‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 221 sur 335 · S. Braul. Epist · texte numérisé non relu

S. Braul. Epist

5. S. Braul. Epp. 1 1, 22, 42, 44; S. lsidori Hisp. Epist. I; et S. Fructuosi Epist. 43 inter Braulinianas.

ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE

que les religieux tirent une copie exacte et soignée pour sa bibliothèque 1 ; tantôt sollicitant de ses nombreux amis le prêt temporaire d’ouvrages qui lui manquent : du prêtre Émilien, les Commentaires sur /’ Apocalypse d’Apringius; de Tajon à peine revenu de Rome, les Morales sur Job de saint Grégoire le Grand, que ce saint religieux en avait rapportées2. Mais c’est Isidore de Séville que, entre tous les autres, Braulion assiège de requêtes et d’affectueuses importunités. Il ne lui laisse, à la lettre, ni paix ni trêve qu’il n’en ait tiré tout ce qu’il s’est mis en tête d’obtenir. Or ce qu’il veut à tout prix, ce sont les ouvrages du saint Docteur qu’il ne possède pas encore, et plus spécialement les livres clés Origines ou des Etymologies. Isidore lui envoie ses Synonymes ; c’est bien, mais cela ne suffît pas3. Aux Synonymes succèdent les quatre livres des Règles ou le Pastoral de saint Grégoire; c’est très-bien, mais ce n’est pas encore assez4. Pourquoi les actes du concile récemment présidé par Isidore ne sont-ils pas arrivés à Saragosse? Il les faut à Braulion5. Et les Origines entreprises sur sa demande et qu’il attend avec une impatience fébrile, quand donc les recevra-t-il6? Les années succèdent aux années, et rien ne paraît. Isidore n’a jusqu’ici répondu à toutes les sollicitations de son ami que par de vaines défaites ou, ce qui est pire, par le silence. A la septième année d’attente, Braulion n’y tient plus; la passion le rend éloquent. Sa lettre est moins une supplique nouvelle qu’une sommation en six pages adressée au débiteur négligent de payer à son ami, que dis-je? au Christ et à l’Eglise tout entière la dette qu’Isidore a contractée par sa promesse : « Payez votre dette, » Redde quod debes1 . Et notez, s’il vous plaît, que Braulion entend bien être payé en bonne monnaie. Il court par le monde des copies de l’œuvre encore incomplète d’Isidore, que l’avidité des libraires multiplie et fait circuler à l’insu de l’auteur; mais ces exemplaires de contrebande, pleins de fautes grossières, d’incorrections et de lacunes, ne peuvent ni tenter, ni à plus forte raison satisfaire un amateur éclairé tel que Braulion. Ce qu’il réclame, ce qu’il veut, c’est un exemplaire complet, ordonné, correct, exécuté sous les yeux d’Isidore et dans son scriptorium 8. Cette fois, il n’y a plus moyen de résister : Isidore s’avoue vaincu, et dirig’e de Séville sur Saragosse ces Etymologie s si ardemment et si longtemps convoitées. Il les accompagnait d’autres livres, destinés peut être à consoler son savant ami du désappointement qu’il allait éprouver, en recevant inachevé un ouvrage qu’il croyait terminé et qui ne devait l’être jamais9.

1. « Istum apostoli commentarîum quem direximus, diligenter legiteprius, et in ordinem constituite... et diligenter conscribite. » (Ejusd. Epist. t4 ad Frunim. abb.)

2. «Peto... ut mihi codices sancti Papæ Gregorii inexpositos, qui necdum in Hispaniis erant, tuoque studio et sudore de Roma hue sunt delati, ad transcribendum ocius mittas. » (Ejusd. Epist. 42).

Isidore de Beja nous apprend en effet que l’ouvrage de S. Grégoire était contenu dans les codices que Tajon s’était procurés à Rome :

« Hic ( Chindaswinthus ) Taionem Cæsaraugustanum episco-

[copum,

Ordinis literaturæ salis imbutum...

Romam, ad suam petitionem, pro residuis libris Moralium, Navaliter porrigit destination, » ( Chron ., c. xvi.)

3. « Mittimus vobis synonymorum libellum, non quod alicujus utilitatis sit, sed quia eum volueris. » (Isid. Epist. la inter Braulionianas.)

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