‹ Monuments religieux de l'architecture romane et de transition dans la région picardeChapitre 236 sur 335 · Omnesque lias Domini domos cum arcis · texte numérisé non relu

Omnesque lias Domini domos cum arcis

Atque columnis mannoreis,

Auro, argentoque diligenter ornavit (Adefonsus II ); Simulque cum regiis palatiis,

Picturis diversis decoravit. »

(Anon. Albeld., Chron., n. 173, col. 58.)

« Nam et regalia palatia,

Balnea, triclinia vel domata,

Atque prætoria construxit (Adefonsus II) décora.

Et omnia regni utensilia

Fahrefecit pulcherrima. » (Adef. 111, Chron. c. 21.)

« In locum ( ligno ) ecclesiam et palatia,

A rte fornicea,

Mire construxit

Ibique a sæculo decessit (Ranimirus). »

(Anon. AIL)., Chron., n. 176 (al. 39).

« Multa etiam non longe a supradicta ccclesia,

Condidit ( id . Ranimirus) palatia,

Et balnea pulchra atque décora. » (Adef. III, Chron., c. 23.

— Alphonse III marcha sur les traces de ses prédécesseurs : après avoir construit les trois basiliques de Compostelle, de Gauzon et de Sahagun, ouvert des bains publics

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MÉLANGES d’âRCHÉOLOGIE.

qui façonnent l’or, l'argent1, le cuivre, l’ivoire, le verre en couronnes et croix gemmées, portant suspendues les Alpha et les Oméga symboliques, en calices, aiguières, encensoirs, dyptiques, coffrets ou reliquaires pour le service du culte divin ; et pour les usages domestiques, en vaisselle plate, en coupes et autres vases de toute nature, ciselés, imagés, et ornés de pierreries, qui sur la table des princes, des grands et des seig’neurs se mêlent aux verres ou cristaux de l’Irac2. Le même luxe éclate dans le reste de l’ameublement sacré ou profane. Grands voiles tendus entre le sanctuaire et la nef3, voiles plus petits pendants devant chaque autel4, tentures de chambre ou de lit, housses de sièges ou d’escabeaux, vêtements ecclésiastiques et laïques sont taillés dans les plus riches étoffes de coton, de soie, d’or ou d’argent. Les cavaliers chaussent des éperons d’or; ce métal et l’argent brillent dans les harnais des chevaux de guerre ou de parade5. Les espèces métalliques abondent dans les

à Zamora, il se bâtit deux et peut-être trois palais en divers lieux. Cf. Esp. sagr., xxxvii, escr. 11; Escalona, Hist. de Sahagun, escr. 3; les donations d’Ordoiïo II (Esp. sagr., xxxix, escr. 7 et 0) ; Sampir., Citron., c. 2. Le chroniqueur d'Albelda, contemporain de ce prince, résume en deux lignes les grandes œuvres artistiques de son règne (n. 179, al. 63) :

« Ab hoc principe omnia tcmpla Domini restaurantur,

Et civitas (i. e. arx) in Oveto cum regias aidas ædificantur, »

1. Je trouve cité nominativement un des membres de l'honorable corporation des orfèvres dans une charte de Lugo (a. 998) : « Lapidio a Sancto Felice, hereditatem de Leovegildo aurifîce quam comparavimus » Esp. sagr., xu, escr. 24, p. 407, 408.

2. Déjà au vi° siècle, les coupes de verre prenaient place sur la table des riches à côté des coupes d’or et d’argent. Isid., Etymol.,x\ i„ c. xvi, n. 4.

3. « Vélos principales qui inter altare et vestibulum dépendent. » Charte d’Ordono I, a. 922 (Yepes, Coronica general de la Orden de San Benito, ni, escr. 20). « Yela de paleis principalia oloserica duo. » Charte d’Alphonse II, a. 812 (Esp. sagr., xxxvii, escr. 7).

4. « Frontales, pal las , acitaras auro textas grecirias (leg. græciscas) varias. » Charte du même, même année ( ibid . , escr. 8). — « Dictacos (diptychos) seul pti les eburneos, frontales très aurifrisos , vélum de templo lotzori (?) majore, cum alios duos minores arminios (. d’hermine ?). » Charte de Ferdinand I, a. 1063 (ibid., t. XXXYI, p. clxxxix). — «Vélum ante altare ponendum, auro et argento frixo mirifice textum. » Charte de Doua Urraca (Yepes, iv, escr. 36). Sur les Acitaras ou Citaras, v. Dozy, Gloss, h ce mot.

3. J’extrais de mes nombreuses notes sur ce sujet quelques exemples pris au hasard: 1° Alphonse le Chaste donne à l’église de S. -Sauveur d’Oviedo (Esp. sagr., xxxvii, escr. 7, a. 812) un coffret, un encensoir avec sa navette ( offer carium pro incenso), huit lampes, un candélabre, une aiguière ( aquamanile ), un vase et une croix d’argent, quinze lampes de verre, deux grands voiles de soie et treize de lin brodé ( line a vêla ornata)-, 2° Ordorïo I et Alphonse 111 ajoutent à ces premiers présents (ibid., escr. 10 et 11) un très-grand nombre d’objets destinés au culte, en or, argent, ivoire, et des tissus d’or et de soie; 3° ce dernier prince mentionne dans sa donation au monastère de S. -André de Tunon (ibid., escr. 12, a. 891) quatre couronnes d’or, trois d’argent, des calices avec leurs patènes, une croix et un vase

du même métal ; dans celle qu’il fit en 897 à la cathédrale de Lugo (ibid., t. XL, escr. 19), deux mille sous d’argent en espèces sonnantes pour la réparation du toit, deux croix et trois coffrets en vermeil, un candélabre avec sa lampe ( hteerna ), quatre calices dont un plus grand que les autres avec sa patène, des couronnes, des navettes (offertoria), trois encensoirs et trois aiguières d’argent, quatre diptyques d’ivoire, des voiles d’église tissés de soie, et cinquante captifs arabes. 4° Unan plus tard, en 898, l’évèque de Lugo ajoutait à la splendide donation royale, de nouvelles offrandes presque aussi riches que les précédentes (ibid., escr. 24), à savoir: des tapis, des garnitures de lit, des mantes, des turbans moresques (mitras mauriscas) etc., huit paires de nappes, deux plats (misorios) d’argent, deux gobelets en vermeil, une coupe sculptée et un vase en forme de gourde aussi sculpté, tous deux en argent, munis de leurs couvercles enrichis de pierres fines; dix vases de noms et de formes diverses en verre de l’Irac, deux chasubles et une dalmatique de soie, un cercle (couronne?) avec son baudrier d’argent orné de pierreries, et une étole de drap d’or. 3° Ordono II, n’étant encore que roi de Galice, donne à l’église de Compostelle deux coffrets, un calice, trois couronnes et une croix ; le tout en or incrusté de pierres précieuses, et deux aiguières de vermeil (Esp. sagr., xix, p. 107, n. 31). 6° La donation de Dona Muma au monastère de Guimaraes, en 939, se compose, dans sa partie mobilière, de vases d’or, de vermeil ou d’argent , la plupart garnis de pierres fines, de diptyques, etc., pour une valeur totale de huit cent quatre-vingt huit sous, non compris les objets précieux en très-grand nombre dont la valeur n’est pas indiquée ( Monum . Portug., escr. 76, p.46). 7° La célèbre abbaye de Celanova reçoit de S. Rosendo son fondateur, vers l’an 942, pour le service de l'autel ou du monastère, deux croix d’argent dont une enrichie d’or et de pierreries, trois calices ciselés avec leurs patènes, quatre autres en vermeil et un en ivoire, un encensoir et ses offertoria en or, deux coffrets, deux diptyques imagés ou historiés en vermeil, quatre ceintures ( cingulos ), deux en or avec gemmes, et deux en vermeil dont une seule est garnie de pierres fines, cinq chasubles de soie, une étole tissue d’or et d’argent , deux llacons d’argent de fabrique française, une soparia et deux coupes de vermeil avec leurs couvercles, deux autres à bordures ou bandes ( litones ), six tasses dorées, et sept à bandes ou bordures ciselées, trois vases ( moyolos , modiolos?) de vermeil, un calice d’or gemmé, un service de table complet en argent, quatre amphores de

provinces du nord-ouest, et figurent dans presque toutes les transactions commerciales, sous les mêmes noms qu’au vi° siècle. Les monnaies diverses énumérées par saint Isidore de Séville dans ses Etymologies *, monnaies réelles ou monnaies de compte: talent, livre, once, sou, denier, et obole d’or, livre, sou et denier d'argent, reparaissent dans les chartes, contrats et écritures de tout genre, passées dans les régions de l'Espagne chrétienne du vme siècle à la fin du xn° 2. Elles sortent des ateliers monétaires établis dans ces provinces3, ou viennent du dehors, c’est-à-dire de l'Espagne musulmane; mais, dans ce dernier cas, ces monnaies exotiques sont baptisées à l’entrée des noms hispano-romains que portent les monnaies nationales de meme poids et de même titre 4. Toujours est-il que pour lire dans les documents asturiens, galiciens, léonais ou castillans, le nom arabe de quelque monnaie , il faut descendre à la seconde moitié du xT siècle, et jusqu'au milieu du siècle précédent, pour la Galice portugaise s'étendant du Minho à Coïmbre5.

cuivre et sept bassins imagés de même métal, neuf flacons, deux aiguières et vingt autres récipients divers de forme et de nom en verre de l’Irac, une défense d’éléphant, etc., etc. (Yepes, v. escr. 2). 8° Mentionnons enfin un peu pêle-mêle les selles dorées, les vases d’argent et de verre, les vêtements de soie d’Hermégilde, caballero de Léon, en 951 [Esp. sagr., xxxiv p. 220 et 221); le cheval bridé et sellé avec freins et alhaguma (al-hakema) d’argent, les robes et autres vêtements de soie d’une fiancée gallégo-portugaise [M. Port., escr. 56, a. 946); la jupe, la mante, les fourrures, le vase de vermeil imagé et les deux mules dressées [placibiles) de DonaFlamula, le tout d’une valeur de mille sous d’argent ( ibid escr. 67, a. 953) ; les trois pièces de soierie byzantine et le lit de parade estimés ensemble mille sous, les éperons d’or payés deux cent vingt metkals, les deux tasses d’argent de cinquante sous chacune, la couronne d’or trèspur ornée de pierres fines et admirablement ouvrée, le grand flacon d ’electrum du comte Hermégilde et de Gonzalo Mondez [ibid., escr. 99, a. 968; escr. 138, not. 162, a. 983); la croix, les deux calices, les quatre couronnes d’argent, et la couronne de verre de Theuda et d’Argenti (. Escalona , Hist. de Sahagun. escr. 14, a. 930); le croissant et le baudrier d’or constellés de perles, du prix de mille sous d’argent, donnés à Ordono II [Esp. sagr., xix, p. 1 1 1 , a. 922) ; le cheval, sellé et bridé d’argent, qui figure parmi les arrhes de mariage de Mumadonna (Escalona, escr. 83, a. 1034); le manteau de drap d’or, la chapelle en argent doré, et les deux chasubles de soie d’une valeur totale de deux mille sous d’argent, offertes en honneur au roi Ferdinand Ier par l’abbé de San Pedro de Cardena (Berganza, Antigüedades , II, escr. 82, a. 1039). Parmi les magnifiques offrandes dont ce même prince enrichissait l’église de San Isidro de Léon, en 1063, un devant d’autel ( frontale ) d’or pur garni d’émeraudes et de saphirs, deux autres d’argent massif, et trois de drap d’or; un grand voile de soie et deux plus petits d’hermine, une cassette d’ivoire incrustée d’or, deux autres avec incrustations d’argent, une quatrième de cristal revêtue d’or, des diptyques d’ivoire sculptés, une croix d’or gemmée et un crucifix d’ivoire; trois couronnes d’or, dont une avait dans son pourtour six alphas suspendus (allusion aux paroles de l’Apocalypse : Ego sum alpha et oméga, et protestation de foi en la divinité de Jésus-Christ [Esp. sagr. ,XXX\\,apend., etc.). Cf. p. 252. C’est assez, je suppose, pour démontrer que les Espagnols chrétiens du haut moyen âge n’étaient pas précisément de pauvres diables vivant uni-

quement de pillage, et réduits à ne commercer que par voie d’échanges en nature, faute de numéraire. (Uozy, llist., 111. 31) — M. le baron de Slane m’apprend que ]’ alhaguma, dont il est parlé ici sous le n° 8, est le mors annulaire embrassant la mâchoire inférieure du cheval encore en usage chez les Arabes du Maghreb.

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