‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 220 sur 335 · S. Braul. Ibid. ; Receswinthi epist. inter Braul · texte numérisé non relu

S. Braul. Ibid. ; Receswinthi epist. inter Braul

4. « Cum septuaginta monachis, copiosisque libroruni eodicibus navali vehiculo commeavit ( Donatus ). » S. Hildeph. Tolet., Cuntin. catal. vv. Illustr. c. 4.

5. l)e tous les écrivains énumérés ici, j’ai relevé non pas les noms seulement, mais les citations dans les divers ouvrages de saint Julien de Tolède ( Patrol ., .1. XCVI). Je

puis donc garantir absolument la fidélité de la liste que j'en ai dressée et que je mets sous les yeux du lecteur. Mais s’il ne s’y rencontre aucun nom qui n’ait droit d’y figurer, il est fort possible que dans le dépouillement des œuvres du saint, certains noms m’aient échappé, et par conséquent que mon catalogue soit incomplet. Cicéron n’étant cite que rarement, je donne ici le relevé exact de ces citations. S. Jul. Præf. inNahum (Patrol., I. cit. , col. 708, 709) et Comment. in Nahum proph. (ib., col. 7IG, n. 18).

iv. — 30

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

par l’élude et en fît un si heureux usage, qu’il devint l’oracle de toutes les églises d’Espagne, et fut applaudit par Rome elle- même. Or ces applaudissements eurent pour lui et doivent avoir pour nous d’autant plus de prix qu’il les obtint dans une controverse où le Souverain Pontife, qui, sur des impressions fâcheuses trop facilement accueillies, s’était d’abord prononcé contre le docteur espagnol, finit, après avoir lu son éloquente apologie, par lui rendre noblement justice en plein concile et déclara par rescrit tous les ouvrages de Julien aussi pieux qu’orthodoxes b

Je disais tout à l’heure que saint Isidore nous ouvrait à deux battants les portes de sa bibliothèque; je ne crois pas cette expression exagérée. Car nous possédons de la main de ce saint Docteur, sinon un catalogue proprement dit de la volumineuse collection de livres sacrés ou profanes réunie à grands frais dans Y atrium épiscopal de Séville, tant par son maître, son frère et son prédécesseur saint Léandre que par lui-même, au moins les matériaux d’un catalogue à peu près complet, soit dans les inscriptions métriques qui ornaient les murs de sa bibliothèque ou les cassettes ( thecæ ) qui en contenaient les volumes I. 2, soit dans les préfaces de certains de ses écrits, et surtout dans son grand ouvrage des Etymologies. Ces documents divers qui se prêtent un mutuel appui, prouvent à qui veut prendre la peine, je ne dis pas de les étudier à fond, mais d’y jeter un simple coup d’œil, qu’ Isidore n’exagérait pas lorsqu’il affirmait, au premier vers d’une des inscriptions dont nous parlions tout à l’heure, que sa bibliothèque renfermait des œuvres nombreuses de littérature sacrée et profane :

« Sunt hic plura sacra, sunt et mundalia plura. »

La Théologie y était représentée par les saintes Ecritures, les ouvrages de Tertullien, d’Origène, de Cyprien, du pseudo - Clément ( Recognitiones ), de Lactance, de Victorin , d’Athanase, d’Hilaire de Poitiers, de Basile, de Grégoire de Nazianze, d’Ambroise, de Jérôme, d’Epiphane, de Rufin , de Chrysostome, d’Augustin, de Cyrille d’Alexandrie, de Léon le Grand, de Cassien, de Fulgence, de Cassiodore et de Grégoire le Grand3; la Philosophie par Aristote, Platon, Porphyre (d’après Boëce); les Sciences par Aratus, Hygin, Solin, Pline, etc.; les Antiquités par Varron et Macrobe; la Grammaire et la Rhétorique par Cicéron, Quintilien, Priscien, Donat, Servius, Victorin, Vilius Longus Charisius, etc.; les

I. Ejus (Egicani) tempore librum de tribus substantiis [quem dudum Romain sanctissimus Julianus, Urbis regiæ metropolitanus episcopus, miserat,

Et minus tractando, Papa Romanus Arcendum indixerat,

Ob id quod voluntas genuit voluntatem ante biennium tan-

[dem scripserat,

Veridicis testimoniis ;

In hoc concilio, ad exaggerationem (i. e. incitamentum)

[præfati principis,

Julianus episcopus, per oracula Majorum ea quæ Romain

[transmiserat,

Vera esse confirmans, apologeticum facit

QuodRoma pie et digne recipit Et cunctis legendum indicit ;

Atque summo Imperatori satis acclamando : « Laus tua, [Deus in fines terræ » cognitum facit.

Qui (i. e. Papa) et rescriptum domno Juliano... satis cum [gratiarum actione honorifice remittit; Et omnia quæcutnque scripsit,

Justa et pia esse depromit. » (Isid. Pac., chron., a. 28.)

2. Ces inscriptions, publiées par Muratori, ont été revues sur les mss. espagnols et rééditées par Florez (Esp. sagr., t. IX, p. 381).

3. Cf. Tit. 2 Bibl. dans Florez (I. c.); S. Isidori mystic. Expos, in Genesim Præf, n. 5 ; Etymol. passim ; et pour les Pères grecs, la réfutation d’un Évêque acéphale, réfutation qn'Isidore composa, et qu’adopta le concile de Séville tenu sous sa présidence la neuvième année du règne de Sisebut, en 619 ( Colecc . de concilios. de Esp., t. Il, p. 681-685).

ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE

Orateurs par Démosthène (les Olynlhiaqaes) et Cicéron; le Droit par Caïus, Ulpien, Paulus, le Code Théodosien, etc.; la Médecine par Cœlius Aurelianus; l’Histoire par Salluste, Tite- Live, Suétone, Justin, Jules Africain, Hég’ésippe, Eusèbe, Paul Orose, etc.; la Poésie par Atta, Cinna, Dracontius, Horace, Juvénal, Juvencus, Lucain, Lucrèce, Martial, Névius — sous le nom d’Ennius, — Ovide, Perse, Plaute, Pomponius, Proba Falconia, Térence et Virg’ile; l’Architecture par Vitruve, etc. Cette énumération, que je ne pourrais étendre plus loin sans fatig’ue pour le lecteur1, offre ceci de remarquable que la littérature et la science latines y figairent à peu près seules à l’exclusion de la littérature et de la science helléniques. Mais, si regrettable que soit cette lacune, la bibliothèque d’Isidore de Séville n’en fait pas moins grand honneur aux deux saints et doctes prélats qui l’ont formée. Elle eût excité bien des convoitises chez les amateurs romains de Père impériale, et n’aurait pas même, j’ose l’affirmer, fait trop mauvaise figure près de la très célèbre et très-lég’endaire bibliothèque de Cordoue2. Mais l’invasion arabe, en ensevelissant sous les ruines des villes pillées, saccagres ou détruites, presque toutes les bibliothèques espagnoles, et celle de Séville en particulier, sauva celle des Califes hispano-arabes du dangrr de toute comparaison. Une dernière réflexion avant de continuer notre itinéraire bibliographique. Si saint Isidore, poursuivi, pressé, harcelé de toutes façons pendant sept ans entiers par saint Braulion pour se mettre à l’œuvre et composer ses Étymologies, n’avait pas fini, de g'uerre lasse, par céder à ces amicales importunités, nous ne connaîtrions pas la dixième ou la vingtième partie des richesses littéraires accumulées dans sa bibliothèque. Ce qui aurait eu lieu dans cette hypothèse pour la collection Isidorienne, s’est évidemment, ainsi que je l’ai déjà remarqué à plusieurs reprises, vérifié pour les autres bibliothèques. Elles ne nous sont et ne peuvent nous être connues que très-imparfaitement, et ce serait s’exposer à une erreur grossière que de jug’er leur contenu réel par ce que nous en apprennent les rares documents de cette lointaine époque arrivés jusqu’à nous. Je vais plus loin, et je ne crains pas de me tromper en affirmant que Mérida par exemple ou Tarrag’one dont les bibliothèques épiscopales et monastiques ne sont mentionnées nulle part, en possédaient cependant qui , sans ég’alcr peut-être celles de Séville ou de Tolède, ne devaient pas leur céder de beau coup. Et, pour ne parler que de Mérida, pense-t-on que les nombreux médecins que comptait celte ville aient pu apprendre leur art sans étudier, et étudier sans livres? Est-il permis de supposer que les monastères dont les écoles étaient peuplées d’adolescents n’aient pas possédé une bibliothèque, nécessaire à la fois pour la formation des maîtres et l’instruction des élèves? Est-il enfin vraisemblable que d’opulentes métropoles et des centres d’étude fussent déshéritées de ce que possédaient des évêchés du second ordre et de simples particuliers? Poser ces questions, c’est les résoudre. Les faits qui nous restent à examiner compléteront au besoin cette réponse, si quelque lecteur la jugeait par trop sommaire.

1 . Le dernier éditeur deS. Isidore, le docte Arevalo, donne la liste complète de tous les écrivains nommés dans les œuvres du savant évêque de Séville ( Isidoriana , c. 53); j’y renvoie ceux que mon catalogue très-abrégé ne satisferait pas. Je n’y ai fait place qu’aux écrivains cités de première ou de seconde main par Isidore.

2. Cette bibliothèque aurait, s’il faut en croire les historiens arabes, compté 400,000 volumes. En divisant ce chiffre par vingt, le quotient serait encore, à mon humble avis, audessus de la vérité. Les Arabes, qu’il s’agisse des armées vaincues par les leurs, des milliers de pièces d’or contenus

dans les coffres de leurs califes ou de leurs sultans, ou des livres de leurs bibliothèques, prennent volontiers pour multiplicateur du chiffre réel celui de cent et même de mille. Ce qu’il y a de plus merveilleux, c'est que le fondateur de cette bibliothèque, le calife Hacan II, au dire de ces mêmes chroniqueurs fantaisistes, aurait lu tous les quatre cent mille volumes et en aurait annoté de sa main le plus grand nombre (Dozy, Hist. des Musulm. t. 111, p. 108). Dieu du ciel! qu’eût dit, s’il avait pu prévoir ce tour de force, Isidore de Séville, lui qui taxe de mensonge ceux qui se vantent d’avoir pu lire en entier les œuvres du docteur d’Hippone :

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

Une lettre de saint Braulion de Saragosse , cet ami et admirateur d’Isidore dont il vient d’ètre question, et la réponse du prêtre Emilien son correspondant, nous fournissent la preuve qu’à cette même époque, dans une grande ville d’Espagne qui n’est pas nommée, — Tarrag’one peut-être, — il existait simultanément trois bibliothèques : celle d’Emilien d’abord, puis celle du comte Laurent, et enfin celle de Dornnus, disciple de Braulion. Elles nous apprennent de plus que la seconde de ces bibliothèques venait d’être récemment dispersée, mésaventure aussi fréquente au moins aujourd’hui qu’autrefois; et que les deux autres ne renfermaient pas le Commentaire d’Apringius sur l’Apocalypse, dont Braulion sollicitait instamment l’envoi pour en faire tirer copie1.

Emilien et Domnus n’étaient pas les seuls, entre les amis ou disciples de saint Braulion, qui se fussent donné le luxe d’une bibliothèque. Un troisième, nommé Jactatus, était l’heureux possesseur des œuvres de Jérôme, d’Augustin, d’Hilaire et de bon nombre d’autres écrivains ecclésiastiques. Vivant par l’étude dans l’intimité de ces grands hommes, il n’avait nul besoin d’aller chercher ailleurs la nourriture intellectuelle et morale dont il était affamé; et c’est ce que lui fait remarquer modestement le saint évêque de Saragosse auquel il avait demandé une lettre de conseils ou d’avis spirituels 2.

Braulion n’avait sous ce rapport rien à envier à Jactatus. Sa bibliothèque épiscopale était riche en excellents livres, et ses livres étaient nombreux; si nombreux même, que la moindre maladresse des serviteurs du prélat dans l’arrangement des manuscrits entraînait parfois la disparition de tel d’entre eux, qui, perdu dans la foule des volumes, échappait pendant des années à toutes les recherches, pour ne se retrouver que par hasard3. La littérature sacrée et profane y était représentée par ses chefs-d’œuvre: Térence, Virgile, Horace, Ovide, Appius4 trouvaient place à côté des Livres saints, et des œuvres de saint Augustin, de saint Jérôme, de Théophile et de saint Cyrille d’Alexandrie, de saint Eucher, de Denis, de Protaire, de Cassien, de Pascbasinus, de saint Grég’oire le Grand, de saint Isidore de Séville et d’une foule d’autres écrivains dont saint Braulion ne cite pas les noms parce que la liste en serait trop longue 5.

Les richesses acquises ne font que rendre plus vif dans l’évêque de Sarag’osse le désir d’en amasser de nouvelles. Ses lettres nous le montrent tantôt envoyant à l’abbé d’un des monastères soumis à sa juridiction un commentaire des épîtres de saint Paul dont il désire

« Augustine, mentitur qui te totum legisse fatetur » ( Esp . sagr., IV, p. 381) !

1. Cf. S. Braul. Epist. 25, Ad. Æmilian. ; et 26 Æmiliani ad. Braul. (Esp. sagr., t. XXX).

2. Cum quotidie in Lege Domini meditaris et Bcatissimorum Patrum peritissimorumque revolvas paginas virorum, quid in nobis, aut quantulum est quod autipse velis addiscere aut de quibus contingat tibi sacrum desiderium alere? Sufticit et valde sufficit, ut amicum tuum legas sanctum Augustinum, ut Hieronymum, ut Hilarium, ut ceteros doctissimos 'viros, quos et mihi commemorare longum est, et te usui habere dubium non est (S. Braul. Ep. 9).

3. « Intenderam, juxta (idem notitiæ quam sub lestificatione Cythonati Abbatisvenerabilis... collectant nonambigebam, vitam... B. Æmiliani presbyteri... stylo præstringere;

sed quia... inter ipsa initia, molienti mihi quid dicerem negligentia administrantium intercepta fuerat, ipsa sub notatione ejus virtutum... prope elapsum a voluntate fuerat... Nunc cum quemdam codicem... vellem inspicere, jussissemque perquirere, ac revolveretur strues librorum, notifia ilia diu perdita (Ed. mal. prodità) subito inventa est non quæsita. » (S. Braul. Epist. ad Fronimianum, en tète de la vie de S. Millan, Patrol., t. 80.) Vers ce temps-là aussi, il fallait une sorte de miracle pour retrouver à Rome, dans la bibliothèque papale, la cassette ( theca ) où étaient déposées les Morales de S. Grégoire le Grand (Cf. Isid- Pac., Chron., c. 16).j

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