INVASION DES ARABES. — RENAISSANCE CHRÉTIENNE DANS LES ASTURIES
La bataille du Rio Salado (712), la mort du roi Rodrigue et la dispersion de son armée avaient en apparence décidé le sort de l’Espagne chrétienne. La prise de possession de cette riche et vaste contrée n’exigea plus guère des envahisseurs que la peine de se porter en avant et le temps nécessaire pour occuper presque sans coup férir ce qu’on ne leur disputait pas, ou ce qu’on essayait vainement de leur disputer. Si quelques villes tentèrent au début d’arrêter le flot toujours montant de ces rats du désert 1 que l’Afrique et l’Asie vomissaient sans relâche sur la Péninsule, leur généreuse tentative, promptement déjouée par la trahison des fils de Witiza et de leurs partisans, ou par celle des Juifs2, fut aussitôt impitoyablement châtiée par le pillage, le meurtre et l’incendie. Les autres, affolées de terreur ou séduites par de mensongères promesses, ouvraient leurs portes aux musulmans sans se ménager l’honneur d’un semblant de résistance3. Le comte Theudimer lui-même, ce vaillant chef Wisigoth qui seul avait tenu tête à l’invasion et triomphé des Arabes en plusieurs rencontres dans l’ancienne Carthaginoise (Valence, Murcie), était enfin obligé d’accepter une capitulation très-lionorahle sans doute, mais qui ne l’en constituait pas moins tributaire et vassal du calife de Damas4. Donc, en 715, du détroit de Gibraltar aux Pyrénées, l’Espagne entière était aux mains des envahisseurs. Tout paraissait fini, et l’on pouvait croire la société et la civilisation hispano-gothiques englouties sans retour par cet ouragan imprévu. 11 n’en était rien cependant. Un peuple chrétien n’est point balayé si facilement de la face du monde. Dieu a préparé d’avance aux vaincus dans les Pyrénées asturiennes et cantabres un asile inexpugnable dont ils se hâtent de profiter. Au moment même où les vainqueurs, croyant leur tâche terminée en Espagne, entreprennent la conquête delà Gaule méridionale, tout ce que la population hispano-gothique au nord de Tolède renferme de g-ens de cœur, incapables de supporter plus longtemps la tyrannie musulmane tour à tour hypocrite et violente, se réfugie dans cette citadelle de montagnes pour y fonder une
1 . C’est le nom que donne aux Arabes Isidore de Beja dans le passage suivant de sa chronique (c. 4) :
« Cum in somnis de re hujusmodi multa ei venire ferunt,
[ex monito :
Et ut a muribus eremi immisericorditer vastaretur, per stel-
[larum cursum astrologico Præmoueretur {..caveretur ?) indicio. Etc. »