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8. Au sixième livre de ses Étymologies (c. X-XIV), saint Isidore traite de tout ce qui concerne l’exécution matérielle d’un livre; mais dans cet exposé sommaire, tiré en trèsgrande partie d’auteurs plus anciens (Pline et S. Jérôme), l’auteur parle-t-il en antiquaire recueillant les souvenirs d’un passé qui n’est plus, ou en historien de ce qui s’ac-
MÉLANGES d’aRCHÉOLOGIE.
Les livres sont écrits sur parchemin, avec la plume ou le roseau taillé, de cette écriture hispano-romaine si belle et si nette que supplanta, vers la fin du xie siècle, l’écriture française (alias gothique ?) introduite en Espagne par les moines de Cluny, qui franchement auraient bien pu se dispenser de cette réforme aussi inutile que malencontreuse*. Il existe en Espag’ne au temps des Wisigoths, comme sous l’ère impériale, des librarii en grand nombre et de condition diverse. Les uns, qu’on peut assimiler à nos imprimeurs-libraires, sont de vrais commerçants qui vendent au public lettré les ouvrages anciens ou nouveaux sortis de leur officine, et qui les lui vendent fort cher, comme le prouve la loi de Réceswinthe que j’ai citée ailleurs et qui fixe au prix de vente du Forum Judicum un maximum très-élevé que l’on ne pourra dépasser sans payer une forte amende2. Ces librarii, toujours à l'affût des ouvrages sortis de la plume des écrivains en renom, s’empressent de les reproduire par eux-mêmes ou par les copistes à leurs gages, en toute hâte, sans souci de la correction et de l’intégrité du texte. Parfois même, ils n’attendent pas que leurs livres aient reçu la dernière main. Ils s’en procurent, Dieu sait par quels moyens, des copies fautives, incomplètes, défigurées; les multiplient et en inondent le marché, avant que le destinataire de l’ouvrage ait reçu l’exemplaire promis et impatiemment attendu3. Aussi les amateurs éclairés avaient-ils grand soin de soumettre à la révision de censeurs d’une science — ajoutons et d’une patience — éprouvée, les volumes acquis de ces traficants avant de leur assigner dans leur bibliothèque la place d’honneur qu’ils devaient y occuper4.
D’autres librarii n’ont directement rien à démêler avec le public. Exclusivement attachés au service de simples particuliers, ou de corporations, c’est à leurs maîtres quels qu’ils soient que revient le fruit de leur travail. Les princes et les seigneurs dont nous connaissons déjà les goûts littéraires, ceux-là surtout qui s’accordent le luxe d’une bibliothèque, y ajoutent probablement celui d’un scriptorium où des copistes à leurs ordres travaillent sans relâche à grossir le nombre de volumes que possèdent les patrons. Mais sur ce point le silence des documents contemporains nous condamne à des conjectures plus ou moins plausibles. En revanche, nous sommes certain qu’Isidore a des notarii, qui, renfermés dans le scriptorium du palais épiscopal de Séville5, transcrivent les œuvres du saint Docteur ou d’autres écrivains célèbres. Saint Braulion et saint Julien de Tolède, s'ils n’ont pas sous leur toit un atelier calligraphique au complet, ont du moins à leur disposition des secrétaires qui, au premier signal, viennent écrire sous leur dictée la vie d’un saint personnage, ou le plan et les divisions principales d’un traité qu’ils se proposent de composer plus tard, aux heures de loisir6. Chaque monastère de quelque importance, et l’on sait qu’au vu0 siècle
complit sous ses yeux? Voilà ce qu’il n’est pas toujours facile de deviner, et ce qui restreint singulièrement l’usage que je pourrais faire ici de cette source abondante d'informations.
1. Et même nuisible; car évidemment bon nombre des anciens et précieux manuscrits de l’Espagne gothique, devenus à peu près indéchiffrables pour les nouvelles générations, se trouvèrent de ce chef voués à l’oubli et à l’abandon, préludes d’une destruction complète.