sed integritate servata, clerus nsque ad nudttatem pudoris exutus ; jumentorum, pecorum camelorumque horrore locus sacer repletus ! Idat., Chron., p. 99. On aura remarqué sans doute la mention de chameaux parmi les bûtes de charge qui suivent l’armée Wisigothe.
2. Voir dans Idace le passage précédemment cité, et pour les temps postérieurs la conduite chevaleresque de Sisebut et de Wamba, envers leurs prisonniers de guerre Francs ou Byzantins (Isid. Ilisp., Goth. Hist., ad Eram 659; Julian. Tolet., Hist. Vambæ, 25).
3. Lorsqu’on 457, Astorga et Palentia furent mises à feu et à sang par ces mêmes Goths qui l'année précédente s’étaient contentés de piller Braga (Idat., p. 102-
104), ceux-ci étaient dans le paroxysme d’une rage antiromaine causée par la déposition et l’assassinat de l’em-
pereur Avitus, dont ils venaient d’apprendre la nouvelle.
4. S'il fallait en croire M. A. de Los Rios (Hist. crû. de la liter. esp., l\ 1% c. x, p. 429, 432, 433), le clergé espagnol, vrai miroir de mansuétude au vie siècle, aurait, vers le milieu du siècle suivant, perdu tout l’éclat de cette vertu sous l’influence des Wisigoths aux féroces instincts. A cette assertion dénuée de preuves, la réponse est facile : 1° En 546, le concile de Lérida, exclusivement composé de prélats hispano-romains, se voit obligé de flétrir publiquement dans un de ses canons les clercs hispano-romains, purs de tout mélange Wisigoth, qui se battent et s’assomment sans vergogne (Conc. Ilerd. , can. H); 2° le concile d’Elvire (fin du me siècle), plus hispano-romain encore que le précédent, excommunie les dames chrétiennes qui faisaient mourir leurs esclaves sous le fouet, ou qui égorgeaient leurs enfants (Conc. Illiber., can. 5, 63, 68). Si c’est là de la mansuétude, je dois avouer que le clergé hispano-romain, et la population dont il était le fidèle représentant, au dire de l’auteur (1. c., p. 431) en avaient perdu quelque chose au contact de la férocité gothique ; car, des trois manifestations de cette singulière douceur, les conciles de la fin du vne siècle n’ont jamais eu besoin de réprimer que la dernière.
5. Cf. Ioann. Bicl., Chronicon, sub a. 570-572,581,585,586 et 588; Isid. Bips., Chron. Goth. ; Isid. Pac., Chron., etc.; etc.
ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE. 221
pereurs romains; ce qui permit à la vieille civilisation hispano-chrétienne de panser les blessures que les barbares lui avaient infligées, et de renaître à une nouvelle vie.
Ces blessures n’étaient en somme ni bien nombreuses ni bien profondes. Elles furent donc promptement cicatrisées. On n’en sera pas étonné après ce qu’on vient de lire. Les villes ayant — on l’a vu — échappé presque toutes à la ruine ou même à la dévastation, la civilisation dont elles étaient, en Espagne comme ailleurs, le principal foyer ne put évidemment souffrir de mortelles atteintes. Gomment en douter, lorsqu’on voit, parmi les cités de la Péninsule, celles qui avaient précisément passé par les plus cruelles épreuves de l’invasion, recouvrer rapidement, sous la domination wisig’othe, leur antique prospérité et tout l’éclat de la civilisation hispano-romaine ? Mérida nous en est une preuve sans réplique. Capitale de cette province de la Lusitanie qui, de 409 à 469, servit de champ de bataille à toutes les tribus barbares, cette ville fut prise, évacuée, reprise au moins trois ou quatre fois dans cet intervalle par les Suèves, les Romains, et les Wisigoths, avant de rester définitivement au pouvoir de ces derniers1. On devrait donc naturellement s’attendre à n’y retrouver, au jour où les généraux d’Euric en prirent possession entre 470 et 480, qu’un amas de ruines hanté de quelques misérables habitants. C’est elle cependant que, dès le début et dans tout le cours du siècle suivant (531-600), nous voyons se dresser aussi fiêre qu’autrefois, sur la rive droite du Guadiana, ceinte de la couronne de remparts qui la protégée en même temps qu’elle la décore2; avec son pont romain hardiment jeté sur le fleuve3; ses nombreuses et splendides basiliques urbaines ou suburbaines magnifiquement restaurées; ses palais, reconstruits sur un plan plus gTandiose, au pavé et aux lambris de marbre, et dont les colonnes sont décorées des plus précieux ornements4. La nombreuse population qui s’y presse vit heureuse et satisfaite5. Dans les hautes classes, elle compte des citoyens assez opulents pour que la fortune d’un seul d’entre eux, légmée à l’évêque et par l’évêque à son ég’lise, fasse de celle-ci une des plus riches de la Péninsule6. Les pauvres s’y résignent à leur sort. Pourquoi s’en plaindraient-ils? Sont-ils en santé, la charité la plus prévoyante s’ingénie à leur épargner les privations que l’indig’ence amène à sa suite7. Viennent-ils à tomber malades, leurs souffrances immédiatement signalées, grâce à un service médical admirablement organisé et
1. Idatii Chron., p. 73, 80, 101-103; Isid. Hispal., Hist. Goth., p. 30, 31 ; et Hist. Suev., p. 55.
2. Par le récit du diacre Paul de Merida (VV. PP. Emerit., c. VII, 17), on voit que cette ville possédait encore, vers l’an 560, les vieux remparts admirés par le poète Prudence, et que fit réparer plus tard le roi Ervigius.
3. Cf. Florez, Esp. Sagr., i. XIII. Tr. 41, c. ix, p. 226,227.
4. Post non multum vero temporis intervallum, sedis dirutæ fabricam restauravit, ac pulchrius, Deo opitulante, patravit : ita nimirum ipsius ædificii spatia longe lateque altis culminibus erigens, pretiosaque atrii columnarum ornatibus suspendons, ac pavimentum omne vel parietes cunctos nitidis marmoribus vestiens, miranda desuper tecta contexuit. Deinde, miro dispositionis modo basilicam sanctissimæ virginis Eulaliæ restaurans in melius, in ipso sanctissimo templo, celsa turrium fastigia sublimi produxit in arce! Id., ibid., c. vi, n. 16.