Dozy, Hist. des Musulm., III, 55, 56. — Les plus an
ciens chroniqueurs chrétiens, dont l'un, Isidore de Beja,
écrivait quarante ans après la conquête arabe, et les deux autres (Alphonse III et le chroniqueur d’Albelda) vers la fin du ix° siècle, se taisent sur la trahison des Juifs. Isidore (c. 35 et 36) ne mentionne que la trahison des rivaux de Rodrigue et la sanglante complicité d’Oppas dans les égorgements de ses compatriotes. Alphonse III, bien plus explicite que le précédent sur les menées des traîtres chrétiens.
ne dit également rien des Juifs (c. 9). L’anonyme d’Albelda, comme les autres, n’implique dans la ruine de l’Espagne que la trahison des fils de Witiza (n. 164, ed. Berg.; et 77, edit. Florez); ce silence est vraiment étrange, près d’autres assertions formelles.
3. « Civitates décoras igné concremando præcipitat, Seniores et potentes sæculi cruci adjudicat,
Juvenes atque lactentes pugionibus trucidât;
Sicque, dum tali terrore ( Mousd ) cunctos stimulât,
Pacem nonnullæ civitates quæ residuæ erant,
Jam coactæ conclamitant. » Isid. Pac. Chron., c. 37.
4. Nous avons précédemment cité en partie le passage d’Isidore qui concerne Theudimer {Chron., c. 40). Par un des articles de la capitulation conclue entre lui et Abdelaziz, Theudimer doit livrer aux Arabes sept villes de sou gouvernement. Cf. Casiri, Bibl. arab. hisp., t. II, p. 105, 106. •
ESPAGNE DU HAUT MOYEN AGE
nouvelle monarchie chrétienne, héritière de celle de Tolède et résolue de reconquérir son héritage1. Le début de cette revendication armée ne se fait guère attendre. Après vingt ans d’une défensive victorieusement soutenue par Pélage et son fils Favila, Alphonse le Catholique, gendre du premier et successeur du second, s’élance hors de son nid d’aigle à la tête de ses Asturiens et de ses Cantabres. Il parcourt en triomphateur le nord-ouest de l’Espagne, de l’Océan au Duero, et de l’embouchure de ce fleuve aux sources de l’Ebre. Tout plie devant lui. Les musulmans, affaiblis par leurs discordes intestines et battus en diverses rencontres, s’enfuient vers le sud ou sont impitoyablement égorgés en justes représailles des cruautés de l’invasion, trop récentes pour être oubliées. Ceci fait, Alphonse rentre dans son royaume, agrandi désormais de la Galice jusqu’à Lugo, de la zone septentrionale de la province de Léon , et de la Bardulie, berceau de la Castille; il y verse toute la population chrétienne du vaste territoire qu’il n’a pu ou voulu garder, et se repose sur ses successeurs du soin d’occuper en le repeuplant le désert qu’il laisse derrière lui2. Ceuxci s’en acquittent si bien que, deux cents ans plus tard, grâce à la vaillante épée d’Ordono Ier, d’Alphonse III et d’Ordono II, le royaume des Asturies, devenu celui de Léon sous le dernier de ces rois, non-seulement atteint, mais dépasse les frontières que lui avait assignées d’avance Alphonse le Catholique, puisqu’il comprend dans ses limites Coïmbre et son territoire3. C’est là qu’aux premières années du x° siècle (900-920), il nous est donné de contempler cette vieille et si vivace nationalité hispano -gothique émergeant avec une nouvelle jeunesse de l’invasion qui devait l’engloutir, mais assez semblable à ce qu’elle fut autrefois pour qu’il soit impossible de la méconnaître. Exclusivement composée de représentants des trois mêmes races qui vivaient dans la Péninsule au vne siècle, anciens habitants du pays (Asturiens, Cantabres, Hispano-Romains), Suèves et Wisig’oths4, elle est
1. Sur l’origine de la monarchie asturienne et sur Pélage son premier roi, voir fsid. de Beja qui n’en parle qu’à mots couverts ( Chron ., c. 37 et vraisemblablement aussi, c. 55), l’anonyme d’Albelda, n. 161, 168 (Florez n. 45, et 50), et Alph. 111, Chron. n. 8, 11 ; mais, en débarrassant ce dernier récit des absurdes interpolations dont Pélage d’Oviedo ou ses scribes l’ont farci à plaisir, ce qui n’oiïre pas d’insurmontables difficultés.