‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 213 sur 335 · Dozy, Ilist. des Musulmans d’Espagne, II · texte numérisé non relu

Dozy, Ilist. des Musulmans d’Espagne, II

2. Voici à quelles conditions, acceptées par eux, les Goths ariens d'Espagne furent reçus dans l'Église : « Fiet ut..,., riihil infidum unquam de vestra suspicetur fraternitate, dum patuerit vos tabem perfidiæ arianæ cum omnibus dogmatibus, regulis, officiis, communione, codicibus perdamnare (Conc. Tolet. 111. Colecc. de todos los Concil. de Esp., II, p. 223). La proscription s’étendit jusqu’au baptême par triple immersion, alors usité dans quelques provinces d'Espagne; et qui, de l’avis de saint Grégoire le Grand, fut absolument interdit à cause de sa ressemblance purement extérieure avec le baptême des ariens (Concil. Toi. IV, can. 6.). Ceci constaté , il est difficile d’admettre: t° avec un liturgiste romain de nos jours, que la liturgie hispano-romaine (al. mozarabe) ait été tirée, en tout ou en partie, de la liturgie dont les Wisigoths se servaient avant leur conversion; et 2°, avec le docte M. Le Blant, de l'Institut, que le chrisme accompagné des deux lettres grecues symbolisant la divinité du Christ (z£^y>), qui se montre

si souvent sur les monuments écrits ou figurés de l'Espagne catholique du ve siècle au xnc, ait jamais été employé par les Goths ariens de la péninsule. Cf. p. 226.

3. Cet entraînement vers la civilisation romaine se produisit chez les Goths bien avant Récarède, mais dans des limites beaucoup plus resserrées. Certes, Ataulphe etlheudis étaient presque aussi Romains que Wisigoths. C’était bien aussi un Romain de langue et d’éducation que ce comte Goiaric, président de la commission qu’Alaric roi de Toulouse avait chargée de codifier les lois de l’Empire à l’usage de ses sujets romains de Gaule et d’Espagne.

4. Presque tous les mots cités comme appartenant au latin rustique par les écrivains du temps (saint Isidore, saint Valèref etc.), s’éloignent autant du latin littéraire qu’ils se rapprochent de l’espagnol. C’est évidemment en cette langue populaire, et non en celle d’Horace ou de Virgile, qu’étaient composés les chants vulgaires qui égayaient plus que de raison les nuits des grandes solennités chrétiennes (Conc. Tolet. III, can. 23), et charmaient le travail des ateliers dans la Péninsule (Isid. Hispal., Reg. monach., c. v, n. 3.)

5. Les lettres de Sisebut offrent, à mon avis, le spécimen le plus curieux de ce style gongoresque mille ans avant Gongora, et dont saint Isidore ne vante avec raison que le brillant dans l'éloge littéraire qu’il nous a laissé de ce prince :

« Fuit autem eloquio nitidus,

Sententia doctus,

Scientia litterarum satis imbutus. »

( Citron . sub. Æra., 030.) iv. — 29

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

Signochristum (Signum Christi), Collon, Claudius A. III. manuscrit espagnol

copié par le P. A. Martin au British Muséum.

est assez correct, pour laisser voir qu’ils en ont étudié sérieusement la grammaire et qu’ils se piquent d’en observer les règles b Les preuves historiques abondent à l’appui de ce qu’on vient de lire sur l’amour des lettres chrétiennes chez les Goths espagnols. Sisebut se délasse des tracas de la royauté par la composition de vies des saints et de lettres de polémique ou de direction, dont une se clôt par une pièce de vers de la façon du royal écrivain 2. Son attrait pour les sciences physiques ou naturelles est d’autre part assez connu de ses contemporains, pour que saint Isidore lui dédie son Traité de la nature des choses 3. Un des successeurs de Sisebut, Réceswinthe se pique aussi de littérature. Sa harangme aux Pères du huitième concile de Tolède, le tome ou la profession de foi qu’il leur présente, les lois dont il a enrichi son édition du code wisigoth, sont en totalité ou en partie écrites de ce style souvent recherché, à périodes rhytbmoïdes et rimées, qui était alors et devait être longtemps encore en Espagne l’expression du suprême bon goût. Deux billets de ce prince montrent en outre que le littérateur, chez lui, était doublé d’un bibliophile aussi difficile que passionné 4. Wamba qui monte après lui sur le trône, et dont saint Julien a tracé un si magnifique portrait5, est un lettré comme ses prédécesseurs. Les lois qui nous restent de lui 6, les deux inscriptions métriques qu’au témoignage d’un écrivain presque contemporain, il composa et fit graver sur les portes de Tolède sa capitale, en sont la preuve 7 . Saint Braulion de Saragosse compte enfin, parmi ses correspondants connus, deux rois et quatre ou cinq représentants de la race conquérante 8.

Si des laïques wisigoths nous passons au clergé de même origine, nul, je pense, ne me contredira, quand j’affirmerai que les Masona, les Jean de Yalclara, les Hildephonse9, les Fructueux ont brillé du plus vif éclat parmi les lettrés et parmi les saints de leur temps. A propos du dernier de ces grands hommes, je dois faire observer que non-seulement il se

1 . Prononçaient-ils le latin aussi correctement qu’ils l'écrivaient? J’en doute fort ; car c’est très-probablement à ses clercs wisigoths que saint Isidore recommande si instamment d’observer avec plus de soin, dans la lecture à voix haute, les règles de l’accent, afin de ne pas exciter en pleine église, par leurs incongruités phonétiques, le sourire des connaisseurs (De Offic. Eccl., II, xi, 4).

2. Ct. Sisebuti Opéra, dans les appendices du t. VII de YEspana sagrada,

3. V. l’article sur saint Isidore de Séville dans la continuation du Catalogue des hommes illustres, par S. Braulion (Esp. sagr ., v. 468).

4. Cf. Coleccion de... Concilios de Espana, II, 363; Forum Jud., passim; et Epist. 38-51, inter Braulionianas (Esp. sagr., XXX).

5. Cf. S. Juliani Toi., Hist excell. Wamb. Degis, n. 1,2 (Esp. sagr., t. VI, append.).

6. Voir entre autres, dans le For. Jud., les lois 8e et 9e du livre IX, titre n. Je ne puis me refuser le plaisir de citer ici les premières lignes de la seconde de ces lois :

« Si amatores patriæ hi procul dubio adprobantur,

Qui se periculis ultronee pro ejus liberatione objiciunt,

Cur desertores potius non dicantur.

Qui vindicatores ejus se esse desistunt?

Nam quando hi taies voluntarie terrain salvaturi creden-

[di sunt,

Qui, etiam admoniti/pro liberatione patriæ uon insurgunt; Dum, aut de bellica profectione se différant,

Aut, quod pejus est, vel remorari contra monita cupiunt, Vel destituti contra ordinem proficiscunt,

Cum quidam illorum, laborandis agris studentes, servorum

[multitudinem tegunt, Et, procurandæ salutis suæ gratia, nec vicesimam quidem [partem suæ familiæ secum ducunt! »

Quelques manuscrits attribuent cette loi à Ervigius; mais l’appel qu’on vientdelire est celui d'un homme de cœur; or, cet Ervigius ne fut jamais qu’un intrigant et un fourbe.

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